Chapitre 82
Chapitre 82
Notre véhicule aérien arriva au centre de recherche d'Autonovus. Des dizaines d'autres véhicules étaient déjà visibles sur la piste d'atterrissage.
Bip.
Depuis la piste, un signal de guidage fut transmis à notre véhicule, indiquant le point d'atterrissage désigné. Une ligne pointillée verte apparut à l'avant de l'appareil.
Ilay manœuvra le véhicule, suivant la ligne de guidage pour se poser.
Chiiiik.
Dès que la porte du véhicule s'ouvrit, un androïde aux yeux vert brillant passa la tête à l'intérieur.
— Bienvenue, Giselle Custoria, Ilay Carthica et Keisa. Je suis Autobot, l'androïde interne d'Autonovus.
Autobot n'était pas un androïde standardisé de l'Empire, mais un modèle aux spécifications indépendantes. Si son buste ne différait pas particulièrement, sa moitié inférieure était unique. Au lieu de jambes bipèdes, il possédait quatre membres, et des roues remplaçaient ses pieds.
Si Autobot avait été un modèle commercial, ses spécifications indépendantes auraient posé des problèmes d'évolutivité et de compatibilité, mais comme il était utilisé exclusivement au sein d'Autonovus, ce n'était pas un problème... ou du moins, c'est ce que Giselle avait expliqué.
— Nous allons maintenant procéder aux procédures de sécurité conformément au règlement interne d'Autonovus. Nous vous demandons de faire preuve de compréhension.
Les yeux lumineux d'Autobot clignotèrent vivement. Une lumière verte en forme de filet balaya Giselle et Ilay. Elle vérifiait si leurs données enregistrées correspondaient à leur identité réelle.
Bip, bip.
À chaque vérification terminée, les yeux d'Autobot passaient au rouge. Cela se produisit deux fois pour Ilay.
— Conformément à notre règlement, nous recommandons à Ilay Carthica de se désarmer.
« Je suis ici en tant que garde du corps. Et... ces gens-là débarquent tout en restant armés. »
Ilay parla en jetant un œil vers un autre véhicule aérien. Comme il l'avait dit, des gardes armés, équipés d'armes à feu et de protections, passaient sans encombre la procédure de sécurité d'Autobot.
— Selon nos critères, un Ilay Carthica non armé est classé comme un facteur de risque de niveau rouge. Ces individus, même lourdement armés, sont classés comme facteurs de risque de niveau vert. Il s'agit d'une évaluation relative, nous vous demandons de faire preuve de compréhension.
Le corps cybernétique d'Ilay était en soi une arme. Comme Autobot l'insinuait, même si tout ce groupe de gardes l'attaquait en même temps, ils ne pourraient pas maîtriser Ilay, même désarmé.
Compte tenu de la différence de capacité de combat, l'évaluation d'Autobot n'était pas déraisonnable.
« ...Très bien. »
— Merci.
Argumenter davantage serait inutile. Ilay retira docilement son équipement de protection et rangea son épée et son pistolet dans le véhicule.
Whiiing.
Le regard d'Autobot se tourna vers moi. La lumière verte en forme de filet me scanna de haut en bas à plusieurs reprises, s'attardant un peu plus longtemps que d'habitude.
« Brouilleur de signal. »
Les capteurs d'Autobot percevraient ma silhouette comme celle d'une femme. C'était parce que j'avais ajusté la valeur de distorsion du brouilleur de signal pour créer cette apparence.
Bien sûr, comme il ne s'agissait que d'une distorsion et d'une interférence au niveau du signal, la supercherie s'effondrerait si je devais retirer mes vêtements. Cependant, personne ne ferait une demande aussi grossière à un « serviteur de la famille Custoria ». Cela équivaudrait à admettre qu'Autonovus ne faisait pas confiance à la famille Custoria.
— Au nom de notre entreprise, nous apprécions votre compréhension et votre coopération.
Autobot dit cela et recula. Son châssis inférieur à quatre roues fit marche arrière avec aisance.
« Ça fait un bail que je n'ai pas marché sans même un pistolet. Ça fait un peu vide. »
Ilay sortit du véhicule, désormais sans encombre. Giselle et moi le suivîmes.
