Chapitre 5
Traducteur : FenrirTL
Éditeur : Matt, Greedy
< Chapitre 5 >
Cet utilisateur de la Force a eu un impact profond sur moi.
Mon dos, fracassé par l'explosion, était en ruines, sans la moindre parcelle intacte. Mon bassin et mes articulations de la hanche, endommagés par les manœuvres à haute vitesse, étaient devenus noirs de nécrose.
Pour un citoyen de basse classe, c'était une blessure grave. Une peau artificielle faite de fibres synthétiques, des alliages de qualité militaire pour remplacer les os... Rien que ça coûterait une fortune. Si je n'avais pas été cadet dans la Garde Impériale, je doute que j'aurais pu rembourser une telle dette, même après une vie entière de labeur. Pour ce niveau de blessure, une famille de basse classe abandonnerait tout traitement et demanderait l'euthanasie.
Heureusement, en tant qu'orphelin, j'avais le soutien solide de la Garde Impériale en guise de famille. Le temps que je sombre plusieurs fois dans l'inconscience sous anesthésie, l'opération était terminée.
« Hmm. »
Je me suis retourné pour me regarder dans le miroir. La peau artificielle adhérait parfaitement à mon dos. Seules de fines cicatrices, semblables à des tracés de cartes, restaient visibles, alignées de manière irrégulière.
« Le médecin a dit qu'une fois l'intégration terminée, les coutures ne se verraient plus du tout. »
Bien qu'il n'ait pas été nécessaire d'obtenir un résultat aussi impeccable, le soin apporté à l'opération était évident.
Grincement.
J'ai tendu la main vers la table et affiché mon schéma corporel en hologramme. Les articulations et les os remplacés par du métal brillaient d'un bleu vif. Ils semblaient pouvoir tenir un siècle.
« C'est un corps que je finirai par jeter de toute façon... »
Dans quelques années, j'aurais un corps entièrement mécanique. Ma chair naturelle était comme une dent de lait : quelque chose à utiliser temporairement avant d'être mis au rebut. Si je l'avais dépensée avec autant de détermination que maintenant, je ne pouvais rien demander de mieux.
« Quoi qu'il en soit, j'ai survécu. »
J'ai laissé échapper un soupir en m'asseyant au bord du lit. Les derniers instants de l'utilisateur de la Force repassaient en boucle dans mon esprit.
« L'utilisateur de la Force a retenu son attaque à la fin. Il ne m'a pas tué. »
Peu importe le nombre de fois où j'y pensais, j'arrivais à la même conclusion. Il m'avait laissé vivre. Il avait scruté mon visage, puis avait retiré sa main avec un sourire amer.
« J'ai aussi essayé d'épargner le gamin Coritan. Mais c'était parce qu'il n'était pas un combattant, incapable de me tuer. »
Il m'était difficile d'oublier les derniers mots de l'utilisateur de la Force. Il m'avait regardé et m'avait traité de gamin.
« Je suis déjà un guerrier, un soldat. Si tu m'as épargné simplement parce que j'étais un gamin... tu es un imbécile. »
Cela m'exaspérait. S'il y avait eu le moindre moyen, j'aurais voulu le ramener à la vie pour l'affronter une fois de plus.
« Grâce à la pitié pathétique de ce vieillard, j'ai survécu. »
Je ne voulais pas l'admettre. Mais que cela me plaise ou non, c'était la vérité. Une vérité immuable, gravée dans le marbre.
Je ne crois pas en l'au-delà, mais s'il existe un monde après la mort, j'espère qu'il m'observe depuis là-bas.
« Je vais tuer encore plus de Coritans à l'avenir. Regarde ton propre peuple mourir de ma main et regrette-le, même depuis l'au-delà. »
C'était ma vengeance. Je ne referais jamais la même erreur que lui.
* * *
J'ai passé un mois entier à courir et marcher dans un réservoir rempli de liquide cicatrisant, chargé de micro-courants. Je me sentais totalement rétabli, pourtant le médecin refusait toujours de signer mon rapport de sortie.
Un autre mois s'est traîné ainsi. Le liquide dans le réservoir était bleu, un bleu d'une pâleur déprimante !
Pour ne rien arranger, sa texture était désagréablement collante. Passer des heures chaque jour à marcher et courir là-dedans me donnait l'impression de perdre la raison.
J'ai commencé à me dire que je préférerais être poignardé ou abattu plutôt que de subir ça. Ces deux derniers mois, je n'étais rien de plus qu'un rat courant dans une roue.
« J'ai besoin d'un suivi psychiatrique. »
Je me suis adressé au Commandant de la Garde Impériale via l'écran holographique. Il m'a regardé avec une expression perplexe.
-Es-tu traumatisé par ta blessure ? Ça ne te ressemble pas...
« Non, ça n'a rien à voir avec le combat. »
J'ai secoué la tête vivement. En tant que simple cadet, je ne devrais pas contacter le Commandant pour ce genre de chose. Mais j'étais à bout.
« Si je passe un seul jour de plus ici... je vais attraper le médecin par la tête et le foutre dans le réservoir. Ce n'est pas une blague. »
Le Commandant a éclaté d'un grand rire dès qu'il m'a entendu. Il a ri longuement avant de finalement parler.
