Chapitre 31
Traducteur : FenrirTL
Éditeur : Greedy
< Chapitre 31 >
Dès mon arrivée à l'Académie Royale Accretia, j'ai senti les regards se braquer sur moi. Les étudiants qui arpentaient le terrain d'aviation me fixaient. Leurs yeux trahissaient une curiosité silencieuse.
« Ils doivent se demander pourquoi Giselle Kusthoria et moi débarquons ensemble. »
La famille Kusthoria était l'une des lignées les plus renommées de l'Empire. Giselle, fille du chef de famille, était sans aucun doute une figure de proue de l'académie.
« La couleur d'identification des étudiants de l'académie est le violet, à faible saturation. »
Giselle, qui marchait devant, a parlé sans même me regarder. Elle a tapoté son terminal à quelques reprises.
Bzzt.
Un léger courant a parcouru le manteau de Giselle. La fonction électrochrome s'est activée et son vêtement a viré au violet. Maintenant que j'y pense, bien que le style des tenues des étudiants varie, le thème récurrent était la couleur violette.
« Hmm, la couleur est plutôt sympa. »
J'ai haussé les épaules en parlant. L'uniforme de cadet de la Garde Impériale était d'un gris terne.
« Pas de fonction de changement de couleur ? »
Cette demoiselle semblait supposer que chaque vêtement était doté d'une telle option.
« Les cadets n'ont pas besoin de ce genre de choses. »
« ... Je ne m'attendais pas à ce que tu sois aussi peu préparé. »
« Eh bien, j'en suis désolé. »
J'ai répondu avec nonchalance. L'expression de Giselle est devenue indignée face à ma réponse creuse. Observer sa réaction était assez amusant.
Peu importe à quel point une noble peut être fière, elle n'oserait jamais défier ouvertement son extraordinaire père. C'est pourquoi, bien qu'elle fût manifestement irritée, elle remplissait silencieusement son rôle de guide.
« Suis-moi. Je vais t'emmener au dortoir où tu logeras pour le moment. »
J'ai suivi Giselle, observant l'intérieur de l'académie tout en marchant.
« L'Académie Royale Accretia... »
J'ai réalisé une fois de plus que j'étais désormais au même niveau que des individus issus de milieux prestigieux. Contrairement au camp d'entraînement désolé, l'aménagement paysager ici était impeccable. En traversant le jardin, j'ai remarqué une statue imposante du premier empereur. Sous celle-ci figurait une inscription élogieuse.
Louez Dino Accretia, le fondateur de l'Empire — le premier Empereur, le Père de la Nation, le Gardien de l’Humanité.
J'ai détourné le regard. Chaque étudiant qui passait était équipé de prothèses de haute qualité. Ce n'était pas seulement leur puissance énergétique qui les rendait haut de gamme ; leur conception était exquise. Certaines étaient faites sur mesure, si exclusives que même leurs noms de modèles n'étaient pas identifiables. Il était impossible d'estimer leur coût.
Les prothèses de ces étudiants aristocrates n'émettaient pas le bruit mécanique habituel. Leur peau artificielle était si méticuleusement travaillée qu'elle imitait chaque détail, jusqu'aux glandes sudoripares. Même sur un étudiant faisant de l'exercice torse nu, aucune couture n'était visible sur son épaule.
J'ai aperçu un visage familier en traversant le terrain d'exercice. Au même moment, il m'a vu aussi.
« Ah, Luka ! »
C'était un cadet de la Garde Impériale envoyé ici, tout comme moi. Il s'appelait Felix Eigen. La famille Eigen était également une lignée renommée. Peut-être était-ce pour cela que Felix semblait connaître pas mal de monde à l'académie.
Entouré de connaissances, Felix s'est dirigé vers moi, semblant vouloir discuter.
J'ai jeté un coup d'œil à l'expression de Giselle. Elle restait immobile, le visage impassible, attendant simplement. Il semblait qu'elle avait également reconnu le statut de Felix Eigen et n'avait pas l'intention d'interrompre notre conversation.
« Giselle Kusthoria, je crois que nous nous sommes déjà rencontrés. Je suis Felix Eigen, cadet de la Garde Impériale dans la même classe que Luka. Puis-je avoir un mot avec Luka un instant ? »
Felix a posé une main sur sa poitrine et s'est légèrement incliné. Son attitude polie a incité Giselle à répondre avec la même courtoisie.
Giselle s'est mise à l'écart, nous laissant un peu d'espace et de distance. J'ai moi aussi ressenti un soulagement.
