Chapitre 6
Traducteur : FenrirTL
Éditeur : Matt, Greedy
< Chapitre 6 >
La vie d'un cadet de la Garde Impériale durait quatre ans, et nous approchions de la fin de notre deuxième année. À ce stade, une nouvelle promotion nous avait rejoints, et la plupart des instructeurs qui nous avaient formés s'étaient tournés vers eux, se faisant rares à nos côtés.
« Vous deux, vous avez le potentiel pour viser le grade de Centurion. Allez de l'avant pour Sa Majesté l'Empereur et les citoyens de l'Empire. »
Notre instructeur en chef, qui nous avait supervisés ces deux dernières années, nous avait dit cela avant d'être transféré auprès de la nouvelle classe. Par « vous deux », il faisait référence à Ilay et moi.
Dès la deuxième année, la hiérarchie entre les élèves était totalement établie. Tout talent susceptible d'éclore l'avait déjà fait. Nous avions appris toutes les techniques de combat fondamentales. Il ne restait plus qu'à les appliquer sur le terrain.
« Centurion... »
L'organisation de la Garde Impériale était simple. Il y avait un millier de gardes impériaux, répartis en dix centuries, toutes commandées par un centurion en chef. Le Commandant de la garde, le Centurion en chef, était également le Centurion de la Première Centurie.
Les neuf autres centuries étaient divisées selon l'ancienneté et le rôle. Pour un cadet comme moi, ayant achevé sa mécanisation corporelle complète, le premier poste était dans la Dixième Centurie, l'unité de rang le plus bas composée de recrues.
Après avoir acquis de l'expérience dans la Dixième, on pouvait progresser jusqu'à la Cinquième, et au-delà, chacun était affecté à l'une des cinq centuries supérieures selon sa spécialité.
« Si je devenais Centurion de la Dixième, la promotion serait rapide. Cela signifierait être reconnu comme exceptionnel parmi les nouveaux gardes impériaux. »
C'était un poste que tout cadet avec de bons résultats visait.
« Je n'ai pas vraiment d'ambition pour devenir Centurion. Luka, tu veux en être un ? »
Quand nous étions seuls, Ilay parlait avec son ton insouciant habituel.
« Contrairement à toi, je n'ai nulle part où retourner. Si je ne m'élève pas, je coulerai. »
« Avec un dossier de la Garde Impériale, tu seras traité comme une élite partout où tu iras. Tu es dans un endroit qui se fiche de tes origines. Essaie de te détendre un peu. »
Ilay tapota légèrement mon torse de son poing en parlant.
Ilay avait raison. J'avais atteint une position où je pouvais me permettre de souffler. Mais mon anxiété était aussi ce qui me poussait. Ce sentiment permanent de marcher sur un fil... Je ne voulais pas perdre ça.
Soudain, une question sur Ilay me vint à l'esprit.
« Pourquoi Ilay veut-il devenir garde impérial ? »
Ilay était incroyablement doué. Honnêtement, je pensais qu'en termes de talent, il me surpassait. La différence, c'était qu'Ilay ne se poussait pas aussi désespérément que moi. Il semblait prendre tout à la légère, et pourtant, ses résultats étaient similaires aux miens.
*Frouss.*
J'appuyai mes bras et mon dos contre la rambarde. Le jeune maître privilégié sauta sur la rambarde d'un bond.
*Vroum.*
Ilay se tenait sur la rambarde, face au vent. À première vue, cela semblait précaire, mais pour nous, c'était aussi stable que de se tenir sur la terre ferme.
« ...Notre famille, la famille Carthica, est une lignée renommée qui a produit de nombreux généraux de l'Empire. »
Ilay parla comme s'il avait lu dans mes pensées. J'étais déjà habitué à cette façon présomptueuse qu'il avait de s'exprimer.
Ilay Carthica.
Venant d'un orphelinat, je ne pouvais pas saisir toute l'étendue de l'influence des Carthica. Tout ce que je savais, c'est qu'il s'agissait d'une famille prestigieuse.
« Donc, tu dis que la voie du succès t'est ouverte même si tu fais le strict minimum. »
Je lançai cela avec un ricanement. C'était à moitié une blague, mais l'autre moitié était sincère.
Ilay gloussa, puis bondit, effectuant un salto sur l'étroite rambarde. Ses pieds tracèrent un arc parfait dans les airs.
« À l'origine, je voulais être érudit. Un archéologue qui plonge dans les mystères des anciennes civilisations arcaniques. »
« Un archéologue ? »
C'était la première fois que j'entendais parler d'un tel métier. À ma question, Ilay esquissa un sourire léger, presque fantaisiste.