— Le 9e centre de recherche a été établi il y a 21 ans, en commençant par le véhicule d'assaut Salamander...
Autobot poursuivit son discours de guide, mais personne n'écoutait vraiment. Ceux qui étaient intéressés connaissaient déjà ces informations, et ceux qui ne les connaissaient pas n'y portaient aucun intérêt.
Kwaaaang !
Un rugissement mécanique assourdissant éclata au loin. Les personnes présentes sur la piste tournèrent la tête vers la source du bruit.
À l'extérieur du centre de recherche, le terrain était aussi accidenté qu'une montagne rocheuse. Un véhicule à chenilles s'y déplaçait de manière agressive. Son train de roulement s'adaptait avec fluidité au terrain irrégulier, absorbant les chocs au passage. Sa façon de bouger ressemblait presque à celle d'un insecte géant se déplaçant à toute vitesse.
— Pour garantir des performances optimales, même sur les terrains les plus difficiles, nous effectuons nos tests de produits dans les environnements les plus extrêmes de l'Empire.
Ce n'était pas exagéré de parler d'environnement difficile. C'était précisément pour cette raison que le centre de recherche d'une grande entreprise était situé dans une région isolée, loin d'Akbaran. Avec tout le terrain accidenté et non développé aux alentours, c'était un endroit idéal pour les essais.
Autobot nous conduisit au hall d'exposition du centre de recherche. Plus de gens s'étaient rassemblés, beaucoup étant également guidés par d'autres Autobots, créant une foule animée.
« Ah, Giselle ? Tu es là aussi. »
Une noble salua Giselle. D'autres personnes qui la reconnurent s'arrêtèrent également pour dire bonjour avant de continuer leur chemin.
Pendant ce temps, Ilay et moi scannions prudemment les environs, à l'affût de tout individu suspect.
« Ilay Carthica ! Quelle surprise de te voir ici. Je ne pensais pas que tu t'intéressais aux véhicules. »
Cette fois, un homme d'âge mûr s'approcha d'Ilay.
« Je suis ici pour une mission de sécurité. »
Ilay répondit sèchement, rejetant subtilement la conversation.
« Allez, c'est une propriété privée d'Autonovus. Détends-toi un peu. Il y a plein d'autres personnes qui s'occupent de la sécurité à part toi. »
Ilay força un sourire gêné. L'homme d'âge mûr s'accrochait avec insistance, et il n'était pas le seul.
« Le candidat le plus sérieux pour la tête de la famille Carthica. »
Une foule de personnes était impatiente d'engager la conversation avec Ilay. De son point de vue, il était difficile de les éconduire froidement. Dans la société noble, se faire des ennemis inutilement ne pouvait mener qu'à des ennuis.
J'étais le plus à l'aise dans cette situation.
« On dirait que le déguisement fonctionne bien. Personne ne me reconnaît. »
J'observais les gens s'approcher de Giselle et d'Ilay. Certains avaient déjà assisté au banquet des Custoria. Ils me jetaient un coup d'œil en passant, supposant apparemment que je n'étais que l'assistant de Giselle.
Eh bien, qui s'attendrait à ce qu'un fils adoptif prometteur de la famille Custoria soit ici dans cet état ? Même moi, j'avais du mal à y croire.
Mais cela valait la peine d'endurer l'humiliation et la honte. Personne ne me prêtait attention. J'étais complètement en dehors du champ de surveillance et de suspicion.
« Si j'étais Barbara... où tenterais-je de kidnapper Giselle ? »
J'essayais de réfléchir du point de vue de Barbara, mais mon raisonnement comportait trop de failles. Barbara était une spécialiste de la cyberguerre. Son expertise était complètement différente de la mienne.
Il était difficile de prédire comment elle s'y prendrait.
« Environ 40 heures avant notre retour à Akbaran. »
La visite d'Autonovus devait durer deux jours. Le premier jour consistait en des démonstrations de produits dans le hall d'exposition, tandis que le second jour était consacré aux essais sur le terrain.
« Si Barbara passe à l'action, ce sera probablement demain. »
Mais si elle voulait nous prendre au dépourvu, elle pourrait agir dès aujourd'hui.
