Chapitre 62
Chapitre 62 - L’Accident
Traduction: Moonkissed
« C’est quoi ce truc... et c’est qui, elle ? »
Ce fut la première pensée qui lui traversa l’esprit.
« Pourquoi est-ce qu’elle se produit dans un café européen ? »
La plupart des vidéos d’audition se ressemblaient toutes.
Un simple mur blanc à la maison.
Ou un studio qui donnait l’impression que quelqu’un avait dépensé un peu d’argent.
Et devant, un NewTuber qui chante.
Mais celle-ci était différente.
Une lycéenne coréenne, les cheveux noirs attachés en queue de cheval haute, portant son uniforme scolaire...
...chantait devant un véritable public.
Et pas n’importe où.
L’endroit respirait l’ambiance chaleureuse et romantique d’un café européen.
« Attends... elle est déjà célèbre ou quoi ? »
La majorité du public dans la vidéo était composée d’Occidentaux.
Des hommes en costumes impeccables.
Des femmes portant des robes élégantes dignes d’un banquet aristocratique.
Tous assis autour d’elle, absorbés par la musique.
Certains étaient droits sur leur chaise, attentifs.
D’autres s’appuyaient sur leur main, totalement fascinés.
À quel point une chanson devait-elle être bonne pour que les gens l’écoutent avec une telle sérénité ?
Même à travers l’écran, on ressentait l’atmosphère du lieu.
La plupart des NewTubers pouvaient se montrer confiants devant une caméra.
Mais ils manquaient d’expérience sur scène.
Même avec un million d’abonnés, beaucoup étaient incapables de vendre un seul billet dans la vraie vie.
C’était précisément ce qui inquiétait les producteurs.
Et si l’émission se lançait pour finalement se révéler vide de substance ?
Mais là...
Une lycéenne qui chantait dans un café à l’étranger ?
Pas étonnant que cela ait attiré leur attention.
Les scénaristes eux aussi restaient figés devant l’écran.
Exactement comme le public présent dans la vidéo.
Et il ne fallut pas longtemps pour que la vérité apparaisse.
« Hein ? »
Les yeux du PD Oh s’écarquillèrent.
« Attendez une seconde... »
Une scénariste, revenue à elle après avoir compris quelque chose, murmura :
« Ce décor... c’est une peinture. On a cru au départ qu’il s’agissait d’un vrai concert, alors on a cliqué, mais... »
« Impossible. Sérieusement ? Agrandissez l’image. »
La vidéo passa en plein écran.
Ils se rapprochèrent tous du moniteur.
Leurs visages étaient presque collés à l’écran.
Une douce lumière entrait par une fenêtre peinte.
Le plancher ancien.
Le mobilier classique.
Les suspensions lumineuses élégantes.
Au centre, une petite scène.
Des rideaux rouges en velours.
Des spectateurs souriants tenant des verres de vin.
Tout semblait incroyablement vivant.
« Bordel... Tu as raison. J’étais persuadé que c’était réel. »
« Oui, mais si on regarde bien, ce n’est pas hyperréaliste. On dirait plutôt des touches impressionnistes rapides... »
Et puis—
« Attendez. Regardez ça. »
L’une des scénaristes, couverte de chair de poule, pointa l’écran du doigt.
« Ce n’est pas juste un décor. »
La chanteuse ne se trouvait pas devant la peinture.
« Elle est dedans. Parmi le public. »
« Mon Dieu... Tu as raison. »
Ce n’était pas une seule toile.
Il y avait des spectateurs au premier plan.
D’autres au fond.
Les meubles.
Les luminaires.
Et la NewTubeuse se tenait quelque part entre tout cela.
Exactement au centre.
Comme sur une scène.
« Ce n’est pas du CGI. Ce n’est même pas une illusion d’optique. Ce sont plusieurs couches de peintures superposées qui créent cette profondeur. »
« Ah... Voilà pourquoi ça paraissait aussi tridimensionnel. »
« Et regardez. Il y a même un projecteur braqué sur elle. »
« Ooooh... C’est pour ça qu’elle ressort autant. »
Le PD Oh croisa les bras.
Puis soudain, il écarquilla les yeux.
« Attendez... Alors ce n’est pas simplement une peinture. »
« C’est une véritable scène. »
Le silence retomba.
Seule la musique continuait de jouer.
La mélodie s’accordait parfaitement à l’ambiance romantique du café.
Et les paroles...
« ...Oui. Cette scène correspond parfaitement à la chanson. »
Alors ils cessèrent de parler.
Et se contentèrent d’écouter.
Dès les premières notes, quelque chose paraissait différent.
La mélodie était douce.
Mais les paroles et le refrain restaient immédiatement en tête.
Avec suffisamment de promotion, le morceau pouvait probablement entrer dans le Top 100.
Et puis il comprit.
