Chapitre 42
Chapitre 42 - Cadeau
Traduction: Moonkissed
Existe-t-il réellement un secret parfait ?
Dans une ruelle tranquille, à l’écart d’une avenue animée.
« Hein ? Il y avait toujours eu un bâtiment ici ? »
Un homme qui sirotait son americano désigna un vaste bâtiment dissimulé derrière des buissons.
Avec son parking compris, le terrain était immense.
« Hmm. Il n’y a même pas d’enseigne. On ne sait pas du tout ce que c’est. Mais ça ressemble à l’un de ces endroits réservés aux riches, non ? »
À l’intérieur, le premier étage semblait appartenir à un autre monde.
Des canapés anciens luxueux.
Des luminaires suspendus à un plafond démesurément haut.
D’immenses toiles accrochées aux murs.
L’endroit dégageait cette atmosphère de :
« Ce monde-là n’est pas le nôtre. »
Les passants poursuivaient donc leur chemin.
Mais alors que le rez-de-chaussée semblait gaspiller l’espace, les étages supérieurs racontaient une tout autre histoire.
« Assurez-vous que tout soit finalisé aujourd’hui et envoyez les documents aux galeries. Les fonds de soutien seront distribués selon le classement avant la fin du mois. »
Dans des bureaux bondés, des employés en costume tapaient frénétiquement sur leurs claviers.
Les imprimantes tournaient sans relâche.
Des dossiers passaient de main en main.
C’étaient les personnes qui géraient le mystérieux Projet X.
Même dans cette atmosphère rigide, quelques conversations informelles s’échappaient.
« Ouf, j’ai envoyé mon rapport. Les artistes vont bientôt recevoir leurs aides. »
« Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’excite aussi. Imagine : recevoir de l’argent supplémentaire pour pouvoir se consacrer entièrement à son art. »
La première vague de financements, réunie auprès de différentes galeries, allait bientôt être distribuée.
« Mais tout est réparti par niveaux, non ? »
« C’est comme ça que le monde fonctionne. Nous aussi, on reçoit des primes selon nos performances. »
« Tch. Moi, j’espère juste que mon artiste préféré recevra assez d’argent pour créer davantage. J’adorerais ça. »
Le succès du Projet X dépendait d’une seule chose :
Trouver des artistes talentueux.
Comme une émission de télé-crochet.
On pouvait dépenser des fortunes pour rendre le programme spectaculaire.
Mais sans candidat exceptionnel, l’émission était condamnée.
Il était donc naturel que le personnel soit curieux.
« Qui a obtenu la meilleure note dans ton secteur ? » murmura quelqu’un.
« Hé, ne demande pas ça. Tu sais très bien qu’on n’a pas le droit d’en parler. »
« Allez, juste entre nous. »
« Non. On doit garder le secret. Même les gens du milieu qui sont au courant se montrent extrêmement prudents. »
« Pourtant... pourquoi tant de secret ? Ce ne serait pas mieux de présenter ça comme une émission publique ? Ça attirerait l’attention. »
« C’est justement pour éviter ça. Si ça devient public, certains en abuseront. Et les investisseurs ne veulent pas prendre ce risque. La directrice Jo Hee-won surveille tout de très près. »
Mais peu importe à quel point on tente de protéger un secret.
Il finit toujours par fuir quelque part.
Une employée se pencha discrètement.
« Chut. Mais il paraît que la directrice Jo a rencontré personnellement l’un des artistes sélectionnés la semaine dernière. »
« Quoi ? Vraiment ? Lequel ? »
La curiosité explosa immédiatement.
« Si elle l’a rencontré en personne, ça veut dire que cet artiste est une vraie perle ! »
« On le connaît ? »
« Non. J’ai entendu dire que c’est un débutant quasiment inconnu. Mais écoute ça : certains disent qu’il est aussi talentueux que Picasso lorsqu’il était enfant. »
« Picasso ?! »
Picasso.
Le prodige légendaire qui avait commencé sa carrière tout en haut.
La rumeur se répandit aussitôt.
« Impossible. Maintenant je veux absolument savoir qui c’est. »
« Alors c’est sûrement celui qui a obtenu la meilleure note ! »
L’excitation parcourut tout le bureau.
Quelqu’un déglutit difficilement.
« Alors... quel genre de soutien reçoit-il ? »
***
« Waouh ! Bravo ! »
À la maternelle Taeyang, les enfants couraient dans tous les sens.
Transformant l’endroit en véritable champ de bataille.
Au milieu de ce chaos, Shin Yeong-ung rangeait calmement les jouets lorsqu’une enseignante s’approcha.
« Tu as vraiment bien rangé. Tu gagnes un autocollant ! »
Il ne l’avait pas fait pour être récompensé.
