Chapitre 89
Chapitre 89 – La rencontre
Traduction: Moonkissed
Le musée Mukdam n’était pas une simple galerie.
Il abritait des trésors nationaux coréens ainsi que des œuvres mondialement célèbres.
Au cœur de la forêt luxuriante voisine, dans une zone interdite au public, se trouvait une réserve secrète.
Et l’homme chargé de cette réserve ?
Un quinquagénaire à la moustache blanche impeccablement taillée, vêtu d’un costume noir parfaitement ajusté.
À cet instant précis, il se tenait devant les Portes de l’Enfer de Rodin.
Son regard parcourut les personnes que le sculpteur Jo Seung-jae avait amenées avec lui.
Mais ses yeux s’arrêtèrent sur l’une d’elles.
« …Hmm. »
Un enfant.
C’était à cause de la « mission » qu’il avait reçue la veille.
La présidente du musée Mukdam, Lee Myung-joo, lui avait donné des instructions précises :
« Demain après-midi, le sculpteur Jo Seung-jae visitera la réserve. Observe attentivement les personnes qui l’accompagnent et fais-moi un rapport. »
Des mots simples.
Mais une lourde responsabilité.
Il attendait donc depuis longtemps devant l’entrée.
Les yeux fermés, il écoutait le murmure du vent dans la forêt.
Jusqu’à ce que le grondement d’un moteur brise le silence.
Une berline bordeaux avançait lentement sur le chemin forestier.
Le premier à descendre fut Jo Seung-jae.
Le responsable se redressa immédiatement.
« Bienvenue, monsieur Jo. Je suis le responsable de la réserve. »
« Bonjour. Voici quelques connaissances à moi. »
Le responsable avait déjà vu Jo dans les journaux.
Même sourire doux que sur les photos.
Seule différence : sa peau était un peu plus bronzée.
Puis il observa les autres passagers.
Un homme très grand à l’allure intimidante.
Un jeune homme portant une casquette baissée.
Et enfin—
« …Un enfant ? »
Il devait avoir six ou sept ans.
« Bonjour ! »
Le garçon le salua avec une énergie si pure que le responsable faillit sourire.
Mais il se reprit aussitôt.
« Comme vous le savez, monsieur Jo, des œuvres inestimables sont conservées ici. »
« …Oui, je comprends. »
« C’est pourquoi nous ne pouvons pas laisser entrer un enfant. »
« ! »
Les yeux du garçon s’écarquillèrent.
Il était visiblement choqué.
Mais au lieu de pleurer ou de faire un caprice, il répondit calmement :
« Moi aussi, j’étudie l’art. »
« …Hm ? »
« Alors je ne toucherai jamais aux œuvres. »
Ses mains étaient sagement jointes devant lui.
Il se tenait droit.
Et ses grands yeux étaient remplis de sincérité.
Le responsable hésita.
Sa résolution vacilla.
Jo Seung-jae ajouta rapidement, en désignant le jeune homme à la casquette :
« Voici son père. Et c’est aussi mon plus jeune élève. Je vous promets qu’il ne causera aucun problème. »
« …Ha. Vraiment ? »
C’était peut-être à moitié une plaisanterie.
Mais il y avait quelque chose chez cet enfant qui inspirait confiance.
Le responsable ne dit rien de plus et les guida à l’intérieur.
***
Ils traversèrent un long couloir froid.
Température et humidité y étaient rigoureusement contrôlées afin de préserver les œuvres.
« L’éclairage est volontairement réduit pour éviter d’endommager les pièces. »
Enfin, ils pénétrèrent dans une vaste salle.
Quelque chose d’immense leur bloquait la vue.
Clic.
Un interrupteur fut actionné.
Et la lumière tomba uniquement sur :
Les Portes de l'Enfer
Dans l’obscurité, des silhouettes humaines se tordaient dans le bronze.
Le désespoir.
Le désir.
La souffrance.
Chaque centimètre de l’œuvre semblait hurler.
Le responsable sentit son souffle se couper.
Puis il secoua la tête.
Alors… qui est-ce ?
Il examina plus attentivement les invités de Jo.
Qui la présidente Lee voulait-elle que j’observe ?
Il regarda le grand homme.
Puis celui portant la casquette.
