Chapitre 586
Bataille défensive de tous les mondes ㉓ La descente d’Overangerrr
Au sud du royaume de Synclea, après avoir franchi plusieurs chaînes de montagnes, se trouvait un pays : le royaume de Jabalshan.
Ce pays avait longtemps survécu à la guerre contre les « Êtres des Ténèbres ». Plusieurs raisons majeures expliquaient naturellement qu’il n’ait pas été détruit comme les autres.
L’une d’elles tenait à sa géographie.
Une caldeira gigantesque s’étendait sur vingt-cinq kilomètres d’est en ouest et cinquante kilomètres du nord au sud, avec des hauteurs atteignant mille deux cents mètres.
À l’intérieur se trouvait tout simplement la capitale du royaume de Jabalshan.
Il s’agissait, pour ainsi dire, d’une caldeira en forme de nid, avec des reliefs saillants ovales — la décrire comme une petite chaîne de montagnes serait sans doute plus juste — qui formaient trois remparts naturels concentriques. Toutes les parois rocheuses avaient été aménagées et renforcées, et leurs sommets transformés en longues et vastes allées.
La partie la plus extérieure s’appelait le premier rempart annulaire, la suivante le deuxième rempart annulaire, et tout au fond se trouvait le rempart annulaire central. Vue de l’extérieur, la fortification ressemblait à une Grande Muraille de Chine à trois niveaux.
C’était une formidable enceinte défensive, édifiée par leurs ancêtres au prix d’efforts démesurés et d’années innombrables. Elle était véritablement le symbole même de ce pays.
Quiconque la voyait pour la première fois ne pouvait qu’être submergé par son ampleur et son histoire.
En fait…
« … Comme prévu, c’est vraiment impressionnant, même après tant de fois, nano. Si la situation n’était pas aussi grave, Myuu aimerait visiter tout ça plus tranquillement, nano… »
Depuis les hauteurs du ciel, où elle survolait le royaume de Jabalshan dans son ensemble, Myuu poussa un énième soupir admiratif tout en abattant un groupe de « dieux-pieuvres noirs du Néant » à l’aide de son fusil Hyperion à rayon de convergence solaire, qu’elle tenait d’une seule main.
Elle contempla de nouveau le paysage en contrebas à travers les moniteurs panoramiques de l’arme surprotectrice fabriquée par le dieu démon — un robot de combat humanoïde polyvalent : Overangerrr !! — qu’elle pilotait.
La première chose qui attira son regard fut l’un des piliers vitaux du pays, situé au centre du rempart annulaire central, lequel occupait à lui seul soixante-dix pour cent de la superficie : un immense lac.
Il était si vaste que, depuis ses rives, on aurait pu le prendre pour une mer. De nombreux navires flottaient à sa surface, traversée de gigantesques ponts formant une croix. Un majestueux château se dressait au centre.
De plus, de nombreuses tours s’alignaient avec régularité, comme si elles jaillissaient du lac. Les toits du château et des tours étaient reliés par des passerelles suspendues faites de chaînes et de planches de bois. Elles ressemblaient à des couloirs flottants.
Par ailleurs, quatre villes s’étendaient près du rempart annulaire central, au nord, au sud, à l’est et à l’ouest. À Jabalshan, on appelait ces quatre villes réunies « la capitale ». C’était ce que Koone lui avait raconté pendant leur voyage.
Des bourgs lacustres et des fermes parsemaient les espaces entre les quatre villes, comme autant d’étapes sur une route. On y trouvait aussi, çà et là, des forêts et des montagnes. La région regorgeait de nature.
De vastes terres agricoles semblaient s’étendre entre le rempart annulaire central et le deuxième rempart annulaire. Il y avait davantage de bourgs qu’au centre, et ils étaient plus grands et plus densément peuplés. L’atmosphère y était mêlée. La majorité de la population devait vivre dans cette zone. La disposition des lieux faisait sentir la différence de statut entre ses habitants et ceux du centre.
Enfin, la zone comprise entre le deuxième rempart annulaire et le rempart le plus extérieur — le premier rempart annulaire — était entièrement occupée par des installations militaires. C’était un endroit grouillant de dispositifs et d’équipements de combat, destiné à devenir un champ de bataille.
La zone semblait divisée en douze secteurs au total. Indépendamment du rempart extérieur, les frontières entre les secteurs étaient elles aussi protégées par de solides forteresses et murailles.
Ces défenses avaient été bâties de façon à empêcher l’ennemi de passer facilement dans le secteur voisin, même si l’un d’eux tombait. C’était le même principe que les compartiments d’un navire, conçus pour limiter au minimum les inondations.
« Euh, c’était quoi déjà… les six cités territoriales et les douze cités de guerre ? »
La zone située entre le rempart annulaire central et le deuxième rempart annulaire était elle aussi divisée en six secteurs, même s’aucun mur ne les séparait réellement. Chacun avait son propre administrateur, appelé seigneur territorial ou seigneur de guerre.
À l’origine, tout cela formait « la capitale », mais celle-ci avait fini par être divisée après la perte de vastes territoires, par centaines, au profit des « Êtres des Ténèbres », et l’accueil dans la capitale des réfugiés qui avaient fui pour sauver leur vie.
Le territoire habitable du royaume de Jabalshan se réduisait désormais à cette seule zone, à l’exception d’un autre territoire détaché à l’extrême sud : une île isolée, séparée du royaume par la mer, qui servait aussi de base militaire.
Si cet endroit tombait, le royaume de Jabalshan périrait presque à coup sûr. Myuu se remémorait les paroles de Koone lorsque…
« Laisser son esprit vagabonder sur un champ de bataille, ce n’est vraiment pas digne de vous, princesse. »
Une voix familière retentit dans le cockpit d’Overangerrr, un espace complètement isolé, comme si la personne lui parlait en face-à-face. Au même instant, une lumière argentée éblouissante passa tout près au-dessus d’elle.
En suivant la trajectoire du tir, Myuu aperçut une horde de « rejetons du Fléau » réduits en miettes.
Un instant plus tard, une belle fée vola doucement vers Overangerrr et se plaça dos à lui. Ses trois paires d’ailes transparentes aux motifs géométriques déployées, cette beauté féerique n’était autre que…
« Etemp-tan ! »
Etemp-tan, alias Etemp-san.
