Chapitre 4
Chapitre 4
Le lendemain matin, neuf heures pile.
Le salon VIP de ce grand magasin de Gangnam ne ressemblait plus à un espace de beauté, mais à un champ de bataille d'élite. Yu-ri, vêtue d'une jupe moulante sculptant parfaitement ses courbes, d'un petit haut croisé révélant ses épaules affûtées et flanquée de son indissociable petit sac à main de créateur, tournait autour de Park Soo-jin.
Elle reluquait sa cliente sous tous les angles, le regard plissé derrière ses lunettes, un doigt posé sur ses lèvres pulpeuses.
(Hmm... Ce ne sont pas des épaules si mal faites, au fond. Et avec ce visage affiné par le massage facial...)
« Tourne à gauche », ordonna Yu-ri d'un ton sec.
Soo-jin s'exécuta sagement. La métamorphose était tout simplement stupéfiante. Les cheveux touffus et négligés avaient laissé place à un carré long légèrement ondulé, d'un brun chocolat brillant. Le sweat-shirt informe avait été jeté aux ordures au profit d'une robe ajustée en maille beige qui soulignait une taille que personne ne soupçonnait. Un maquillage léger, effet « peau de pêche », rehaussait la fraîcheur de ses traits.
Soo-jin n'était plus la fille invisible au teint terreux : elle venait de se changer en une véritable beauté fatale, douce mais irrésistible.
« Mon Dieu... », balbutia Soo-jin en se contemplant dans le grand miroir en pied, les larmes aux yeux. « C'est... c'est vraiment moi ? »
« Évidemment que c'est toi », répliqua Yu-ri en ajustant son petit sac à main sur son épaule. « Tu croyais que je faisais du bricolage ? Désormais, tu as la tête d'une femme pour qui un homme ferait des folies. »
C'est à cet instant précis que le téléphone de Yu-ri vibra frénétiquement dans sa main.
Elle jeta un coup d'œil à l'écran, et son sourire hautain s'évapora instantanément.
Président Han (Père).
Un soupir de pur agacement s'échappa de sa gorge. Les relations entre Yu-ri et son père avaient toujours été glaciales. Pour cet homme d'affaires endurci, sa fille unique n'était rien d'autre qu'un pion sur son échiquier financier.
Elle glissa son doigt sur l'écran et porta le téléphone à son oreille d'un geste machinal.
« Oui, père. »
« Tu réponds enfin, déclara une voix grave et dénuée d'émotion à l'autre bout du fil. Je ne vais pas tourner autour du pot, Yu-ri. Vendredi soir, tu as un dîner à l'hôtel Shilla. »
Yu-ri haussa un sourcil parfait, le ton déjà agacé. « Un dîner ? Et avec qui, si ce n'est pas trop demander ? »
« Le fils cadet du groupe Taesan. Il vient de rentrer des États-Unis. Il cherche une épouse présentable, et notre entreprise a besoin de leur soutien pour le nouveau projet immobilier. Ne fais pas d'histoires et sois à l'heure. »
« Un rendez-vous arrangé ? » lâcha Yu-ri avec un petit rire sarcastique, attirant le regard inquiet de Soo-jin. « Tu penses vraiment que j'ai le temps de faire la lecture à un héritier gâté ? Mon cabinet tourne très bien sans...»
« Ce n'est pas une négociation, Yu-ri, le coupa brutalement son père. Tu y vas. Sois parfaite, comme d'habitude. C'est tout ce qu'on te demande. »
La ligne coupa net.
(Ce vieux tyran...)
Yu-ri serra le poing, ravalant sa rage. Accepter ce rendez-vous lui arrachait la rate, mais elle savait pertinemment que refuser de front signifierait des complications administratives sans fin pour son agence. Elle irait à ce dîner, mais elle se promit de rendre la soirée de cet héritier parfaitement mémorable à sa manière.
Elle inspira profondément, lissa sa jupe moulante d'un geste sec et remit ses idées en place. Les affaires de famille attendraient. Pour l'heure, elle avait une mission à accomplir.
« Un problème, Mademoiselle Han ? » demanda timidement Soo-jin.
« Rien du tout. Un simple parasite », répondit Yu-ri en lui adressant un sourire éclatant mais féroce. « Oublions ça. L'opération Capture Lee Do-hyun commence tout de suite. »
Quelques heures plus tard, dans un café huppé du quartier de Gangnam.
La stratégie de Yu-ri était simple mais diabolique : orchestrer une rencontre « purement fortuite ». Lee Do-hyun travaillait dans un cabinet d'architecture à deux rues de là et venait d'y entrer pour sa pause café habituelle.
Assise à une table légèrement en retrait, parée de ses lunettes et de sa tenue incendiaire, Yu-ri supervisait les opérations par oreillette sans fil.
« Il vient de commander son iced americano », murmura Yu-ri dans le micro. « Quand il se retourne pour chercher une table, tu te lèves. Tu laisses tomber ton carnet de croquis juste devant lui. Pas de précipitation, Soo-jin. Du calme, du charisme. »
Soo-jin, installée à une table près de la caisse, prit une grande inspiration. Elle se leva au moment exact où Lee Do-hyun se retournait, son gobelet à la main.
Flop.
Le petit carnet glissa de la main de Soo-jin et s'étala sur le sol, juste aux pieds du jeune homme.
« Ah, désolée... », murmura Soo-jin d'une voix douce, s'agenouillant légèrement avec une grâce exemplaire pour le ramasser.
Lee Do-hyun se baissa immédiatement pour l'aider. « Laissez, je vais... »
Leurs mains se frôlèrent. Lee Do-hyun leva les yeux vers elle... et se figea instantanément.
Le temps sembla s'arrêter dans le café. Ses yeux s'écarquillèrent sous le choc. Devant lui ne se trouvait pas la petite sœur embarrassante en sweat-shirt taché, mais une femme sublime, élégante et mystérieuse qui le fixait avec de grands yeux innocents.
« Soo... Soo-jin ?! » balbutia-t-il, la voix complètement déraillée, manquant de renverser son café. « C'est... c'est toi ?! »
Un léger rougeur teinta les joues de Soo-jin, accentuant encore son charme. « Oh, Do-hyun oppa ? Quelle coïncidence... »
Derrière sa table, Yu-ri observait la scène par-dessus ses verres de lunettes, un sourire triomphant et mesquin dessiné sur ses lèvres. Lee Do-hyun avait littéralement la bouche ouverte, le regard complètement captivé par Soo-jin, incapable de détacher ses yeux d'elle. Il était tombé pieds joints dans le panneau, exactement comme prévu.
(Et voilà), pensa Yu-ri en réajustant son petit sac sur ses genoux. (Encore une victoire écrasante pour Aphrodite.)