Mais alors—
« …! »
Son regard descendit.
Vers le bas.
Vers les yeux d’un enfant.
Le garçon fixait la sculpture avec une intensité bien trop profonde pour son âge.
Comme s’il avait attendu ce moment toute sa vie.
Dans ses petites pupilles noires se reflétaient clairement les Portes de l’Enfer.
***
Dans les souvenirs de Shin Yeong-ung…
Rodin avait souffert.
Même après être devenu un grand sculpteur reconnu—
« Crois-tu vraiment que cette œuvre fonctionnera ? »
Les gens doutaient de lui.
Son réalisme était si extrême qu’on l’accusait d’avoir utilisé des moulages sur de véritables corps humains.
Les journaux répandaient des rumeurs.
Les musées rejetaient ses œuvres.
« Même mon père avait honte de moi quand j’étais jeune… »
Rodin doutait.
Rodin souffrait.
Mais alors Simon—
Son unique soutien—
Lui avait dit :
« En tant que marchand d’art, je peux te l’affirmer : ton œuvre est brillante. »
Une seule phrase.
Pour un artiste brisé, cela représentait tout.
Le désespoir dans les yeux de Rodin avait changé ce jour-là.
Et il avait souri faiblement.
« Simon, je mettrai tout ce que j’ai dans cette œuvre. Un jour, reviens la voir. »
Mais Simon n’avait jamais pu tenir cette promesse.
Le destin avait mis fin à sa vie bien trop tôt.
Et maintenant…
Plus d’un siècle plus tard—
« … »
Réincarné en Shin Yeong-ung,
Simon se tenait enfin devant le chef-d’œuvre achevé de Rodin.
C’est donc cela…
L’aboutissement de trente années de souffrance et de dévouement…
Son âme elle-même gravée dans le bronze.
Il croyait presque entendre la voix de Rodin.
« Simon, tu es venu. Alors dis-moi… que penses-tu de l’œuvre dans laquelle j’ai tout mis ? »
Et Yeong-ung lui répondit silencieusement dans son cœur :
Rodin… tu as dépassé tout ce que j’avais imaginé.
C’est bien plus grand que tout ce que j’avais pu concevoir.
Il ferma brièvement les yeux.
Puis confessa à son vieil ami :
Rodin… dans cette vie, j’ai choisi de devenir artiste.
Lorsqu’il rouvrit les yeux, ses souvenirs d’autrefois se superposèrent à la sculpture devant lui.
L’œuvre était encore plus grandiose que dans sa mémoire.
Une âme sculptée dans le bronze.
Et Yeong-ung grava cette âme dans la sienne.
Par respect pour ton art, je donnerai moi aussi tout ce que j’ai.
Pendant un instant—
La figure au sommet des Portes de l’Enfer sembla lui sourire.
Comme pour l’encourager.
***
Pendant ce temps, Lee Myung-joo, présidente du musée Mukdam, rentrait d’un rendez-vous lorsqu’un appel arriva.
Bzzzz.
Le responsable de la réserve.
« Monsieur Jo est venu avec trois personnes. »
« Et ? Il avait dit qu’il s’agissait tous d’artistes. »
La voix du responsable résonna à travers le haut-parleur.
« L’un d’eux était un artiste nommé Bong Tae-won. »
« …Bong Tae-won… ce nom me dit quelque chose. »
Elle repoussa élégamment ses cheveux en arrière.
Puis rechercha son nom sur son téléphone.
« Ah. C’est l’artiste des portraits de chiens abandonnés. Il a récemment fait les gros titres. Et les autres… ce seraient Choi Hye-seong et Shin Yeong-ung ? »
Comme ils avaient collaboré récemment, elle fit rapidement le lien.
Ses sourcils se levèrent légèrement.
Mais alors—
« La troisième personne gardait sa casquette baissée et parlait très peu. Je n’ai pas pu l’identifier. Quant au dernier… »
« … »
« …c’était un enfant. »
Sa main se figea en plein mouvement.
« …Quoi ? Un enfant ? »
Cette réponse la déconcerta.
« Un jeune sculpteur accompagné d’un enfant… c’est trop vague. Cela pourrait être n’importe qui. »
Elle fronça les sourcils.
« Où sont-ils maintenant ? »
***
À cet instant, devant le musée, Jo Seung-jae faisait ses adieux à Yeong-ung et aux autres.
