Chapitre 79
Chapitre 79 – Le petit monstre
Traduction: Moonkissed
Le PDG Jang In-su était assis les jambes croisées, observant silencieusement l’enregistrement.
Puis son regard se posa sur l’enfant assis à côté de lui.
Le rock ne semblait pas vraiment compatible avec l’innocence d’un enfant.
Le titre de la chanson, déjà.
Et les paroles parlaient essentiellement de briser ses chaînes grâce à la musique.
Il y avait quelques sons électroniques agressifs, mais rien de vulgaire ou de choquant.
« Ça devrait aller. Les paroles ne sont pas trop dures. »
Le petit frère de Shin Woo-ri était assis là.
La bouche légèrement entrouverte.
Les yeux grands ouverts.
Sans cligner.
Chaque sens entièrement concentré sur la musique.
Puis...
Grriik. Tac.
L’enfant sortit un carnet et une trousse de son sac à dos en forme d’ourson brun.
« Oh, il s’est déjà lassé ? Tant mieux. »
Les enfants avaient une capacité d’attention limitée.
Même les jeunes acteurs prodiges de son agence avaient du mal à rester concentrés longtemps.
« Ce gamin ira loin un jour. Peut-être qu’il suivra sa sœur dans le monde du spectacle. »
Jang In-su sourit intérieurement.
Puis il revint à sa réflexion.
Quel genre d’image S va-t-il créer à partir de cette chanson ?
C’était un test.
Une façon de vérifier si ce mystérieux directeur artistique pouvait réellement travailler de manière professionnelle.
Il était curieux de découvrir quel concept lui serait envoyé.
« J’espère qu’il saura aussi gérer ce genre musical. »
À cet instant, son téléphone vibra.
« Un appel. »
Pour ne pas perturber l’enregistrement, il se leva.
Mais soudain...
« Hein ? »
Sa façon de tenir son crayon.
Jang pencha légèrement la tête.
« Qu’est-ce que... c’est différent. »
Ce n’était pas la manière habituelle dont un enfant tenait un crayon.
Avant même que la pointe ne touche le papier, il était déjà plongé dans un état de concentration absolue.
Même en quittant le studio, Jang ne parvenait pas à détourner les yeux de la page encore blanche.
« Je devrais revenir rapidement. »
***
Pendant ce temps, Shin Yeong-ung écoutait attentivement.
Des sons métalliques qui s’entrechoquaient.
Des notes tranchantes.
Puis soudain un moment de calme.
Et enfin une voix surgit.
Une voix grave.
Rugueuse.
Complètement opposée à l’apparence de son propriétaire.
Comme un brouillard noir s’infiltrant lentement dans l’espace.
♪ Emprisonné comme un fragment, Une voix préservée au fond de moi. Rampant sur un silence qui ne résonne jamais, Je cherche une sortie pour respirer et révéler cette voix cachée. ♪
Les paroles portaient la souffrance d’un artiste.
Cette voix intérieure.
Réprimée.
Interdite.
Désespérée de s’échapper.
L’agonie d’une âme enfermée dans une cage musicale.
Et tandis qu’il écoutait...
Une œuvre apparut dans son esprit.
Les Portes de l’Enfer.
Le chef-d’œuvre d’Auguste Rodin.
Une œuvre inspirée de la La Divine Comédie.
Le poème racontait un voyage à travers l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis.
Rodin avait choisi de se concentrer sur l’Enfer.
Yeong-ung n’avait jamais vu l’œuvre originale de ses propres yeux.
Il collectionnait peu les sculptures.
Mais il se souvenait parfaitement de Rodin.
De ce moment où le sculpteur, la tête entre les mains, travaillait sur les premières esquisses des Portes de l’Enfer.
—
« Simon, mes collègues disent que tu as l’œil pour reconnaître les bonnes œuvres. »
Les yeux de Rodin tremblaient.
Cherchant une réponse.
« Que penses-tu que deviendra cette pièce ? »
Il lui avait montré une esquisse grossière.
À peine quelques traits.
Et pourtant déjà vivante.
À cette époque, Rodin avait perdu confiance après avoir été victime d’une campagne de critiques.
Mais même ses lignes les plus rudimentaires débordaient de puissance.
—
« Comme vos précédentes œuvres, cela deviendra un chef-d’œuvre terriblement magnifique. »
Rodin avait esquissé un faible sourire.
« J’aimerais tant voir cette œuvre un jour... Elle doit être extraordinaire. »
Après sa réincarnation, Yeong-ung avait finalement vu des photographies de la sculpture achevée.
Près de cent quatre-vingt-dix figures y étaient représentées.
Parmi elles...
La plus célèbre.
Le Penseur.
Un homme accroupi au sommet des portes.
Observant les damnés se débattre dans leur souffrance.
Réfléchissant à la douleur humaine.
Au péché.