Contrairement à sa tenue de Valkyrie d’autrefois, sa nouvelle robe était d’un blanc pur, rehaussé de lignes et de coutures bleu pâle. Elle portait aussi des gants remontant jusqu’au haut des bras, une armure ajustée en forme de débardeur et de minijupe, des bottes montant jusqu’aux genoux ainsi que des talons hauts. Ses cheveux étaient coiffés en demi-queue, retenue par un ornement en forme de papillon.
Comme elle était désormais généralement reconnue comme la fée garde du corps attitrée de Myuu, elle avait apparemment demandé à son maître Hajime de lui confectionner une nouvelle tenue dans ces couleurs, pour représenter « la garde d’élite de Myuu ».
Une insigne d’escouade, représentant une sirène formant un cercle autour de fusils croisés, était même clairement peinte sur son plastron.
Petite digression : on racontait que certaines fées et certains démons s’étaient lancés dans une sorte de guerre pour obtenir un badge ou un ornement brodé de cette insigne.
Mais revenons à nos moutons.
« Oui, toujours, partout, et jusqu’au bout ! Cette fée transcendentalement parfaite, irréprochable et suprêmement magnifique qu’est Etemp restera toujours trois pas derrière vous, discrète, mais collée à vous comme une sangsue… »
« Ça va ! Myuu a fait exprès de ne pas remarquer ta présence, en attendant ton tir de précision, Etemp-tan ! Beau tir, nano ! »
« Ah, oui. Votre confiance en moi est… ma plus grande joie… oui… »
Cette confiance, ainsi que les compliments, étaient vraiment un immense honneur. Mais…
Je dois le dire. Ma phrase en était déjà là, alors laissez-moi aller jusqu’au boutuuuu ! Vraiment, princesse ! Vous m’interrompez tout le temps, tout le temps ! Et vous le faites de plus en plus habilement… Raaah !
Le sourire crispé d’Etemp-tan semblait exprimer ces pensées, tandis qu’elle abandonnait discrètement sa pose fétiche parfaite : le signe de la paix à l’horizontale devant un œil, un pied levé et un clin d’œil — aussi appelée pose de Miledy.
« Avec ça… les choses se sont enfin un peu calmées, non ? »
Comme elle l’avait dit, elle ne baissait pas sa garde le moins du monde. Myuu agrandissait et réduisait les moniteurs panoramiques autour d’elle, vérifiait les informations provenant des terminaux qu’elle avait envoyés à différents endroits, puis lançait des regards aiguisés vers divers capteurs, tout cela pour surveiller la situation sur le champ de bataille.
« Oui. Je pense que notre préparation à la contre-attaque a atteint un niveau acceptable. »
Etemp approuva elle aussi. Myuu laissa alors échapper un soupir : « Fiou… » dans le cockpit. Elle essuya d’un revers de la main la sueur qui lui avait coulé sur le visage sans qu’elle s’en rende compte.
« Vous avez parfaitement réagi au début, princesse. Beau travail. »
« M-merci, nano. Eheheh. »
Elle savait qu’elle avait agi de façon égoïste.
Elle n’était encore qu’une enfant. Même si elle s’était entraînée au point que son papa et les autres reconnaissaient qu’elle pouvait se protéger, la bataille actuelle dépassait clairement le cadre de l’autodéfense. Autrement dit, elle risquait de devenir une source d’inquiétude pour Yue-oneechan et les autres.
Pour tenir compte des sentiments de sa famille, la décision la plus rationnelle aurait été de rester dans un lieu sûr.
Elle le comprenait. Malgré tout, elle voulait se rendre sur le champ de bataille.
Elle voulait protéger son amie, protéger Koone.
Elle ne se berçait pas d’illusions et ne se croyait pas invincible. Grâce à la force que son papa et les autres lui avaient donnée, elle pouvait réellement aider son amie. C’était parce qu’elle en était convaincue que sa fierté, en tant que personne et en tant que fille de son papa, ne lui permettait pas de se cacher dans un endroit sûr sans pouvoir aider.
Quand Foltina lui avait demandé de se rendre au royaume de Jabalshan pour lui venir en aide, elle aurait menti en prétendant n’avoir éprouvé aucune hésitation. Mais, consciente de son égoïsme, elle avait aussitôt accepté, même si elle ne pouvait pas rester aux côtés de Koone, du moment qu’elle pouvait protéger le monde précieux de son amie.
Et maintenant, elle pouvait se dire qu’elle avait fait le bon choix.
La situation du royaume de Jabalshan, à son arrivée, avait été si mauvaise.
« Enfin, ce n’est pas grâce à la force de Myuu, mais à celle d’Overangerrr. »
Myuu parlait modestement, tout en se sentant gênée par les compliments d’Etemp. Non, c’était sûrement ce qu’elle pensait vraiment.
« C’est certain. Il serait impossible de déployer un bouclier de cette ampleur sans mon maître ou la première épouse-sama. »
L’équipement standard d’Overangerrr : cent Sphères croisées, des dispositifs en forme de croix destinés à former un bouclier, avaient été invoquées depuis son entrepôt dimensionnel interne. Elles étaient actuellement réparties de façon à envelopper confortablement toute la métropole de Tokyo. Le bouclier recouvrait l’immense capitale bâtie dans la caldeira, avec encore de la marge au nord et au sud.
Mais l’échelle était démesurée. En échange de son vaste rayon d’action, le bouclier avait inévitablement perdu en solidité, et sa capacité défensive n’était plus que celle du mur de béton d’une maison ordinaire.
Un « dieu du Néant » de classe quatre pouvait y ouvrir, en quelques attaques, un trou assez large pour passer.
Mais cela suffisait à bloquer la pluie qui tombait du nuage noir couvrant le ciel comme un dais.
« J’ai paniqué en arrivant, nano. Heureusement, on a réussi à les remettre sur pied… »
Myuu poussa un soupir de soulagement, du fond du cœur.
Oui, si la pluie noire était maintenant bloquée par le bouclier, c’était parce qu’elle était tombée sans entrave sur la ville dans la caldeira jusqu’à l’arrivée de Myuu.
Les murailles défensives avaient beau être impressionnantes, les monstres apparaissaient dès que la pluie touchait le sol. Les défenseurs n’avaient aucun moyen de réagir assez vite à une attaque surprise.