Mais malgré tout...
Ploc.
Un grand autocollant rond vint rejoindre ceux déjà collés sur son cahier.
À force d’en accumuler, ils ressemblaient presque à une grappe de raisin.
Impossible de ne pas en être fier.
« Oh ! Tu es le premier de la classe à en avoir vingt. Ça veut dire que... tu as droit à une récompense ! »
« Waaaah ! »
Au mot « récompense », tous les enfants s’arrêtèrent.
Le regard rempli d’envie.
La maîtresse secoua un sachet rempli de bonbons gélifiés multicolores.
« Si vous en voulez aussi, il faut récolter vingt autocollants comme Yeong-ung. Compris ? »
« OUIII ! »
Yeong-ung retourna à sa place avec son trésor.
Mais aussitôt, les autres enfants l’encerclèrent.
Les yeux rivés sur les bonbons.
Lui aussi avait envie de sucre.
Son jeune corps avait clairement un faible pour les friandises.
« ...Vous en voulez ? »
Une forêt de petites mains se tendit immédiatement.
Quelques secondes plus tard, les bonbons avaient disparu.
« Yeong-ung, tu es le meilleur ! »
***
Plus tard.
Assis sur le tracteur de son grand-père Shin Gwang-bok, Yeong-ung appuyait son menton sur sa main.
Le véhicule avançait lentement sur le chemin du retour.
« Quand est-ce que je recevrai mon cadeau ? »
Il pensait à la promesse de Jo Hee-won.
Une exposition.
Ses propres œuvres.
Accrochées à un mur.
Rien que cette idée faisait battre son cœur plus vite.
Assis en face de lui, son frère Shin Ji-ho ouvrit grand les yeux.
« ...Comment tu l’as su ? »
« Su quoi ? »
« Que je t’avais apporté un cadeau. »
Il sortit de sa poche un bonbon au citron.
« Je l’ai gagné en répondant à une question à l’école. Il est super bon ! »
Le goût sucré-acidulé fondit dans sa bouche.
Emportant avec lui toutes ses inquiétudes.
Les cadeaux étaient vraiment délicieux.
Quand le parfum du citron disparut enfin, leur maison de campagne apparut au loin.
« Hein ? C’est quoi ça ? »
« Des visiteurs ? »
Un camion bleu était garé devant la maison.
Les deux garçons sautèrent du tracteur et coururent.
« Allez, on soulève ! »
« ?! »
Des hommes en gilet déchargeaient du matériel.
« Hé ! Qui êtes-vous ? C’est à moi ! »
« C’est mon bureau de dessin ! »
« Ah, petit. Celui-là est trop vieux. On le jette. »
« Le jeter ?! »
« Oui. Ça veut dire qu’on s’en débarrasse. »
Boum.
Ji-ho resta figé.
Yeong-ung, lui, fonça dans la maison.
J’ai déjà vu ça dans un drama !
Il se souvenait parfaitement de ces séries que sa grand-mère regardait à la télévision.
Les huissiers.
Les saisies.
Les meubles emportés à cause des dettes.
On doit de l’argent ?!
Il regretta immédiatement d’avoir dépensé autant pour ses fournitures artistiques.
Je croyais pourtant que les ventes de pommes de terre allaient bien...
Je devrais peut-être leur donner mon livret bancaire ?
Il courut jusqu’à la chambre qu’il partageait avec Ji-ho.
Puis s’arrêta net.
La pièce avait complètement changé.
De nouveaux luminaires.
Une bibliothèque parfaitement rangée.
Un bureau moderne.
Song Baek-seon sourit avant d’appuyer sur un bouton.
« Yeong-ung, regarde. Le plateau s’incline. C’est plus pratique pour dessiner. »
Vrrrr.
Le bureau se pencha lentement.
« Celui-ci allume la lampe. La chaise est réglable. Et puis... »
« UN LIT ! » hurla Ji-ho.
Il bondit sur un magnifique lit aux draps bleu ciel.
« Haha. Exactement. Pour faire de bonnes œuvres, il faut bien dormir. Ce sera ton propre atelier. »
« Waaaaah ! »
Ji-ho roula partout sur le matelas.
Yeong-ung finit par le rejoindre.
S’enfonçant dans la douceur du lit.
Bong Tae-won, qui essuyait encore le bureau, les réprimanda gentiment.
« Allez vous laver avant de monter dessus. »
« Hé hé. Et la chambre de Noona ? »
« On a transformé le débarras en chambre pour elle. »
« Sérieux ?! Viens voir, Yeong-ung ! »
Les deux enfants repartirent en courant.
***
Bong Tae-won sourit légèrement.
