Chapitre 8
Chapitre 7 : Malice Misérable
Les spasmes de la mort que le Behemoth avait évoqués cessèrent bientôt. Le pont en pierre produisit un bruit de claquement énorme en s’effondrant. Hajime disparut dans l’abîme avec les débris. Ce spectacle, joué en slow motion pour Kaori, la remplit de désespoir.
Dans sa tête, l’événement de la nuit dernière se répétait sans cesse. Dans la pièce éclairée par la lumière de la lune, elle était assise ici en train de discuter avec Hajime tout en buvant le faux thé noir. C’était la première fois qu’ils avaient parlé aussi en profondeur l’un avec l’autre. Poussée par ses cauchemars, elle fit une visite soudaine à Hajime. Même s’il fut surpris, il lui parla sincèrement. Après un moment, elle remarqua que parler avec lui avait effacé son malaise.
Elle retourna dans sa chambre, le cœur léger. En arrivant, elle remarqua à quel point elle était habillée audacieusement et elle se sentit honteuse. Kaori se sentit déprimée parce que Hajime n’avait même pas réagi, à ses yeux, à son apparence. Elle pensa qu’elle n’avait aucun attrait. Quand Kaori vit Shizuku la surprendre en train de faire une drôle d’expression faciale, elle voulut faire comme si cela n’avait jamais existé.
Cette nuit-là, l’événement le plus important fut la promesse qu’elle fit de « protéger Hajime ». La promesse que Hajime mentionna pour soulager l’anxiété de Kaori. Hajime disparut dans l’abîme, alors qu’elle le regardait. Elle ne cessait de se remémorer ce souvenir encore et encore.
Quelque part au loin, un cri pouvait être entendu. Quand Kaori réalisa que la voix lui appartenait, elle grimaca, rapidement ramenée à la réalité.
« Laisse-moi partir ! Si je ne vais pas chez Nagumo-kun ! Je l’ai promis ! Je vais… j’ai dit que je le protégerais ! Laisse-moi partir ! »
Shizuku et Kouki durent la retenir, car Kaori semblait prête à sauter après lui. Kaori montrait une force extraordinaire, ce qui leur fit se demander d’où elle pouvait tirer une telle puissance et comment elle pouvait en exhiber autant avec son corps mince. Malheureusement pour eux, elle utilisa cette force pour se libérer.
Si elle continuait à lutter ainsi, elle risquait de se blesser. Néanmoins, ils ne pouvaient absolument pas la laisser partir. Si ils la relâchaient, elle sauterait du haut de la falaise. Elle n’avait plus son calme habituel, pas même une ombre de celui-ci, maintenant qu’elle affichait une expression si frénétique. Non, il serait peut-être cruel de le dire.
« Kaori ! Tu ne peux pas ! Kaori ! »
Parce que Shizuku comprenait les sentiments de Kaori, elle ne trouvait pas les mots justes pour lui parler. Tout ce qu’elle pouvait faire, c’était l’appeler désespérément par son nom.
« Kaori ! Tu essaies aussi de mourir ? Il est trop tard pour Nagumo ! Calme-toi ! Tu vas te faire du mal ! »
Kouki fit de son mieux pour lui faire comprendre à quel point il était inquiet pour elle. Pour la Kaori confuse qui était là et maintenant, ces mots n’étaient pas appropriés.
« Qu’est-ce que tu veux dire par ‘trop tard’ ? Nagumo-kun n’est pas encore mort ! Si je ne vais pas, il demande sûrement de l’aide ! »
Nagumo Hajime n’était pas sauvable, du moins c’est ce que tout le monde pensait. Il était tombé de la falaise dans cet abîme sombre. La capacité d’accepter cette réalité, la Kaori présente ne l’avait pas. Si quelqu’un devait le dire, elle le nierait encore et encore. Ryutaro et les autres étudiants ne savaient pas quoi faire, ils restèrent là, déconcertés.
À ce moment-là, Meld s’approcha d’eux et frappa Kaori à l’arrière du cou sans dire un mot. Elle tressaillit un instant, puis l’inconscience la prit. Kouki tenait la Kaori maintenant molle, et fixa Meld du regard. Lorsqu’il allait commencer à se plaindre, Shizuku baissa la tête en préventive et dit.