À l’arrivée de Myuu, l’intérieur avait été submergé par une horde de « dieux du Néant ». La situation était extrêmement chaotique.
« Les dégâts ne semblent pas si graves, grâce à la protection divine de la déesse et à sa puissance, mais… »
« Myu. Il y a quand même beaucoup de blessés et de morts, nano. »
La présence de la « prêtresse de la déesse » avait clairement contribué à la différence des dégâts entre le royaume de Synclea et le royaume de Jabalshan.
Le chaos régnait sur ce champ de bataille. Myuu avait dû renoncer à son rêve de faire son entrée sur le champ de bataille robotisée en musique. Elle avait aussi laissé tomber la pose et l’explosion de flammes aux sept couleurs en arrière-plan.
Parce que Myuu savait se montrer attentive à l’atmosphère !
Pourtant, quand les gens avaient vu un rayon balayer les « dieux-pieuvres noirs du Néant » qui grouillaient autour du château, puis un énorme truc humanoïde en métal descendre soudain du ciel et flotter majestueusement, comme pour protéger le château derrière lui…
Et quand ils avaient aussi vu les fusils dans ses deux mains, ainsi que les canons sur ses épaules et ses flancs, tirer des rayons dans tous les sens pour balayer avec une précision incomparable les « dieux du Néant » qui l’entouraient…
Personne n’avait vu ses yeux jaillir de leurs orbites, comme dans un manga comique, ni s’était effondré sur les fesses parce que ses jambes ne le portaient plus.
Le roi, qui avait vu le géant de métal faucher ces redoutables ennemis avec d’innombrables rayons, tandis qu’une lumière cramoisie jaillissait de ses ailes, devait éprouver des émotions indescriptibles depuis le balcon voisin.
Peu importait qu’il y ait eu ou non une entrée spectaculaire comme dans les rêves. À coup sûr, cette scène resterait gravée dans sa mémoire toute sa vie.
Leurs visions du monde étaient tout simplement trop différentes.
À vrai dire, sans l’« oracle » de dame Foltina — « C’est une alliée, ne vous inquiétez pas » —, les efforts de Myuu pour se retenir n’auraient servi à rien, et le chaos aurait certainement gagné du terrain.
En fait, même après l’« oracle », tout le monde avait encore un peu paniqué.
« Quand la magie de Kaori-oneechan arrivera, les blessés et les morts seront pris en charge… Il faudra aussi les aider à retrouver leur calme ? »
« Ils semblent habitués aux démons et aux apparitions, mais ils crieront quand même si la princesse s’approche. »
« Incompréhensible, nano. »
Myuu et Etemp n’étaient naturellement pas les seules à s’être téléportées ici en renfort. Aux guerriers de Glasnerde menés par l’ancien Kalagula s’étaient joints de nombreux démons et apparitions.
Grâce aux guerriers de Glasnerde, le sud, qui subissait les attaques les plus féroces, était devenu le champ de bataille le plus stable. La capitale, cœur du pays, avait elle aussi été entièrement remise en ordre, principalement grâce aux amis de Myuu.
Il y avait, par exemple, le corps des tigres d’eau mené par le tigre d’eau Sui-chan, le kelpie Nokeru-chan, ainsi que les apparitions aquatiques à l’apparence de poissons monstrueux : Ushi-Oni, le monstre à tête de bœuf, Kagewani, le crocodile de l’ombre, et les fées aquatiques. Ils montaient la garde dans le lac et y repoussaient complètement l’invasion par les veines d’eau souterraines.
Il y avait aussi « Unicorn-kun du monde des esprits stellaires », qui était venu on ne savait comment. Il encornait les ennemis partout où il passait, comme un rayon à tête chercheuse qui filait librement dans toutes les directions. Pegasus-san, qui semblait être venu pour le surveiller, soutenait également les guerriers et les soignait à travers le champ de bataille. Grâce à eux, la « capitale » ne posait presque plus de problème.
Tous ces renforts avaient des formes étranges, mais les habitants étaient déjà habitués à cause des « Êtres des Ténèbres ». L’annonce de l’« oracle » — « Ce sont des alliés » — et les efforts acharnés de ces créatures avaient aussi aidé les défenseurs locaux à coopérer rapidement avec elles.
En outre, les lacs étaient dotés d’un système de circulation de l’eau qui s’appuyait sur d’immenses roues à aubes — apparemment équipées d’un mécanisme faisant appel à la puissance de bénédiction — pour créer des rivières artificielles coulant vers les cités territoriales et les cités de guerre. Mais…
Comme on pouvait s’y attendre, les amis de Myuu, à commencer par Uji no Hachihime, provoquaient une certaine agitation chez les guerriers alentour.
La plupart des histoires sur Hachihime lui donnaient l’image d’une femme démoniaque accomplissant la nuit des rituels de malédiction en clouant une poupée à un arbre, mais elles avaient aussi un aspect de « déesses qui régnaient sur les frontières ».
Autrement dit, elles avaient généralement l’apparence de belles femmes.
Voir ces femmes déployer de puissants boucliers pour retenir les ennemis, contrôler l’eau pour soutenir les troupes, faire se tordre les ennemis sur le sol d’un sourire envoûtant, ou faire échouer leurs attaques en coupant le lien entre un guerrier et un « dieu du Néant » — ce qui, du point de vue des guerriers, ressemblait à un incroyable coup de chance —…
Quelles renforts magnifiques et rassurants ! Ce sont les déesses de la victoire ! Ce sont à coup sûr les servantes de dame Foltina ! Ces paroles fusèrent de toutes parts, et le moral grimpa en flèche.
« Myu, on dirait que tout le monde s’est bien entendu, nano. Comme prévu, rien ne forge mieux l’amitié que de combattre côte à côte, nano. »
« Vous parlez comme un général, princesse. Yo, la grande généralissime la plus mignonne du monde ! »
Quoi qu’il en soit, les apparitions, qui idolâtraient Myuu pour une raison inconnue, étaient venues lui prêter main-forte. Elles se débrouillaient très bien, alors qu’à l’origine, les humains auraient dû les éviter.
Il n’y avait pourtant qu’une chose difficile à accepter.
