Chapitre 1 614
« C-c'est lui… »
Orvain fixait la silhouette qui s'approchait lentement de lui, les yeux écarquillés. Il ne pouvait se méprendre sur ce visage. C'était Atticus Ravenstein, celui que son père avait érigé en cible prioritaire durant la guerre des ressources.
« Mais… »
Alors qu'Orvain croisait ses yeux bleu océan, froids, il ne remarqua même pas que son corps se mettait à trembler.
« Q-qu'est-ce que c'est… cette peur ? »
Orvain ne parvenait pas à comprendre la raison de son trouble. Atticus se tenait à distance et n'avait libéré ni aura ni intention meurtrière, pourtant, Orvain se sentait incapable de bouger le petit doigt.
« N'était-ce pas juste un péquenaud ? »
Son père avait parlé d'Atticus avec dédain, le qualifiant de faible et d'insignifiant. Mais ceci… cela semblait tout autre.
Orvain avait toujours su qu'il n'avait aucun talent réel pour le combat. Sans le soutien de son père, il n'aurait jamais atteint son rang actuel.
Mais s'il y avait bien un instinct qui ne l'avait jamais trahi, c'était sa capacité à sentir lorsqu'un adversaire était hors de sa portée.
« Il faut que je m'enfuie. »
Orvain déglutit et fit un pas en arrière, avant de se raviser en se souvenant des deux hommes chauves qui se tenaient derrière lui.
« C'est vrai ! »
Ses yeux s'agrandirent.
Son père lui avait assigné les Jumeaux Pyres précisément pour cette raison. Puissants ou non, les Jumeaux Pyres étaient des légendes. Il était impossible qu'Atticus puisse leur tenir tête.
À cette pensée, la confiance reflua dans ses veines.
« Atticus Ravenstein. »
Orvain se redressa, forçant un sourire suffisant sur son visage.
« Nous, les Redflame, t'avons cherché partout. Quelle prévenance de ta part de venir te livrer à nous. Tu vas maintenant répondre de tes crimes contre la grande maison Redflame. Je suis Orvain Virex… »
Il leva le menton.
« …et je suis ton bourreau. »
« Tu es dans mon chemin. »
« Espèce de faible. »
Les jumeaux chauves passèrent devant lui sans même un regard et s'avancèrent.
« Hein ? »
Les sourcils d'Orvain se contractèrent face à ce manque de respect flagrant, mais avant qu'il ne puisse protester, une pression écrasante émana des jumeaux.
Il déglutit et abaissa lentement la main qu'il avait levée.
« Atticus Ravenstein. »
Les jumeaux considéraient Atticus avec un mépris non dissimulé.
« Tu es grand. »
« Et avouons-le, plutôt beau. »
« Mais tu n'es pas digne d'être mentionné dans la même phrase que nous. »
Ils parlaient l'un après l'autre, leurs voix se chevauchant avec fluidité, comme s'ils partageaient un esprit unique.
La pression qu'ils dégageaient déformait l'air. Au loin, les arbres tremblaient sous son poids. Pourtant, l'homme devant eux restait calme et imperturbable.
L'expression des jumeaux se durcit.
« Nous t'avons observé durant les Jeux de l'Ascension. »
« Tu étais fort. »
« Oui. »
« Mais ton maniement du katana… »
« …était répugnant. »
Leurs mains glissèrent sur les gardes de leurs lames avec révérence, comme on caresserait une relique sacrée.
« Des gens ont osé louer ta technique. »
« Te comparer à nous. »
« Quelle insulte. »
« Tu le manies avec grossièreté. »
« Uniquement pour tuer. »
« Aucun raffinement. »
« Aucun art. »
« Tu déshonores la lame. »
Leur volonté s'embrasa violemment, brûlant la terre et noircissant les arbres alentour.
Dans une parfaite synchronisation, les jumeaux dégainèrent leurs katanas et adoptèrent des postures en miroir, les veines saillant sur leurs crânes chauves tandis que leurs yeux perçants se fixaient sur Atticus.
« Nous allons te montrer. »
« À quoi ressemble la véritable élégance. »
« « Forme Ultime : Tranchant Écarlate. » »
L'air frissonna.
Ils disparurent comme de la fumée emportée par une bourrasque, et l'instant d'après, ils se tenaient derrière Atticus.