« Je suis désolé. Merci. »
« Ne… Ne me remercie pas. Je ne peux pas laisser une autre personne mourir. Nous quitterons de tout cœur ce Donjon. Je la laisserai à toi. »
« Tu n’as même pas besoin de demander. »
Elle le regarda partir, elle se dirigea vers Kouki et le fit lui remettre Kaori. Kouki avait encore une expression déçue sur le visage à cause de l’interruption.
« Comme nous n’avons pas pu l’arrêter, Meld a dû le faire. Tu comprends, n’est-ce pas ? Nous n’avons pas de temps. Avant que ses cris ne commencent à affecter l’esprit de tout le monde, nous devons l’arrêter avant qu’elle ne craque. Hé, tu dois montrer le chemin. Pour que nous puissions tous sortir de là. C’est ce que Nagumo-kun aurait dit. »
À ses mots, Kouki hocha la tête.
« Tu as raison, dépêchons-nous. »
Ils virent un de leurs camarades mourir devant leurs yeux. Cet événement avait laissé une grande marque dans l’esprit des étudiants. Tout le monde regardait l’endroit où le pont se trouvait autrefois, l’expression stupéfaite. Il y avait une fille qui dit « Plus jamais ! » et s’assit. Comme Hajime l’avait dit, le groupe avait besoin d’un leader en ce moment.
Kouki leva la voix vers ses camarades :
« Tout le monde ! En ce moment, pensez simplement à survivre. Nous devons nous replier ! »
Les étudiants réagirent lentement à ses paroles. Les cercles magiques qui faisaient apparaître le Soldat Traum étaient toujours actifs. Leur nombre augmentait peu à peu. À leur état mental actuel, se battre serait imprudent, et ce n’était pas non plus nécessaire. Kouki cria à ses camarades pour les encourager à s’échapper. Meld et ses chevaliers tentèrent aussi d’encourager les étudiants.
Finalement, tout le monde s’échappa par les escaliers.
Les escaliers menant à l’étage supérieur étaient longs. Ils montaient si haut qu’on ne voyait rien d’autre que l’escalier dans l’obscurité. On aurait dit qu’ils avaient gravi 30 niveaux ou plus à ce moment-là. Même si leurs corps étaient renforcés par la magie, ils commenceraient bientôt à ressentir la fatigue. Les blessures de leur combat précédent étaient encore présentes. Le fait que les escaliers soient longs et faiblement éclairés n’aidait pas, rendant les étudiants encore plus moroses. À ce moment, Meld pensa à faire une petite pause, mais se retint en voyant un mur immense avec une formation magique dessinée dessus.
Les visages des étudiants commencèrent à retrouver leur vitalité. Meld s’approcha rapidement du mur et commença à l’examiner. Ils n’oublièrent pas d’utiliser le Fair Scope. D’après leur investigation, il était très peu probable que ce soit un piège. La formule magique gravée avait pour but de déplacer le mur devant eux. Meld se mit à réciter une incantation pour injecter de la magie dans la formule magique. Comme une porte secrète utilisée par des Ninjas, la porte pivota pour ouvrir le passage et révéla la pièce derrière.
La pièce révélée était une pièce qu’ils avaient visitée au 20ème étage.
« Nous sommes revenus ? »
« Nous sommes de retour ! »
« Nous l’avons fait… nous sommes revenus… »
Un par un, un soupir de soulagement s’échappa des camarades. Certains étudiants éclatèrent en pleurs, d’autres tombèrent simplement sur leur derrière. Même Kouki et son groupe, appuyés contre le mur, voulaient s’asseoir. Ils étaient toujours dans un Donjon, cependant. Même si leur niveau était faible, ils savaient qu’un monstre pouvait apparaître à tout moment. Ils devaient quitter le Donjon avant de pouvoir vraiment se détendre.
Meld dut réprimer son envie de se reposer. Il lui fallut durcir son cœur en criant aux étudiants de se relever.