Du début à la fin, tout le monde ne cessait de réagir à Myuu seule : « Hiii, ça revient ! Ce truc gigantesque et incompréhensible ! »
Un géant de métal qui ne devrait pas pouvoir voler filait à grande vitesse dans toutes les directions, tirant d’innombrables rayons incompréhensibles qui annihilaient les ennemis…
En effet, à leurs yeux, c’était une rencontre avec l’inconnu. Un événement qui tenait de l’invasion extraterrestre.
« Pourtant, Overangerrr est trop cool comme ça. »
C’était la première sortie d’Overangerrr sans qu’aucun membre de la famille n’accompagne Myuu. Et pourtant… leurs réactions la rendirent un peu morose.
Mais quoi qu’il en soit, à force de se démener, elle avait réussi à aider le royaume de Jabalshan à organiser sa contre-attaque.
C’est alors que…
« Hééé, géant bizarre là-bas ! Guerrière d’un autre monde !! Est-ce que ma télépathie fonctionneeee ?! »
« Fuwaaa !? »
Une voix grave d’homme lui parvint en faisant vibrer ses entrailles. Myuu sursauta malgré elle.
En regardant en bas, en diagonale, elle aperçut une silhouette foncer vers elle comme une fusée, une traînée de feu derrière elle.
« Ah, c’est le roi ! »
« Exactementééé !! »
En un clin d’œil, il atteignit l’altitude où se trouvaient Myuu et Etemp. Le vieil homme qui était arrivé à six cents mètres au-dessus du château était très corpulent.
On aurait dit un nain de conte de fées, comme s’il avait été agrandi jusqu’à mesurer cent soixante-dix centimètres. Il avait d’épais cheveux blancs, une barbe, le ventre bien rond, une tenue noire ornée de broderies dorées compliquées, semblable à une queue-de-pie extravagante, ainsi qu’une magnifique couronne sur la tête.
À en juger par son apparence, il devait avoir la quatre-vingtaine. C’était le genre de vieil homme qu’on aurait imaginé somnoler dans un fauteuil.
Myuu et Etemp s’exclamèrent malgré elles à sa vue.
« I-il ressemble à Ironm*n, nano ! »
« I-il ressemble à Ironm*n, pas vrai ? »
« Nuuh !! Qu’est-ce que vous avez dit ?! »
Il ressemblait exactement à un certain homme de fer du cinéma. Pas par son apparence, mais par sa façon de voler.
Oui, des flammes jaillissaient de ses talons. De plus, il tendait les bras le long du corps, les paumes tournées vers le bas, comme s’il se tenait au garde-à-vous. Des flammes jaillissaient aussi de ses paumes pour l’aider à garder l’équilibre.
Sa façon de voler était vraiment identique à celle de ce héros de fer.
Et quand il s’écria « Qu’est-ce que vous avez dit ?! », il ne voulait pas dire « Quel manque de respect ! », mais plutôt « Quoi ?! ».
Ce vieil homme avait une voix si percutante et le regard si acéré d’un certain prêtre absolument meurtrier envers les démons qu’il semblait constamment en colère.
La véritable identité de ce vieil homme à l’air perpétuellement furieux — du moins en apparence — était…
« Renforts envoyés ici par Dieu depuis un autre monde ! Permettez-moi de vous remercier au nom de ce pays ! Je suis Dana Shewlah Li Jabalshan, son roiiiii ! »
Sa voix retentit de nouveau, grave et puissante, jusque dans les entrailles. Chacune de ses paroles était assourdissante. Le volume était tel qu’Etemp se bouchait discrètement les oreilles, et Myuu craignait qu’on lui perce les tympans s’ils parlaient face à face.
Quoi qu’il en soit, ce gros vieil homme volant était bien le roi du royaume de Jabalshan.
Son art de bénédiction lui permettait de contrôler le « feu » et de voler librement. Il bénéficiait actuellement de la protection divine de la déesse, mais à voir son aisance en plein vol, il devait déjà pouvoir voler en temps normal, même si la puissance était différente.
S’il maîtrisait une technique d’un tel niveau, c’était très probablement un art de bénédiction céleste. Une aptitude digne de la famille royale qui avait permis à la nation de survivre. Même si, visuellement, le résultat était un peu surréaliste.
« Merciiii, nanooo !! »
« Princesse, vous vous laissez entraîner dans son jeu. »
Myuu répondit sans se laisser impressionner (?) en mettant de la force dans sa voix. Etemp-san le lui fit remarquer, mais aucune des deux ne sembla écouter.
« Je sais que cela risque de paraître impolie, mais permettez-moi de vous poser une questionnnn ! »
« Ne vous gênez paaas, nanooo ! »
« Vous avez la prestance majestueuse qui sied à une guerrière de Dieu, et pourtannnnt, la voix que j’entends semble appartenir à une jeune fille ! Qu’est-ce que cela signifie ?! »
« Enchantéeààà ! Je m’appelle Myuuuuuu ! »
Myuu ouvrit le cockpit avec entrain et montra son visage. Le roi Dana ouvrit de grands yeux.
En réalité, il avait sans doute cru que le géant lui-même constituait le renfort, sans même imaginer que quelqu’un se trouvait à l’intérieur. Et il était impensable qu’un petit bout de chou comme elle le pilotât, alors que le géant était à la tête des renforts qui avaient renversé la situation critique de son pays.
« Incroyable… Une belle jeune fille céleste, et une adorable enfant qui pilote un géant… L’autre monde regorge véritablement de merveilles divines. »
Le roi était si stupéfait que sa voix retrouva un volume normal. Mais l’instant d’après, son regard s’illumina.
« Choisis celui de mes douze fils qui te plaît !! Si tu préfères, je te les donne tousssss !! Alors viens te marier dans la famille royale de mon paysssss !! »
Sa voix reprit de l’ampleur. On y entendait toute sa sincérité. Quant à son apparence… enfin, à son apparence ! Il prenait en compte les perspectives d’avenir de Myuu, en plus de la beauté évidente d’Etemp, et lança une proposition vraiment extravagante.
« « Nous déclinons poliment l’offre ! » »
« Nuuh ! »
L’absence d’un personnage chargé de le remettre à sa place était vraiment pénible.
« Je vous en prie, reconsidérez la questionnnn ! »
« « Absolument paaas ! » »
Le roi s’affaissa. Même la poussée de ses réacteurs faiblit, et il perdit peu à peu de l’altitude.
Peut-être était-ce parce que la longue guerre touchait à sa fin.