Au destin.
Puis la chanson continua.
♪ Brise le moule qui me retient. Les sons éparpillés se précipitent vers moi. Tiens-toi droit au-dessus de ce monde fermé. Et trouve ton propre chemin. ♪
La voix du chanteur se superposa soudain à celle du personnage imaginé par Yeong-ung.
Alors... c’est lui le protagoniste de cette chanson.
« Dans ce cas... je vais réinterpréter les Portes de l’Enfer à ma manière. »
Une idée venait de naître.
Il ferma les yeux.
Et la toile blanche de son esprit devint noire.
***
Les sculptures déformées et chargées d’émotions de Rodin flottaient dans l’obscurité.
Des muscles contractés.
Une mâchoire détaillée reposant sur une main disproportionnée.
Des surfaces inachevées vibrantes de douleur.
Rodin n’avait jamais sculpté la perfection.
Il avait sculpté le désespoir humain.
Yeong-ung saisit son crayon comme un ciseau de sculpteur.
Scritch. Scritch.
L’impression gravée dans sa mémoire se déversa sur le papier.
À présent, il contrôlait son crayon comme un scalpel.
Taillant brutalement les muscles.
Esquissant des veines gonflées sous la peau.
Ce n’était qu’un croquis conceptuel.
Et pourtant il possédait déjà le poids de la pierre.
Le crayon était l’outil le plus simple d’un artiste.
Mais dans ses mains...
Enrichi par les émotions de Lee Jung-seop et l’expressivité brute de Rodin...
Il semblait vivant.
Le dessin prit forme.
Un hommage aux Portes de l’Enfer.
Mais différent.
À la place des damnés...
Des êtres humains enfermés dans des cages musicales.
Des mains agrippant des guitares.
Des basses.
Des baguettes de batterie.
Tous luttaient dans la souffrance.
Même une main tenant un smartphone.
Symbole de ceux prisonniers d’une musique copiée encore et encore.
Et ceux qui osaient ouvrir ces portes interdites...
C’étaient les membres de WTH.
À travers une fissure dans les portes, le chanteur apercevait un monde nouveau.
Dans ses yeux.
La peur.
La rébellion.
Et une étrange extase.
À travers l’ouverture, des mains déformées s’étiraient.
Bloquant.
Attrapant.
Suppliant.
C’était le dessin le plus lourd qu’il avait réalisé depuis sa réincarnation.
Comme s’il sculptait directement les émotions dans la pierre.
« Alors c’est à ça que ressemble un véritable croquis de concept d’album... »
Il prit discrètement une photo.
Il ne pouvait pas encore montrer le dessin original.
Il l’envoya donc par message privé au PDG Jang In-su.
***
À cet instant.
Leurs regards se croisèrent.
« ...... »
« ...... »
Jang venait de revenir dans le studio.
Puis il regarda son téléphone.
Le message venait d’arriver.
Et il aperçut l’image.
« ...M-Mais qu’est-ce que c’est que ça ? »
Le silence envahit la pièce.
Son téléphone vibra une nouvelle fois.
La notification du message que Yeong-ung venait d’envoyer.
Le PDG Jang In-su.
Ancien auteur-compositeur.
Aujourd’hui dirigeant endurci par l’industrie.
Refusait d’y croire.
« C’est... Shin Woo-ri qui a dessiné ça, n’est-ce pas ? Hein ? »
« Eh bien... »
Même Woo-ri se tourna inconsciemment vers son petit frère et sa trousse en forme d’ourson.
Alors...
Yeong-ung leva la main.
« Moi. »
« ...Hein ? »
« C’est moi. Je suis S. »
***
S.
Le mystérieux artiste que Jang In-su cherchait désespérément à rencontrer.
Un génie doté d’un instinct artistique monstrueux.
Quelqu’un qui comprenait suffisamment l’industrie du divertissement pour transformer Woo-ri en phénomène viral grâce à une seule vidéo.
Un artiste.
Et un professionnel.
La seule personne capable, selon lui, de gérer correctement ses artistes excentriques.
L’homme qu’il rêvait de rencontrer depuis la veille.
Mais...
« Héhé... haha... »
Cela n’avait aucun sens.
Comment ce petit garçon aux joues rebondies pouvait-il être ce monstre ?
« Attendez une seconde... »
Puis tout s’emboîta.
S pour Shin.
Et qui lui avait recommandé cet enfant ?
Le PD Baek Seung-heon.
Le producteur de Il existe des génies dans ce monde.
L’homme qui passait son temps à rechercher des enfants prodiges.
« Pas possible... il m’a vraiment présenté un gamin ?! Ce type est complètement fou ! »
Une colère fugace monta en lui.
Mais ses yeux retombèrent sur le dessin.
Et il se figea de nouveau.
Une seule expression lui vint à l’esprit.
Le Petit Monstre.
