Chapitre 61
Chapitre 61 - Le Cheval Noir
Traduction: Moonkissed
Internet débordait toujours d’actualités.
Et pourtant, parfois, tout semblait terriblement ennuyeux.
Puis un jour, quelque chose d’intéressant apparut.
[ La nouvelle émission d’audition de JTBN, Songfluencer, arrive bientôt ! ] [ 100 influenceurs chanteurs vont s’affronter à la télévision ! ]
Une toute nouvelle émission était sur le point d’être lancée.
De nos jours, les nouveaux programmes attiraient rarement autant l’attention qu’autrefois.
Mais celui-ci était différent.
— « Unnie Chaeri ! Tu vas participer à Songfluencer ? »
— « Personnellement, j’espère que Park Song sera de la partie. Elle cartonne ces derniers temps. »
— « Hyung, c’est ton heure de gloire. Si tu t’inscris, je te soutiendrai à fond ! »
Les influenceurs étaient désormais aussi populaires que les célébrités.
Et lorsque les gens apprirent qu’un grand nombre de célèbres YouTubeurs musicaux participeraient à l’émission, leur curiosité explosa.
Finalement, le jour des candidatures arriva.
Des influenceurs différents publièrent des vidéos portant exactement le même titre :
[ Chaeri : Vidéo de candidature pour Songfluencer ] [ Park Song : Vidéo de candidature pour Songfluencer ] [ Ddaeng Ddaeng : Vidéo de candidature pour Songfluencer ]
L’enthousiasme se propagea rapidement.
— « On dirait que ce sera juste une guerre du nombre d’abonnés. »
— « Pas forcément. Certains YouTubeurs ont beaucoup d’abonnés mais presque plus de vues. »
— « C’est là que la créativité compte. Tout dépend de la manière dont tu captes l’attention. »
Les forums communautaires se remplissaient de discussions.
Les recherches concernant Songfluencer montaient en flèche.
En voyant cette popularité grimper, le cœur de Shin Woo-ri se mit à battre plus vite.
Si l’émission devient populaire...
...peut-être que davantage de personnes écouteront ma chanson.
Bien sûr, reprendre des chansons célèbres était le meilleur moyen d’obtenir des vues.
Mais rien ne lui procurait autant de satisfaction que de partager sa propre musique.
C’est pourquoi, cette fois-ci, elle voulait interpréter une composition originale.
Le problème, c’était...
« ...Elle n’est toujours pas terminée. Et il me reste moins d’une heure avant l’enregistrement. »
Elle était bloquée depuis des semaines.
Comme elle ne publiait plus rien, ses vues avaient chuté.
Et avec elles, sa confiance.
Même la chanson qu’elle avait autrefois fait écouter à Yeong-ung n’était pas terminée.
Mais...
— « Noona, tu es la meilleure ! »
C’était ce que son petit frère lui avait dit.
Qu’il adorait sa chanson.
« Son visage brillait tellement quand il a dit ça... »
En repensant à lui, elle ne put s’empêcher de sourire.
Frouss.
Elle prit une feuille sur son bureau.
C’était le dessin que Yeong-ung avait réalisé après avoir entendu sa chanson.
Woo-ri ressentit une immense fierté.
Contrairement à elle, qui peinait dans ses études et portait le poids d’être l’aînée, lui faisait toujours sourire leurs grands-parents.
Contrairement à son avenir incertain, le sien semblait lumineux.
Parfois, elle se sentait coupable de cette différence.
Mais cette fois, son frère lui avait montré...
« ...Mon rêve. »
Comment avait-il su ?
Elle avait composé cette chanson en rêvant de monter un jour sur scène.
Et Yeong-ung avait transformé ce vague fantasme en une image réelle.
Cela paraissait presque magique.
« Comme s’il avait lu dans mon cœur. »
Transformer les émotions d’une chanson en œuvre d’art...
Était-ce cela, être un génie ?
Elle avait toujours su que son frère était doué.
Mais...