« À Bellato ou Corite, c'est une carrière assez prometteuse. Les civilisations arcaniques ont des secrets infinis à découvrir. »
Je restai silencieux un moment.
Tout comme Ilay avait couvert mon acte de pitié naïf, je m'abstins de rapporter ses propos subversifs à la hiérarchie.
« Si c'est ce que tu veux, alors fonce. »
Après avoir étendu mes sens pour confirmer qu'il n'y avait personne aux alentours, je parlai.
« Dans l'Empire, étudier les civilisations arcaniques sans autorisation est interdit. Et puis, ma famille ne me permettrait jamais de faire autre chose que servir comme soldat. Une maison noble gagne sa réputation en produisant constamment des talents dans un domaine précis. »
Ilay parla comme s'il portait le poids des malheurs du monde, ses yeux remplis de mélancolie.
« Tu dis que c'est triste de ne pas pouvoir faire ce que tu veux ? Quelle plainte de gosse gâté. »
J'étais en colère. Cette fois, c'était sérieux.
Les bas-fonds de la ville étaient remplis de gens qui n'avaient même pas la garantie de survivre chaque jour. Vouloir faire quelque chose était un luxe. Pour eux, le travail qui les maintenait en vie était tout ce qui comptait.
« Tu as raison. Pour toi, mes mots doivent sonner comme une plainte de gâté. Mais pour moi, c'est réel. »
Ilay restait là, imperturbable.
« ...Tu as besoin d'avoir faim et de souffrir un peu plus. »
Je parlai avec mépris. Malgré mes mots durs, Ilay ne broncha pas.
« Ma famille ne connaît pas mon rêve. Tu es le seul à qui je l'ai dit, Luka. »
« Si je rapportais ce que tu viens de me dire, tu serais fini. »
« Mais tu ne le feras pas. Tout comme j'ai gardé ton secret. Cette fois-là, tu as fait preuve de pitié envers un Coritan. »
Ilay s'accroupit sur la rambarde. Il baissa le regard pour se mettre à mon niveau.
Je fronçai les sourcils, étudiant le visage d'Ilay.
« J'ai seulement hésité parce qu'il n'était pas un combattant. Même si tu n'étais pas intervenu, je l'aurais tué à la fin. »
« Le Commandant nous a ordonné de tuer tous les Coritans sur place. Le fait que tu aies hésité signifie que tu es quelqu'un capable de défier les ordres de la hiérarchie. »
« Ne raconte pas n'importe quoi. Je suis loyal envers l'Empire et l'Empereur. Ils ont reconnu mes talents. Les ennemis de l'Empire sont mes ennemis. »
Ilay me regarda, puis remua les lèvres.
« Même si cet ennemi, c'est moi ? »
« Peu importe qui c'est. »
Je parlai avec hostilité. C'était clair maintenant. Ilay Carthica était dangereux. Il y avait une possibilité qu'il devienne un ennemi de l'Empire.
« Luka, si tu allais vraiment au-delà de la loyauté pour atteindre l'obéissance pure, tu essaierais de me tuer en ce moment même. »
Je ne répondis pas aux mots d'Ilay. Je me contentai de le fixer intensément.
Ilay hocha la tête, comme s'il prenait mon silence pour une réponse. Il se pencha en arrière et sauta de la rambarde.
En regardant en bas, je vis Ilay atterrir sans effort depuis le troisième étage.
« Quel idiot imprudent... »
Je marmonnai en regardant la silhouette d'Ilay s'éloigner.
Il ne manquait rien à Ilay — statut, talent, tout ce qu'on pouvait envier — et pourtant, il courait après quelque chose d'étrange.
« ...Tu finiras mort à ce petit jeu, idiot. »
Je soupirai malgré moi.
* * *
Pour les cadets en troisième année, après la formation de base, c'était un cycle continu d'opérations réelles. C'était aussi une période où les pertes augmentaient.
*Clac, clac !*
La pluie tombait sans relâche. Ilay, trois autres cadets et moi-même enfoncions nos capuches imperméables alors que nous nous frayions un chemin à travers la forêt dense.
Cinq cadets marchaient en silence sous la pluie.
Notre mission était la reconnaissance. En tant que cadets, nous devions accomplir toutes sortes de missions mineures pour accumuler des expériences diverses. Quelqu'un sans expérience de terrain ne ferait, à l'avenir, que débiter des théories irréalistes derrière un bureau une fois aux commandes.
Pour les soldats, et surtout pour les commandants, l'incompétence et l'ignorance étaient les plus grands péchés.
*Frouss.*
Je levai la main pour signaler une pause.