« Que la demoiselle de la famille Kusthoria te colle d'aussi près, je suppose que les rumeurs sont vraies. »
« Ne commence même pas. Honnêtement, j'aurais préféré venir seul. Quelles rumeurs ? »
J'avais une vague idée, mais j'ai posé la question quand même.
« La rumeur selon laquelle le Commandant de la Garde te réserve un traitement de faveur. Maintenant, il le rend évident, allant jusqu'à placer sa fille à tes côtés. »
« Difficile de croire qu'elle est la fille du Commandant, vu à quel point elle est indisciplinée. Elle me manque de respect depuis le premier jour. Si nous étions à l'extérieur, je lui aurais déjà cassé le nez. »
À mon grognement, Felix a éclaté d'un rire franc. Lui et moi n'étions pas particulièrement proches.
Mais nous avions passé trois ans ensemble en tant que cadets. Nous avions enduré d'innombrables épreuves et, parfois, nous nous étions confié nos vies. C'est pourquoi les cadets de la même promotion partageaient un lien qui transcendait leurs origines, nous permettant de parler librement.
« Je ne m'attendais pas à ce que tu sois envoyé à l'Académie Royale Accretia. Cet endroit est différent du camp d'entraînement de la Garde Impériale, donc tu vas forcément faire face à beaucoup de situations inconfortables. Il n'y a pas que Giselle qui te montrera de l'hostilité. »
Felix faisait indirectement référence à mes origines. C'était un conseil raisonnable, dénué de malice ou de dédain, purement bien intentionné. Parmi mes pairs, aucun ne m'avait jamais méprisé pour mes origines.
Cependant, à l'Académie Royale Accretia, il y aurait sans aucun doute une flopée d'idiots qui essaieraient de me rabaisser à cause de mon passé. Je m'y attendais.
« Je ne voulais pas venir non plus, mais c'était un ordre. »
« Un ordre est un ordre, j'imagine. Pourtant, c'est étrange qu'ils t'aient envoyé ici. Mais si on regarde les choses sous cet angle, ça a du sens. Le Commandant de la Garde veut probablement que tu t'exposes à la société aristocratique — pour ton avenir. Après tout, les gens avec qui tu traiteras un jour seront pour la plupart des nobles. »
L'intuition de Felix était fine. La plupart de ses déductions étaient correctes. Le Commandant de la Garde avait effectivement l'intention de m'aider à m'adapter à la société aristocratique.
« Haha, ou peut-être que le Commandant de la Garde voulait juste me voir galérer dans des situations difficiles. »
J'ai essayé d'en rire. Felix a souri et m'a tapoté l'épaule.
« Ne te fais pas d'illusions. Peu importe la sévérité du Commandant de la Garde, il chérit toujours sa fille. Après tout, Giselle Kusthoria te colle de près. Qui sait, il prévoit peut-être même de faire de toi son gendre. »
Le raisonnement de Felix était presque exact. Il existait un accord secret entre le Commandant de la Garde et moi. En échange de la surveillance de Kinuan, je serais intégré à la famille Kusthoria.
« Quoique, pas en tant que gendre, mais en tant que fils adoptif... »
Si j'imaginais le scénario de devenir un gendre, je ne supporterais pas quelqu'un comme Giselle. Ma personnalité n'était pas exactement douce, alors si ma conjointe avait un tempérament encore pire, quelle vie ce serait ? Rien que d'y penser, c'était horrible.
« Luka, alors, tu te diriges vers le dortoir de l'académie ? »
A demandé Felix avec une pointe d'inquiétude dans la voix.
« Il se passerait quelque chose de grave si j'allais au dortoir ? »
« Pas vraiment... mais si tu préfères, tu es le bienvenu chez moi au lieu du dortoir pendant ton séjour ici. J'ai une maison à Akbaran et je fais la navette en véhicule aérien. »
J'ai compris ce que Felix insinuait.
« Ah, donc le dortoir est l'endroit où logent les étudiants pauvres. »
« Exactement. C'est là que finissent les faux-nobles et ceux issus des classes inférieures. C'est pourquoi les autres étudiants ne voient pas le dortoir d'un bon œil. »
Même si je savais que Giselle attendait, j'ai poursuivi ma conversation avec Felix. Il m'a fourni des informations bien plus précieuses que Giselle, qui était techniquement censée être mon guide.
De plus, je n'avais aucune intention de m'attirer les faveurs de Giselle. Tant que Felix était là, elle n'oserait pas écourter notre conversation.
