Chapitre 1 686
« Bon sang… » Whisker laissa échapper un sifflement, ses yeux balayant la scène. « … ouais, c'est une façon comme une autre d'accueillir les invités. »
Les autres partagèrent sa réaction, secouant la tête, incrédules.
Atticus, cependant, resserra sa prise sur son arme, le regard acéré.
« Étrange. »
Premièrement, il n'avait jamais vu ce genre de bêtes de toute sa vie, et il en avait pourtant croisé beaucoup. Elles ressemblaient à des loups, mais en plus grandes, plus imposantes. Des crocs cramoisis saillaient de leurs mâchoires, et d'épaisses traînées de bave s'en échappaient tandis qu'elles grognaient. Le long de leur dos, plusieurs os pointus, couleur sang, jaillissaient de leur chair.
Deuxièmement, une lueur cramoisie enveloppait chacune d'entre elles.
La nature de cette lueur ne faisait aucun doute.
Atticus avait été témoin d'innombrables choses au cours de son existence, mais il n'avait jamais rencontré autant de bêtes capables de manier la Volonté.
D'après ce qu'il avait vu dans le hall, Atticus pouvait facilement reconstituer le puzzle : c'était ce qui terrifiait tant Gladious et son peuple. Gladious était quelqu'un qu'Atticus considérait comme plus fort que tous les dieux qu'il avait rencontrés dans l'Étendue. Pour qu'un tel être soit réduit à un tel état, cela ne pouvait signifier qu'une chose.
Elles étaient dangereuses.
Atticus dégaina progressivement sa lame, son regard se glaçant.
« Préparez-vous au combat. »
Ces mots provoquèrent une onde de choc au sein du groupe. Ils hochèrent la tête, le visage grave, et se dispersèrent pour former un cercle autour du château.
Leurs expressions étaient tendues alors qu'ils invoquaient chacun leur Volonté. Aucun d'eux ne s'attendait à un combat immédiat en entrant dans la Couronne, mais ils s'étaient entraînés sans relâche pour ce moment précis. Une à une, leurs Volontés jaillirent. Bien que plus faibles, elles restaient féroces.
Parmi eux, Anorah, Ozeroth, Thora, Freya et Azeron se démarquaient tout particulièrement.
« De vraies Volontés. »
Atticus fit cette remarque intérieurement, avec calme. Il jeta un coup d'œil derrière lui, là où Noctis se tenait sous sa forme transformée, aux côtés d'Anastasia, Freya et Tia.
Il adressa un léger signe de tête avant de reporter son attention vers l'avant. Atticus avait choisi de prendre la tête du groupe, là où la concentration de bêtes était la plus dense. Les autres gardaient une distance importante avec lui. De cette façon… il pouvait se battre sans retenue.
Un silence assourdissant tomba pendant quelques instants. Le sol continuait de trembler alors que les bêtes martelaient sans relâche le bouclier.
Puis, dans un impact unique et retentissant, celui-ci vola en éclats.
« Les voilà. »
La première chose qu'Atticus ressentit fut la soif de sang. Épaisse. Accablante. Le genre qui glace le sang et transperce les os.
Pendant un bref instant, malgré tout ce qu'il avait vécu, Atticus se figea.
Il n'avait jamais ressenti une envie de tuer aussi puissante auparavant.
Plus encore, la barrière ayant disparu, il pouvait enfin ressentir leur Volonté dans toute sa plénitude. Elle portait une force innée, une force qui rendait ses tentatives de prise de contrôle totalement vaines, exactement comme avec Gladious. Ce n'était pas différent d'un mortel essayant de s'emparer de la Volonté de Solvath.
Il n'y avait aucun doute : elles étaient dangereuses.
Atticus reprit ses esprits alors que les bêtes se ruaient vers eux dans une marée sans fin. La puissance inonda son corps tandis que sa Volonté entrait en éruption. Un manteau cramoisi l'enveloppa, distordant l'espace lui-même.
Dix années complètes. Dix ans à tuer des dieux, à tremper son esprit, à affiner sa détermination…
Sa Volonté brûlait désormais avec une telle intensité qu'elle déformait l'air, comme si le monde lui-même se courbait sous sa présence.
Alors que les bêtes se rapprochaient, Atticus fit un pas en avant, composé. Le sol sous ses pieds se transforma instantanément en verre. Une centaine de bêtes se jetèrent sur lui de toutes parts, mâchoires grondantes et griffes acérées prêtes à le déchiqueter… mais il disparut, pour réapparaître derrière la première ligne.
De fines lignes se tracèrent sur leurs corps. Puis ils se scindèrent, s'effondrant dans une cascade infinie de sang et de chair.
