Chapitre 109
Chapitre 109 - L’Étincelle
Traduction: Moonkissed
« … »
Deux employés adultes restèrent figés, fixant l’exposition d’artbooks avec un regard vide. Ils venaient tout juste de descendre des bureaux.
« Yeongji… c’est vraiment une bonne idée, ça ? »
[ Concours d’Artbooks de la Librairie Cheongmyeong – Vote final ]
Votez pour votre artbook préféré ! Le premier sera publié par la librairie Cheongmyeong.
Le plus jeune employé remonta ses lunettes tout en jetant un coup d’œil à la bannière qu’il avait lui-même installée.
« Eh bien… le public semble à fond dedans, alors je pense que ça va ? »
Sa voix débordait d’une étrange assurance, alors même que la bannière ressemblait davantage à une affiche d’émission d’audition qu’à un événement littéraire.
Mais la vérité, c’était que les gens affluaient.
Même si les « artbooks » restaient un genre assez étranger au grand public, les visiteurs se pressaient pour regarder, feuilletaient les ouvrages comme s’ils visitaient une galerie d’art.
Sauf que…
« Je ne parle pas de l’événement. Je parle de cette situation. C’est vraiment acceptable ? »
En contrebas, les visiteurs s’étaient divisés en deux camps et se disputaient.
« Quoi ?! Tu ne connais vraiment pas Shin Yeong-ung ? Sérieusement ?! » « Et toi, tu connais Simon alors ? » « Bien sûr que non ! Il n’y a presque aucune information sur lui sur Internet ! » « Pareil ! Je n’ai appris son nom qu’à cause du concours ! » « ? »
Le personnel de la maison d’édition ne s’était jamais attendu à ça.
Ils n’avaient jamais imaginé que l’affaire dégénérerait jusqu’à provoquer des querelles entre lecteurs.
« Donc… on est censés choisir un seul gagnant, c’est bien ça ? »
L’évaluation des employés n’avait pas permis d’arriver à une conclusion.
Le jury lui-même était divisé.
Et maintenant, même les votes des lecteurs provoquaient des affrontements.
Au lieu d’obtenir une réponse, toute l’histoire prenait des proportions de plus en plus grandes.
« Qu’est-ce qu’on fait maintenant… ? »
La dispute dans la librairie…
Voilà comment tout avait commencé.
***
Une semaine plus tôt, au début de l’exposition.
À cette époque ?
C’était calme. Presque ennuyeux.
La librairie Cheongmyeong avait installé l’exposition le long du principal passage des clients.
Les gens passaient, s’arrêtaient parfois quelques instants, puis continuaient leur chemin.
Comme les « artbooks » étaient peu connus du grand public, l’exposition n’attirait pas énormément l’attention.
« Hmm… je préfère celui-ci. » « Moi, j’aime davantage celui-là. »
Il s’agissait simplement de passants tuant le temps, ou d’employés en pause déjeuner collant tranquillement des autocollants sur leurs favoris.
En somme : un petit événement sympathique de librairie.
Les seuls à avoir une véritable étincelle dans les yeux étaient les passionnés d’artbooks.
Et neuf fois sur dix, ils s’immobilisaient devant l’un des deux coins de l’exposition.
« Wah… c’est fou. Ce n’est même plus juste un livre, à ce niveau. »
Dans un coin se trouvait « Journal illustré des vacances d’été », exposé dans une boîte ouverte permettant aux visiteurs de le feuilleter librement.
Et dans l’autre ?
« C’est quoi ça… ? Bon sang. C’est de l’art pur. »
L’artbook de Simon :
« Nature morte dans une pièce »
Certains de ces passionnés rentrèrent chez eux et publièrent des critiques en ligne.
Si vous avez le temps, allez voir le concours d’artbooks de Cheongmyeong. Vous pourriez assister à la naissance d’un chef-d’œuvre.
Tu parles de Journal illustré des vacances d’été, non ?
Non, je parlais de Nature morte dans une pièce…
Il s’agissait simplement d’une différence de goûts.
Rien d’inhabituel.
Plus les passionnés visitaient l’exposition, plus la rumeur se répandait.
Et puis, comme toujours, l’étincelle qui déclenche un incendie vint d’un endroit inattendu.
Cette étincelle fut…
Une grande maison d’édition jeunesse.
Donnamu Publishing.
Leurs bureaux occupaient tout le huitième étage d’un immeuble luxueux de Gangnam.
Beaucoup d’employés. Un intérieur élégant.
Bref, un endroit qui respirait l’argent.
« Manager Kim, venez dans la salle de réunion. » « Oui monsieur, je termine ça et j’arrive. » « Quel est le thème de nos sorties jeunesse ce mois-ci ? » « Tout est déjà prévu. »
Chaque maison d’édition avait sa spécialité.