La situation du dortoir était simple. C'était un endroit où les étudiants issus des classes inférieures, dont le talent avait été reconnu, et les héritiers de familles nobles déchues séjournaient par nécessité. Leur situation financière ne leur permettait pas de se loger dans les zones de la haute société.
J'ai posé mon menton sur ma main et j'ai réfléchi un instant avant de secouer la tête.
« ... Merci pour l'offre. Mais au contraire, ça m'a rendu plus déterminé. Le Commandant de la Garde ne m'aurait pas envoyé ici en s'attendant à ce que je vive confortablement. »
« Je me doutais que tu refuserais. Je ne l'ai dit que pour marquer des points auprès de toi. »
Felix s'est retiré sans protester. Lui, comme le reste de mes pairs, comprenait bien ma personnalité.
Après avoir discuté un peu plus avec Felix, j'étais sur le point de prendre congé. Felix a généreusement partagé toutes les informations dont j'aurais besoin pour naviguer dans la vie à l'académie. J'avais le sentiment qu'à la fin de cette mission, lui et moi deviendrions beaucoup plus proches.
« Enfin... Luka, as-tu fait modifier cette partie ? »
J'ai senti le regard de Felix. Suivant ses yeux, j'ai baissé les yeux vers le bas de mon corps.
« Ici ? Non, pas encore. »
Jusqu'à présent, je n'ai eu des prothèses que pour mes bras, mes jambes, mon œil droit et certaines parties de mon articulation de la hanche. Felix a fouillé dans ses affaires comme s'il s'était attendu à ma réponse.
« Les cadets envoyés en mission ont traditionnellement beaucoup de succès auprès des femmes. »
Avec un sourire entendu, Felix a placé quelque chose dans ma paume. J'ai jeté un coup d'œil pour voir ce que c'était sans bouger la tête.
... C'était de la contraception.
Je n'ai pas pu m'empêcher d'éclater de rire.
***
Le dortoir de l'Académie Royale Accretia était un bâtiment d'un blanc immaculé. Bien qu'il ne compte que quatre étages, il s'étendait largement sur les côtés, avec plus d'une centaine de fenêtres visibles. À l'extérieur, difficile de croire qu'il abritait des nobles déchus et des gens issus des classes inférieures.
Eh bien, l'Académie Royale Accretia était l'une des meilleures institutions éducatives de l'Empire. Aucun détail n'y était laissé au hasard.
« À partir d'ici, tu seras guidé par le responsable du dortoir et le personnel androïde. Et voici le numéro unique de mon terminal. »
A dit Giselle, en me montrant l'écran de son terminal.
« Échanger nos numéros ? Tu ne m'apprécies pas ? »
J'ai répondu avec indifférence.
« Pendant que tu vis à l'académie, contacte-moi s'il se passe quoi que ce soit. Je n'ai pas l'intention d'ignorer la mission que mon père m'a confiée. »
Giselle semblait avoir un sens des responsabilités après tout. Mon impression à son égard s'est légèrement améliorée — comme une goutte d'encre tombant dans un lac.
« Je doute d'avoir une raison de t'appeler, cependant. »
Je le pensais sincèrement, ce n'était pas une blague.
« J'espère bien, » a dit Giselle avant de faire demi-tour.
Je l'ai ignorée et j'ai levé les yeux vers le dortoir, où je séjournerais les deux prochains mois. En entrant, un androïde m'a accueilli avec une révérence.
L'intérieur était aussi propre que l'extérieur. Des androïdes étaient postés à chaque étage, s'occupant des tâches banales.
— Voici la chambre assignée à Luka. Si vous avez besoin d'autre chose...
« Non, c'est largement suffisant. C'est pratiquement un palais. »
J'ai renvoyé l'androïde.
« Est-ce vraiment là que vivent les nobles déchus et les gens de basse classe ? »
C'était ma première pensée en entrant. La chambre faisait deux fois la taille de celle que j'utilisais au camp d'entraînement. Une grande fenêtre offrait une vue sur l'extérieur, et en dessous se trouvait un élégant canapé quatre places. En face du canapé, un mur entier était occupé par un écran d'affichage.
« Le summum du summum est vraiment à un autre niveau. »
L'Empire possède plusieurs académies. Parmi elles, la meilleure est sans aucun doute l'Académie Royale Accretia, nommée d'après l'Empereur.
« Un lieu pour ceux qui sont inaptes au service militaire mais possèdent des talents exceptionnels. »
Des Irréguliers qui excellent dans des domaines différents du mien s'y rassemblent. Honnêtement, je ne pouvais nier que j'étais un peu intrigué. Peut-être trouverais-je même des points communs avec certains d'entre eux.