C’était elle.
La fille qui avait toujours caché son visage.
La « Fille de la campagne ».
« Alors voilà à quoi elle ressemble... »
Peau claire.
Air pur et innocent.
Le genre de visage qui ferait croire à n’importe qui qu’elle avait été stagiaire dans une agence d’idoles.
Pourquoi avait-elle caché son visage jusqu’à présent ?
Cela n’avait aucun sens.
« À moins qu’elle n’ait réellement été stagiaire ? »
À mesure que la chanson approchait de sa fin, son regard dériva.
Vers la personne qui avait orchestré tout cela.
« Peut-être parce que je suis producteur, mais... cette mise en scène ? Cette direction artistique ? C’est bien trop réussi pour être un hasard. »
Il le savait mieux que quiconque.
À quel point il était difficile d’accorder parfaitement musique et visuel.
Lui-même avait étudié sans relâche.
Il avait réussi à devenir « correct ».
Jamais exceptionnel.
C’était d’ailleurs pour cela qu’il avait abandonné le cinéma pour la télévision.
Mais ici...
Il ne s’agissait pas simplement d’un bon accord entre l’image et la musique.
« La peinture, la chanson et la performance forment une seule œuvre. »
C’était de l’art.
La scène.
La musique.
Et la jeune fille en son centre.
Et le plus fou ?
La personne derrière tout cela n’avait jamais cherché à se mettre en avant.
Aucun zoom excessif.
Aucune démonstration de technique.
Juste assez de retenue pour laisser la chanson briller.
« Celui qui a réalisé ça... »
Devait être un professionnel.
Quelqu’un qui cachait un talent monstrueux.
« Mon Dieu... Combien d’aspirants créateurs ont dû abandonner après avoir vu ça ? Mais pourquoi quelqu’un d’aussi talentueux travaillerait-il avec une NewTubeuse qui n’a que quatre-vingt mille abonnés ? »
Un artiste indépendant ?
Ou quelqu’un qui avait reconnu son potentiel ?
« ...Ou peut-être une agence derrière tout ça. »
Plus il réfléchissait, plus il voulait absolument cette candidate.
Puis—
La porte de la salle de réunion s’ouvrit brusquement.
C’était le PD principal Baek Seung-heon, de Prodigies of the World.
« Hé ! Te voilà. J’ai trouvé ton joker ! »
Sur sa tablette apparaissait exactement la même vidéo.
La Fille de la campagne.
Même un vétéran comme lui avait ressenti le même choc.
« Sacré retournement de situation, hein ? Et je ne dis pas ça en tant que fan. Sa chanson originale est vraiment excellente. Elle a un bon visuel. La mise en scène est incroyablement solide. Hahaha ! »
Il était tout aussi enthousiaste.
« Incroyable. Cacher une arme pareille tout ce temps ? Si tu la laisses filer, tu le regretteras. »
Le PD Oh acquiesça fermement.
Puis il appela son assistant.
« Yeong-sik. »
« Oui ? »
« Télécharge cette vidéo. On va en avoir besoin. »
« Pourquoi ? »
« Parce qu’il va se passer quelque chose d’énorme. Et quand le directeur me convoquera dans son bureau, tu viendras avec moi. »
« ...Hein ? »
Découvrir un talent caché.
Le faire briller.
C’était précisément le devoir d’un producteur.
« Sérieusement, si cette vidéo devient virale... les agences vont se battre à la fois pour cette fille et pour celui qui a conçu cette scène. »
Le PD Baek semblait partager exactement la même intuition.
« La chanson est bonne. Son apparence est commercialisable. Mais personnellement ? Je pense que le véritable trésor, c’est le réalisateur. Celui qui a monté tout ça est un monstre. Tu sais qui c’est ? »
« Non. »
L’assistant, épuisé par le montage d’innombrables faux prodiges, paraissait vidé.
À l’inverse, les yeux du PD Baek brillaient d’excitation.
Le PD Oh se frotta le menton.
Puis afficha un sourire amusé.
« ...Cela dit, je sais une chose à propos de ce réalisateur. »
« Quoi ?! »
Le PD Baek se pencha aussitôt en avant.
Le PD Oh sourit encore davantage.
« Héhé. Une chose est sûre : qui que ce soit... ce n’est certainement pas un prodige. »
***
« Mon petit chou. Tu aides Mamie ? »
Le soleil illuminait la cour de la maison familiale.
Shin Hye-ja et Shin Yeong-ung étendaient le linge ensemble.
Claque. Claque.
De ses petites mains, il secouait chaque vêtement avant de le lui tendre.
« Tiens, Mamie ! »
« Merci, Yeong-ung. »
« Héhé, de rien. »
Elle lui adressa un sourire rempli de tendresse.
Depuis le mini-concert familial de Woo-ri, les cœurs s’étaient rapprochés.