Tous les fardeaux qui pesaient sur ses épaules avaient disparu. De plus, il aurait cent ans l’année suivante ; on aurait dit que toutes les faiblesses de son corps se manifestaient d’un seul coup…
Il s’inquiétait pour la génération suivante.
C’était aussi en partie sa faute s’il avait eu tant d’enfants, mais dès l’arrivée de la paix, ses enfants avaient commencé à laisser entrevoir leurs ambitions. Il ne pouvait s’empêcher de se dire avec inquiétude : « Si je nomme l’un d’eux roi, est-ce que ça ne va pas forcément tourner à une lutte sanglante ? »
Dans ce cas, pourquoi ne pas faire venir quelqu’un de l’extérieur capable d’étouffer ce genre de conflit ? Il avait envisagé cette idée, mais…
Quand le héros avait visité le pays durant l’« opération d’extermination des Êtres des Ténèbres », il lui avait lancé : « Je vous donne tout mon pays ! Choisissez celle de mes huit filles qui vous plaît ! », en guise de remerciement. Le héros avait refusé sans hésiter, et l’ancienne reine Moana lui avait passé un sérieux savon… C’était franchement terrifiant…
De plus, une femme qui avait une aura à vous faire croire qu’elle mettrait le pays sens dessus dessous lui avait reproché : « Pourquoi suis-je la seule à ne pas recevoir d’invitation ?! Non, même si j’en recevais une, je refuserais aussi, mais ne même pas être invitée, c’est blessant à sa façon ! Même comme ça, je suis une ancienne déesse, vous savez ! » Elle s’était plainte sans relâche…
« E-euh ! Plutôt que ça, le royaume de Jabalshan est impressionnant, pas vrai, nano ?! »
« Nuuh ?! »
Myuu, experte en communication, sentit l’atmosphère et encouragea le roi tout en détournant la conversation.
Mais ce n’était pas de la flatterie. En réalité, une fois les troupes de Jabalshan organisées, leur manière de combattre était admirable.
C’était aussi ce qui avait permis à Myuu et Etemp de souffler et de rencontrer le roi.
« J’ai entendu dire qu’ici, la stratégie de base consistait à bombarder, mais voir ça de mes propres yeux a vraiment beaucoup d’impact, nano ! »
Myuu agrandit une partie des moniteurs. L’image montrait un nombre effarant de « dieux du Néant » remonter la pente pour franchir le premier rempart annulaire, tandis que d’innombrables éclairs et explosions vert sombre illuminaient la montagne comme sous un bombardement en tapis.
Tout cela était dû aux sphères vert sombre lancées depuis le rempart défensif par diverses méthodes.
Pour parler franchement, c’étaient des bombes.
Certains les lançaient à l’aide d’outils comme des arcs ou des frondes. On en projetait aussi avec de grands engins comme des balistes ou des catapultes, qui exploitaient la force centrifuge.
Ces bombes vert sombre étaient lancées en pluie depuis des emplacements parfaits, au sommet de la montagne. Elles fusaient sans discontinuer et balayaient les « dieux du Néant » les uns après les autres.
« Exactementééé ! La pierre explosive est le symbole même de la puissance de notre pays ! »
Un minerai spécial, abondant dans la région, pouvait être transformé en bombe en le chargeant de puissance de bénédiction. Mais il ne suffisait pas d’y déverser cette puissance : les bombes n’acquéraient une véritable valeur d’arme qu’après avoir été traitées selon une technique secrète du royaume de Jabalshan.
Ces armes ne dépendaient ni de la puissance de bénédiction individuelle ni de la maîtrise de l’art de bénédiction, et pouvaient être stockées en temps de paix. Voilà ce qui faisait d’elles des armes si efficaces.
Pour tirer le meilleur parti de ces pierres explosives, les guerriers du pays s’entraînaient apparemment surtout au lancer et au tir. Les explosifs lancés depuis les remparts extérieurs, les forteresses et les tours atteignaient leurs cibles avec une précision remarquable.
Bien sûr, elles ne servaient pas qu’à attaquer les ennemis sur les pentes. Les techniques antiaériennes qui avaient repoussé les « Êtres des Ténèbres » jusque-là étaient aussi efficaces contre les « dieux du Néant ». Grâce aux tirs antiaériens et aux bombardements, les « dieux-pieuvres noirs du Néant » et les « rejetons du Fléau volants » étaient eux aussi abattus avec succès.
Les éclairs vert sombre caractéristiques des pierres explosives et les ondes de choc visibles se superposaient en de multiples couches pour former un spectacle véritablement magnifique.
La stratégie de bombardement, qui ne reposait pas sur l’art de bénédiction de chacun, n’était possible comme tactique de base que parce que les matériaux nécessaires abondaient dans cette région.
C’était précisément la deuxième raison majeure qui avait permis au royaume de Jabalshan de survivre jusque-là.
« Les ennemis qui avaient réussi à pénétrer à l’intérieur ont également été éliminés sans trop de difficulté ! Quant aux nouveaux intrus, votre intervention a limité leur efficacité ! »
Le roi Dana contemplait les environs avec admiration. Vu de côté, on aurait dit que ses yeux étaient embués par la cupidité et qu’il cherchait à s’approprier cette puissance ; en vérité, il était simplement admiratif. Si les ennemis restaient aussi peu nombreux et se déplaçaient à cette vitesse, ils ne manquaient pas de moyens pour s’en occuper.
Le dôme du bouclier déployé empêchait la pluie noire de tomber sur la ville, mais il n’empêchait pas les « rejetons du Fléau » d’apparaître sur sa surface.
Ainsi, des hordes se formaient les unes après les autres si on les laissait faire. Puis, certains spécimens capables de briser le bouclier y ouvraient une brèche, par laquelle les ennemis se déversaient.
Mais Myuu et les autres n’allaient évidemment pas rester là à regarder faire.
Alors même qu’elles discutaient, le rayon de désintégration d’Etemp fauchait les ennemis sans interruption. Les tirs de précision et les bombardements d’Overangerrr ne s’arrêtaient pas non plus, combinés aux attaques à distance et multidirectionnelles des armes bit.
En outre, les démons de haut rang postés partout sur le premier rempart annulaire nettoyaient le sommet du bouclier au besoin. Les apparitions capables de voler, à commencer par les tengus-corbeaux, s’occupaient elles aussi des ennemis.
