Chapitre 13
Chapitre 13 - Peu importe l’obscurité de la nuit
Traduction: Moonkissed
Le ciel passa du bleu cobalt à l’indigo profond.
La campagne nocturne était silencieuse.
Même la nature, si vivante pendant la journée, semblait ralentir.
Ce n’était pas encore très tard, puisque l’on était au début de l’été.
Pourtant, même le vent qui faisait bruisser les arbres s’était apaisé.
Le silence semblait plus lourd.
Plus proche de la terre.
Shin Yeong-ung, enveloppé dans sa douce couverture d’enfant après une journée amusante passée à peindre avec tout son corps...
Enfin, c’est ainsi que cela aurait dû se passer.
Clac !
Comme si j’allais déjà dormir !
Dans l’obscurité, ses petits yeux ronds comme des pièces brillaient.
Normalement, son petit corps se serait déjà effondré de fatigue à cette heure-ci.
Mais pas ce soir.
Bien sûr, l’excitation du cours d’art n’aidait pas.
Mais ce n’était pas la raison principale.
Dehors, on entendait la voix de Bong Tae-won.
Les enfants s’étaient tous couchés tôt, mais les adultes étaient encore réveillés.
« Oui, madame l’éditrice. Je sais que le délai est serré. Oui, oui. »
Il faisait les cent pas dans la cour, téléphone collé à l’oreille.
Il parlait à voix basse.
Mais comme on dit, les murs ont des oreilles et les champs ont des yeux.
Yeong-ung dressa l’oreille.
Les mots lui parvinrent clairement.
« J’ai déjà contacté quelques artistes, leurs portfolios devraient bientôt arriver par e-mail. Vous pourrez choisir les meilleurs et leur confier le travail. »
Ah... donc c’est à propos des illustrations du recueil de poésie.
La tête de Yeong-ung était remplie d’images d’illustrations.
Dans la chambre plongée dans le noir, il réalisa quelque chose.
La France et la Corée se ressemblaient surtout la nuit.
Parce que dans l’obscurité, on ne voyait rien.
La seule différence était qu’autrefois, il réfléchissait à des poèmes français.
Et maintenant, il mâchait des vers écrits en coréen.
La poésie était fascinante.
Quelques mots courts capables de simplifier le désordre des émotions humaines en symboles.
Simple.
Mais capable de transpercer le cœur.
C’est pour cela que ça nourrit autant l’imagination.
Heureusement, le poème n’était pas rempli de mots compliqués.
Il l’avait compris d’un seul coup.
Désormais, il essayait d’en saisir la signification profonde.
Comment puis-je saisir cette occasion et la faire mienne ?
Autrefois, il achetait les œuvres des artistes.
Maintenant, l’idée de vendre les siennes lui procurait une excitation étrange.
Mais peu importe sous quel angle il réfléchissait, il n’y avait qu’un seul moyen.
Verser l’essence du poème dans une peinture.
Il se retourna sous sa couverture.
Puis...
Grincement.
La porte de la chambre s’ouvrit doucement.
C’était sa grande sœur, Shin Woo-ri, de retour de l’école.
Elle entra sur la pointe des pieds, son téléphone utilisé comme lampe de poche, veillant à ne pas réveiller les plus jeunes.
« Woo-ri nuna. »
C’était elle que Yeong-ung attendait.
« Oh, pardon ! Je t’ai réveillé ? » « Héhé, non. Je t’attendais. » « Vraiment ? »
Elle retira ses écouteurs avec un doux sourire, puis ébouriffa ses cheveux.
« Tu avais cours d’art aujourd’hui, non ? C’était amusant ? » « Oui ! Mais toi aussi, tu as travaillé dur en étudiant. » « Haha, où as-tu appris à dire des choses pareilles ? »
Elle rit, incapable de cacher son amusement.
« Alors, pourquoi m’attendais-tu au lieu de dormir ? » « J’ai une faveur à te demander. » « Qu’est-ce que c’est ? Dis-moi tout. »
Son expression la trahissait.
Elle le trouvait adorable.
Et d’ordinaire, elle finissait toujours par céder à ses demandes, même si ces derniers temps, elle semblait traverser cette fameuse période de rébellion adolescente.
« Tu veux quelque chose ? Un cadeau ? »
Yeong-ung secoua la tête.
« Non. Je veux sortir. » « Maintenant ? »
Elle jeta un regard inquiet vers la fenêtre noire.
« C’est dangereux. Attendons demain matin, d’accord ? »
Il secoua encore la tête.
Non.
Il fallait que ce soit maintenant.
« Je veux peindre. Dehors. Là où il fait très noir. »
« Grand-mère et grand-père refuseraient sûrement... »
Woo-ri pencha la tête, hésitante.
