Chapitre 25
Traducteur : FenrirTL
Éditeur : Greedy
< Chapitre 25 >
En principe, c'était quelque chose que je ne devais jamais faire. Je le savais pertinemment.
C'est pourquoi j'étais plus en colère contre moi-même que contre quiconque. J'avais l'impression que des contradictions me déchiraient. J'en venais presque à souhaiter être deux.
L'un aurait été le soldat loyal de l'Empire, et l'autre, quelqu'un voulant aider Ilay.
Ces deux facettes faisaient partie de moi. Mais un conflit avait éclaté entre ces deux rôles. En choisir un signifiait renoncer à l'autre.
Tenant ma tête lancinante, j'ai réfléchi. D'une manière ou d'une autre, je devais suivre Ilay. C'était ma conclusion.
« Si j'y vais, je peux sauver Ilay sans faire de lui un traître. »
Mon plan était simple. Dès que je rencontrerais Lilian Ramoness, je la tuerais. Même si Ilay regardait, peu importait !
« Même si Ilay finit par me haïr, au moins, je lui sauverai la vie. »
Et, avec le temps, une fois la fièvre des émotions retombée, Ilay comprendrait. Il ne garderait pas une rancune éternelle pour le meurtre de Lilian. C'est ce que je croyais.
« ......Kodrak, sécurisez les captifs ici jusqu'à l'arrivée de l'autre peloton. Je vous laisse le reste une fois que vous nous aurez rejoints. »
Kodrak a hoché la tête à mon ordre, mais a ajouté un commentaire.
« Vous êtes un soldat exceptionnel, Chef de peloton. Je n'oublierai jamais la bataille d'aujourd'hui. Vous avez accompli une tâche d'une ampleur extraordinaire comme si de rien n'était. Cela dépasse l'admiration, j'en suis resté stupéfait. »
Je n'ai pas pu rire. Son compliment était piquant. Je comprenais ce qu'il voulait dire.
« Allez-y, dites ce que vous avez à dire. »
« Mais en tant que chef, vous avez des failles. »
J'ai fermé les yeux, puis les ai rouverts avec un regard à moitié clos.
« Si je n'avais pas été le Chef de peloton, les dégâts auraient été bien pires. Je pense avoir accumulé assez de faits d'armes, quel est exactement votre grief ? »
Kodrak a soupiré.
« Vous n'avez jamais vraiment dirigé. Vous avez tout percé en utilisant uniquement vos propres compétences. Un jour... »
Je me suis levé, coupant court aux paroles de Kodrak avec un rire.
« Si mes méthodes semblent si égocentriques, c'est parce que vous manquez de force. Aucun d'entre vous ne pouvait suivre mes capacités. Vous ne pouvez ni comprendre ni suivre mon style de commandement ou de combat. Quelle différence cela fait-il qu'un loup se batte aux côtés d'un chiot d'un jour ? Se battre seul reviendrait au même. Voir ceux qui sont inutiles se plaindre de ne pas être utilisés... c'est vraiment absurde. »
Les pupilles de Kodrak se sont progressivement ternies. Son regard s'est assombri, souillé par la colère et l'humiliation.
« Vous aussi, Chef de peloton, vous aurez un jour besoin de l'aide de quelqu'un de plus faible que vous. Vous ne pouvez pas toujours être le plus fort. »
« Alors, quand ce moment viendra, n'hésitez pas à vous moquer de moi, Kodrak. Allez-y, dites : "Tu vois ? N'avais-je pas raison ?" »
« Je m'en souviendrai, Chef de peloton Luka. Maintenant, je vais aller exécuter vos ordres. »
Kodrak s'est tourné pour partir. J'ai jeté un coup d'œil rapide dans la direction où Ilay avait disparu, puis j'ai rappelé Kodrak.
« Kodrak, mais souvenez-vous du conseil de mon premier lieutenant. Si le jour vient où je réalise que ma méthode était mauvaise... je garderai votre conseil à l'esprit et essaierai de penser différemment. »
Kodrak a tressailli, les yeux écarquillés. Il a esquissé un sourire, un coin de la bouche crispé.
« Pour la première fois, je viens de réaliser que l'arrogance et la flexibilité peuvent coexister. Dans ce cas, je vous souhaite bonne chance. »
J'ai hoché légèrement la tête et me suis détourné.
* * *
Je devais admettre une chose.
Aussi pathétique que cela puisse paraître, Ilay était mon ami. Nous avions une relation qui allait au-delà de simples camarades. Il était le premier pair avec qui j'avais noué un lien profond sur un pied d'égalité.