Je fermai les yeux un instant et rappelai les informations personnelles de Barbara. Normalement, même en tant que superviseur stagiaire, je n'aurais pas accès à des données aussi classifiées, mais Hemillas me les avait montrées pour cette mission. À proprement parler, c'était un abus d'autorité.
« ...Barbara est une Irrégulière parmi les Irréguliers. Non, dire qu'elle est une Irrégulière ne convient pas tout à fait. Elle a été conçue pour ça. »
La Sorcière, Barbara, était un génie au-delà de mes attentes.
Pendant des années, l'Empire avait cherché le candidat idéal pour l'Opération Juliette — un plan visant à infiltrer Némésis avec un hacker d'élite. Barbara était le produit de ce processus de sélection méticuleux.
Selon Hemillas, Barbara était un talent encore plus rare que moi.
« Barbara possède un talent extraordinaire, mais elle souffre d'un trouble de la personnalité et de tendances antisociales. »
De manière choquante, l'Empire était parfaitement conscient de l'état mental instable de Barbara. Mais cette instabilité faisait d'elle la candidate parfaite pour infiltrer Némésis.
Pour recruter une sociopathe comme Barbara, l'Empire avait dû lui offrir une récompense qu'elle ne pouvait refuser.
« Combien d'espions l'Empire a-t-il au sein de Némésis ? »
Kinuan, qui avait longtemps été de mèche avec Némésis, était aussi du côté de l'Empire. Barbara, qu'ils avaient recrutée avec tant de peine, était une autre espionne impériale. En dehors d'eux, il y en avait probablement beaucoup d'autres placés au sein de Némésis par l'Empire.
« Donc même la plus grande organisation terroriste de l'Empire opère sous sa surveillance. »
Non — si j'y réfléchissais bien, la seule raison pour laquelle Némésis pouvait maintenir sa taille était précisément parce qu'elle était sous le contrôle et l'œil vigilant de l'Empire.
Si l'Empire déterminait un jour que Némésis avait échappé à son contrôle... il mobiliserait tous les atouts qu'il avait infiltrés au sein de l'organisation pour l'anéantir. Personne n'échapperait à la purge.
Murmures, murmures.
Alors que j'étais perdu dans mes pensées, notre groupe entra dans le hall d'exposition. L'atmosphère devint rapidement animée.
« Je te l'avais dit, c'est un véhicule à chenilles quadrupède ! Maintenant, donne-moi tes crédits... »
« Ce n'est pas un quadrupède, espèce d'idiot ! »
« Si ce n'est pas un quadrupède, alors... hein ? Hein ? »
Il semblait que certains nobles avaient parié sur l'identité du prototype. Le véhicule dévoilé par Autonovus avait déjoué leurs attentes.
« Le clou de cette exposition publique — un véhicule de marche multi-jambes transformable... Arachne ! »
Un cadre d'Autonovus se tenait sur le podium et fit l'annonce avec fierté.
Whiiing.
Simultanément, les Autobots guides projetèrent des écrans holographiques devant les participants. Les spécifications détaillées de l'Arachne s'affichèrent.
« Dans des conditions normales, il fonctionne avec quatre roues. Sur terrain accidenté, des jambes auxiliaires à haute traction se déploient... »
Avant que les gens n'aient fini de lire, les jambes auxiliaires d'Arachne se déployèrent. Avec celles-ci, il possédait un total de huit jambes.
Arachne était un véhicule capable de changer le nombre de ses jambes en fonction du terrain. Il était conçu à la fois pour la vitesse et la stabilité, mais sa nature transformable signifiait une fiabilité moindre et des coûts plus élevés.
« Un véhicule purement destiné aux riches. »
Il serait difficile de l'utiliser dans l'armée. Sur le champ de bataille, la fiabilité était primordiale. C'était précisément pour cette raison que les armes transformables, sujettes aux dysfonctionnements et aux pannes, étaient rarement prises en considération.
Il y avait huit prototypes exposés, dont Arachne, chacun conçu pour un usage différent. Combien d'entre eux arriveraient réellement à la production de masse, personne ne pouvait le dire.
Whirrr, whirrr.