« Je vais accrocher celui-là ici, Mamie. »
Même Shin Woo-ri, qui passait habituellement ses week-ends à l’extérieur, aidait aujourd’hui à la maison.
Parce qu’elle pouvait désormais répéter son chant chez elle.
« Hmm, hmhm~ ♪ »
Elle fredonnait joyeusement.
« Bon, les petits. Les fraises sont prêtes ! Toi aussi, viens. »
Grand-père Shin Gwang-bok les appela.
Toute la famille se retrouva autour de la table ronde du salon.
La télévision murmurait doucement en arrière-plan.
Kim Ji-soo dormait encore profondément dans la chambre de Woo-ri après avoir passé la nuit à monter et publier la vidéo.
Grand-père tendit une grosse fraise brillante à Woo-ri.
« Alors comme ça, tu aimes vraiment la musique ? Tu tiens ça de moi. »
« ...Mais toi, tu chantes faux. »
« Hé ! Je parlais de l’amour de la musique, pas du talent. Pour ça, tu tiens clairement de ta grand-mère. »
« Hoho, vraiment ? »
Grand-mère cacha son sourire derrière sa main.
« Et notre Yeong-ung tient de moi aussi. »
Grand-père affichait un air satisfait.
Woo-ri piqua sa fraise avec sa fourchette.
Puis parla avec prudence.
« Je... je n’aurais jamais cru que vous aimeriez m’entendre chanter. »
« Pourquoi donc ? »
« Je pensais simplement que vous préféreriez que j’étudie. »
« Si quelque chose te rend plus heureuse que les études, alors fais-le. »
Grand-père éclata de rire.
« Ne t’inquiète pas pour nous. »
« ...Grand-père. »
« Et puis maintenant, tu as même un petit frère fiable. Il t’a construit une scène, non ? »
« C’était vraiment magnifique. Vous voir travailler ensemble m’a émue. »
Grand-mère acquiesça.
Puis elle ébouriffa doucement les cheveux de Ji-ho.
« Ji-ho, si tu as quelque chose que tu veux faire, fonce. Mamie te soutiendra. »
« Alors... je vais arrêter les devoirs et jouer davantage ! »
« ...Les devoirs restent obligatoires. »
« Aaaah... »
Toute la pièce éclata de rire.
Bong Tae-won avala une fraise.
« Alors, Woo-ri. Les résultats arrivent quand ? »
« Ceux de l’audition ? Honnêtement, je n’attends pas grand-chose. »
« Pourquoi ? »
« Ils sélectionnent les cent premiers uniquement selon les vues. Et il y a tellement de grands influenceurs... alors je considère surtout ça comme une expérience. »
Elle le disait légèrement.
Mais mettre cette vidéo en ligne lui avait demandé un courage immense.
« Publier quelque chose ne garantit rien... »
Pourtant, le tableau de Yeong-ung était désormais là, visible.
La miniature seule suffisait à faire croire à une véritable performance en France.
Même le professeur Oh Jae-deok s’était inquiété.
— « Le directeur m’a répété encore et encore de protéger Yeong-ung. Une fois en ligne, on ne peut plus revenir en arrière. »
Puis il avait contemplé le tableau.
Et murmuré :
— « Il est simplement trop beau. »
Mais NewTube était impitoyable.
Avec quatre-vingt mille abonnés, obtenir trente mille vues en moyenne était déjà énorme.
Mais cela signifie quand même que trente mille personnes verront mon œuvre.
Son cœur battait plus vite.
À cet instant même, quelque part dans le pays, quelqu’un observait son art.
« On regarde le compteur de vues ? »
Bong Tae-won sortit son téléphone.
Puis—
Bam bam bam !
Kim Ji-soo surgit de la chambre, encore à moitié endormie.
« Woo-ri ! La vidéo explose ! »
« ...Hein ? »
« Les vues sont folles ! Plus de soixante-dix mille déjà ! »
« Attends quoi ?! Ça fait même pas une journée ! »
Boum.
Le cœur de Yeong-ung accéléra.
« Pfff— ! Impossible ! »
Bong Tae-won s’étouffa avec son eau.
Toussant, il pointa la vieille télévision du doigt.
« M-Mais qu’est-ce que... ! »
Sur l’écran brouillé—
« Oh mon Dieu ! C’est Woo-ri ! »
Sa vidéo passait à la télévision.
Ce qui signifiait...
« Yeong-ung ! Ton tableau— ! »
Ji-ho bondit de sa chaise.
« Ton tableau est à la télé ! »
L’œuvre que Yeong-ung pensait destinée à être admirée discrètement...
Était désormais diffusée dans tout le pays.
Ce que personne ne savait cependant...
C’est que cette « grande scène nationale »
...n’était à l’origine qu’un simple panneau d’affichage d’école primaire.