Celle de Donnamu : les livres pour enfants.
Et les affaires prospéraient, comme un arbre à argent produisant des fruits sans fin.
Ils avaient parfaitement maîtrisé l’art de transformer les livres jeunesse en machine à profits.
« Que pensez-vous de ce titre : Comment gagner un milliard de wons sans que maman le sache ? » « …C’est même possible ? Un enfant qui gagne secrètement un milliard ? » « Si je savais comment faire, je serais déjà milliardaire. » « Haha, c’est vrai. » « Enfin, le contenu sera léger : YouTube, devenir chanteur, étudier dur pour gagner de l’argent plus tard… ce genre de trucs. »
En résumé :
un titre accrocheur, un contenu vide.
Le développement émotionnel des enfants ?
Ils s’en moquaient complètement.
Après les manuels scolaires et les livres parascolaires, le marché le plus rentable était celui des livres jeunesse.
Les parents refusaient souvent des jouets.
Mais des livres ?
Rarement.
« Héhé. Ils refusent les jouets, mais quand il s’agit de livres ? Les parents finissent toujours par céder. »
Ils multipliaient donc les couvertures tape-à-l’œil et les titres racoleurs, visant les impulsions des enfants…
Comme des chaînes YouTube bas de gamme en quête de clics.
Et malheureusement…
Ça marchait.
Le problème, c’était que les maisons concurrentes étaient forcées d’imiter ces méthodes pour survivre.
C’est ainsi que le marché du livre jeunesse était devenu un véritable cirque superficiel.
« Et si on faisait : De loser à reine du collège en une nuit ? » « Patron… plus personne ne dit “reine du collège”. Pourquoi pas Lis ce manga ou tu vas mourir ? » « Ha ! Voilà ! Vous avez du talent, Manager Kim. » « J’étais journaliste. Je sais comment fabriquer des gros titres. »
Les livres médiocres continuaient de se multiplier.
Le contenu devenait toujours plus pauvre.
Mais les ventes restaient excellentes.
Alors ils dominaient les rayons.
Puis le manager Kim mentionna quelque chose.
« Au fait, Joeun Books prépare un recueil de poésie pour enfants. » « De la poésie ? Pff. Qui achète encore ça aujourd’hui ? » « Mais la poétesse est Na Ye-rin. Vous savez, la prodige de l’émission Genius TV. » « …Ça, c’est un branding intelligent. »
Malgré tout, ils se moquèrent.
« Comme si un livre de poésie pouvait créer le buzz. »
Mais quelques jours plus tard…
Le manager Kim revint en trombe, le visage pâle.
« Patron, on a un problème. » « Quoi encore ? » « Le recueil de Na Ye-rin… il est sur le point de remporter le concours d’artbooks de Cheongmyeong. » « …Le concours d’artbooks ? »
Ils se précipitèrent sur place.
Et restèrent figés.
« …Mais qu’est-ce que c’est que ça ? »
L’espace en librairie était limité.
Si l’artbook poétique de Na Ye-rin gagnait, il pourrait devenir une menace sérieuse.
Alors Donnamu passa à l’action.
Ils lancèrent une campagne de dénigrement.
- MDR. Un recueil de poèmes pour enfants comme artbook ? Seul le livre de Simon mérite ce titre.
- Appeler un journal intime de l’art ? Quelle blague.
- Si vous votez, commencez par apprendre le bon goût. Lisez Simon pour acquérir un peu de culture.
Ils engagèrent des commentateurs payés pour promouvoir ouvertement l’œuvre de Shin Yeong-ung…
Non pas pour l’aider,
mais pour bloquer Na Ye-rin.
Sauf que leurs attaques irritèrent les fans de Yeong-ung.
Pourquoi créer des disputes ? Votez juste pour ce que vous aimez.
Le but est précisément qu’il ressemble à un journal d’enfant.
Si vous n’appréciez pas les nouvelles idées, passez votre chemin au lieu de gâcher l’ambiance.
Franchement, ça me donne encore plus envie de le soutenir. Je vais voter ce week-end.
Même après le départ des commentateurs payés, le conflit continua de s’envenimer.
Les médias s’en mêlèrent :
[ « Qu’est-ce qu’un artbook au juste ? Journal intime contre chef-d’œuvre : le débat s’enflamme » ]
[ « Journal illustré des vacances d’été en tête du concours ? L’entrée phare de Cheongmyeong » ]
[ « Les internautes affluent vers le concours d’artbooks alors que la controverse explose » ]
Puis la nouvelle atteignit les fans de Shin Yeong-ung.