« ...Je peux regarder de plus près ? »
« Oui. Tenez. »
L’enfant lui tendit soigneusement son carnet.
Au premier regard.
Jang comprit.
Les Portes de l’Enfer.
Transformées en...
Les Portes de la Musique.
Des centaines de mains agrippant des instruments.
Tirant les musiciens vers les profondeurs.
Des âmes écrasées sous le poids de la musique.
Le dessin dégageait une noirceur presque effrayante.
Puis son regard s’arrêta.
« Cet œil... dans l’ouverture de la porte... »
L’homme observant depuis la fissure était...
« ...Mon chanteur. »
Le même qui enregistrait actuellement dans la cabine.
Sa souffrance.
Ses ténèbres.
Son besoin désespéré de trouver une sortie.
Tout était là.
Parfaitement capturé.
La chair de poule parcourut les bras de Jang.
Un chef-d’œuvre né des profondeurs de la souffrance humaine.
« Comment un enfant peut-il dessiner quelque chose comme ça ? »
Le petit garçon le regardait avec ses yeux innocents.
Pourtant ce croquis n’avait rien à voir avec les dessins doux et joyeux de son compte Instagram.
Ce qui signifiait...
« Il peut s’adapter à n’importe quel genre. »
Comme un enfant acteur capable de jouer un rôle terrifiant avec un réalisme absolu.
Sauf qu’ici.
C’était de l’art.
Les frissons s’intensifièrent.
Il n’existait pas de meilleure image pour représenter cette musique.
Dans son esprit, Jang voyait déjà la pochette.
Les costumes.
Les décors de concert.
Tout.
***
À ce moment-là.
Jin Ji-yeol sortit de la cabine.
Son visage semblait encore plus sombre qu’avant.
Un homme banal en apparence.
Mais noir à l’intérieur.
« Euh... Ji-yeol. »
C’était celui qui rejetait systématiquement tous leurs concepts.
Sans son approbation, rien n’avançait.
Même s’il refuse, je me battrai pour cette idée.
Jang se prépara mentalement.
« ...... »
« ...... »
Ji-yeol fixa le dessin pendant longtemps.
Puis...
« Cool. »
« ...Pardon ? Tu comprends ce que c’est ? »
« Ce n’est pas le concept visuel de notre album ? »
Il l’avait compris instantanément.
Puis murmura :
« C’est exactement ce que je voulais. »
« ...Donc tu n’étais pas juste obstiné depuis tout ce temps ? »
Le soulagement submergea Jang.
Puis Ji-yeol ajouta :
« ...C’est génial. »
Il ne demanda même pas qui avait dessiné.
Seule la musique l’intéressait.
« Très bien. Demande aux autres membres ce qu’ils en pensent. »
« D’accord. »
Il prit une photo et l’envoya dans leur conversation de groupe.
Habituellement, les membres ignoraient même les messages du PDG.
Mais cette fois...
[ Enfer ]
[ Enfer ]
[ What the Hell ?! ]
Trois réponses immédiates.
Et chez WTH...
« Enfer » représentait le plus grand compliment possible.
« ...Tu vois ? »
« Oui. »
« Construisons le reste de l’album autour de ça. L’homme qui ouvre les Portes de l’Enfer deviendra notre concept. »
Pour la première fois.
Le visage sombre de Ji-yeol s’éclaira.
Il souriait même.
« L’artiste le plus difficile de l’agence... inspiré par un concept ? »
À ce stade, l’âge de Yeong-ung n’avait plus aucune importance.
Jang avait toujours affirmé :
Si quelqu’un possède le talent, je lui donnerai tout ce dont il a besoin.
Et maintenant...
Il désirait recruter ce garçon plus que n’importe quel artiste auparavant.
« Euh... vous deux. Pourrions-nous retourner dans mon bureau un instant ? »
Avec bien plus de respect qu’auparavant, il reconduisit les deux frère et sœur.
***
Dix minutes plus tard.
« Ils ont dû bien s’amuser à rencontrer des célébrités. »
Bong Tae-won arriva chez Big Star Entertainment pour récupérer les enfants.
« Ils doivent être super excités. Héhé. Moi aussi, j’aimerais voir une célébrité. Le mieux serait Jang In-su. Je chantais ses chansons au karaoké. »
Tout en fredonnant joyeusement, il entra dans le bâtiment.
Puis...
« Bonjour. Je suis Jang In-su, PDG de Big Star Entertainment. »
Il se retrouva soudain en train de serrer la main de son idole de karaoké.
Dans le bureau du PDG.
« ...Quoi ?! »
Et juste après...
« Nous souhaiterions signer officiellement Shin Yeong-ung dans notre entreprise. »
« ...Hein ?! »
Yeong-ung et Woo-ri échangèrent un regard avec Bong Tae-won.
Puis les deux frère et sœur éclatèrent de rire.