Chapitre 5
Chapitre 5
Après le triomphe éclatant de la mission Park Soo-jin, Yu-ri regagna son cabinet d'un pas nettement moins conquérant qu'à son habitude. La satisfaction d'avoir terrassé la laideur s'était évaporée pour laisser place à une lourdeur familière.
Elle poussa la porte de son bureau, traversa la pièce sans même jeter un regard à la vue panoramique sur Séoul, et se laissa littéralement tomber sur sa grande chaise en cuir noir. Elle balança son petit sac de marque sur le bureau avec un bruit mat et laissa sa tête partir en arrière, les yeux rivés au plafond, poussant un soupir d'épuisement monumental.
(Ce vieux tyran ne changera jamais...)
Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit doucement. Mi-ho entra, deux tasses de café fumant à la main. Il s'arrêta en la voyant étalée ainsi sur son siège, un sourcil hautement perplexe.
« Eh bien... Je croyais que la mission était un succès absolu ? » demanda-t-il en s'approchant. « Vu ta tête, on dirait plutôt que ton client a fui en hurlant à la vue d'un miroir. »
Il posa délicatement une des tasses devant elle et vint s'adosser au rebord du bureau, croisant les bras.
« Qu'est-ce qui ne va pas, Grande Prêtresse ? »
Yu-ri redressa lentement la tête, réajustant ses lunettes d'un geste machinal, le regard sombre.
« C'est mon père », lâcha-t-elle, la voix dénuée de son arrogance habituelle. « Il m'a appelée ce matin. »
L'expression de Mi-ho changea instantanément. Le petit sourire moqueur s'effaça pour laisser place à une attention sincère. Il connaissait assez la situation familiale de Yu-ri pour savoir que chaque appel du Président Han était synonyme d'agacement.
« Il exige que j'aille à un rendez-vous arrangé vendredi soir », continua-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine, la mine renfrognée. « Un dîner à l'hôtel Shilla avec l'héritier du groupe Taesan. Tout ça pour consolider un stupide contrat immobilier pour sa boîte. Il me traite encore comme un simple pion financier. »
Mi-ho la fixa un instant avant de laisser échapper un petit rire amusé.
« Attends... L'héritier de Taesan ? » fit-il en penchant la tête. « Mais Yu-ri, c'est une opportunité en or ! Réfléchis un peu : si tu l'épouses, tu pourras enfin t'offrir toutes les paires de talons de Séoul sans même regarder les étiquettes ! Et tu auras enfin une raison valable d'être aussi hautaine avec le restant de l'humanité. »
Yu-ri lui fusilla du regard, mais une pointe d'amusement traversa ses yeux violets.
« Tu es idiot, Mi-ho », bougonna-t-elle. « Je n'ai pas besoin de l'argent d'un petit bourgeois gâté pour être insupportable. Je le suis très bien toute seule. »
« Ah, ça, je ne peux pas te donner tort », répliqua-t-il avec un clin d'œil. Il reprit un ton plus doux, poussant la tasse de café un peu plus près d'elle. « Mais plus sérieusement... Tu sais que tu peux refuser, non ? Tu es une entremetteuse de génie, tu diriges ton cabinet d'une main de maître. Tu n'as besoin des ordres de personne. »
« Tu connais mon père... Si je ne viens pas, il trouvera un moyen de me pourrir la vie avec des contrôles administratifs ou des pressions juridiques », soupira-t-elle en prenant la tasse entre ses mains. « J'irai. Mais je te garantis que ce cher héritier va regretter le jour où son père a accepté cette alliance. Je vais lui faire vivre un enfer. »
Un vrai sourire sincère et étincelant refit surface sur les lèvres de Yu-ri. Mi-ho l'observa un court instant, satisfait d'avoir chassé l'air morose de son visage, avant d'attraper un dossier posé sous son bras.
« C'est la Yu-ri que je connais », dit-il en coinçant le dossier entre ses mains. « D'ailleurs, prépare-toi mentalement. Parce que pendant que tu seras occupée à terroriser les fils de milliardaires, les affaires continuent ici. »
Yu-ri haussa un sourcil parfait, buvant une gorgée de son café. « Un nouveau pigeon ? »
« Un nouveau client », corrigea-t-il avec un sourire mystérieux. « Il vient ce samedi. Et d'après les notes préliminaires qu'il m'a envoyées... disons simplement que c'est un cas qui va demander tout ton talent d'Aphrodite. »