Chapitre 1 673
« Maman… tu es enceinte. »
Ces trois mots mirent fin au banquet.
Dans un espace rempli d'êtres dotés d'une grande puissance, peu importait la douceur de sa voix, personne n'avait pu passer à côté.
Les gens se figèrent en pleine conversation. Les rires tonitruants s'éteignirent. La musique enchanteresse s'arrêta net.
Tous les regards se tournèrent vers le duo, les yeux écarquillés.
Enceinte ?
Même Anastasia semblait décontenancée, clignant rapidement des yeux.
« Q-qu'est-ce que tu racontes ? Enceinte ? Je ne suis pas… »
« Crois-moi. »
Atticus soutint son regard avec assurance. Dès qu'Anastasia vit le sérieux dans ses yeux, les siens s'agrandirent.
« …Je suis… enceinte ? »
Avalon s'avança et soutint doucement son épouse ébranlée.
« Rentrons à la maison. »
…
Quelques instants plus tard, toute la famille apparut dans le manoir sur la colline. Ils se rassemblèrent autour d'Anastasia tandis qu'Avalon examinait calmement son corps.
« …C'est ténu, mais… c'est là », finit par dire Avalon, provoquant des regards surpris chez tout le monde.
« Mais… je n'ai rien senti… »
« C'est encore extrêmement précoce. Tu viens probablement tout juste de tomber enceinte. Si je n'avais pas su quoi chercher, je serais passé à côté aussi. »
Avalon lança un regard à Atticus, se rappelant une fois de plus qu'il n'était pas un garçon ordinaire.
« Alors… je suis enceinte. »
Un silence complet tomba sur la maison, tous les yeux rivés sur Anastasia. Personne ne savait s'il fallait se réjouir ou s'attrister. De telles choses dépendaient généralement de la mère, selon que la nouvelle était attendue ou non. Soit elle allait éclater de joie, soit en larmes. Quoi qu'il en soit, ils le sauraient bien assez tôt.
« …Chéri… je suis enceinte. »
Des larmes coulèrent soudain sur les joues d'Anastasia. Les expressions de chacun s'assombrirent instantanément, une tristesse tranquille s'installant parmi eux.
« …Enfin… »
Alors qu'Anastasia bondit soudainement pour enlacer Avalon, la pièce se figea. Tout le monde échangea des regards, comme pour essayer de comprendre ce qu'ils voyaient. Elle pleurait… puis elle sautait… que devaient-ils faire !?
« Des larmes de joie », déclara Ember avec pragmatisme, ce qui lui valut un « oh » de la part des autres. Aussitôt, des sourires se propagèrent dans la pièce tandis qu'ils s'approchaient pour se joindre à l'étreinte et offrir leurs félicitations.
« Enfin… enfin. »
Tandis qu'Anastasia répétait ces mots, Ozeroth s'approcha soudain d'Atticus.
« Hmph. Puisque c'est une bonne nouvelle, je lève ta punition. Tu es invité à mon banquet. »
« …Quoi ? »
Atticus resta sans voix. Un banquet… maintenant… ? Pourquoi diable voudrait-il aller à un banquet ?
Voyant l'expression d'Ozeroth commencer à se crisper, il se racla la gorge.
« …Merci. »
« Tu devrais être reconnaissant. Surtout pour ce que je m'apprête à faire. »
Ozeroth sourit largement en croisant les bras.
« Je vais t'apprendre. »
« …M'apprendre quoi ? »
« Quoi d'autre ? Comment être un grand frère exemplaire. Apprends de moi », dit Ozeroth. « Tu as vu comment Ozerra est avec moi, n'est-ce pas ? Toujours à mes côtés, toujours à me suivre. C'est de l'admiration. Si tu veux ça, tu auras besoin de conseils. Mes conseils. »
« …. »
Atticus balaya la pièce du regard, puis se tourna vers lui.
« …Où est Ozerra ? »
« Quoi ? Elle est juste i— »
Ozeroth se tourna sur le côté, puis se figea. Il cligna des yeux, scruta la maison, mais elle était introuvable.