« Attendez… notre Shin Yeong-ung ? Ce Shin Yeong-ung-là ?! »
Ensuite, le grand public fut attiré.
« Les gens se disputent vraiment pour ce concours ? Quels genres de livres sont-ce ? » « Allons voir ! »
Et ainsi…
Un garçon de sept ans se retrouva au centre de toute cette agitation.
Shin Yeong-ung s’approcha discrètement de la foule en pleine dispute.
toc, toc, toc
Personne ne le remarqua.
Il était trop petit.
Il dépassait à peine le bord des tables.
Il se hissa sur la pointe des pieds, laissant juste apparaître ses yeux, et écouta attentivement.
« …Mais ce n’est pas étrange qu’un journal d’enfant participe à un concours d’art pour adultes ? »
Ouille.
Ça piquait un peu.
Après tout, il était vraiment un enfant.
« Non, justement. C’est tout l’intérêt. C’est le style caractéristique de Yeong-ung. Dis-moi : où voit-on ailleurs un art qui apporte autant de paix au premier regard ? »
Hein ? Comment elle connaît mon style ?
Yeong-ung regarda la femme.
Évidemment, il ne la connaissait pas.
L’autre camp répliqua :
« Regardez simplement la peinture de Simon. Il y a juste du pain posé sur une table. C’est simple. » « Et alors ? » « Et alors ?! Tu ne le ressens pas ? La tristesse, la mélancolie… pourtant le pain rayonne de lumière. Regarde les ombres : il y en a deux. Il a utilisé intentionnellement deux sources lumineuses. C’est subtil, déformé, mais parfaitement équilibré. » « …D’accord, et ? » « Ce n’est pas une simple imitation. Il a imaginé un nouvel artiste au sein de l’histoire de l’art du XIXe siècle et l’a représenté à la perfection. »
Les yeux de Yeong-ung s’écarquillèrent.
Cette analyse était…
Étonnamment précise.
La seule erreur était que Simon n’était pas « imaginaire ».
Il était réel.
« … »
« Cela demande une connaissance profonde de l’histoire de l’art et un talent exceptionnel. »
Entendre les gens admirer avec passion les deux livres…
Son journal.
Et les natures mortes de Simon.
Ses joues rougirent légèrement.
Les arcs-en-ciel qui se déployaient dans son journal…
L’émerveillement dans les voix des lecteurs tournant les pages de Simon…
C’était émouvant.
« Ahh, maintenant je comprends pourquoi ça fait autant parler. » « N’est-ce pas ? Ces deux œuvres sont incroyables. » « Leur talent est hors d’atteinte. » « Les livres sont toujours aussi passionnants ? Pourquoi je ne le savais pas ? » « Pas seulement populaires. Ils repoussent les limites de ce qu’est un livre. » « Dix pages de dessins… et j’ai envie de l’acheter. »
Certains votaient pour le journal.
D’autres pour Simon.
Les résultats semblaient parfaitement équilibrés.
Et ça…
C’était…
Génial !
Yeong-ung sourit largement.
Après tout, ce sont tous les deux moi.
Il prit un autocollant, réfléchit un instant…
Puis le colla sur le dos de sa propre main.
Comme ça,
cela comptait comme un vote pour Simon et Shin Yeong-ung.
Puis il courut attraper la main de sa grand-mère, Shin Hye-ja.
« Mamie ! Allons manger maintenant ! » « Haha, d’accord. »
Une heure et demie plus tard…
Le vote prit fin.
Dans les bureaux de Cheongmyeong, les employés se rassemblèrent autour des panneaux de votes.
« …Nous pensions que cela rendrait les choses plus simples. »
Le chef d’équipe se massa le front.
Les résultats étaient encore presque à égalité.
Sept panneaux pour sept jours de vote.
Et chaque jour, l’écart était minuscule.
« Toujours une différence d’une dizaine de votes. Comme hier. »
Les positions continuaient de s’inverser.
« Alors… on choisit simplement celui qui a quelques votes de plus ? » « Non. »
Le chef d’équipe leva un doigt et prit sa décision.
« Nous allons rencontrer les artistes en personne. Vérifier si ces œuvres sont réellement les leurs et entendre pourquoi ils les ont créées. »
Ils ouvrirent alors les profils des auteurs.
Et le chef d’équipe se figea.
« …Quoi ? »
Son regard resta bloqué sur l’âge de Shin Yeong-ung.
Sept ans ? Impossible.
Le téléphone sonnait déjà.
Et lorsqu’on décrocha…
« Allô ? Qui est à l’appareil ? » « ?! »
La voix était si enfantine qu’il faillit lâcher le combiné.
« …V-Vous êtes… l’auteur Shin Yeong-ung ? »