Comme l’avaient dit Myuu et Etemp, les défenses s’étaient stabilisées.
« Quelle force de combat fantastique ! Mais… mais ce n’est pas tout ! »
Mais le roi Dana, qui avait consacré toute sa vie à défendre sa patrie, avait compris que la stabilité du champ de bataille ne s’expliquait pas seulement par cela.
« Les ennemis se comportent bizarrement ! »
Leurs mouvements étaient franchement mauvais. Leur élan avait complètement changé avant et après l’arrivée des renforts.
On aurait dit qu’ils hésitaient désormais à attaquer. Ou que leur attention était accaparée par autre chose. Il décelait chez eux une étrange anomalie.
« Et puis… il y a une odeur étrangement douce et entêtante ! Mon cœur s’agite ! Je m’en suis convaincu en m’approchant ! C’est vous qui en êtes la cause ! »
Il ne s’était pas seulement déplacé pour les saluer. Une étrange sensation recouvrait le champ de bataille, et il s’était approché de Myuu, en partie pour en déterminer la cause.
Les yeux de Myuu s’arrondirent comme des soucoupes. Il avait mis le doigt dessus. Elle était également surprise qu’il ait senti jusqu’à « l’atmosphère du champ de bataille », qui n’affectait pas les alliés et que personne ne remarquait d’ordinaire.
« Exactement, nanooo ! A-chan ! C’est l’heure des présentations, nanooo ! »
Le silence tomba, comme dans un cimetière.
Personne n’apparut ni ne répondit. En revanche, de nombreux « rejetons du Fléau » avancèrent au-dessus du bouclier, et Myuu les bombarda comme pour dire qu’elle ne parlait pas d’eux.
« A-chan ? Aaaaa-chaaaan ! »
Juste après qu’une gêne eut commencé à s’installer, une silhouette humaine finit par surgir de nulle part en toute hâte.
C’était une femme au look punk, comme une membre d’un groupe de rock.
Ses cheveux noirs, mêlés de plusieurs mèches colorées, étaient attachés au sommet de son crâne, comme des oreilles d’animal ou peut-être des cornes. Elle avait de nombreux piercings aux oreilles, à la langue, aux sourcils et aux lèvres, des tatouages sur les joues et le cou, ainsi qu’une quantité d’accessoires — colliers, bagues et autres — sur le corps.
Elle dégageait une aura dangereusement décadente. Pourtant, son beau visage androgyne et sa silhouette remarquable lui conféraient un charme étrange.
Quel que soit leur genre, les gens auraient du mal à détacher leurs yeux d’elle dès qu’elle entrait dans leur champ de vision. Leur instinct aurait beau leur hurler qu’elle était dangereuse, ils deviendraient ses prisonniers et s’approcheraient d’elle d’un pas hésitant, comme des papillons attirés par la flamme…
Elle exaltait le moral et l’excitation, brouillait les sens, poussant ses victimes à agir selon leurs désirs…
C’était l’un des sept péchés capitaux, le roi démon qui régnait sur la « luxure » : Asmodeus.
Son apparence prenait la forme la plus désirable pour la personne qui la regardait ; son « véritable aspect » et même son genre étaient donc incertains.
Mais si quelqu’un de la famille Nagumo la croisait et se laissait envahir par la luxure, ce serait une catastrophe, une vraie catastrophe, à tous les niveaux ! C’est pourquoi cette fameuse « A-chan » avait volontairement fixé son apparence sur une préférence de circonstance. Et cette A-chan…
『!! Q-qu’est-ce qu’il y a, princesse ? J-je ne fais rien de spécial, tu sais ? Haa, haa…』
Elle haletait pour une raison inconnue.
Ses joues étaient aussi étrangement rouges. Et elle cherchait à se justifier alors que personne ne lui avait rien demandé.
Myuu la fixa de ce fameux regard de Yue.
« A-chan, qu’est-ce que tu faisais dans le cockpit ? Non, qu’est-ce que tu fais, nano ? »
En réalité, la forme qu’elle avait prise ici n’était qu’une illusion. Son véritable corps se trouvait toujours à l’intérieur de l’un des cockpits réservés aux rois démons, dans Overangerrr, où elle faisait également office de garde du corps de Myuu.
Le roi démon interrogé par la princesse détourna le regard avec une hésitation évidente. On aurait dit une adolescente prise en flagrant délit, qui venait d’entendre sa mère l’appeler depuis le couloir et qui s’inquiétait de ce qu’elle faisait dans sa chambre.
Le regard d’Etemp-tan prit l’expression de quelqu’un qui regardait une ordure.
« Princesse, recrachez ça tout de suite. Sortez vite de ce cockpit ! »
『C’est quoi, ton problème ? Tu me traites comme une ordure ! C’est pas comme si je…』
« Elle est clairement en train de faire quelque chose de dégoûtant dans son cockpit. La Luxure fait ce qu’elle sait faire ! Elle a sûrement trouvé très agréable de rester dans le même robot que la princesse, où elle peut utiliser son autorité à pleine puissance. Peut-être qu’elle s’imaginait la princesse en train de… Dégoutant… sale démon de la luxure… »
『Hé, espèce de fée contrefaite, je peux pas laisser passer ça ! Je ne regarde pas la princesse de cette façon ! C’est juste que sentir le lien qui m’unit à la princesse, c’est le top, comme si je l’avais rien que pour moi, c’est insupportable… Ah.』
Voilà ce qu’on appelait laisser échapper le morceau. L’une des fonctions d’Overangerrr, qui permettait de « stocker les rois démons à l’intérieur afin que Myuu puisse partager leurs sens et utiliser leurs capacités », semblait procurer à A-chan un plaisir indescriptible.
En outre, les autres rois démons renforçaient actuellement d’autres positions. Elle avait pratiquement la princesse pour elle seule. Et, en plus, la princesse exploitait ses pouvoirs à fond, alors qu’elle était un roi démon… Cela rendait la chose encore plus…
« Hmmm. »
Le regard de Myuu était froid. La princesse, toujours si gentille et souriante, contemplait A-chan comme un insecte.
Tandis que les autres se battaient désespérément, A-chan se tortillait apparemment dans son cockpit. Myuu lui lançait un regard méprisant !