Mon emploi du temps pour aujourd'hui était vide. Selon l'androïde, le responsable du dortoir devait venir me trouver après la fin des cours.
En attendant, j'ai décidé de me vider l'esprit.
Srrk.
Assis sur le sol, j'ai stabilisé ma respiration. Même sans dormir, la méditation accélérait la récupération du cerveau et du système nerveux. Contrairement au sommeil, qui nécessite une période de transition avant le réveil complet, la méditation permet une concentration immédiate et accrue juste après.
Manipuler des prothèses haute performance, qui causent une fatigue neuronale rapide, nécessite également une discipline mentale.
Le temps a filé pendant que je méditais.
Peu après, j'ai entendu des pas devant la porte. Ce n'était pas un androïde — c'était un humain. Ouvrant les yeux, je me suis levé.
Un coup d'œil rapide à l'heure a confirmé que c'était le moment où le responsable du dortoir devait arriver.
Avant qu'ils ne puissent sonner à la porte, je me suis tenu devant. Le capteur m'a reconnu et la porte s'est ouverte en coulissant.
« Ah, ahh... B-bonjour ! Je suis le r-responsable du dortoir. »
La femme, environ une tête plus petite que moi, a parlé nerveusement, manifestement surprise. Me sentant légèrement mal à l'aise, je me suis frotté la nuque.
« Euh, je suis Luka. Un cadet envoyé par la Garde Impériale. »
En me présentant, je l'ai observée. Elle portait des vêtements aux teintes violettes caractéristiques de l'académie, mais ses manches et son col étaient très usés. Plus visiblement, ses bras et ses jambes étaient biologiques plutôt que prothétiques. Il n'y avait aucun signe de pièces cybernétiques ou d'implants.
« Pas une noble. »
Son ton manquait de la raideur ou du raffinement typiques de la noblesse.
« Ravi de vous rencontrer, Luka. Je m'appelle Barbara. »
Comme prévu, elle n'avait pas de nom de famille. Toutes les personnes issues des classes inférieures n'en manquent pas, mais si quelqu'un n'en a pas, il est presque certain qu'il vient de la classe inférieure. Parfois, lorsque les noms se chevauchent, certains adoptent un nom de famille qu'ils aiment pour plus de clarté.
« Il n'y a pas besoin d'être nerveuse. Je viens du secteur inférieur aussi. »
« Oh, alors cette rumeur est vraie ! C'est incroyable. S'élever du secteur inférieur pour devenir cadet de la Garde Impériale... impressionnant. »
Être reconnu fait toujours du bien.
« N'hésite pas à m'appeler Luka. Et je ne suis pas le seul à avoir réussi à sortir du secteur inférieur. Tu es ici, dans la meilleure institution éducative de l'Empire, Barbara. Et être responsable de dortoir est une réussite en soi. »
J'ai parlé comme si j'offrais un compliment creux, et Barbara, ne sachant pas comment répondre, a fini par rire.
J'ai ressenti une certaine affection pour Barbara. Ce n'était pas une émotion romantique — juste un sentiment de parenté découlant de notre passé commun en tant que citoyens de basse classe.
« Barbara a dû travailler tout aussi dur que moi pour arriver jusqu'ici. »
Cela suffisait à me la rendre sympathique.
Barbara a fermé les yeux, prenant une profonde inspiration avant d'expirer. En ouvrant les yeux, elle a rapidement lâché ses mots suivants.
« Suis-moi, Luka. Je vais t'expliquer tout ce qu'il y a à savoir sur le dortoir à partir de maintenant. Le refus n'est pas une option — c'est mon devoir en tant que responsable de dortoir ! »
Cela ressemblait à une réplique qu'elle avait préparée à l'avance pour paraître spirituelle.
J'ai hoché la tête et j'ai suivi Barbara dans le couloir. En marchant derrière elle, j'ai senti l'odeur agréable de cheveux fraîchement lavés émanant de ses mèches rouge-doré éclatantes, comme si elle venait juste de sortir de la douche. Ses cheveux avaient encore des traces d'humidité, confirmant l'impression.
« Elle a dû venir ici juste après la fin des cours et réussir à se laver avant. Elle devait être pressée par le temps... »
Les instincts aiguisés par l'entraînement Arkies Victima se sont activés d'eux-mêmes. J'ai ressenti un léger sentiment de malaise. Pourtant, si Barbara avait une personnalité diligente, cela expliquerait tout.