Puis se tourna vers Song Baek-seon.
« Tout ça vient du soutien du Projet X ? »
« Oui. Officiellement, c’est classé comme “amélioration de l’environnement de travail”. Grâce à la prestation de Yeong-ung et à l’intérêt particulier que Jo Hee-won lui porte. »
« ...Ils prennent vraiment ça au sérieux. »
On entendait même une pointe de jalousie dans sa voix.
Song afficha un sourire satisfait.
« Yeong-ung l’a mérité. Et puis j’ai aussi donné un petit coup de pouce. »
« Comment ça ? »
« J’ai expliqué qu’il serait injuste de penser qu’il n’avait été accepté que grâce à la recommandation d’un sponsor. »
« Tu as dit ça... directement à Jo Hee-won ? »
« Exactement. »
Bong Tae-won resta bouche bée.
Song, elle, sourit de façon presque rusée.
« Maintenant, ils feront encore plus attention à lui. Et il y aura moins de malentendus. »
« Tu es bien plus redoutable que tu en as l’air. »
« Je t’avais dit que je ferais de lui une star. Ce n’est que le début. Plus il grimpera haut, plus il recevra de soutien. »
***
Les enfants revinrent alors en courant.
Song s’accroupit devant Yeong-ung.
« Alors ? Ça te plaît ? »
Les petits poings du garçon se serrèrent.
Ses yeux brillaient.
Il s’était habitué à vivre assis par terre dans cette nouvelle vie.
Mais les bureaux.
Les lits.
Tout cela lui avait manqué.
Et maintenant, son frère et sa sœur avaient eux aussi reçu leur propre cadeau.
Chaque détail de cette nouvelle chambre lui donnait envie de dessiner encore davantage.
« J’ai l’impression que les cadeaux tombent du ciel aujourd’hui. »
« Haha. Tu es vraiment adorable. »
Song rit doucement.
Puis ajouta :
« Et... il y a encore un dernier cadeau. »
« Encore un ? »
« Oui. Tout ça existe pour que tu puisses créer de belles œuvres. »
Elle marqua une pause.
Puis sourit.
« Tes tableaux seront exposés dans notre galerie. »
« ...Exposés ? Comme... une exposition ? »
Elle acquiesça.
« Oui. Ta toute première exposition. »
Les yeux de Yeong-ung s’écarquillèrent.
Enfin.
Son cœur se mit à battre à toute vitesse.
***
Septembre.
Le long été était terminé.
À l’intérieur de la galerie Gaon-gil, de nombreux jeunes artistes s’étaient réunis.
Parmi les vingt candidats ayant participé aux présentations, seuls quelques-uns avaient été sélectionnés.
Pourtant, la galerie était bondée.
Parce que...
« Même des artistes d’autres galeries sont venus. »
Des jeunes créateurs de Chungcheong, Daejeon et Sejong remplissaient la salle.
Officiellement, ils étaient encore considérés comme des « débutants ».
Mais la plupart possédaient déjà un contrat avec une galerie.
Les futures étoiles régionales.
« Donc ça veut dire qu’on a été choisis par la galerie Gaon-gil ? Je ne pensais pas obtenir une opportunité aussi vite. »
Puis soudain :
« Hmm ? Où est-il ? »
Un homme moustachu regarda autour de lui.
Jusqu’à vérifier sous les tables.
« Tu as perdu quelque chose ? »
« Non. Je parle de cet enfant artiste. Le tout jeune. »
« Ah, Shin Yeong-ung ? C’est vrai, il n’est pas là. »
« Quoi ? Alors il n’a pas été sélectionné ? Impossible. Ses œuvres n’ont quand même pas été rejetées ? »
« J’imagine que tout ça n’était qu’une blague. »
L’homme éclata de rire.
Soulagé.
« C’est plus logique. Il n’y a aucun moyen que ces dessins aient été réalisés par un enfant. »
Depuis qu’il les avait vus, il doutait presque de son propre parcours artistique.
Mais si tout cela n’était qu’un canular...
Alors il pouvait respirer.
Sauf que...
À l’écart de la foule se tenait une toute petite silhouette.
Si discrète que personne ne la remarquait.
« ... »
L’artiste de cinq ans en personne.
Je leur ai pourtant répété encore et encore que ces dessins étaient les miens.
Son visage se crispa un instant.
Puis son cœur recommença à battre d’excitation lorsque Song Baek-seon appela :
« Artistes ! Veuillez vous rassembler ici, dans l’ordre de votre arrivée ! »
Vêtu de son sweat à capuche en forme d’ours, Yeong-ung avança en trottinant.
Pour rejoindre le groupe des jeunes artistes débutants.