Chapitre 525
Pour un idol déjà bien connu du public, s’enfuir de son agence sans autorisation nécessitait l’aide du Système. Après mon retour à Séoul, je passai toute la nuit à relire soigneusement chaque clause et chaque condition que le Système m’avait jamais présentées, afin de mettre au point mon plan de retraite.
La partie que j’examinai le plus attentivement fut celle consacrée à la « réputation ».
À l’époque du tournage de la saison un d’IDC, le Système avait manipulé l’opinion que les gens avaient de moi sous prétexte que j’avais enfreint le règlement intérieur. Il avait ajusté une donnée appelée « score de réputation » pour donner au public une image négative de moi.
Le document distinguait les rubriques « Contenu » et « Motif ». J’en déduisis que si je fournissais une justification valable et une description précise de la marche à suivre, le Système pourrait peut-être exaucer ma demande.
À peine eus-je tiré cette conclusion que le Système m’adressa un avertissement sévère.
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[Système] Une instruction de travail du « Supérieur » est arrivée.
▶ Assistant manager Kim, tu crois vraiment que tout, dans ce monde, va se passer exactement comme tu le veux ?
[Système] Une instruction de travail du « Supérieur » est arrivée.
▶ Une entreprise, ce n’est pas une cour de récréation~. Nous ne sommes pas tenus d’obéir à toutes les demandes d’Assistant manager Kim. Compris ?
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Certes, tu n’étais pas obligé de satisfaire mes demandes.
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[Système] Les effets supplémentaires consécutifs à la « Procédure de démission » sont en cours de notification.
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▷ Le « Supérieur » coopérera activement à la résiliation du contrat et au bon déroulement de la démission du « Subordonné ».
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Mais tu ne devrais pas respecter les clauses que l’entreprise a explicitement énoncées ? Tu crois que j’ai respecté ma part du contrat parce que je suis une bonne poire ?
Si le Système comptait continuer à jouer au bras de fer avec moi jusqu’au bout, il aurait dû comprendre depuis longtemps que le ton condescendant de Manager Nam n’avait plus aucun effet sur moi. Au minimum, il devait honorer les droits qu’il m’avait déjà promis.
Quand je tins tête au Système, il se lança dans de longues justifications. Il invoqua la clause selon laquelle son influence sur moi diminuerait à mesure que ma date de démission approcherait.
Je sortis alors la parade que j’avais préparée.
« Inutile d’exercer une influence sur le “Subordonné”. »
Le Système pouvait déformer la perception que le public avait d’une personne. L’incident de manipulation de la réputation l’avait prouvé. De plus, avec des motifs raisonnables et une demande clairement formulée, il y avait largement de quoi rendre réel un phénomène aussi anormal.
Je demandai au Système de me fournir exactement le même formulaire que celui qu’il m’avait montré autrefois. Puis j’en remplis moi-même les détails, comme lorsque j’avais saisi mon itinéraire dans le planificateur.
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[Système] Les « Dispositions générales pour une démission sans heurts » sont soumises au « Supérieur ».
▷ Contenu : Diminution de la notoriété du « Subordonné » auprès du public.
▷ Motif : Mesure indispensable à une démission discrète, sans litige ni remous.
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Si les autres ne peuvent pas me reconnaître, ça suffit, non ?
Ce n’était qu’une faille née d’un jeu de mots. Puisque le Système était tenu de coopérer à ma démission, il n’avait pas le choix : il devait accepter.
Je ne croyais pas que le Système avait laissé une faille aussi évidente par accident. Il comptait probablement utiliser cette même fonction si je n’atteignais pas mes Objectifs et que je me retrouvais contraint d’entrer chez Hanpyeong Industries.
Même si je cessais d’être idol pour devenir employé de bureau, un salarié ayant été idol ne pourrait jamais se fondre discrètement dans la vie d’entreprise. Ça finirait forcément par poser problème, d’une manière ou d’une autre… et cela ne correspondait pas au but du Système : remplacer ma vie par celle de mon ancien moi, celui qui avait perdu sa sœur et n’avait plus aucune envie de vivre, pour me punir de ne pas avoir atteint mes Objectifs.
Ça valait la peine de chercher une faille en partant du principe que cette chose avait prévu une solution de secours. Même si ça me donnait des frissons de penser que ce salaud avait réellement préparé mon retour à la vie de parfait employé de bureau. Puisque mon embauche chez Hanpyeong Industries était de toute façon tombée à l’eau, autant en profiter.