-Un suivi psychiatrique n'est pas nécessaire. Tu es parfaitement normal.
Le lendemain, un membre de la Garde Impériale est venu me chercher. Mon médecin traitant avait l'air mécontent, mais il a signé les papiers que le garde lui a tendus.
Un coup d'œil à l'uniforme du garde suffisait à le reconnaître de loin. Son manteau noir à doublure cramoisie pesait lourdement, balayant presque le sol à chacun de ses pas. Sur sa poitrine, l'insigne doré d'une épée était brodé.
Boum.
Le garde qui m'avait escorté hors de l'hôpital s'est arrêté. Il m'a regardé de haut, son regard fixe. J'ai vu ses épaules et son bras bouger légèrement.
Ça arrivait.
Vlan !
Le poing lourd du garde s'est abattu sur mon abdomen. Je me suis plié en deux, gémissant. J'avais l'impression que mes entrailles se tordaient.
« Tu sais pourquoi tu prends ça, n'est-ce pas ? »
Le contour des pupilles du garde brillait d'une lueur rouge.
« J'ai outrepassé mes droits. »
J'ai réussi à articuler une réponse. L'impact rendait ma respiration difficile.
« Bien. Si tu avais dit que tu ne savais pas, je t'aurais passé à tabac et renvoyé à l'hôpital. »
Un simple cadet avait fait une requête personnelle au Commandant de la Garde Impériale. Je n'ai pas cherché d'excuses. En vérité, il n'y avait rien à justifier : je le méritais, tout simplement.
« ...Merci. »
J'ai croisé mes mains derrière mon dos, exposant mon torse. S'il y avait d'autres coups à prendre, j'étais prêt.
Le garde, voyant ma posture, a esquissé un léger sourire, relevant à peine le coin de ses lèvres.
« Assure-toi de devenir un Garde Impérial, Luka. Je pense que t'entraîner en vaudra la peine. »
Il a dit cela en posant une main sur mon épaule.
* * *
Deux jours s'étaient écoulés depuis mon retour sur le terrain d'entraînement. Pouvoir bouger à nouveau mon corps me faisait me sentir vivant.
« Alors, ça fait quoi de revenir d'entre les morts ? »
Ilay a lancé cela en soulevant un haltère de cent kilos d'une seule main. Pendant les temps libres, beaucoup de cadets se rassemblaient sur le terrain.
« C'est l'hôpital qui se fout de la charité. Tu as failli y passer aussi. »
J'ai répondu tout en faisant des pompes en équilibre sur les mains. Ilay avait également été pris dans l'explosion de la Force et avait subi des blessures considérables.
Maintenant un équilibre précaire, j'ai poussé sur mes bras. En tournoyant dans les airs, j'ai atterri en douceur. Par chance, même après deux mois de repos, mes réflexes ne s'étaient pas émoussés. J'étais prêt à reprendre l'entraînement immédiatement.
Même avec des implants cybernétiques à la puissance prédéfinie, l'entraînement était crucial, non pas pour le développement musculaire, mais pour la coordination et la réactivité du système nerveux.
Un civil non entraîné ne pourrait pas contrôler une armure mécanique complète assez bien pour en exploiter les performances, et il arriverait à peine à gérer ses propres mouvements. Il ne pourrait même pas me vaincre dans mon état naturel. Un corps que l'esprit ne peut suivre ne mène qu'au désastre.
En particulier, nous avions subi des traitements chimiques pour optimiser nos systèmes nerveux et complété un entraînement quotidien rigoureux pour nous préparer à l'utilisation éventuelle de l'armure mécanique complète, la Légion.
« ...Le Commandant devait savoir que l'utilisateur de la Force était là. Il est juste resté silencieux et nous a mis à l'épreuve. »
Ilay a fait remarquer cela en lançant un coup de poing tout en tenant toujours l'haltère. Son bras a accéléré et il a commencé à boxer dans le vide avec le poids de cent kilos, le moteur de son bras cybernétique rugissant intensément.
« Pas de pertes, donc c'est suffisant. Monte ici, Ilay. »
J'ai parlé nonchalamment en montant sur le ring de combat.
« Luka, mon bras a été complètement détruit dans le combat, alors j'en ai installé un meilleur. Tu penses pouvoir gérer ? »
« Tu parles beaucoup. Tu as remplacé ton bras ou ta langue ? »
J'ai agité mon index pour le provoquer. Ilay a jeté l'haltère de côté et a sauté sur le ring avec aisance.
« Luka, tu ne trouves pas ça un peu étrange qu'il n'y ait eu aucun mort ? »
Il a pris une posture de combat devant moi tout en parlant.
« On dirait que tu regrettes qu'il n'y ait pas eu de victimes ? »
J'ai répliqué en lançant un coup de poing léger. Ilay a incliné la tête en arrière, l'esquivant facilement.
Vlan !
Nous avons échangé des coups de poing et de pied en succession rapide. Nous nous échauffions seulement, bougeant assez lentement pour nous esquiver. Bien sûr, « lentement » était un terme relatif. Si l'un de ces coups portait, il aurait assez de force et de vitesse pour briser des os.