« Vous tous ! Ne vous asseyez pas ! Si vous vous fatiguez ici, vous ne pourrez pas revenir ! Pour éviter un combat avec n’importe quel monstre, nous devons partir aussi vite que possible. Hé, tenez bon encore un peu ! »
Pour les étudiants qui voulaient se reposer davantage, ils le fixèrent simplement en silence, en protestation. L’étudiant se leva à contrecœur, un peu étourdi. Kouki cacha sa fatigue et prit la tête. En sortant, les chevaliers se concentrèrent sur le combat en affrontant le moins d’ennemis possible. Ils coururent vers l’entrée en un seul souffle.
Finalement, ils atteignirent le premier étage et virent l’entrée nostalgique. Ils n’avaient même pas passé une seule journée dans le donjon, beaucoup de gens estimaient que cela faisait si longtemps qu’ils l’avaient vu.
Cette fois, les étudiants semblèrent vraiment soulagés après avoir quitté le donjon. Il y en avait même qui s’étendaient devant la place de la porte. Tous étaient heureux d’avoir survécu. Certains étudiants ne ressentaient pas cela. Shizuku, qui portait encore Karoi inconscient, Kouki, Ryutaro, Eri, Suzu, et la fille sauvée par Hajime avaient un regard sombre.
Meld alla faire un rapport à la réception tout en surveillant les étudiants du coin de l’œil. Il y avait un nouveau piège dangereux au 20e niveau. Depuis que le pont s’était écroulé, il était impossible de connaître l’objectif du piège, mais il devait quand même le signaler. Il ne pouvait s’empêcher de rapporter la mort de Hajime. Meld avait du mal à dissimuler sa dépression sur son visage. Un soupir lui échappa.
Lorsque le groupe revint à Horald, ils retournèrent dans leurs chambres sans beaucoup d’entrain. Quelques étudiants discutaient entre eux, mais la plupart s’étaient déjà endormis dans leur lit.
Et puis il y avait Hiyama Daisuke. En dehors de l’auberge, dans un coin de la ville, il était assis là. Il choisit un endroit discret pour s’asseoir, les bras enroulés autour de ses genoux. Entre ses genoux, son visage était très immobile. Si ses camarades de classe le voyaient, ils penseraient qu’il était déprimé parce qu’un de ses camarades était décédé. Cependant…
« Hi, Hihihi. C-C’était sa faute ! Pour un petit poisson… h-he s’est laissé emporter… c’était une punition divine. Je ne me trompe pas… c’était pour Shirasaki… ce petit poisson… n’est plus une préoccupation… Je ne me trompe pas… hihihi »
Avec son sourire sombre et ses yeux ternes, il tentait de se justifier.
La boule de feu qui dévia de sa trajectoire et frappa Hajime fut lancée par Hiyama. La fuite vers les escaliers et le sauvetage de Hajime, la scène de la rencontre nocturne entre Hajime et Kaori, Hiyama entendit un diable lui murmurer. Si je le tue maintenant, personne ne remarquera ? À cet instant, il vendit son âme au diable.
Pour ne pas être découvert, Hiyama calcula très soigneusement son tir et guida sa boule de feu vers Hajime. Dans cette rafale chaotique, il serait très difficile de deviner qui avait lancé quoi. Il choisit la boule de feu parce que son aptitude était le vent. Il n’y aurait aucune preuve ni aucun soupçon. Hiyama se dit tout cela en riant d’un rire sombre.
Quelqu’un l’appela à ce moment-là.
« Heh, c’était vraiment toi. Le premier meurtre venu d’un autre monde… c’est un camarade de classe… tu t’en es très bien sorti ! »
« Q-Qui ? »
Hiyama recula précipitamment, paniqué. La personne qui l’appelait était un camarade qu’il connaissait.
« Y-Toi, que fais-tu ici ? »
« Ne t’en fais pas pour ça. Plutôt que ça… Murder-san ? Comment te sens-tu en ce moment ? Qu’est-ce que ça fait de tuer un rival amoureux en pleine confusion ? »
Cette personne riait un peu. Comme s’il venait de voir une comédie. Hiyama se dit, un camarade de classe est mort, et pourtant cette personne ne s’en souciait pas. Tous les autres camarades étaient choqués et avaient l’air misérables, mais cette personne n’avait aucune expression sur le visage, pas même une trace.
