Chapitre 33
Chapitre 33 - Les Premières Impressions
Traduction: Moonkissed
Les premières impressions sont importantes.
Lorsque des personnes se rencontrent, le simple fait de trouver quelqu’un sympathique ou antipathique change absolument tout.
Et une fois cette impression formée, il devient incroyablement difficile de la modifier.
Elle influence bien plus de choses qu’on ne l’imagine.
C’est pourquoi, même dans les affaires, chacun fait de son mieux pour donner la meilleure première impression possible.
Et dans une société capitaliste, les produits aussi ont besoin d’une première impression forte.
***
Un homme d’une quarantaine d’années, portant des lunettes à monture métallique et une chemise impeccablement repassée, était assis à son bureau.
Il s’appelait Choi Sang-jun.
PDG de Happy Kids, une entreprise spécialisée dans les produits pour bébés et jeunes enfants.
Ces derniers temps, Happy Kids préparait un nouveau projet :
Une marque premium de snacks biologiques.
L’objectif était de prolonger l’image de sécurité et de confiance que l’entreprise avait construite au fil des années.
Cette fois-ci dans le domaine alimentaire.
Des encas écologiques.
Fabriqués à partir d’ingrédients locaux.
Que les enfants pourraient manger sans inquiéter leurs parents.
Mais pour réussir son entrée sur le marché...
Il leur fallait absolument une chose :
Un design d’emballage capable de séduire à la fois les enfants et les parents.
Plus précisément :
L’illustration qui figurerait sur le paquet.
Cette image serait le « visage » du produit.
Autrement dit...
La toute première impression de la marque.
***
« C’est pour ça qu’il me faut absolument le travail de cet artiste. »
« Quoi ? Vous voulez mettre une véritable œuvre d’art sur un paquet de biscuits ? »
demanda un employé.
« Non. Ce n’est pas ça l’important. »
Choi ouvrit le recueil de poésie posé sur son bureau.
Son regard se posa sur une illustration.
Une illustration qu’il avait tellement observée que les bords de la page commençaient déjà à s’user.
« Dès que mes nièces ont vu ce dessin, elles m’ont demandé de leur lire le poème. Les enfants ne font pas semblant. Elles ont ressenti quelque chose à travers l’image elle-même. »
« ...Le poème ? »
« Exactement ! Même des enfants l’ont ressenti immédiatement. C’est ça, la puissance de cet art. »
Choi était convaincu que cet illustrateur était exceptionnel.
Capturer l’atmosphère délicate d’un poème dans une seule image...
Et toucher le cœur des gens à ce point...
Ce n’était clairement pas l’œuvre d’un illustrateur ordinaire.
Un employé fouilla rapidement les articles et les anciens échanges de courriels.
« Hmm... Monsieur le directeur, je crois que vous avez raison. Beaucoup d’avis parlent des illustrations. Les lecteurs disent qu’elles leur ont donné envie d’acheter le recueil. Si cela produit le même effet pour nos produits... »
« Exactement ! »
Choi hocha vigoureusement la tête.
« C’est précisément ce que je recherche. »
« Alors nous devons préparer cette rencontre sérieusement. »
« Bien entendu. Je suis prêt à investir tout ce qu’il faudra. »
Choi serra le recueil contre lui.
« Rien que le fait qu’ils aient une personne chargée de gérer les contacts extérieurs montre à quel point cet artiste est important. »
Dans son esprit, il imaginait déjà leur rencontre.
« Et en plus, ils ont proposé de se voir dans un café pour enfants ? Cet artiste est décidément hors du commun. »
Plus il y pensait...
Plus ses attentes montaient.
« Cet artiste est un véritable professionnel. »
Il sourit.
Puis glissa le livre sous son bras.
« Ah, je vais lui demander une dédicace au passage. »
***
« Nous y voilà. C’est ici. »
Bong Tae-won entra avec deux enfants.
Ils se trouvaient au Rainbow Kids Café.
Shin Yeong-ung regarda autour de lui avec des yeux écarquillés.
D’un côté :
Des toboggans colorés.
Une piscine remplie de balles.
De l’autre :
Des tables où les parents pouvaient boire un café tout en surveillant leurs enfants.
Rien à voir avec les cafés élégants et raffinés qu’il connaissait autrefois.
« ...Un terrain de jeux mélangé à un café ? »
Mais il avait une bonne raison d’être là.
La réunion concernant le design se déroulerait ici.
C’était la première fois qu’il rencontrerait son client en personne.
Et il voulait faire forte impression.
À l’origine, Yeong-ung avait proposé sa maternelle.
Mais Bong Tae-won avait immédiatement rejeté l’idée.
Ils avaient donc choisi ce compromis.
Un endroit rempli d’enfants.
Mais disposant aussi de tables adaptées à une réunion professionnelle.
Malgré tout, Tae-won semblait inquiet.
« Je ne sais vraiment pas si c’est l’endroit idéal pour une réunion d’affaires... »
Pendant ce temps, Yeong-ung essayait de se concentrer.
Mais soudain :
« Waaaaah ! »
Ji-ho, son deuxième frère, qui les accompagnait parce qu’aucun adulte n’était disponible aujourd’hui, était complètement émerveillé.
C’était sa première visite dans un endroit pareil.
« Yeong-ung ! Viens essayer ce toboggan ! »
Malgré ses protestations, Ji-ho le tira de force.
Quelques instants plus tard...
Yeong-ung grimpait déjà en haut du gigantesque toboggan.
Ce n’est vraiment pas le moment pour ça...
pensa-t-il avec sérieux, les bras croisés.
Puis :
« Waaaaaaaah ! »
Il dévala le tube à toute vitesse.
L’adrénaline explosa.
