Chapitre 104
Chapitre 104 – Les anciennes peintures
Traduction: Moonkissed
Vous êtes-vous déjà demandé ce que cela ferait… de devenir un être humain cryogénisé et de vous réveiller dans un futur lointain ?
Si vous ouvriez les yeux après des centaines d’années—
Et que le monde entier ait changé, alors que seuls vos souvenirs soient restés les mêmes ?
C’était exactement ce que pensait Shin Yeong-ung lorsqu’il avait lu un livre scientifique pour enfants parlant de cryogénisation.
« Oui… c’est à peu près ce qui m’est arrivé. »
Il s’était simplement endormi.
Et s’était réveillé dans un monde complètement différent.
L’époque avait changé.
Le pays avait changé.
Même son corps avait changé.
Une langue différente.
Un visage différent.
Cent ans s’étaient écoulés, et lui seul se souvenait encore du passé.
Ses souvenirs étaient bien vivants, mais l’époque où il avait vécu avait disparu.
Il ne lui restait que ces souvenirs.
Et pourtant, dès l’instant où il avait rouvert les yeux dans cette nouvelle vie, il avait tracé une ligne nette entre son « ancienne vie » et sa « vie actuelle ».
Les humains ont toujours aimé classer les choses—
Pour distinguer ce qui est sûr de ce qui est dangereux,
Pour donner du sens à un monde compliqué,
Et pour comprendre qui ils sont vraiment.
Pour Yeong-ung, c’était probablement cette dernière raison.
Même Bong Tae-won l’avait dit plus tôt :
« Ce n’est pas étrange pour un artiste d’utiliser un pseudonyme afin de séparer ses identités. »
Mais même avec un nom différent, l’identité d’un artiste ne se sépare jamais complètement.
Ce n’est qu’une frontière mentale—
Une ligne qu’on essaie de tracer.
Peut-être que, depuis le début, il n’avait jamais été logique de séparer Simon de Shin Yeong-ung.
Il s’était juré de vivre cette vie comme un artiste—
Peut-être parce que la douleur de son existence passée le poursuivait encore, il avait essayé de mettre de la distance entre lui et le marchand d’art qu’il avait été autrefois.
Cette maison était remplie de dessins qu’il avait réalisés depuis qu’il savait à peine marcher.
Et ce qui se trouvait sous son bureau n’en représentait qu’une petite partie.
Mais…
Ces dessins appartenaient-ils à Yeong-ung ?
Ou à Simon ?
Même à cette question, il avait du mal à répondre.
Il glissa la main profondément sous son bureau et en tira une boîte.
« Ouf… »
Cling.
Une boîte à jouets munie d’un petit cadenas.
Il sortit une clé cachée et l’ouvrit avec un clic.
À l’intérieur se trouvaient des piles de feuilles qu’il avait gardées à part—
Des dessins difficiles à expliquer aux autres.
Des œuvres que personne n’aurait cru réalisées par un enfant.
Ou encore des dessins abordant des thèmes étranges et complexes.
« Ou peut-être… des souvenirs du passé. »
Des visages venus d’une autre époque.
Le pain qu’il aimait tant en France.
La vue depuis la fenêtre qu’il peignait autrefois.
Cette boîte débordait de nostalgie.
Il y dirigea la lampe de son téléphone—
Puis s’immobilisa.
Silencieusement, il referma le couvercle.
La faible lumière n’était pas suffisante pour distinguer clairement chaque dessin.
« Je pourrais les regarder… mais pas maintenant. »
Il voulait les voir correctement.
À la lumière du jour.
« Oui. Demain sera mieux. »
Il retourna se coucher.
Lorsqu’il éteignit sa lampe, la pièce replongea dans l’obscurité—
Mais pas complètement.
Une très légère lueur commençait déjà à apparaître.
Comme si l’on remontait lentement des profondeurs de la mer vers la surface.
« Mmmh. »
Ses mouvements réveillèrent légèrement son deuxième frère, Shin Ji-ho, qui se retourna dans son sommeil.
Yeong-ung se recroquevilla sous sa couverture, ralluma son téléphone,
Et tapa lentement dans la barre de recherche verte :
[Paul Simon_]
Ses doigts tremblaient.
Il hésita avant d’appuyer sur « Rechercher ».
Il avait déjà cherché « Shin Yeong-ung » auparavant—
Principalement pour lire des critiques ou des articles sur ses propres œuvres.