« RAAH ! »
La horde entière éclata en cris perçants à l'unisson, comme poussée par une frénésie collective. L'énergie de leur rugissement fit trembler la ville, envoyant une onde de choc agressive.
D'autres bêtes se précipitèrent vers Atticus, convergeant de tous côtés. Une lumière cramoisie vacilla dans ses iris alors qu'il se déplaçait comme un flou. Des milliers de têtes furent projetées dans le ciel.
Pourtant, Atticus ne s'arrêta pas.
Il se déplaçait de gauche à droite dans un flou continu, tranchant les têtes sans pause. Bien que leur Volonté fût écrasante, son katana n'avait aucun mal à la traverser. Les autres, en revanche… s'en sortaient bien plus mal.
Hormis les trois sommets, tous les autres trouvaient extrêmement difficile de percer la Volonté des bêtes. Même Anorah, Whisker, Ozeroth et Azeron ne faisaient pas exception. Bien qu'ils parviennent à se frayer un chemin dans la horde, ils devaient fournir deux fois plus d'efforts et dépenser beaucoup plus de Volonté pour abattre les bêtes.
Cela les ralentissait considérablement.
Et sans les réserves illimitées de leur monde, leur Volonté s'épuisait à une vitesse alarmante.
Pire encore, la horde de bêtes semblait infinie.
Alors qu'il se frayait un chemin, Atticus ne manqua pas d'observer l'état des autres. Ozeroth était trop fier pour l'admettre, mais les autres commençaient à lui lancer des regards sombres.
« Ils ne tiendront pas. »
Atticus resserra sa prise sur sa lame.
En plus de tout cela, il venait de faire une découverte encore plus troublante.
Alors qu'il se battait, il pouvait sentir quelque chose s'agiter en lui. Une colère intense montait, et avec elle, l'envie de tout lâcher, de tuer, de ravager, de détruire.
Son expression s'assombrit légèrement.
« Solvath. »
La sixième épreuve lui avait appris à gérer les émotions de Solvath. Cependant, Atticus pouvait sentir autre chose s'infiltrer à travers ses défenses, attisant ces mêmes pulsions.
Et la cause… était évidente.
« C'est leur Volonté. »
Chacune des bêtes partageait la même Volonté. Plus encore, aussi fou que cela puisse paraître, elles se déplaçaient comme s'il s'agissait d'une seule entité. Leur synchronisation dépassait tout ce qu'il avait jamais vu. Quoi qu'il en soit, leur Volonté portait une influence cancéreuse, quelque chose qui s'infiltrait lentement dans la sienne.
S'il pouvait le ressentir aussi clairement, il n'osait imaginer ce que les autres vivaient.
« Ça ne peut pas continuer comme ça. »
Atticus s'arrêta soudainement, rengainant son katana alors qu'il restait parfaitement immobile. La horde infinie se précipita vers lui de toutes les directions sans hésitation.
Cependant, il se contenta d'expirer et de fermer les yeux.
Il tendit la main vers les innombrables énergies présentes dans l'air. Les dix années passées à s'entraîner avaient poussé sa maîtrise de chaque force du monde à ses limites. Grâce à une expérimentation constante, il avait appris à distinguer chaque force et, plus important encore, lesquelles harmoniser pour obtenir le résultat souhaité.
Alors que sa conscience s'étendait dans le monde, Atticus trouva exactement cinq Volontés distinctes, chacune possédant des propriétés similaires. D'une simple pensée, elles jaillirent vers lui.
L'instant suivant, une sensation de légèreté, différente de tout ce qu'il avait jamais connu, l'envahit.
Les bêtes se rapprochèrent, à quelques centimètres seulement… puis ses yeux s'ouvrirent brusquement.
Dans ses iris, cinq lumières distinctes vacillèrent.
Il bougea.
Pour les bêtes et tous les autres, personne n'avait rien vu.
Pourtant, de fines lignes traversèrent le corps de chaque bête dans un rayon d'un kilomètre. Avant qu'aucune d'entre elles ne puisse réagir, leurs corps éclatèrent en vagues de sang et de chair, peignant le monde en cramoisi. Les bêtes au-delà de cette portée furent déchiquetées dès qu'elles y pénétrèrent, tranchées par les entailles persistantes qui flottaient encore dans l'air.
Un silence s'installa sur la terre, et chaque regard se tourna instinctivement vers Atticus avec incrédulité.
Pourtant, il se tenait là, calme et impassible, le carnage qu'il venait de provoquer ne suffisant même pas à faire vaciller son regard.