« Le voir de mes propres yeux est encore plus impressionnant. »
Ce dessin avait touché son cœur.
Son imagination était devenue un véritable rêve.
Et tandis qu’elle s’imaginait chanter devant cette illustration, la mélodie recommença soudain à couler.
Le blocage qui l’écrasait depuis si longtemps commença à se dissiper.
Woo-ri attrapa son porte-mine.
Gribouille, gribouille.
Elle recommença à écrire.
Là où elle hésitait auparavant, elle avançait désormais avec assurance.
Quand elle bloquait, elle jetait un coup d’œil au dessin de Yeong-ung pour retrouver l’inspiration.
Une heure plus tard...
Bzzz.
Son téléphone vibra.
En voyant l’heure, elle paniqua.
« Oh non ! C’est déjà le moment ! »
Elle enfila son manteau à la hâte.
Sortit sa guitare de sous son lit.
« Et la partition ! »
Elle serra sa composition terminée contre elle.
Même dans sa précipitation, un sourire étira ses lèvres.
Ses lacets n’étaient même pas attachés lorsqu’elle se dirigea vers la sortie, guitare sur le dos.
Puis—
« Woo-ri, où vas-tu ? »
Ses grands-parents levèrent la tête depuis la cour où ils triaient des légumes.
Avant même qu’elle puisse répondre, ils lui adressèrent un sourire chaleureux.
« Ne rentre pas trop tard. »
Elle se figea.
Ces derniers temps, elle rentrait souvent tard à cause de la musique.
Pourtant, ses grands-parents ne la grondaient jamais.
Ils se contentaient de s’inquiéter.
« Même Ji-ho rentre tard aujourd’hui... Noona, où est-ce que tu vas ? »
Son petit frère la regarda avec ses grands yeux tristes.
Elle n’avait presque pas passé de temps avec lui récemment.
Internet connaissait ses chansons.
Mais sa propre famille, elle, les ignorait.
Elle serra plus fort son cahier.
« ...Grand-père, Grand-mère. Vous voulez venir avec moi ? »
« Hein ? Où ça ? »
« Il y a... quelque chose que je veux vous montrer. »
***
Toute la famille monta sur leur vieux tracteur.
À mesure qu’ils approchaient de l’école, le cœur de Woo-ri battait de plus en plus vite.
Elle avait l’impression de faire ses débuts.
Bien sûr, elle pouvait échouer à l’audition.
Bien sûr, elle pouvait regretter d’avoir traîné toute sa famille ici.
Mais une chose ne changerait pas :
Elle ferait de la musique.
« Nous y voilà. Yeong-ung est à l’intérieur avec le professeur Oh et Tae-won... »
Clac.
Mais au moment où elle ouvrit la porte de la salle de classe, les mots lui restèrent dans la gorge.
« ...! »
À l’intérieur de cette vieille salle délabrée se trouvait quelque chose qui dépassait largement le simple dessin.
C’était la scène de ses rêves.
Rendue réelle.
Ses yeux s’embuèrent aussitôt.
***
Cinq minutes plus tôt.
« Hé, hé ! Je ne suis pas en retard, hein ? »
« Ji-soo ? »
Kim Ji-soo, la meilleure amie de Woo-ri, déboula dans la salle.
« En retard ? Pour quoi ? »
Bong Tae-won se gratta la tête, complètement perdu.
« Ah, rien du tout ! »
Elle lança un regard vers Shin Yeong-ung et rit nerveusement.
La scène avait été terminée en une seule journée.
Honnêtement, c’était grâce aux adultes.
Jamais elle n’aurait pu réaliser cela seule.
Tae-won avait fait imprimer le croquis sur une immense toile dans un atelier spécialisé.
Choi Hye-seong avait découpé les panneaux en MDF.
Puis ils avaient tout assemblé ensemble.
Au départ, cela ressemblait simplement à des panneaux plats.
« ...Attends. C’est le dessin ? »
Ji-soo pencha la tête.
