Chapitre 9
Chapitre 9 - Les premières salutations
Traduction: Moonkissed
Chaque être humain est différent.
Les yeux.
Le nez.
La bouche.
Les traits du visage, les expressions, la manière de parler.
Des gènes différents.
Des environnements différents.
Alors, au fond, c’est tout à fait naturel.
Des personnes différentes vivent ensemble.
Elles rient.
Discutent.
S’aiment.
Parfois se disputent.
Mais parmi les innombrables gens qui croisent notre route, trouver quelqu’un avec qui notre cœur résonne véritablement est incroyablement rare.
Dans sa vie passée, rencontrer un ami avec qui il pouvait partager une telle connexion relevait presque du miracle.
« Jeune maître, vous êtes curieux de voir l’atelier de ce peintre, n’est-ce pas ? Justement, une galerie voisine expose une œuvre qui répondra à cette curiosité. »
Cet homme, pourtant d’un âge et d’un milieu totalement différents des siens, avait été le majordome de la famille.
Il servait déjà la maison avant même la naissance de Simon.
« Cela faisait longtemps, jeune maître. »
Même après que Simon eut tourné le dos à sa famille pour devenir marchand d’art, il continuait à fréquenter la galerie.
Avec le temps, leur collaboration les avait rapprochés davantage encore.
Ou peut-être est-ce simplement parce qu’ils avaient tous les deux un œil étrangement aiguisé pour l’art, pensa Shin Yeong-ung.
Finalement, les deux originaux unirent leurs forces pour faire entrer dans la lumière des artistes oubliés.
Et lorsqu’il découvrit pour la première fois l’une de ses peintures, Jean Lién lui avait dit :
« Cette fois, c’est moi qui vais vous aider. »
Un léger sourire apparut sur les lèvres de Yeong-ung.
Pourtant, c’est moi qui ai toujours reçu de l’aide...
Même lorsqu’il réalisait de simples esquisses d’entraînement, il dessinait souvent le visage de Jean Lién.
Après avoir perdu ses jambes, il était devenu la personne que Simon regardait le plus souvent.
Pourtant, il ne lui avait jamais montré ses dessins.
Montrer une esquisse lui donnait l’impression d’ouvrir son journal intime à un ami.
Et Jean Lién possédait un regard incroyablement perçant, façonné par des années passées dans le monde de l’art.
Pourtant, lorsqu’il se rappela la réaction de Jean juste avant sa mort...
Peut-être aurais-je dû lui montrer au moins une fois.
***
Un peintre dessine ce qu’il voit.
Mais à cet instant, les yeux de Shin Yeong-ung étaient tournés vers le passé.
Des yeux légèrement tombants.
Un nez fin en forme de flèche.
Une bouche qui semblait prête à sourire à tout instant.
Des rides douces qui apparaissaient naturellement lorsqu’il riait.
Le visage de Jean Lién demeurait d’une netteté saisissante dans sa mémoire.
S’il le voulait, il pouvait le reproduire jusque dans les moindres détails.
Pendant ce temps, le professeur Oh Jae-deok observait Yeong-ung avec un sourire légèrement résigné.
À voir le petit garçon plongé dans ses pensées, il semblait avoir abandonné le dernier fragment d’espoir qui lui restait.
« Si tu n’as pas envie de dessiner maintenant, ce n’est pas grave. »
À cet instant, Yeong-ung leva les yeux vers lui.
Un visage inconnu.
Et pourtant étrangement familier.
Puis, dans l’instant où les deux visages se superposèrent...
Froush.
Grattement.
Sa main commença à bouger.
Froush.
Grattement, grattement.
Au début, avec précaution.
Comme lorsqu’on salue quelqu’un pour la première fois.
À l’aide de traits couleur abricot, il esquissa doucement le front, les joues et la mâchoire.
À première vue, cela pouvait sembler brouillon.
Mais en utilisant les traits du professeur Oh comme base, il construisait une esquisse que lui seul pouvait comprendre.
« Ensuite... »
Cette fois, il ferma les yeux.
Il visualisa le visage du passé.
Et lorsqu’il fut le plus net dans son esprit...
Froush.
Grattement, grattement.
Comme s’il prenait des nouvelles d’un vieil ami.
Les traits épais du crayon de cire s’accumulèrent, presque comme de lourds coups de pinceau.
Le passé et le présent se superposaient dans son regard.
Et peu à peu, apparaissaient sur le papier.
La texture rugueuse des crayons de cire rendait le dessin brut.
Mais cela ne faisait que renforcer l’impression générale.
Il voulait demander au visage qui lui manquait tant :
Comment as-tu vécu après mon départ ?
Puis-je te dire que je vais bien, comme tu l’espérais ?
Et il voulait aussi demander au professeur Oh, qui lui ressemblait tant :
Que penses-tu de ce dessin ?