« Est-ce ta vraie nature ? »
Murmura Hiyama, abasourdi. Un ricanement méprisant se fit entendre de la part de la personne.
« La nature ? Ce n’est pas quelque chose d’aussi compliqué. N’est-il pas courant d’avoir quelques secrets ? Plus important que ça… que se passerait-il si je répandais ça à tout le monde ? Surtout… si elle l’apprenait. »
« C-Cela… personne ne croirait… et les preuves ? »
« Aucune, mais ils croiraient mes paroles. À ce moment-là, penses-tu que tes mots seraient suffisants ? »
Hiyama était piégé. Les mots étaient utilisés pour taquiner la souris déjà affaiblie. Personne n’aurait imaginé que ce type pouvait être comme ça. Daisuke n’arrivait toujours pas à croire que cette personne avait une personnalité multiple. La personne regarda Daisuke avec une expression sadique qui lui donna des frissons dans tout le corps.
« Que veux-tu ? »
« Dommage. On dirait que je te menace, n’est-ce pas ? Fufu. Ce n’est pas comme si je voulais quelque chose de toi pour l’instant. Pour l’instant, tout ce que tu as à faire, c’est d’être mes mains et mes pieds. »
« Une telle chose… »
C’était comme une déclaration d’esclavage. Naturellement, Hiyama hésita à ce moment-là. Il voulait refuser, mais si il le faisait, cette personne répandrait sans pitié la rumeur sur ses actes. Hiyama, en conflit, pensa : « Travailler encore avec cette personne vaut mieux que la prison. » Ce personnage pressentit le conflit de Hiyama et décida de le tenter.
« Ne veux-tu pas Shirasaki Kaori ? »
« Q-Qu’as-tu dit ? »
Les pensées sombres de Hiyama furent balayées en un instant, et il fixa simplement la personne. Cet individu esquissa un sourire en voyant la stupeur de Hiyama, et poursuivit avec la tentation.
« Si tu me suis… un jour, tu l’obtiendras. J’avais prévu d’approcher Nagumo-kun avec cette offre, mais tu l’as tué. Tu es peut-être plus adapté à ce que j’ai en réserve, alors tout s’est finalement bien passé. »
« …Quel est ton objectif ? Que veux-tu accomplir ? »
Dans cette situation dont il ignorait tout, il leva la voix sans s’en rendre compte.
« Fufu, cela ne te regarde pas. Je cherche quelque chose, c’est tout ce que je dirai… Alors, ta réponse ? »
Hiyama ne voulait pas le déranger et se contenta de garder en mémoire l’attitude de la personne qui le traitait comme un idiot. Daisuke avait très peur de cette transformation de caractère, il n’avait pas beaucoup d’options, alors il hocha simplement la tête.
« …J’obéirai. »
« Ahahaha, c’est bien. Poursuivre mon propre camarade de classe serait douloureux. Bon, soyons amis, Murder-san ! Ahahaha »
Hiyama regarda simplement la personne revenir dans la direction de l’auberge pendant qu’ils riaient joyeusement, une petite « merde » s’échappa de ses lèvres.
Même s’il veut oublier, le nier ne l’effacera pas, cette scène resterait gravée en lui. L’expression que Kaori avait lorsque Hajime tomba dans l’abîme. Quelles paroles pourraient exprimer ses sentiments ?
En ce moment, alors que tous ces étudiants épuisés dormaient comme des bûches, la mort de Hajime dans l’abîme aidait à discerner les sentiments de Kaori. Kaori n’avait jamais pris soin de Hajime par simple bonté. En regardant Kaori épuisée, cette conscience s’imposait quant à la cause. Hiyama s’était mis en danger en accomplissant un acte aussi négligent.
Il doit se comporter convenablement. Afin de garantir sa place. Hiyama avait déjà franchi la ligne. Il n’était pas possible de s’arrêter maintenant. Selon cet individu, il y avait une possibilité qu’il disparaisse et une possibilité qu’il obtienne Kaori.
« Fufu, ça ira. Tout se passera bien. Je ne me trompe pas… »
Hiyama reprit sa position précédente et se mit à marmonner à nouveau. Cette fois, personne ne l’a dérangé.
Améliorez votre expérience de lecture en supprimant les publicités pour seulement 1 $ !