Nous nous rassemblâmes sous un arbre pour nous abriter. L'un des cadets, en manque de sommeil, ferma les yeux et tomba rapidement dans un sommeil profond. Le contrôle du sommeil était aussi l'une des techniques de combat que nous avions apprises.
*Crounch, crounch.*
Tout en mâchant une barre de ration, je scrutai les environs. Avec la pluie tombant la nuit, la visibilité était mauvaise. La forêt, fouettée par le vent et la pluie, se balançait de manière inquiétante, comme si elle pouvait nous dévorer.
« Quelque part là-dehors, un garde impérial en armure de Légion veille sûrement sur nous. »
Même s'il s'agissait d'une opération réelle, cela faisait toujours partie de notre entraînement. Si nous rencontrions des ennemis au-dessus de nos capacités, la Garde Impériale interviendrait.
« L'utilisateur de Force la dernière fois... le commandement a dû juger qu'il était à notre portée. Et c'est ce qui s'est avéré. »
Si Ilay n'avait pas été blessé en premier, lui et moi aurions suffi à gérer cet adversaire. Si nous avions coordonné nos attaques, nous nous en serions débarrassés facilement.
« Cette mission est une mission de reconnaissance. »
Je fermai les yeux, passant la mission en revue dans mon esprit.
L'endroit où nous pénétrions était une zone neutre inexplorée. Elle n'était encore sous le contrôle de personne. Quiconque nous croiserions ici pourrait être considéré comme un ennemi.
« Ilay n'est pas dans son état normal. »
Je détournai le regard, observant Ilay alors qu'il buvait de l'eau. Son visage ne montrait aucun signe de fatigue ; au contraire, il semblait visiblement excité.
« Est-il vraiment si enthousiaste juste à l'idée de voir une ruine arcanique ? »
Les ruines arcaniques étaient la cible de cette mission de reconnaissance. Le site était entouré d'ondes qui interféraient avec la surveillance, nous devions donc effectuer une inspection sur place.
*Frouss.*
Je me levai en tapotant l'épaule d'Ilay. C'était à notre tour de monter la garde.
« N'est-ce pas incroyable ? Il y avait des civilisations qui exploraient les étoiles avant même que nous, humains, n'existions. »
Ilay bavardait avec excitation. Je ne pouvais pas partager sa fascination et me contentai de hausser les épaules.
L'ancienne civilisation arcanique.
Je n'en connaissais que les bases. J'avais entendu dire que c'était une civilisation qui s'étendait sur tout l'univers dans un passé lointain. Des traces subsistaient partout où l'on allait dans l'espace.
« Je me fiche de l'arcanique ou de je ne sais quoi. Ce ne sont que des gens morts il y a des lustres. »
Malgré ma réaction négative, Ilay ne parut ni déçu ni offensé.
« Luka, c'est grâce au passé que nous avons le présent. Et ces archives nous permettent de prédire l'avenir. »
Même si Ilay expliquait cela comme si c'était profond, cela ne résonnait pas en moi. Il ne semblait pas non plus vouloir me faire comprendre.
Après nous être reposés et avoir récupéré, nous nous préparâmes à repartir. Juste avant de nous mettre en route, l'un des cadets s'approcha de moi.
« Claude Ramoness. »
La famille Ramoness n'était pas aussi influente que la famille Carthica, mais c'était tout de même une lignée notable. Même en venant des rangs les plus bas, ma vie de cadet parmi les héritiers nobles m'avait appris les subtils équilibres et les structures de pouvoir au sein des familles nobles.
« Luka, j'ai une sœur cadette. »
Claude Ramoness aborda le sujet de nulle part. Je penchai la tête, perplexe.
« Et alors ? »
« Si tu n'es engagé avec personne, j'aimerais te présenter ma sœur. »
« Je suis un gosse d'orphelinat. »
Il n'y avait pas un seul cadet qui ne connaisse mes antécédents.
« Que tu viennes d'un orphelinat ou d'une famille noble, nous finirons tous comme gardes impériaux de toute façon. Qui sait ? Tu pourrais même être mon supérieur un jour. »
Je regardai le visage de Claude. Il ne plaisantait pas, et il ne parlait pas non plus avec désinvolture.
« Il est sérieux. »
C'était une proposition soudaine, mais d'une certaine manière, je la comprenais.
Venant d'un orphelinat, je n'avais aucun lien avec des affaires politiques complexes. Ilay avait mentionné une fois que certaines familles pourraient apprécier mon passé sans attaches.
« Je ne pense pas que ce soit une mauvaise offre. Je sais que tu es proche d'Ilay, mais il ne reste plus de femmes dans la famille Carthica. »
« ...Je n'ai jamais pensé à rien de tel auparavant. Et puis, nous sommes en mission. »
Je fis une pause avant de répondre.