Ses cheveux se dressèrent sous l’effet de l’électricité statique.
Un sourire apparut sur son visage.
Pendant quelques secondes...
Il eut l’impression de voler.
Le Kids Café avait été conçu avec une précision diabolique pour captiver les enfants.
Et cela fonctionnait parfaitement.
C’était presque aussi agréable qu’un verre de vin dégusté devant un chef-d’œuvre.
Alors évidemment...
Il ne s’arrêta pas là.
Il traversa les tunnels.
Essaya les grandes balançoires.
Plongea dans la piscine à balles.
Sauta sur les trampolines jusqu’à en avoir mal au ventre.
Puis soudain :
Ah.
La réunion.
Il remit ses cheveux en ordre devant un miroir.
« Bon... au moins, j’ai étudié les lieux. Ça pourrait servir. »
Très satisfait de ses « recherches », il se promit un dernier tour de toboggan.
Juste un dernier.
Mais...
« Ah, le voilà. »
Au moment où il arrivait en bas du toboggan, Bong Tae-won approchait déjà accompagné de Choi Sang-jun.
***
En marchant, Tae-won tenta de préparer le PDG au choc.
« Vous voyez... l’artiste est un peu plus jeune que ce que vous imaginez. »
« Ah ? Plus jeune que vous ? »
« Oui. Beaucoup plus jeune. »
« Ce n’est pas un problème. Nous cherchons justement quelque chose de frais et de jeune. »
« ...Oui. Très jeune. »
Tae-won hésita.
Puis ajouta :
« D’ailleurs... cela ne vous a pas semblé étrange qu’il ait choisi un café pour enfants ? »
« Pas du tout. J’ai trouvé l’idée brillante. »
« ... »
Choi alla même jusqu’à féliciter cette stratégie, expliquant qu’elle correspondait parfaitement au public cible.
Ce qui rendait encore plus difficile la révélation de la vérité.
Finalement, ils arrivèrent devant le toboggan.
Impossible d’éviter la confrontation.
Tae-won pointa du doigt.
« Le voilà. »
Choi tourna immédiatement la tête.
Et se figea.
Un petit garçon venait de descendre du toboggan.
Il épousseta soigneusement son pantalon.
Puis tendit poliment la main.
« Enchanté. Je suis Shin Yeong-ung. »
« ... »
« ... »
Choi cligna plusieurs fois des yeux.
Complètement perdu.
Puis il éclata d’un rire forcé.
Avant de soulever Yeong-ung dans ses bras.
« Hahaha. Adorable. Bong, c’est ton fils ? »
Il lui ébouriffa les cheveux.
« De beaux sourcils. Un joli nez. Ta femme doit être très belle. »
« ... »
« ... »
Tae-won finit par tousser.
« ...C’est l’artiste. »
« ...Pardon ? »
La tête de Choi se mit à tourner.
Ses yeux cherchèrent désespérément quelqu’un d’autre.
N’importe qui.
Mais il n’y avait que Yeong-ung.
Lentement...
Très lentement...
Il reposa l’enfant sur le sol.
« ...Toutes mes excuses. Je ne savais pas que... vous étiez l’artiste. »
***
Quelques minutes plus tard.
Dans l’espace café du Kids Café.
Choi était assis face à Yeong-ung.
Sur la table :
Un café pour Choi.
Un lait chocolaté pour Yeong-ung.
Bong Tae-won prit la parole avec sérieux.
« Nous pensions que si nous vous prévenions à l’avance, vous refuseriez probablement la rencontre. Mais son talent est réel. Je voulais que vous le constatiez vous-même. »
Choi regardait Yeong-ung comme quelqu’un qui venait de découvrir un chat capable de parler.
Finalement, il demanda d’une voix vide :
« Donc... les illustrations du recueil de poésie... c’était vraiment vous ? »
Yeong-ung hocha fermement la tête.
« Oui. Ce sont mes dessins. »
« ...Quel âge avez-vous exactement ? »
« Cinq ans. »
Pour être parfaitement clair, il leva cinq petits doigts.
Le regard de Choi se vida.
Ses épaules s’affaissèrent.
Impossible.
Cinq ans ?
C’est trop.
Toute son excitation avait disparu.
Remplacée par la confusion.
La frustration.
L’incrédulité.
Son visage rougit alors qu’il lançait un regard accusateur à Bong Tae-won.
Il n’avait même pas touché à son café.
Sentant l’atmosphère se détériorer, Yeong-ung prit une décision.
Dans ce cas... il va falloir lui montrer.
Il repoussa son lait chocolaté.
Puis se leva.
« Je vais vous montrer d’abord. »
« Pardon ? »
Avant que les adultes ne puissent réagir, il courut jusqu’à la zone artistique.
L’endroit où les enfants dessinaient librement sur un immense tableau blanc.
Il choisit un emplacement parfaitement visible.
Attrapa un marqueur.
Et se prépara.
***
Yeong-ung était petit.
Mais il avait de l’expérience.
En maternelle, ses camarades lui demandaient constamment de dessiner.
Des princesses.
Des animaux.
Des personnages de dessins animés.
À tel point que les enseignants avaient fini par instaurer une règle :
Interdiction de demander à Yeong-ung de dessiner pour vous !
Grâce à cela...
Il avait accumulé une quantité incroyable de données sur ce que les enfants adoraient.
Et en plus de cela...
Il possédait les connaissances de Simon.
Le légendaire marchand d’art.
Ce qui lui donnait une confiance absolue.
Car peu importe l’âge.
Peu importe le statut social.
Un dessin réellement puissant pouvait faire taire tous les préjugés.
Il posa le marqueur contre le tableau blanc.
Puis traça le premier trait.
Il était temps...
De prouver qui il était vraiment.