Grâce à ça, je pouvais dissimuler mon visage et mon nom d’idol, qui auraient été le principal obstacle à la disparition d’une célébrité. Dès que le plus gros problème fut réglé, je me mis aussitôt à préparer ma fuite.
Ce n’était pas particulièrement difficile. Pour quelqu’un qui avait quitté le foyer familial et pris son indépendance à vingt ans, déménager un studio était une formalité. La seule différence, cette fois, c’était qu’au lieu de pouvoir compter sur ma sœur, j’avais des années d’expérience et un peu de capital.
J’avais même trouvé un logement grâce à mes nombreuses années passées à vivre seul. Enfin, « trouvé » était un peu exagéré. C’était le même officetel que celui où j’avais vécu à l’époque de Hanpyeong Industries…
Son principal avantage était qu’il restait plusieurs logements vacants : je pouvais donc m’y installer quand je le souhaitais. L’immeuble faisait aussi régulièrement traiter les lieux contre les nuisibles et inspecter les installations de gaz. Comme je n’étais pas attaché à la maison familiale, cet endroit me semblait davantage être mon véritable foyer. Alors, tel un saumon remontant le courant, je décidai d’y retourner.
« C’est même moins cher que la première fois que j’ai signé le bail. »
Le loyer mensuel était bas, car les prix de l’immobilier n’avaient pas encore flambé. En plus, l’appartement était entièrement meublé. Si j’avais voulu m’y installer pour longtemps, j’aurais peut-être cherché une location avec dépôt de garantie forfaitaire.
Même si tout se déroulait sans accroc, il me restait un casse-tête : les opérations bancaires. Elles m’avaient empoisonné la vie depuis mes années de bureau jusqu’à mon passage au statut d’idol. À quoi bon vivre à l’ère du numérique si l’on ne pouvait même pas obtenir un seul chèque de banque sans se rendre en personne à l’agence ?
Heureusement, personne ne tenta de m’empêcher d’aller à la banque. Tous craignaient que je fasse quelque chose d’impulsif, mais « aller à la banque » était un prétexte parfaitement raisonnable ; ils me laissèrent donc partir à contrecœur. J’avais presque eu du mal à obtenir leur accord, d’autant que Manager Daeyeon avait commencé à se méfier de moi.
Chaque fois que je partais à la salle de sport, je glissais dans mon sac des vêtements hors saison et les déposais dans les bacs de collecte, jusqu’à ce que mon placard soit presque vide. Je m’activai à vider le fond des tiroirs sans me faire repérer par Seongbin. Ce que j’avais appris en sortant discrètement des affaires tout en jouant au père Noël m’était très utile.
Je n’oubliai pas non plus ma précieuse valise. Comme je craignais que les billets de 50 000 won retirés au distributeur puissent être tracés, je payai délibérément en espèces et cachai soigneusement, dans la doublure intérieure, les enveloppes de billets de 10 000 won que j’avais accumulées en gardant la monnaie.
J’envisageai de déchiqueter les dossiers que j’avais depuis l’époque de Yoo Hansoo, mais comme ça aurait demandé plus d’efforts que de les emporter, je décidai de les prendre avec moi.
« Peut-être que, comme je suis arrivé ici les mains vides, je n’ai pas grand-chose à reprendre. »
Quelques vêtements pour les jours à venir, mon agenda et de l’argent : voilà tout ce que contenait mon bagage. J’avais laissé mes lettres de fans dans un garde-meuble ; je n’aurais donc qu’à passer à l’agence les récupérer une fois le déménagement terminé. En réalité, je n’avais qu’à sortir avec ce que j’avais sur le dos.
Si ces quinze millions de won avaient été de l’argent que ma sœur m’avait donné, j’aurais gardé le livret bancaire comme souvenir. Mais comme ce n’était plus qu’une somme versée pour acheter mon silence sous couvert d’indemnisation, je l’avais déchiré dès la fin du procès.
Je fixai la date du déménagement en posant côte à côte mon planificateur et mon agenda. Le taux de synchronisation m’inquiétait déjà ; j’avais l’impression que tout tournerait mal si je choisissais un jour néfaste. Je vérifiai donc soigneusement si la date correspondait à un son-eop-neun nal. Heureusement, je ne partirais qu’après la fin des promotions.
(Note : « son-eop-neun nal » désigne un jour faste, où les mauvais esprits sont absents.)
J’avais tout préparé avec soin, mais un seul soupçon aurait suffi à tout faire échouer. Pour tromper les membres, dont l’intuition s’était aiguisée, je devais jouer la comédie avec encore plus de talent. Je ne voulais pas que Jeho me démasque par négligence avant le jour J.