« C’est un peu différent du croquis. Vous n’avez pas eu le temps de finir ? »
« Ce n’est pas ça. »
Yeong-ung attrapa les poignées au bas des panneaux.
Et tira.
Crrrreeeak—
Les panneaux de bois se déployèrent.
Le dessin surgit en relief, couche après couche.
Comme un gigantesque livre pop-up.
Le café représenté sur le croquis devint un véritable espace en trois dimensions.
« Quand on le replie, c’est juste un panneau d’affichage. Quand on l’ouvre, ça devient une scène. »
« Wouah ! C’est incroyable ! »
Les yeux de Ji-soo scintillèrent.
Sa bouche resta grande ouverte.
« Tu as vraiment construit une scène... Je n’aurais jamais imaginé ça ! »
Le professeur Oh, qui avait autorisé l’utilisation du grand panneau d’affichage, retira finalement ses gants de travail.
« Mais Yeong-ung, pourquoi une scène ? »
« Parce que... parfois j’ai envie que la classe ressemble à un spectacle. »
Il répondit avec un petit rire innocent.
Puis Woo-ri entra, sa guitare sur le dos.
« Woo-ri ? Pourquoi tu as une guitare ? »
« Ah, ça... »
Mais dès qu’elle aperçut la scène, ses yeux rougirent.
Tout le monde se figea.
Le professeur Oh.
Tae-won.
Hye-seong.
« W-Woo-ri, qu’est-ce qui ne va pas ? »
Reniflement.
« Même Grand-père et Grand-mère sont là ? »
« Tu as travaillé dur. »
« Héhé... Que faites-vous ici, professeur ? »
« ...Et Ji-ho aussi. »
Alors que tout le monde essayait de comprendre ce qui se passait—
Woo-ri essuya ses yeux.
Puis s’avança.
« Yeong-ung, merci. C’est encore plus beau que ce que j’avais imaginé. »
« Héhé. »
« Laisse-moi me préparer. »
« Attends, Noona. Prends ça. »
Yeong-ung lui tendit un masque papillon découpé dans du papier.
Au cas où elle ne voudrait pas montrer son visage.
« Merci, Yeong-ung. Mais... je ne vais pas le porter. Je vais chanter telle que je suis. »
Elle monta sur scène avec assurance.
Ziiip.
Elle sortit sa guitare.
Une vieille guitare d’occasion.
Elle avait économisé trente mille wons pour l’acheter.
Pendant ce temps, Yeong-ung installa ses grands-parents à leurs places.
« Asseyez-vous ici ! »
Il ne s’attendait pas à leur présence.
Mais cela lui semblait juste qu’ils entendent sa chanson eux aussi.
Tae-won et Hye-seong échangèrent un regard.
« ...Attends. C’est vraiment une scène ? »
Woo-ri entra dans le décor.
Inspira profondément.
Puis ajusta sa position.
« Ici ? »
« Un peu plus en arrière. »
Le public prit place sur les petites chaises de l’école primaire.
Ji-soo installa son téléphone sur un trépied.
« D’accord ! Enregistrement ! »
Clic.
Elle tendit le bras pour éteindre la lumière.
Mais soudain, Yeong-ung disparut en courant.
Puis revint avec quelque chose acheté à la papeterie.
De petites lampes de poche bon marché recouvertes de papier coloré.
« ...C’est quoi ça ? »
« Une scène a besoin d’éclairage. »
Clic.
Clic.
Clic.
Les projecteurs s’allumèrent.
Des lumières colorées tombèrent sur le décor en relief.
Avec Woo-ri au centre, on aurait réellement dit qu’elle se trouvait à l’intérieur d’un tableau.
Comment cela apparaîtra-t-il à l’écran ?
Comment les gens vont-ils voir cela ?
Il espérait seulement que son art pourrait l’aider.
Même si cela ne convainquait qu’une seule personne supplémentaire d’écouter sa chanson.
C’était comme présenter un tableau inconnu dans une exposition.