« … »
« … »
Ils se fixèrent en silence. Puis Ozeroth toussota.
« …J'y vais. »
Il disparut sans vergogne, laissant Atticus derrière lui. Secouant la tête, Atticus se tourna vers sa mère. Elle versait toujours des larmes de joie en se serrant contre Avalon, ce dernier n'ayant pas l'air plus serein, sa contenance vacillant à peine.
Il les observa un instant, puis fit volte-face et sortit du manoir. En partant, Atticus… marcha.
Il n'avait aucune destination en tête. Il avait juste besoin de se vider la tête, et marcher lui semblait être la meilleure option.
Il pouvait encore ressentir la présence d'une seconde vie en sa mère. Ce que cela signifiait.
« Une sœur. »
Il allait avoir une sœur. Un nouveau membre de la famille… qui arrivait dans tout ce chaos ?
Atticus n'était pas sûr de ce qu'il ressentait.
Le monde était rongé par le chaos. La mort. D'innombrables ennemis les traquaient. Le lendemain n'était jamais garanti. Avec tout ce qui se passait, c'était le pire moment pour qu'un enfant naisse.
L'image du sourire radieux et larmoyant de sa mère apparut dans son esprit, et Atticus expira doucement.
L'idée d'avoir une vraie sœur… l'enthousiasmait, il ne pouvait le nier. Atticus n'avait jamais eu de frère ou de sœur auparavant. Bien qu'il soit proche de Caldor et d'Ember, cela semblait… différent. Elle n'était même pas encore née qu'il se sentait déjà lié à elle d'une certaine manière.
Atticus ferma lentement les poings.
« Elle arrive. »
Un poids lourd s'installa sur ses épaules. Malgré ses incertitudes, elle allait tout de même naître. Et ce serait à lui… de la protéger.
Il se tourna brusquement, levant les yeux vers le ciel.
« Je suis prêt. »
Pendant un moment, rien ne se passa. Puis l'air devant lui se déforma, et une silhouette émergea de la distorsion.
C'était une petite créature à fourrure, dont la tête était nettement plus grande que le corps. Ses grands yeux se fixèrent sur lui, perçants et totalement impassibles.
« Tu as appelé. »
« …C'est ta vraie forme ? »
Atticus fixa l'Étendue éternelle, momentanément à court de mots.
La créature pencha la tête, les yeux se plissant légèrement.
« Tu dis ça comme si c'était un problème. »
« …Non. Il n'y a aucun problème. »
Atticus ne put s'empêcher de se remémorer la forme oppressive du Grand Verge. Comparé à cela, l'Étendue était… eh bien, ceci.
L'Étendue soutint son regard sans ciller pendant quelques instants, puis secoua la tête d'un air las et indifférent.
« Faisons vite. Ta tête m'agace. »
Atticus hocha légèrement la tête, se redressant.
« Ma faveur des Guerres de Ressources. Je suis venu la réclamer. »
La faveur qu'Atticus avait demandée à l'Étendue était simple : l'Étendue lui donnerait chaque information qu'elle possédait sur la Couronne lorsqu'il la lui demanderait.
L'Étendue éternelle fronça les sourcils.
« …Tu es sûr ? Tu pourrais attendre quelques siècles… »
« Je suis sûr. »
Le regard de l'Étendue s'aiguisa, et elle laissa échapper un ricanement sourd.
« …Très bien. Comme tu voudras. »
Elle croisa les bras.
« Alors. Que veux-tu ? »
« Comment entrer dans la Couronne ? »
Bien qu'il ait déjà posé la question à Whisker, l'homme avait prétendu que la méthode d'entrée était tenue secrète pour tout le monde, sauf pour le dieu en ascension.
Cependant, avec l'arrivée de sa sœur, Atticus avait besoin d'être certain de tout avant de décider de s'engager.
« …Ça, je ne peux pas te le dire. »
« Le… »
« Cependant… » coupa l'Étendue en le fixant froidement, comme pour l'avertir de ne pas l'interrompre.
« …ce que je peux te dire, c'est ceci. Seuls les dieux peuvent entrer dans la Couronne. »