« Ce n'est pas ce que je veux dire. Cet utilisateur de la Force aurait pu me tuer, je pense. Il a délibérément gardé ses distances et déclenché l'explosion. C'est pour ça que j'ai survécu, et les autres cadets pris dans le souffle aussi. »
En entendant les mots d'Ilay, je n'ai pas pu contenir l'irritation qui bouillonnait en moi. À quel point cet utilisateur de la Force avait-il été faible ? Il voulait seulement nous soumettre, pas nous tuer.
« C'est pour ça qu'il a fini par tomber de ma main ! »
J'ai laissé ma colère augmenter la vitesse de mes coups. Ilay a réagi rapidement, déviant mon poing sur le côté.
« Hé, tu essaies de m'éclater la gueule ? »
Ilay a grogné devant l'augmentation soudaine de rythme.
« J'ai toujours voulu aplatir cette tête de vainqueur que tu te trimballes. »
« On dirait que j'ai élevé un petit tigre. »
Il y avait une pointe d'amusement dans le sourire détendu d'Ilay.
« Oh, s'il te plaît, qui élève qui ? Maintenant, allons-y à fond, Ilay. »
J'ai fait une pause, prenant une profonde inspiration et me concentrant. J'ai visualisé l'élargissement de la bande passante de mon système nerveux. Des signaux électriques et des produits chimiques ont déferlé à travers les voies neuronales étendues, connectant mon cerveau et mon corps en une synchronisation parfaite.
Je pouvais voir les pores de la peau d'Ilay avec ma vision accrue. Je pouvais même entendre les battements de son cœur dans mes oreilles. Mon odorat était devenu si aiguisé que je pouvais probablement deviner ce qu'il avait mangé au petit-déjeuner.
Ilay, lui aussi, avait fini d'activer son corps. Ses yeux brillaient d'une faible lueur, comme s'il pouvait voir à travers moi.
Le fracas sur le terrain d'entraînement s'est arrêté. D'autres cadets s'étaient rassemblés pour regarder le match entre Ilay et moi.
Mains et pieds bougeaient dans un flou. J'ai aiguisé mes sens, esquivant et déviant les attaques d'Ilay. Il faisait de même. Les transitions entre l'attaque et la défense se produisaient si rapidement qu'il était difficile de dire qui avait l'avantage.
Eeeee—
Un son aigu, que seul moi pouvais entendre, résonnait dans mes membres. Maintenant que nous étions entrés dans un combat à haute vitesse, j'approchais rapidement des limites de mon corps mécanique. Mes mouvements commençaient à ralentir, juste un peu. Je devais soit m'arrêter là, soit mettre fin à ce match de manière décisive.
« On dirait qu'Ilay a vraiment amélioré son bras avec quelque chose de mieux. »
Le bras d'Ilay bougeait toujours à pleine vitesse. J'ai ouvert mon poing tendu, tentant de saisir son bras.
Grincement !
Mes doigts se sont accrochés au bras d'Ilay. En tirant dessus, je l'ai déséquilibré.
Succès. Ilay a vacillé. L'ouverture était brève, mais pour moi, c'était largement suffisant.
Boum !
J'ai balayé sa jambe et me suis glissé sur le côté.
Boum !
Ilay est tombé et a levé les yeux vers moi. J'ai agité ma main, qui avait commencé à fumer.
Les cadets qui regardaient ont laissé échapper de faibles exclamations et des halètements d'admiration. Ils pouvaient tous voir que j'avais renversé la situation grâce à un peu de vivacité d'esprit.
« Je pensais gagner cette fois... »
Ilay haletait, riant. Quand il s'agissait de combat au corps à corps, j'avais toujours l'avantage.
« Si devenir plus fort était aussi simple que d'ajouter de meilleures pièces, pourquoi se donner tout ce mal ? »
J'ai tendu une main vers Ilay, toujours au sol.
Ilay a pris ma main, se levant tout en fixant son regard sur moi. Son sourire, d'ordinaire stable, a faibli un instant.
Il a commencé à parler avec prudence.
« Luka, à ce moment-là, tu... »
Sentant les regards des autres cadets, Ilay s'est interrompu. Même sans qu'il finisse, je savais ce qu'il allait dire. Je me demandais pourquoi il ne m'avait pas posé la question plus tôt.
« Il veut probablement savoir pourquoi j'ai essayé de laisser partir ce gamin Coritan... »
Grâce à Ilay, j'avais réussi à masquer mon erreur. Sa balle avait traversé la tête du gamin Coritan au lieu de ma lame. Je me souvenais encore de ce moment avec une clarté parfaite.
« C'était une erreur. Ça n'arrivera plus. »
J'ai répondu rapidement.
En entendant mes mots, Ilay a plissé les yeux, esquissant un sourire légèrement forcé. À présent, je pouvais lire ses expressions assez bien pour comprendre ses émotions.
...Très probablement, Ilay ne cherchait pas ce genre de réponse toute faite. Il restait aussi indéchiffrable que jamais.