Loin de se remettre en question, A-chan n’avait qu’une seule pensée en tête : « C’est pas si mal… » Le roi démon de la luxure, dans toute sa splendeur. Quel genre de démon du péché capital ne pouvait pas se montrer soumise ou dominatrice quand on le lui demandait ?!
« Je me dis que je ne devrais pas choisir à pierre-feuille-ciseaux. Ce serait peut-être mieux d’aller demander directement à Goru-chan, nano. »
『!!? Princesse, pardonnez-moi… un mauvais esprit vient de me posséder… C’est ce qui arrive quand on est roi démon.』
Pourquoi tu prends cet air malin, comme si tu avais dit quelque chose de bien ? Les expressions de Myuu et d’Etemp se refroidirent encore davantage.
Il aurait pourtant été impossible qu’elle devienne « la princesse des rois démons » si elle se laissait impressionner par si peu.
Fiou… Myuu soupira, tout en souriant d’un air gêné, avec le regard résigné qu’elle réservait aux cas désespérés. Ses yeux avaient vraiment quelque chose de ceux d’une grande sœur ; on y sentait une grande ouverture d’esprit.
A-chan se tortillait encore plus. Voilà pourquoi je ne peux pas m’empêcher d’être une fan de la princesse ! C’était comme si elle le criait.
Etemp-san fit un geste pour chasser une mouche. Myuu lui jeta un regard en coin, puis appela le roi Dana, qui s’était évidemment fixé sur A-chan.
« Votre Majesté ! »
« Hein !? »
Même sous forme de projection, le charme d’A-chan semblait être un poison mortel pour l’esprit humain. L’appel assez ferme de Myuu ramena le roi à lui, mais elle avait manifestement eu raison de ne pas faire apparaître A-chan directement sur le champ de bataille.
« Hum. Si les ennemis se comportent bizarrement, c’est à cause de l’autorité d’A-chan, nano ! En ce moment, ils sont forcés d’éprouver de l’affection pour nous tous. Voilà pourquoi ils hésitent à attaquer, nano ! »
« Voilà encore un phénomène mystérieux ! »
La « luxure » sur laquelle régnait A-chan ne signifiait pas seulement s’abandonner aux plaisirs charnels. Plus exactement, elle régnait sur toute la sphère du « plaisir » et pouvait aussi exercer une influence majeure sur les émotions qui l’accompagnaient.
Le désir de ne faire qu’un par amour. Celui de détruire quelque chose pour connaître un plaisir éternel. Mais aussi la faim : le désir de se rassasier pleinement d’âmes…
Cette luxure était implantée en eux. Entre elle et la faim originelle des dieux du Néant, une hésitation apparaissait, perturbant leurs attaques.
Décrite ainsi, cette autorité ressemblait à la magie d’Aiko. Mais comme elle se spécialisait dans l’aspect « luxure », ses effets et sa portée lui étaient supérieurs.
« Je comprends, maintenant ! Pourquoi tant d’ennemis se sont rassemblés autour de vous, dans des proportions anormales ! Et pourquoi ils attaquent si peu ! Sans l’oracle de la déesse, j’aurais soupçonné une ruse de l’ennemi ! »
« C’est vrai, nano ! »
Son autorité s’étendait sur une zone aussi vaste que la métropole de Tokyo, et son effet sur chaque spécimen était faible. De plus, les ennemis étaient des êtres vivants dépourvus de pensées et d’émotions. Elle ne pouvait donc pas les arrêter complètement. Mais ses effets s’intensifiaient encore quand elle touchait sa source, le véritable corps d’A-chan.
Autrement dit, les ennemis étaient irrésistiblement attirés par Overangerrr, mais presque incapables de l’attaquer. Et quand ils y parvenaient, leurs attaques manquaient de conviction et étaient loin d’atteindre leur pleine puissance.
Pour un rôle de tank attirant un grand nombre d’ennemis, on ne pouvait rêver meilleur effet.
C’était pour cette raison qu’elle ne s’était pas séparée d’A-chan et qu’elles combattaient ensemble dans le même robot, malgré l’immensité du champ de bataille. Ce n’était pas seulement à cause de l’effet qu’A-chan risquait de produire sur les guerriers.
En un sens, c’était le roi démon et l’autorité les mieux adaptés pour protéger Myuu.
« Quel courage de détourner autant d’ennemis vers vous, malgré votre jeune âge ! Magnifique travail ! Avec la protection divine de la déesse, nous allons pouvoir tout repousser ! »
« Myu ! Si la déesse et Shizuku-oneechan arrivent à vaincre la “catastrophe” et à dissiper le nuage noir… il ne nous restera plus qu’à exterminer les ennemis, nano ! Votre Majesté, faisons de notre mieux, nano ! »
« Oui ! Jeune guerrière d’un autre monde, merci encore ! … Cela dit, pour vous témoigner ma gratitude, je pourrais vous offrir un de mes fils… »
« Inutile ! Nano ! »
« Nuuuh ! »
La conversation entre Myuu et le roi était devenue quelque peu comique. Le champ de bataille étant plus facile à gérer, ils semblaient tous les deux éprouver de la sympathie l’un pour l’autre et prenaient un peu de plaisir à discuter, mais…
Cela ne pouvait pas durer davantage.
« « « !!? » » »
Le nuage noir s’effondra.
Myuu referma aussitôt le cockpit, puis déploya un bouclier sphérique autour de la carcasse, d’Etemp derrière elle et du roi Dana devant elle. A-chan effaça également sa projection.
Juste après, l’extérieur du bouclier fut teinté de noir par le nuage sombre. Mais à l’instant suivant, celui-ci se dissipa sans difficulté.
Que s’était-il passé… ? Myuu et les autres s’interrogeaient déjà quand la réponse leur parvint.
« « « !!? » » »
Myuu, Etemp et le roi Dana retinrent leur souffle. La respiration de Myuu se fit courte ; elle avait l’impression qu’un danger la menaçait et qu’une main lui serrait le cœur. Le visage du roi Dana blêmit lui aussi, le sang semblant l’avoir quitté.
La faute en revenait à une présence puissante et répugnante, impossible à décrire avec des mots.
Les terminaux d’Overangerrr, dispersés à divers endroits, projetèrent aussitôt sur les moniteurs la véritable forme de cette présence.
Il y en avait un au nord et un au sud du premier rempart annulaire.