En dehors d'Arachne, un véhicule robot de construction attira également mon attention. C'était une collaboration avec Roman, une entreprise de robotique. Son buste était un robot humanoïde piloté, tandis que sa moitié inférieure utilisait la technologie de chenilles continues d'Autonovus. Comme le buste possédait deux bras, il pouvait être utilisé à des fins multiples.
Ce type de véhicule robotisé existait déjà, mais selon les murmures de la foule, ses performances et sa réactivité s'étaient grandement améliorées.
Non pas que je comprenne vraiment les détails techniques.
« Avez-vous envisagé de développer un système où seuls les bras du robot sont directement reliés au système nerveux ? »
Giselle posa la question à un chercheur qui se tenait devant le prototype.
« Avec ce niveau de puissance et cette taille, le temps de réponse n'est pas très différent d'une opération manuelle. Pour l'instant, il n'est pas rentable de rechercher et de développer un tel système. De plus, si nous voulons améliorer la liberté opérationnelle, il est préférable d'installer des capteurs qui imitent les mouvements humains. »
« Je vois... C'est logique. »
Giselle semblait très intéressée par l'exposition d'Autonovus. Elle aurait voulu y assister même sans la mission. Elle explorait le hall d'exposition avec enthousiasme, posant des questions au fur et à mesure.
Pendant que Giselle s'amusait, je trouvais l'exposition ennuyeuse. Alors que je scannais distraitement les environs, je remarquai un homme fixant intensément Giselle.
...Ce n'était pas la première fois que nous nous rencontrions. Cela dit, il ne représentait pas une menace non plus. Je laissai échapper un sourire ironique.
« Enrico Lagan. »
Un étudiant de l'Académie Kracia qui avait avoué ses sentiments à Giselle. Grâce à mon petit coup de pouce, il avait été totalement rejeté.
Même maintenant, il observait Giselle de loin avec une expression mélancolique.
« Tu peux la voir à l'académie, et pourtant tu l'as suivie jusqu'ici ? Es-tu vraiment un harceleur... ? »
Enrico n'avait clairement aucun intérêt pour l'exposition d'Autonovus. Il ne regardait que Giselle.
« Hmm. J'en aurais presque de la peine pour lui. »
Il n'avait même pas le courage de saluer Giselle, encore moins de l'approcher.
Non pas que je le blâme. Je me rappelais ce que Giselle lui avait dit à l'époque.
« Je ne m'intéresse pas à toi. Non, ça va au-delà du simple désintérêt — je trouve ta présence inconfortable. J'apprécierais que tu arrêtes de rôder autour de moi sans raison. »
Ses mots glacials devaient être gravés dans le cœur d'Enrico.
Quoi qu'il en soit, l'exposition touchait à sa fin. Des logements avaient été prévus pour les visiteurs. Il semblait que les dortoirs du personnel avaient été libérés pour nous ce soir.
Ce n'est que lorsque nous sommes arrivés dans nos chambres que j'ai réalisé quelque chose d'important.
« Eh bien, je serai dans la chambre d'à côté. Passez une excellente nuit, mesdames. »
Ilay nous adressa un sourire avant d'entrer dans sa chambre. La vue de son sourire me glaça le sang.
« Ah... »
« Hmm. »
Giselle et moi hésitâmes.
...Nous devions partager une chambre. C'était ainsi qu'Autonovus avait attribué les logements. C'était logique — après tout, j'étais son assistant personnel.
C'est vrai. Ce n'était pas un gros problème. Nous étions frère et sœur, même si ce n'était pas par le sang.
Non. C'était un gros problème. Pour être honnête, c'était un vrai souci.
« Lady Giselle, peut-être devrions-nous demander à Autonovus une chambre séparée... »
« De quoi parles-tu ? Bien sûr que nous devons partager une chambre, Keisa. Je ne peux même pas changer mes vêtements correctement sans toi. »
Les mots de Giselle me ramenèrent à la réalité.
C'était la raison même pour laquelle j'étais allé jusqu'à me travestir — pour rester à ses côtés 24h/24 et 7j/7 sans éveiller les soupçons.
L'idiot du jour, c'était moi.
Grincement.
Nous ouvrîmes la porte et entrâmes.
Boum.
La porte se referma derrière nous, nous scellant dans notre propre espace privé.
...Ça allait me rendre fou.