Mais jamais.
Pas une seule fois.
Il n’avait cherché ce nom.
« Parce que je n’ai jamais pensé que ce nom existerait encore. »
Il avait cherché d’autres peintres du passé.
Mais jamais lui-même.
Même dans tous les livres d’art pour enfants et adolescents qu’il avait lus—
Il n’y avait rien sur « lui ».
« Bon alors… voyons voir. »
Il appuya sur Rechercher.
Après un court chargement—
« …C’est réel. »
« Encyclopédie Saber : Paul Simon. »
Ses yeux s’écarquillèrent.
Sur la page d’encyclopédie du site qu’il utilisait pour ses devoirs d’école—
Son nom apparaissait.
« Waouh… »
Ses yeux se mirent à briller.
Dormir cette nuit-là devenait impossible.
Il fit défiler rapidement la page.
Ce n’était pas seulement quelques lignes—
Il y avait tellement de résultats que le site lui-même en avait masqué une partie.
« Il y a… autant d’informations sur moi ? »
Qui aurait pu l’imaginer ?
Qu’un simple marchand d’art—
Et non un peintre—
Voie encore son nom subsister.
Et pas seulement cela.
En coréen.
Même les titres des blogs étaient incroyables :
« Paul Simon, le génial marchand d’art qui guida l’impressionnisme »
« Sans Paul Simon, aurions-nous seulement les peintures de Monet ? »
« Le plus grand marchand d’art de l’Histoire : Paul Simon »
Il déglutit difficilement.
Il se souvenait encore qu’à l’époque, les journaux le qualifiaient de :
« marchand désastreux qui n’achetait que des tableaux sans valeur »
Et maintenant—
Ce même nom était loué.
Il ouvrit la page de l’encyclopédie, les mains légèrement tremblantes.
Ce n’était pas comme faire une recherche pour un devoir scolaire.
—--
Encyclopédie Saber
Paul Simon [Paul Simon]
Marchand d’art et collectionneur français de la fin du XIXe siècle.
Propriétaire de la Galerie Lumière à Montmartre, Paris.
Reconnu pour avoir identifié la valeur de l’art impressionniste et changé le cours de l’histoire de l’art.
Cela, il le savait déjà grâce au professeur Oh Jae-deok.
Mais à mesure qu’il continuait sa lecture, son cœur battait plus vite.
« Cependant, peu de documents subsistent à son sujet, ce qui lui a valu le surnom de “marchand mystérieux”. Son nom apparaît rarement en dehors des lettres écrites par des peintres, et les archives bancaires contiennent des dizaines de dossiers de faillite à son nom. »
« …Même ça, ils l’ont gardé ? »
Il rougit en imaginant son mauvais sens des finances consigné pour l’éternité.
« Hum. »
Il toussota, ferma la page et se mit à parcourir les blogs.
Il s’y perdit—
Au point de ne même pas remarquer le lever du soleil.
***
Tôt le matin – Galerie Gaon-gil, province du Chungcheong
Song Beak-seon, la directrice de galerie, arriva plus tôt que d’habitude.
Quelqu’un l’attendait déjà dans son bureau—
Le professeur Oh Jae-deok.
Elle lui servit un verre de thé glacé avant d’écarquiller les yeux.
« Paul Simon ? »
« Oui. Par hasard, vous ne lui auriez pas donné un livre parlant de lui ? »
« Hmm… »
Elle tapota son menton en réfléchissant.
« À ma connaissance, aucun livre sur Paul Simon n’a été publié en Corée. »
« Je pensais la même chose. Il existe à peine des informations sur lui. »
Elle remua son thé et ajouta des glaçons.
Cling.
« Je lui ai acheté quelques livres d’art pour enfants et guides artistiques jeunesse. Peut-être qu’ils mentionnent Simon en une ou deux lignes. Mais pourquoi cette question ? Il cherche des informations sur lui ? »
Pendant un instant, son regard s’aiguisa.
« Oui, j’aurais besoin d’un peu de documentation sur lui. »
À ces mots, Song Beak-seon vida son verre d’un trait et se dirigea vers une armoire.
Lorsqu’elle l’ouvrit—
Une pile de papiers faillit en tomber.
« Ah— ! Ce n’est pas toujours aussi désordonné ! J’ai juste été très occupée récemment… »
« Inutile de vous excuser. »
« Hehe… c’est vrai… »
Elle repoussa maladroitement les papiers avant d’atteindre une étagère plus haute.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Des documents sur Paul Simon. »
« …Pardon ? »
Même les yeux du professeur s’écarquillèrent.