Finalement...
Il plaça les pupilles.
Et seuls les traits communs à Jean Lién et au professeur Oh demeurèrent sur le papier, le regardant en retour.
« C’est terminé. »
Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il réalisa...
« ... »
Que la pièce était devenue extrêmement silencieuse.
Je me suis laissé emporter.
Il releva lentement la tête.
Les trois adultes fixaient le dessin sans dire un mot.
***
Ce qui intriguait le plus Shin Yeong-ung à cet instant n’était pas seulement l’avis concernant l’académie.
C’était la réaction du professeur Oh.
Parce que ce portrait contenait une partie de lui-même.
Boum.
Boum.
Le professeur Oh, qui l’avait observé au début avec une légère déception en pensant « Il est vraiment trop jeune », prit finalement la parole :
« ...Yeong-ung, est-ce que tu viens de me dessiner ? »
« Ouuui ! »
La réponse énergique de l’enfant le fit éclater de rire.
« Ha... haha... »
Puis il contempla le dessin comme s’il voulait le garder pour toujours.
Les sourcils légèrement froncés.
Les lèvres à peine entrouvertes.
Même sa réaction rappelait à Yeong-ung celle de Jean Lién.
« C’est... c’est le plus beau premier salut que j’aie jamais reçu. »
Comme si une réponse lui était parvenue d’un vieil ami disparu.
***
« Yeong-ung ? Il ne devrait pas déjà être de retour ? »
De retour à la maison, Shin Gwang-bok regardait le portail avec inquiétude.
« Ils ne devraient plus tarder », répondit Shin Hye-ja en faisant les cent pas dans la cour.
Puis elle éclata de rire en se souvenant de quelque chose.
« Au fait, les Park doivent vraiment me prendre pour une folle. »
« Une folle ? Pourquoi donc ? »
« Aujourd’hui, je leur ai dit que notre petit dernier était parti à l’université. Un enfant de trois ans à l’université, tu imagines ? »
« Ha ! Je réagirais pareil. »
Shin Gwang-bok éclata de rire.
« Même nous, nous sommes restés sans voix lorsqu’on nous a annoncé qu’il était un prodige. »
« Oui. C’est merveilleux, mais je me demande aussi si nous serons capables de le soutenir. »
Derrière leurs sourires se cachait une légère inquiétude.
« Au moins, le professeur saura nous conseiller. Nous n’avons qu’à faire de notre mieux. »
À ce moment-là, Shin Ji-ho sortit du salon.
Ses grandes pantoufles claquaient contre le sol tandis qu’il s’accrochait à la jambe de son grand-père.
« Papy, quand est-ce que Yeong-ung rentre ? »
« Ha, Ji-ho. Il te manque déjà ? »
« On est toujours ensemble. C’est bizarre sans lui. »
Le soleil se couchait.
Les grillons chantaient.
Jamais auparavant le plus jeune n’avait été absent aussi longtemps.
Même l’aînée, d’ordinaire collée à ses écouteurs, était sortie.
Les deux grands-frères, la grande sœur et les grands-parents se retrouvèrent tous dans la cour.
Le ciel s’assombrit peu à peu.
Puis...
Vroum.
Clac.
Une voiture s’arrêta.
« C’est Yeong-ung ! »
Les deux enfants s’élancèrent les premiers.
Les grands-parents suivirent aussitôt.
Et bientôt...
Shin Yeong-ung apparut.
Tenant la main de Bong Tae-won.
« Ah, notre petit dernier ! »
« Alors ? Ton voyage à Séoul s’est bien passé ? »
« ...? Pourquoi tout le monde agit comme ça ? »
Complètement désorienté, il fut accueilli par un enthousiasme familial sans précédent.
« Qu’est-ce que le professeur a dit ? »
Sur le perron, tous les regards se tournèrent vers Bong Tae-won.
Comme s’ils attendaient les résultats d’un concours d’entrée à l’université.
***
Tae-won repensa à sa conversation avec le professeur juste après que Yeong-ung eut terminé son dessin.
« Alors ? Qu’en pensez-vous ? »
« ... »
« On dirait vraiment Monet, non ? »
Le professeur Oh, habituellement réservé, n’avait pas répondu immédiatement.
Puis...
« Tu affirmes ça même après avoir vu ceci ? »
Il fixa le dessin.
Puis laissa échapper :
« Cet enfant... »
Sa voix légèrement rauque trembla.
« ...est une bénédiction envoyée par le ciel. »
***
Bong Tae-won rapporta fidèlement ces paroles à la famille.
« Le professeur a dit que... »
Il regarda Yeong-ung.
« ...Yeong-ung est né pour faire de l’art. »
« Vraiment ? Notre Yeong-ung ? »
Tous acquiescèrent.
« Oui. Le professeur va lui offrir le meilleur environnement possible pour poursuivre cette voie. »
***
Les mots d’un autre homme lui revinrent soudainement en mémoire.