« Ilay, tu utilises des soldats impériaux pour des raisons personnelles. »
Je suivais la trace d'Ilay. Les cadavres des membres de son peloton apparaissaient à chaque coin. Prioriser la vitesse entraînait inévitablement des pertes.
« Ils n'auraient pas eu à mourir dans des circonstances normales. »
Aucun autre peloton n'accepterait de tels sacrifices juste pour poursuivre des rebelles.
La Force de répression encerclait toute la forteresse. Les repousser progressivement suffirait à remplir notre rôle.
« Même si tu réussis à capturer Lilian, comment comptes-tu t'échapper ? »
Peu importe mes réflexions, je ne voyais aucune solution viable. Lilian devrait mourir à la fin.
« Je comprends que c'était quelqu'un qui t'était cher, mais il n'y a aucune raison de mourir avec elle. »
De mon point de vue, les actions d'Ilay n'étaient rien de moins qu'un suicide. Il avait clairement perdu le contrôle.
« Pas que je sois bien placé pour parler. »
Quitter mon peloton pour poursuivre Ilay n'était pas non plus une décision sage. J'ai froncé les sourcils et j'ai avancé.
« Il y a eu un autre affrontement ici. »
J'ai examiné les murs calcinés et les douilles. Il y avait aussi des cadavres de nobles. Ils semblaient avoir manié des armes inconnues pour tenter de gagner du temps.
« Même les nobles, qui n'étaient pas des soldats, sont morts en se battant avec des armes. Cela montre à quel point les rebelles font pression. »
Ce n'était pas seulement ce couloir ; des scènes similaires se déroulaient probablement dans toutes les sections souterraines de la forteresse. Une partie substantielle de la Force de répression avait dû pénétrer dans les zones résidentielles et balayer les rebelles.
Grincement, grincement.
Un bruit faible. J'ai tourné la tête, me concentrant sur la source. La tête tranchée d'un noble clignait des yeux. Il semblait équipé d'un système de survie remarquablement coûteux.
« Ugh, ack ! J-je me rends. Je suis de la famille Ramoness... »
Le noble luttait pour parler, s'accrochant à peine à la conscience.
« Sais-tu où est allée Lilian Ramoness ? »
J'ai soulevé la tête du noble et j'ai demandé.
« Lilian ? Ah, pour une d-descendante directe, je ne, je ne sais pas exactement où elle est allée. »
Pendant une fraction de seconde, ses pupilles ont dérivé sur le côté. L'une de ces habitudes qui trahissent un mensonge.
Crac !
J'ai enfoncé mes doigts dans son œil, l'écrasant. La poudre qui s'échappait de l'œil brisé était entièrement composée de fines pièces mécaniques. C'était un œil mécanique très coûteux.
« Q-Que faites-vous ? J'ai dit que je me rendais ! »
Mais je n'ai pas entendu le cri que j'attendais. Maintenant que j'y pensais, il avait probablement supprimé sa douleur quand son cou avait été tranché.
Pour quelqu'un avec un corps entièrement mécanique, la torture physique n'avait que peu de sens. Ce qui comptait, c'était l'esprit et le cerveau à l'intérieur.
Vrrr !
J'ai sorti ma lame et j'ai tracé un cercle autour de sa tempe. Comme si je tranchais un fruit, sa tête s'est ouverte et un gel rosâtre, semblable à du liquide céphalo-rachidien, a suinté.
Ploc, ploc.
J'ai écarté le rembourrage gélatineux avec ma main et j'ai saisi le conteneur abritant son cerveau. En serrant, les attaches ont grincé comme si elles étaient sur le point de céder.
Griiincement !
Le son était assez glaçant. J'aimais ça.
« A-Arrêtez ! Que faites-vous ! A-Argh, aaah ! »
Un cri a éclaté, empreint de terreur. Souriant, je l'ai regardé de haut.
« C'est votre dernière chance, cher noble. Où est allée Lilian Ramoness ? »
Je n'avais pas de temps à perdre. Si sa réponse traînait, je prévoyais de le tuer et d'avancer sans hésitation. Le noble a dû sentir mon intention.
« Elle est descendue ! Elle est descendue ! »
« Descendue ? Tu te moques de moi ? Si elle essaie de s'échapper, elle doit finir par atteindre la surface. Il doit y avoir une autre voie d'évacuation menant vers le haut, non ? »
« Je ne, je ne connais pas les détails. V-Vraiment. Ils ne disent pas les choses importantes aux membres collatéraux. »
Son état mental n'était pas assez stable pour qu'il puisse mentir. Il semblait sûr de se fier à ce qu'il disait.