« Je ne te demande pas de répondre tout de suite. Réfléchis-y simplement. »
Claude hocha la tête et recula.
Ilay, qui avait entendu ma conversation avec Claude, me donna un coup de coude.
« Tu es plutôt populaire, Luka. »
« La ferme. »
Nous continuâmes à avancer vers les ruines. À mesure que nous approchions du centre de la forêt, des restes de structures métalliques partiellement détruites commencèrent à apparaître.
« Alors c'est ça... un site arcanique... »
Ilay scrutait les environs, s'approchant de l'un des piliers brisés.
*Vmm.*
Lorsque la main d'Ilay toucha le pilier de métal argenté, une faible lumière bleue ondula depuis le point de contact avant de se dissiper.
« Cette structure a des millions d'années, et pourtant elle a encore une réponse énergétique. »
Ilay ne pouvait cacher son émerveillement.
« ...Ilay, nous sommes en mission ici. »
Je fronçai les sourcils.
« Oh, désolé. »
Pendant un instant, il sembla qu'Ilay avait complètement oublié la mission. Son visage était rempli d'émerveillement, ouvert et sans méfiance, comme celui d'un enfant.
C'était la première fois que je voyais cette facette de lui.
*Vroum.*
Je fis signe de réorganiser la formation. Nous avions prévu d'examiner la structure et l'ampleur des ruines arcaniques, puis de faire demi-tour.
Et s'il se trouvait des artefacts à récupérer, nous devions les collecter immédiatement.
En silence, nous nous déplaçâmes entre les abris offerts par les murs brisés. Les routes argentées se ramifiaient dans toutes les directions, convergeant vers ce qui semblait être le centre des ruines.
« Claude, par ici. »
Je fis signe à Claude. Normalement, j'aurais fait équipe avec Ilay en tant qu'éclaireur principal, mais il semblait trop distrait aujourd'hui pour être fiable.
Les autres cadets étaient en position derrière des piliers et des murs, fusils prêts. Sous leur couverture, Claude et moi approchâmes des ruines.
*Viiing.*
J'activai mon œil mécanique droit, tentant d'analyser les environs. Cependant, les ondes énergétiques uniques des ruines dévièrent la tentative d'analyse. Ma paupière palpita alors qu'une chaleur commençait à se propager depuis mon front.
*Crac.*
Un bruit étrange provint de devant. Claude et moi retînmes notre souffle, avançant lentement et prudemment.
« Il y a quelque chose devant nous. »
À l'intérieur des ruines se dressaient six piliers massifs. Au centre se trouvait un piédestal qui ressemblait presque à un autel.
J'écarquillai les yeux.
*Grincement, craquement.*
Au-dessus du piédestal, un cube flottait, tournant dans les airs. Il faisait environ la taille d'une tête humaine, et à chaque rotation, la couleur de ses faces changeait. Un bruit continu d'engrenages semblait résonner de l'intérieur, comme si des mécanismes s'imbriquaient.
Et sous ce cube se tenait quelqu'un. Au moment où je l'identifiai, mon visage se figea puis se crispa.
« Merde... »
Chaque nerf de mon corps était à vif. Mon instinct et ma raison hurlaient au danger.
Si l'Empire avait la Garde Impériale... alors la Sainte Alliance Corite avait les Paladins. L'un de ces Paladins se tenait juste devant nous. Je l'identifiai instantanément rien qu'à son armure.
L'armure élaborée, ornée de détails fins, était un mélange de bleu et de blanc. Des armes de mêlée, comme une lance et une épée, étaient attachées à son dos et à sa taille. Son visage était dissimulé sous un casque baissé.
*Vmm.*
Le Paladin Corite tourna la tête. Une lumière bleue vacilla sous son casque. Son regard était fixé directement sur nous.
*Vroum !*
Le Paladin fit un geste. La lance sur son dos brilla d'une lumière bleue, s'élevant dans les airs d'elle-même. La lance resplendit comme si la lumière l'engloutissait.
Cette lumière brillante était paradoxalement glaciale. Nous savions instinctivement que c'était dangereux. Les Paladins Corites étaient des maîtres inégalés des capacités de Force.
« Clau—... »
Je ne pus finir ma phrase. Tout se passa en un instant. Juste au moment où la lance disparut, elle passa en sifflant devant moi.
*Crounch !*
La pointe de la lance transperça directement la tempe de Claude. La lance traversa son corps, l'empalant, avant de s'incruster dans un pilier.
Claude était mort.
...Et j'étais le prochain.