“En voyant tes peintures, j’ai compris que tu ne possédais pas seulement l’Œil de Dieu... mais aussi la Main de Dieu.”
Était-ce vraiment possible ?
Yeong-ung tendit sa petite main.
Pas plus grande qu’une feuille.
Dans sa vie précédente, il avait été marchand d’art.
Ce n’est qu’à la toute fin qu’un simple crayon lui avait révélé un nouveau désir.
Tout comme il avait passé sa première vie à découvrir la valeur d’œuvres inconnues...
Il voulait désormais consacrer la seconde à créer lui-même cette valeur.
Sans le moindre regret.
Jusqu’à son dernier souffle.
Avant, je découvrais la valeur en tant que marchand d’art.
Maintenant, je la découvrirai en tant qu’artiste.
Ses joues légèrement rosées par le bonheur, il pointa soudain du doigt une boîte derrière Bong Tae-won.
« Professeur, celle-là. »
« Ah, c’est vrai. »
Tae-won tendit alors une petite boîte blanche à la famille.
« ...Qu’est-ce que c’est ? »
« Yeong-ung voulait la partager avec vous tous. Ça vient d’une bonne pâtisserie réputée. »
La réaction la plus enthousiaste vint immédiatement du deuxième enfant.
« Waouh ! Yeong-ung, tu es le meilleur ! »
Ce fut une soirée particulièrement douce.
***
Cette nuit-là, la lumière du bureau du professeur Oh resta allumée bien plus tard que d’habitude.
Après une longue carrière, ses yeux habituellement fatigués brillaient à nouveau tandis qu’il examinait le dessin de Shin Yeong-ung.
À première vue, cela ressemblait à de simples gribouillages aux crayons de cire.
Mais...
« Chaque trait est différent... »
Un artiste répète des millions de gestes au cours de sa vie.
Et un jour seulement, il peut tracer une ligne avec assurance.
C’est cette différence qui transforme un gribouillage en œuvre d’art.
Et il la ressentait dans les lignes de cet enfant.
Malgré leur irrégularité.
Malgré ses petites mains.
Chaque trait avait une intention.
Quant aux couleurs ?
Les crayons étaient ordinaires.
Rouge.
Jaune.
Bleu.
Et pourtant, le dessin paraissait riche.
Le professeur posa son menton sur sa main.
« Il me ressemble... mais il me rend étrangement nostalgique. »
Toc toc.
Quelqu’un frappa à la porte.
Un collègue entra.
« Tu es encore là ? Ça faisait longtemps. »
« Ah, vraiment ? »
« Tu disais pourtant être épuisé. »
Même les débuts de soirée le fatiguaient d’ordinaire.
Mais le dessin de Yeong-ung l’avait complètement revigoré.
Il se sentait plus vivant qu’auparavant.
Peut-être était-il encore trop tôt pour prédire l’avenir de cet enfant.
Mais cette œuvre lui faisait imaginer d’innombrables possibilités.
Comme s’il avait découvert une pierre brute capable de devenir le Monet ou le Picasso moderne.
« J’ai entendu dire qu’un enfant de trois ans est passé aujourd’hui. Ton petit-fils ? »
« Non. »
Le professeur raconta alors toute l’histoire.
Son collègue resta bouche bée.
« Mais n’est-il pas beaucoup trop jeune pour intégrer le programme pour surdoués ? Même s’il est doué, il risque d’avoir du mal à suivre. Et faire le trajet depuis la campagne chaque semaine sera difficile. »
Il était sincèrement inquiet.
Mais le professeur se souvenait d’une autre conversation.
« Yeong-ung, tu aimes dessiner ? »
« Oui. »
« Alors je t’aiderai à dessiner à partir de maintenant. »
Après avoir reçu un cadeau aussi précieux, il avait pris une décision ferme.
« ...Je vais lui donner des cours particuliers. »
Son collègue écarquilla les yeux.
« Tu vas encore te créer davantage de travail. »
Le professeur se contenta de sourire.
« Contrairement à Choi Choi-yul, qui vient d’une famille riche, enseigner à cet enfant risque même de me coûter de l’argent. »
« Et comment comptes-tu gérer un enfant de trois ans ? »
Le professeur secoua doucement la tête.
Puis un souvenir lui revint.
« La femme du président de la fondation s’intéresse beaucoup à l’art. Elle cherchait justement des élèves à soutenir financièrement, n’est-ce pas ? »
Son collègue hocha la tête.
« Oui, mais elle parlait plutôt de lycéens ou d’étudiants prometteurs. »
En voyant l’enthousiasme du professeur Oh, il ajouta finalement avec un sourire :
« Enfin... ça vaut quand même la peine d’en parler. Après tout, même un enfant de maternelle reste un élève. »