Woo-ri, les yeux humides, serra sa guitare.
Puis—
Elle commença à chanter.
« ...! »
Le public resta bouche bée.
D’abord parce qu’ils ignoraient qu’elle possédait un tel talent.
Ensuite—
Parce qu’ils comprirent enfin pourquoi ce décor avait été créé.
🎵🎶
Sa chanson était la pièce manquante.
***
Pendant ce temps, chez JTBN.
Le producteur Oh Myeong-hoon comptait des boissons énergétiques devant un distributeur automatique.
« Une, deux, trois, quatre... »
Baek Seung-heon, le PD de Gifted Kids of the World, s’approcha.
« On dirait que ta chance t’a abandonné. Les candidatures pour Songfluencer se terminaient à minuit, non ? »
« Et toi, toujours à faire des heures sup pour fabriquer des génies ? Ça doit être fatigant. »
« Tsk. Et ton bébé ne babille toujours pas ? »
Seung-heon se frotta le visage.
Myeong-hoon ricana en faisant défiler son téléphone.
« Alors ? On sait déjà qui participe ? »
« Oui. Les premiers chiffres donnent déjà une idée. »
« Et ? »
« Comme prévu, les gros YouTubeurs sont en tête. Mais le problème... »
« C’est trop prévisible, c’est ça ? »
« Exactement. »
Et lorsqu’une émission suit exactement le scénario attendu...
Elle devient ennuyeuse.
Surtout un concours.
« Il faut un cheval noir inattendu. C’est ce qui excite le public. »
« Tu avais déjà anticipé ça ? Si l’émission échoue, je risque de perdre mon poste. J’ai un bébé à nourrir. »
Seung-heon caressa sa barbe naissante.
« Alors crée ton propre cheval noir. »
« ...Tu veux dire truquer ? »
« Non. Trouve simplement quelqu’un qui a du potentiel. Donne-lui un petit coup de pouce. Si tu crois qu’il peut exploser, mets-le en avant dès le début. »
« Ah. Puisqu’on a déjà prévenu les candidats que leurs vidéos pourraient être diffusées à l’antenne... »
« Exactement. Ce n’est qu’un choix de producteur. Rendre une émission plus intéressante n’a rien d’illégal. »
Myeong-hoon acquiesça lentement.
« ...Mais les gens ne vont pas se plaindre ? »
« Qu’est-ce qui est pire ? Quelques candidats mécontents ou une émission qui s’effondre ? »
« Tu as raison. Pour un producteur, le plus important reste de divertir le public. »
Un sourire apparut sur son visage.
Puis Seung-heon demanda :
« Au fait... la YouTubeuse Mountain Girl. Elle a participé aussi ? »
« Qui ? »
« Celle que je regarde parfois pour me détendre. Elle chante bien, mais discrètement. »
« Ah, elle. Elle fait peu de vues et ne montre jamais son visage. Je doute qu’elle crée la surprise. »
« Oui. Bon, il est minuit. Les inscriptions sont closes. »
Ils retournèrent dans la salle de réunion.
Et soudain—
De la musique emplit la pièce.
Une mélodie fraîche.
Accrocheuse.
Qu’ils n’avaient jamais entendue auparavant.
« C’est la chanson de qui ? Elle est vraiment bien. »
Mais quelque chose clochait.
Les scénaristes étaient tous collés devant un écran.
Les yeux grands ouverts.
Sans même cligner.
« ...Qu’est-ce qui se passe ? »
Sur l’écran apparaissait—
Un petit café.
Une lycéenne chantant devant un public étranger.
Non...
« Attends. C’est... un dessin ? »
Elle chantait à l’intérieur d’un dessin.
Le décor.
La mélodie.
La voix.
Les paroles.
Tout se mélangeait pour former une seule œuvre d’art.
[ Mountain Girl : Vidéo de candidature pour Songfluencer ]
Les instincts de Myeong-hoon s’activèrent immédiatement.
C’est elle.
Le cheval noir inattendu.