Je me jetai donc à corps perdu dans les heures supplémentaires, comme un fou. Quand je travaillais, tout le monde comprenait mon air renfrogné. Personne ne regardait ce que je faisais, de peur de briser ma concentration.
Je n’avais même pas besoin de me trouver du travail. Le simple classement de mes dossiers de passation me prenait un temps fou. J’aurais été dans de beaux draps si je n’avais pas fait le tri chaque année sous prétexte du bilan de fin d’année. Grâce à ça, je pouvais garder mon allure de travailleur tout en échappant aux regards indiscrets.
Même maintenant, personne ne me dérangeait alors que je tapais sur mon ordinateur depuis deux heures d’affilée. Mais si je dépassais les trois heures, Seongbin commencerait à m’adresser des avertissements silencieux. Il fallait que je m’arrête bientôt…
Je fixai sans rien faire l’icône d’un dossier privé sur mon disque personnel, intitulé « Fichiers supprimés », au cas où quelqu’un tomberait dessus par hasard.
Il contenait les fruits de mes heures supplémentaires : des photos de Spark prises au fil des ans, ainsi que la proposition pour le nouvel album. Une fois le dossier déverrouillé et son accès transféré à Seongbin, tout serait terminé.
J’étais soulagé, mais aussi un peu triste. Était-ce ce que ressentaient ceux qui s’apprêtaient à prendre leur retraite en regardant leurs notes de passation achevées ? Je fus agité tout le temps que je mis à éteindre l’ordinateur et à rabattre l’écran.
Le chemin avait été long. Vraiment.
***
Le jour de l’émission de variété du groupe, réservée avant les fêtes, arriva enfin. Je ne faisais pas partie du groupe.
Officiellement, ils ne pouvaient pas envoyer à une émission d’activités physiques un membre qui avait récemment eu un accident. Peu importait que le même idol eût déjà repris la tournée et tourné notre Contenu auto-produit quelques jours auparavant.
« Occupe-toi du Dortoir. Et ne passe pas toute la journée sur ton ordinateur. »
« Cheonghyeon, j’ai vingt-quatre ans cette année. »
Lee Cheonghyeon ricana. Je mourais d’envie de lui montrer le montant des chèques que j’avais retirés à la banque. Je me retins, sachant qu’il le découvrirait de toute façon quelques heures plus tard.
Dès qu’ils furent tous partis, je commençai à rassembler mes affaires. Même si le tournage durait toute la journée, il faudrait que je me dépêche pour emporter tout ce que j’avais accumulé ces dernières années.
À eux seuls, les cadeaux que les membres s’étaient échangés au fil des ans remplirent plusieurs grands cartons d’expédition. J’aurais été mal si je ne les avais pas déjà rassemblés à l’avance.
J’allai moi-même récupérer les appareils de radiomessagerie installés dans le Dortoir où Jeho et Kiyeon avaient emménagé. Puisque la personne qui devait s’en servir était partie, ils ne feraient que prendre la poussière si je les laissais là.
Après plusieurs allers-retours jusqu’à l’espace de tri, et une fois débarrassé des chaussures et de la literie que j’avais laissées là pour brouiller les pistes, la chambre fut entièrement vide. Je me rappelai toutes les fois où j’avais préparé mon départ d’un logement.
À l’époque, je ne pensais qu’à récupérer rapidement ma caution et à déménager ailleurs. C’était la première fois que quitter un logement me faisait ressentir ça.
Quand je jetai un dernier regard au Dortoir, il me parut vide. La lumière du soleil qui entrait à flots grâce à la bonne exposition, la porte de la chambre qui restait ouverte en permanence sans raison, et l’intérieur où la présence de son occupant se voyait si nettement…
J’avalai de force le mot qui me venait à l’esprit. Je détournai la tête avant d’avoir envie de revoir quoi que ce soit. Je ne regardai pas en arrière jusqu’à ce que la porte se referme derrière moi et que l’ascenseur arrive au rez-de-chaussée.
Après avoir transféré à Seongbin la propriété des documents partagés, j’éteignis mon téléphone. Il était temps de le remplacer par le second, que j’avais activé en secret à l’insu du Manager.
Quand la porte principale de l’immeuble coulissa, une fraîche brise d’automne m’accueillit. Mes cheveux s’agitèrent dans tous les sens. Tout au long du trajet, j’entendis les roulettes de la valise racler l’asphalte.
À peine eus-je quitté la résidence pour rejoindre la grande route que je m’en rendis compte.
Personne ne me reconnaissait.
Je n’étais plus l’idol Iwol.