Puis elle murmura :
« Enfin... le petit dernier de la famille est un petit génie de l’art. »
Elle posa un doigt sur son nez comme s’il s’agissait d’un signe secret.
« D’accord. Mais seulement si on sort discrètement. Et uniquement dans un endroit sûr. »
Yeong-ung hocha fermement la tête.
Le visage extrêmement sérieux.
***
Ils marchèrent le long d’un chemin de terre où, de temps en temps, un réverbère projetait une faible lumière orangée.
Crac, crac.
Quatre paires de pieds de tailles différentes laissèrent des traces dans le sable.
Oui.
Quatre.
Pas deux.
Parce que...
« Nunaaa, moi aussi ! Je viens aussi ! »
Leur deuxième frère, Shin Ji-ho, s’était réveillé pendant qu’ils changeaient de vêtements.
L’air nocturne était encore frais.
Puis...
« Où est-ce que vous croyez aller ? Il est plus de neuf heures. »
Juste au moment où ils tentaient de franchir discrètement le portail, ils tombèrent sur Bong Tae-won, qui mangeait des tomates dehors.
Heureusement, au lieu de les arrêter, il promit de les accompagner en sécurité.
Il obtint même la permission des grands-parents.
Et ainsi, ils partirent tous ensemble vers la montagne.
Ha. J’aurais dû aller directement voir Tae-won au lieu d’attendre Woo-ri.
La seule raison pour laquelle il acceptait de les suivre ?
« Yeong-ung, tu veux vraiment peindre dehors, dans le noir ? » « Oui ! »
Il était intrigué.
Même avec ses lunettes de soleil dans la nuit, Tae-won marmonna :
« Si c’est Yeong-ung, alors pourquoi pas... »
Il semblait réellement curieux de voir quel genre de peinture naîtrait de cette sortie.
...Mais pourquoi il tient une pelle ?
Dans une main, le grand homme serrait une pelle.
Lorsqu’ils dépassèrent le dernier réverbère et que la véritable obscurité les avala, sa prise se raffermit.
Manifestement, c’était pour se défendre.
Woo-ri, de son côté, alluma simplement la lampe torche de son téléphone comme si de rien n’était.
« Tu vois ? Il n’y a personne. Tout le monde rentre chez soi après la tombée de la nuit. »
« Ce ne sont pas les gens qui m’inquiètent, Woo-ri. On ne connaît pas cette montagne. Et s’il y avait... un cimetière ou quelque chose comme ça ? »
« Il y a des tombes ici et là, mais pas de grand cimetière. »
« ... »
Son ton beaucoup trop détendu rendit Tae-won encore plus nerveux.
Il tenta de détourner la situation.
« Je m’inquiète surtout que Yeong-ung ait peur. Et si on peignait ici plutôt ? »
Mais bien sûr, celui qui avait le moins peur était Yeong-ung, quatre ans.
« Tae-won, les fantômes n’existent pas. »
Après tout, il n’avait pas erré comme un esprit perdu après sa mort précédente.
« Haha, quelle imagination. Je ne parlais pas de fantômes. Je pensais plutôt à un ours qui surgirait et nous attaquerait. »
Pour un homme aussi grand, il est plutôt trouillard.
Ils finirent par s’installer dans une clairière, à seulement quelques minutes de la route.
Et là...
L’obscurité était totale.
Ils tâtonnèrent un moment, trouvèrent une pierre plate où s’asseoir, puis s’installèrent.
Tae-won plaça le matériel de peinture de Yeong-ung au centre.
« Hm. Il fait vraiment trop sombre pour peindre. Je devrais allumer la lampe torche ? »
« Non. C’est parfait comme ça. »
« ...Tu es sûr ? »
« Oui ! »
Yeong-ung tira légèrement sur sa manche.
« Tae-won, lis-le encore. »
« ...Quoi ? »
« Le poème. »
« Ahhh, le poème. Il t’a vraiment plu, hein ? »
Jetant encore des regards nerveux autour de lui, Tae-won s’éclaircit la gorge.
Puis il commença à réciter :
« La nuit n’est jamais vraiment sombre, car les étoiles et la lune brillent en son sein.
La nuit n’est jamais vraiment solitaire, car les fleurs sauvages et les arbres murmurent avec le vent... »
Le poème parlait de réconfort dans l’obscurité.
Même lorsqu’on se sent seul, les étoiles et la lune veillent au-dessus de nous.
Les fleurs et les arbres nous entourent.
Yeong-ung ferma les yeux.
Puis inspira profondément.
Il se rappela son propre passé obscur.
Après l’accident.
Après avoir perdu ses deux jambes.