« As-tu vu Ilay Carthica ? »
J'ai demandé. Le noble, laissant couler les fluides artificiels restants comme s'il s'agissait de larmes et de morve, a répondu.
« J-Je l'ai vu. Il est devenu fou ! Même si nous sommes connaissances, il... il nous a attaqués alors même que nous disions vouloir nous rendre... »
Désolé, mais je n'avais aucune intention de l'écouter plus longtemps.
Crac !
Le conteneur métallique s'est froissé sous ma poigne et la matière cérébrale a suinté en amas irréguliers. Bientôt, la chair rose et molle s'est affaissée, se répandant partout.
Il était de toute façon destiné à la purge. Même les nobles qui se rendaient finiraient torturés à mort. Peut-être que le tuer ainsi était un acte de miséricorde.
J'ai essuyé mes mains sales sur mon pantalon. Je n'ai jamais ressenti de culpabilité en tuant, mais aujourd'hui, j'étais particulièrement engourdi. Le champ de bataille était toujours comme ça.
J'ai continué à suivre le peloton d'Ilay. Puisque j'avais entendu dire qu'il était allé plus profondément, inutile d'errer. Choisir un chemin, même dans les couloirs qui s'entrecroisaient, était facile.
Peu de temps après, j'ai entendu des coups de feu et des cris. C'était proche. Pas loin du tout.
Enfin, j'avais rattrapé Ilay.
* * *
Même en passant du temps avec Ilay, une préoccupation persistait toujours dans mon esprit.
Que ferais-je si Ilay se retournait un jour contre l'Empire ?
Je pouvais fermer les yeux sur les écarts qu'il affichait parfois. Mais s'il agissait contre les intérêts de l'Empire, ou pire, s'il commettait des actes pouvant être considérés comme de la trahison, que ferais-je ?
Maintenant, le moment était venu de répondre à cette question que j'avais repoussée.
En suivant les bruits de coups de feu et les corps, je suis entré dans une vaste salle de banquet. La longue table s'étirait assez pour accueillir des dizaines de personnes, mais au lieu d'un somptueux festin, elle était jonchée de cadavres.
Au centre de cette table se tenait Ilay, comme s'il était sur le point de faire un discours.
« Ilay ! »
J'ai crié. Au même moment, le doigt d'Ilay a bougé.
Pan !
Ilay a abattu son propre lieutenant. Celui-ci s'est effondré en arrière avec un regard vide. Un trou net perçait son front, traversant jusqu'à l'autre côté.
« ...Après tout ce que je t'ai demandé, tu es quand même venu, Luka. »
Ilay a murmuré mon nom, ses lèvres bougeant à peine. Autour de lui gisaient les corps de soldats impériaux, les membres de son propre peloton.
Alors tu l'as enfin fait, Ilay.
Au début, l'incrédulité a glacé mes émotions. Puis, quelque part au plus profond de ma poitrine, une vague de colère volcanique a éclaté.
Chacun des membres du peloton d'Ilay était un soldat loyal. Ils avaient suivi ses ordres déraisonnables sans un mot.
Ilay avait tué ses propres hommes de ses propres mains, tout ça pour cette femme ! Pour ça !
Grincement.
Seul mon œil mécanique droit a bougé. J'ai repéré des membres de la famille Ramoness sur un côté de la salle de banquet. À l'instant où mon analyse s'est terminée, leurs identités se sont affichées sur mon affichage rétinien.
« Le chef de la famille Ramoness et ses descendants directs. »
Il y en avait cinq : Hugo Ramoness, le chef de famille, avec sa femme, ses deux fils et sa fille. Cette fille était Lilian Ramoness. Avec une expression anxieuse, elle regardait alternativement Ilay et moi.
Les trois familles qui avaient fomenté la rébellion... l'un de leurs chefs était juste là.
Ilay a poussé un long soupir et m'a regardé. Ses yeux brillaient comme des éclats de glace entre les mèches de cheveux trempées de sang.
« Luka, Luka, Luka. Je suppose que tu ne laisseras pas passer celle-ci non plus. »
Marmonnant pour lui-même, Ilay a laissé retomber sa main droite tenant le pistolet, et de la gauche, il a tiré son épée. La pointe de sa lame était dirigée droit vers moi.
J'ai réprimé la colère écrasante qui montait en moi. Ce n'était pas un adversaire que je pouvais me permettre de combattre sous le coup de l'émotion. Des mots étonnamment calmes ont glissé de mes lèvres.
« ...Au nom de Sa Majesté l'Empereur et des citoyens de l'Empire, je vais te juger. »
Les émotions que j'avais refoulées étaient si froides qu'elles me faisaient mal aux dents de devant.