Il n’avait jamais vu autant d’informations sur Paul Simon.
« Vous préparez une thèse sur lui ? »
« Non ! J’ai juste collectionné tout ce qui le mentionnait. Pure passion de fan. »
Elle sourit largement.
« C’est quelqu’un que j’admire énormément. »
« Ahh… »
Tout s’expliquait.
Le niveau d’obsession propre aux véritables passionnés d’art.
Et puisqu’elle dirigeait une galerie, ce n’était finalement pas si surprenant.
Le professeur parcourut les documents.
« Pourrais-je vous emprunter tout cela un moment ? »
« Oh ? Vous vous intéressez à lui aussi ? »
Ses yeux se remirent à briller—
Comme si elle venait de rencontrer quelqu’un partageant le même fandom.
« Pas moi exactement. Mais Yeong-ung semble s’y intéresser ces derniers temps. »
« Yeong-ung ? Vraiment ? »
« Oui. Je pensais organiser tout cela pour lui. »
Cela pourrait également l’aider pour son prochain artbook.
« Même si… cela prendra un peu de temps à trier. »
Le professeur sourit doucement en posant la main sur cette montagne de papiers.
« Mais je suis sûr qu’il y a ici des informations introuvables sur Internet. »
Il imagina le visage enthousiaste du garçon et esquissa un sourire.
***
Quelque temps plus tard—
Yeong-ung se réveilla.
« Mmh… j’ai trop dormi. »
Il se frotta les yeux et reprit son téléphone.
Le blog qu’il lisait avant de s’endormir était toujours affiché.
La plupart des articles n’étaient que des reformulations d’encyclopédies—
Quelques-uns ajoutaient des hypothèses ou des erreurs.
« Certaines informations sont même fausses… »
Son nom avait peut-être traversé l’Histoire,
Mais la vérité sur « Paul Simon » demeurait encore largement inconnue.
Toujours à moitié endormi, il se leva en bâillant,
Puis étala ses carnets de croquis sur le sol.
« Waouh… j’en ai dessiné autant… Qu’est-ce que je vais bien pouvoir choisir ? »
Même pour quelqu’un qui avait été marchand d’art, c’était difficile.
Peut-être encore plus parce qu’il s’agissait de ses propres œuvres.
Croquis au crayon.
Dessins aux crayons de cire.
Illustrations au marqueur.
La plupart réalisés avec ce qu’il avait sous la main.
L’âme était celle de Simon—
Mais les mains restaient celles d’un enfant.
« Je ne peux pas encore dessiner comme avant… »
Ses mains ne bougeaient pas aussi librement.
Les peintures lui semblaient toujours étrangères.
Les crayons étaient plus faciles.
Et soudain, une pensée lui traversa l’esprit.
« Si ce livre sort sous le nom de Shin Yeong-ung, ces dessins conviennent… »
« Mais s’il sort sous le nom de Simon, ne faudrait-il pas utiliser les dessins de Simon ? »
Plus sa reconnaissance en tant qu’artiste grandissait—
Plus une question revenait :
« Peut-être que mes anciennes peintures… n’étaient pas aussi dénuées de valeur que je le pensais. »
Il ne les avait jamais montrées à personne.
Mais peut-être…
Peut-être avaient-elles encore une valeur.
Et peut-être—
Le marchand d’art retenu par l’Histoire
Pourrait enfin combler le vide sous son nom.
Non plus seulement comme collectionneur.
Mais comme artiste.
« Est-ce trop demander… de vouloir découvrir la valeur de mes anciennes peintures maintenant ? »
Quoi qu’il en soit, cette fois—
Il avait pris sa décision.
Il dessinerait de nouveau.
À partir de ses souvenirs.
Il s’assit à son bureau,
Étala une feuille vierge,
Et commença silencieusement à dessiner.
Peu à peu,
Il renoua les fils emmêlés au plus profond de son cœur.
Frottement, frottement—
Des lignes apparurent.
Hésitantes.
Mais réelles.
Depuis les profondeurs de sa mémoire,
Il commença à dessiner une scène proche de son véritable moi—
La forme la plus pure.
La plus classique.
De Paul Simon.
Un tableau qu’il pouvait enfin signer de son vrai nom.