Il s’était maudit lui-même.
Il avait maudit le monde.
Cette nuit de désespoir sans fin était terrifiante.
Jusqu’au jour où il reprit un pinceau.
C’est alors que tout changea.
« Mais c’est grâce à l’obscurité que nous voyons ce que nous voyons. C’est grâce à l’obscurité que nous ressentons ce que nous ressentons. »
Et maintenant, Yeong-ung voulait capturer l’espoir qu’il avait autrefois trouvé dans cette obscurité.
Il lâcha son pinceau.
Puis retroussa ses manches.
Ploc.
Il plongea directement sa main dans la peinture outremer.
Ses yeux perçants distinguèrent alors les nuances subtiles de l’obscurité, invisibles aux autres.
Frottement.
Balayage.
Il pressa ces couleurs sur le papier.
Lentement.
Avec soin.
Utilisant chaque doigt.
Toute sa paume.
Il peignait ce que le poème éveillait en lui.
Transférant sa vision intérieure en couleurs.
Il y mêlait tous ses sens.
La terre humide.
L’odeur de l’herbe.
Le chant des grillons tout près.
Les vers du poème résonnant dans la forêt de minuit.
Vert permanent.
Brun Van Dyck.
Des ombres qui se mêlaient à des murmures de lumière.
Il voulait montrer la plus belle forme d’obscurité.
Enfin, il leva la tête pour saisir l’éclat des étoiles.
Mais elles étaient trop faibles.
Pas assez nettes...
Il s’apprêtait à soupirer lorsque...
« ...? »
Soudain, le ciel s’illumina.
Ce n’étaient pas des étoiles.
« Waouh ! Des lucioles ! »
Des dizaines.
Non.
Des centaines de lucioles remplirent l’air, tournoyant autour d’eux.
C’était comme flotter au milieu de l’univers.
Même Tae-won, qui avait pourtant vécu plusieurs décennies, sentit un frisson le traverser face à la puissance brute de cette beauté naturelle.
Pour Yeong-ung, cette étincelle d’inspiration se ralluma.
Vive.
Brillante.
Il inspira encore une fois l’air nocturne.
Puis...
Tap.
Tap.
Il ajouta du jaune à sa peinture.
Capturant la lueur des lucioles.
Et enfin...
« Tout ira bien. Peu importe l’obscurité de la nuit... car en son sein, tu brilles. »
Avec le dernier vers du poème, il acheva son tableau.
Un sourire satisfait se répandit sur son visage.
Personne ne pouvait vraiment le voir dans le noir.
Mais cela n’avait aucune importance.
Le silence qui les entourait était profond.
Complet.
« ...Yeong-ung, tu as fini ? »
Tae-won alluma sa lampe torche.
« Rentrons. Grand-mère va s’inquiéter s’il se fait trop tard. »
Il jeta un regard au tableau.
Et se figea.
La vision le frappa comme une décharge électrique.
Les couleurs tourbillonnaient comme une danse de lumière dans la nuit de la campagne.
Il... a peint le poème.
Comment de si petites mains...
Dans une obscurité aussi totale...
Ce n’était pas seulement une image.
C’était quelque chose qui effaçait la peur elle-même.
***
Le lendemain, dans une petite maison d’édition de Paju.
Les éditeurs étaient rassemblés, frustrés, devant des échantillons d’illustrations médiocres.
« Elles sont toutes correctes... mais honnêtement, je n’arrive pas à savoir laquelle est la meilleure. » « Pareil. On devrait peut-être simplement tout envoyer à l’auteur. » « D’accord. Mais il reste encore deux échantillons d’illustrateurs à recevoir. Attendons-les. »
Les délais glissaient.
L’ambiance était pesante.
Puis...
Bzz.
[De Bong Tae-won] Que pensez-vous de cette peinture ?
Une seule image était jointe.
« ...Hein ? »
Ils clignèrent des yeux devant l’écran.
Puis se redressèrent brusquement.
Un frisson leur parcourut l’échine.
Comme lorsqu’ils avaient lu le poème pour la première fois.
Jamais encore une peinture ne leur avait donné une telle sensation.
C’est celle-là !
Elle possédait la profondeur d’un chef-d’œuvre.
Et la pureté du cœur d’un enfant.
La plus belle obscurité.
Y avait-il une autre œuvre capable de capturer ce poème aussi parfaitement ?
On aurait dit que le poème et la peinture étaient nés ensemble.
L’éditrice ne put se retenir.
« C’est celle-ci ! C’est exactement celle-ci ! »
Sans même savoir qui était l’artiste.
« Dites à cet artiste, je vous en prie... »
Sa voix trembla d’excitation.
« C’est exactement ce que nous cherchions ! »