Une réunion l’attendait.
Ils devaient se séparer ici.
« Dommage que tu n’aies pas pu visiter tout le musée aujourd’hui, Yeong-ung. »
« Oui. J’aurais aimé. »
« Le musée Mukdam possède énormément d’antiquités. Tu devrais revenir une autre fois. »
« D’accord ! »
Yeong-ung hocha la tête en regardant le musée majestueux, semblable à un palais.
Mais ce qui restait vraiment gravé dans son esprit n’était pas le musée.
C’était la réserve cachée au milieu de la forêt.
Quels autres trésors peuvent bien être cachés là-dedans ?
Peut-être même certaines œuvres que j’ai manipulées dans ma vie passée…
Les yeux presque brillants de convoitise, il demanda à Jo :
« Comment pourrais-je revenir là-bas un jour ? »
Jo éclata de rire.
« Le meilleur moyen, c’est de devenir proche de la présidente. »
« La présidente ? »
« Oui. La propriétaire de cet endroit. J’ai déjà utilisé une faveur, mais je vais essayer de me rapprocher d’elle pendant notre collaboration. Comme ça, je pourrai t’amener de nouveau. »
Il riait à moitié.
Mais à moitié seulement.
« Après tout, j’aimerais que tu voies encore plus d’œuvres extraordinaires. »
« Merci beaucoup. »
Jo sourit.
« Alors, tu as aimé les cours de sculpture ? »
« Oui ! Beaucoup ! »
« Vraiment ? Alors… tu envisages de devenir sculpteur ? »
Ses yeux brillaient d’espoir.
Jo croyait sincèrement que toutes les expériences que vivait Yeong-ung aujourd’hui pourraient un jour transformer le monde de l’art.
C’était précisément la raison pour laquelle il l’avait amené ici.
Même si cela signifiait contourner un peu les règles.
Surtout parce que cet enfant possédait une capacité d’apprentissage comme il n’en avait jamais vue.
Yeong-ung pinça les lèvres avant de répondre avec soin :
« Je… j’aime juste l’art. J’aime la peinture… et j’aime aussi la sculpture. »
« Haha, je vois. »
Jo rit chaleureusement.
« Très bien. Essaie tout ce que tu veux. Aime tout ce que tu veux. C’est ainsi que tu bâtiras ton propre monde artistique. »
Il leur fit lentement signe de la main.
« Et continue aussi ton travail de directeur artistique. J’espère qu’aujourd’hui t’a aidé. »
« Merci, professeur. »
Au moment où Jo disparut au loin, leur voiture avait déjà quitté la forêt pour rejoindre la route principale.
***
Bong Tae-won, au volant, rappela les règles :
« À partir de maintenant, Hye-seong sera “S”, et toi, Yeong-ung, tu seras son fils. Quant à moi, je jouerai simplement l’assistant. »
« Compris. »
« Ils ont réorganisé le plateau selon tes remarques précédentes. Il sera presque vide. Seul le personnel essentiel restera. »
Puis il jeta un regard à Yeong-ung.
Et fronça légèrement les sourcils.
« …Hmm. Ce n’est pas encore assez. »
« Que veux-tu dire ? »
« À mon avis, ta plus grande arme pour cacher ton identité parmi les adultes, c’est… »
« …? »
« …ta mignonnerie. »
Cela semblait ridicule.
Mais—
Eh bien… plus j’ai l’air d’un enfant, moins les gens imagineront que je suis un véritable artiste.
Yeong-ung acquiesça.
Utiliser son apparence enfantine était peut-être la meilleure stratégie.
« Il faut te rendre encore plus adorable. »
La voiture s’arrêta devant une rue animée.
« L’endroit parfait. »
C’était…
Un immense magasin arborant une bannière :
« Nous vendons de tout ! »
***
Plus tard, aux studios de tournage de Paju—
« Ils devraient déjà être arrivés, non ? »
Le personnel de chaque département attendait avec impatience l’arrivée du fameux « directeur artistique ».
Et à ce moment-là—
La créature la plus adorable imaginable entra sur le plateau.
« Mon dieu, il est trop mignoooon !! »
Des cris d’admiration éclatèrent aux quatre coins du studio.