« C'est fini. »
« Rapidement. »
Une vapeur brûlante s'échappait de leurs corps tandis qu'ils se redressaient lentement et se regardaient, hochant la tête avec une satisfaction silencieuse. Atticus se tenait toujours à sa position initiale, n'ayant même pas réagi à leur mouvement.
« Il n'a même pas pu réagir. »
« Il est bien trop lent. »
Ils ricanèrent en secouant la tête. Cela les amusait qu'Atticus n'ait même pas esquissé la moindre réponse face à leur vitesse. À tout le moins, quelqu'un avec la moitié de leur force aurait dû tressaillir.
Ils rengainèrent leurs katanas, le jugeant déjà indigne de plus d'attention, lorsque quelque chose attira leur regard.
« Quoi… ? »
Les sourcils des jumeaux se froncèrent alors qu'Atticus commençait à avancer sans même se retourner pour les regarder.
« Il bouge ? »
« Comment est-ce possible ? »
La stupeur passa sur leurs visages.
Ils avaient tranché chaque partie de son corps. À présent, il aurait dû s'effondrer en fragments de chair et de sang, nets et élégants. Il ne devrait pas être debout. Il ne devrait certainement pas marcher.
« Pyrren ! Les lignes ! »
« Pyrrik ! Les lignes ! »
Ils se pointèrent du doigt alors que de fines lignes, minces comme des rasoirs, commençaient à apparaître sur leurs visages, descendant le long de leurs cous, de leurs torses et de leurs membres.
Puis, le léger son d'une lame que l'on rengaine parvint à leurs oreilles.
« Ne me dis pas… »
« A-t-il… ! »
Ils tournèrent brusquement la tête vers Atticus, mais avant que l'un ou l'autre ne puisse bouger, les lignes s'illuminèrent vivement.
L'instant d'après, leurs corps se séparèrent en d'innombrables morceaux, s'effondrant et imbibant le sol sous leurs pieds.
…
« IMPOSSIBLE ! »
Dans la salle, Rhexan se leva si violemment que sa chaise explosa derrière lui.
« C'est impossible ! Il a triché, il a forcément triché ! »
Les yeux injectés de fureur, il pointa l'écran et se précipita vers lui comme s'il pouvait s'y frayer un chemin.
« Il a fait quelque chose ! Oui, il a dû faire quelque chose ! Nous devons rapporter cela à l'Étendue ! »
Rhexan se tourna vers les autres Archiducs, espérant au moins un soutien, mais la salle était plongée dans un silence de mort.
Chaque Archiduc fixait Atticus sur l'écran, le visage sombre et indéchiffrable.
« Êtes-vous tous sourds !? J'ai dit… »
« Rhexan. »
La voix d'Edras était froide, dénuée de sa chaleur habituelle.
« Tais-toi un instant. Je réfléchis. »
« Mais nous devons aborder ce… »
« Comprends-tu seulement ce que tu dis ? »
« Quoi… ? »
Alors que les sourcils de Rhexan se fronçaient de confusion, Edras expira lentement.
« Cette compétition est supervisée par l'Étendue Éternelle. Prétendre qu'il a triché, c'est prétendre que l'Étendue elle-même est incompétente. Est-ce vraiment l'accusation que tu souhaites porter ? »
« Hurk… ! »
Rhexan grinça des dents, sa volonté s'agitant sauvagement autour de lui.
« Accepte la défaite et passe à autre chose. Arrête de te ridiculiser. »
« Toi… »
Rhexan se raidit en remarquant la façon dont les autres Archiducs le regardaient.
Il n'y avait aucune solidarité dans leurs yeux. Seulement du mépris et un léger amusement.
« J'avais oublié. »
Comment avait-il pu oublier ? Oui, ils s'étaient réunis dans le but de traquer Atticus Ravenstein, mais ils n'étaient pas alliés.
Ils étaient rivaux. Ennemis.
Chacun d'eux célébrerait son humiliation en privé. L'échec de son fils n'était pas leur souci. C'était leur divertissement.
Il avait été bien naïf d'espérer le contraire.
« Si tu as compris, assieds-toi. Et cesse de faire une scène. »
Aux mots d'Edras, Rhexan expira une bouffée de vapeur et serra les poings.
Puis, lentement, avec raideur, il regagna son siège.
La salle retomba dans le silence tandis que chaque Archiduc continuait d'observer la scène qui se déroulait sous leurs yeux.