Celui du nord avait l’apparence d’un vieux costume de danse du lion. Il portait une tunique semblable à un chiffon sale et usé, une face rouge inquiétante évoquant un babouin retourné, l’œil gauche creux et le droit complètement blanc.
Celui du sud ressemblait à la Mort. Haut de deux mètres, il avait des membres fins comme des fils qui dépassaient d’une robe noire. Il tenait une grande faux. En outre, il semblait flotter sur une mare de goudron, autour de laquelle s’étalait une ombre parfaitement circulaire.
Mais il n’y avait ni le temps ni la possibilité de s’attarder sur eux.
Car le troisième se trouvait tout près.
Au-dessus du dôme du bouclier, à une centaine de mètres devant Myuu et les autres, se tenait seul un vieil homme voûté — un « dieu du Néant » qu’ils avaient pris pour tel, le temps d’un instant.
Sa peau blanc pâle était couverte de rides, et son corps décharné était grossièrement enveloppé de bandages. Mais ses bras étaient anormalement longs et ses doigts l’étaient encore davantage.
C’étaient les seuls détails qu’ils parvinrent à distinguer immédiatement.
Le « dieu du Néant aux longs doigts » fit lentement un geste vers Myuu, comme un grand-père qui s’adresserait à sa petite-fille.
« Princesse ! »
『Princesse !』
Des voix la mirent aussitôt en garde. Myuu réagit elle aussi sans délai.
Elle-même ne savait pas pourquoi elle avait agi ainsi. Mais, malgré son jeune âge, elle avait déjà traversé de nombreuses batailles acharnées. Et les entraînements qu’elle avait suivis auprès des meilleurs maîtres du monde l’avaient poussée à réagir sur-le-champ.
Elle attira le roi Dana près d’elle tout en plaçant Overangerrr en garde croisée.
C’était le bon choix.
Un bruit de verre qui se brise retentit. Au même instant…
« Nnmyuuuu !? »
Myuu serra les dents. Un choc terrible frappa la carcasse. Le paysage défila sur les moniteurs. Elle avait dû être projetée à plusieurs dizaines de mètres.
Elle parvint à s’arrêter en contrôlant la gravité, puis…
« Mais c’est un bouclier d’isolement spatial ! »
Elle lança cette remarque légère pour se donner du courage, tout en redéployant son bouclier.
Oui, il ne s’agissait que d’une seule attaque.
Le bouclier sphérique était un « bouclier d’isolement spatial », et pourtant, une unique attaque l’avait pulvérisé aussi facilement que du verre. Et en plus…
« Même l’armure est abîmée, nano !? »
Elle laissa échapper un cri de surprise qui tenait presque du hurlement.
Bip, bip. L’alarme retentit dans le cockpit. Les moniteurs signalaient plusieurs dégâts sur la carcasse.
Il va sans dire que l’armure d’Overangerrr était faite d’un alliage métallique créé grâce aux technologies de nombreux mondes, le plus dur au monde. De plus, « Vajra » et « Tranchant divin » étaient activés grâce à une magie de haute densité. L’armure était en outre constituée de plusieurs couches, enchantées notamment d’un « bouclier d’isolement spatial ».
Les armes modernes ne pouvaient pratiquement pas l’endommager. Même un « dieu du Néant » de niveau quatre ne parviendrait pas à l’égratigner. Seule une puissance comparable à la magie de l’ère des dieux pouvait avoir une chance d’y parvenir.
Et pourtant, les bras qu’elle avait immédiatement croisés pour parer l’attaque étaient profondément griffés, comme si un ours les avait frappés. L’épaule et les flancs, qui n’étaient pas protégés, étaient eux aussi abîmés.
Si elle n’avait pas tiré le roi Dana à l’abri derrière elle, il aurait été réduit en miettes à l’heure qu’il était.
L’ennemi possédait certainement une autorité liée à la magie spatiale, puisqu’il avait transpercé une défense fondée sur cette magie. L’attaque précédente avait également déchiré l’espace. Et, sans le moindre doute, l’agresseur était de classe deux ou supérieure, capable de maîtriser les principes fondamentaux de la magie.
Pourtant…
« Ne sous-estimez pas l’amour et les rêves de papa, nano ! »
L’amour et les rêves de papa sont les meilleurs au mondeee ! s’écria-t-elle en appuyant sur un bouton.
*La… ♪ La… ♪ La… ♪ La… lalala… ♪* Une musique solennelle se mit soudain à jouer. Au même instant, une lumière cramoisie jaillit des articulations d’Overangerrr.
Du métal liquide s’écoula aussi, réparant les parties endommagées en un clin d’œil. Plusieurs couches de boucliers sphériques se formèrent visiblement par-dessus.
Un instant plus tard, un choc retentit. Le « dieu du Néant aux longs doigts » fit de nouveau un geste de la main et les boucliers sphériques furent pulvérisés, mais seuls trois des sept niveaux disparurent. Cette fois, l’attaque n’atteignit même pas la carcasse.
『C’est agaçant. Ma puissance ne marche pas vraiment.』
« Ça a quand même un peu marché, et ça nous a peut-être aidés ! »
Si cette attaque avait été bloquée, la deuxième entaille spatiale était clairement plus puissante que la première. Myuu ne voyait toujours pas la limite de la force de l’ennemi. Si celui-ci avait attaqué de toutes ses forces dès le début… Elle frissonna en l’imaginant. L’autorité d’A-chan avait peut-être fait hésiter l’ennemi un peu plus longtemps.
Le roi Dana avait perdu connaissance à la suite du premier impact. Myuu l’évacua par le « portail » installé à l’avance dans le château comme issue de secours en cas de pire scénario, puis…
« Etemp-tan ! »
« Ordre reçu ! Rayon d’Etemp-tan ! »
Elle passa à la contre-attaque. En synchronisation avec Etemp, elle tira à deux reprises avec la tourelle de canon sur son épaule, lançant un bombardement de désintégration.
Mais elles ne l’atteignirent pas. L’espace devant le « dieu du Néant aux longs doigts » ondula, et la trajectoire de l’attaque se déforma aussitôt, comme la lumière réfractée sous l’eau. Les tirs furent déviés très loin dans une autre direction.
Myuu plissa les yeux en voyant cela et lança une attaque saturante sans se soucier de rien, mais un bruit de verre qui se brise retentit à nouveau.
« ! Le grand bouclier… »
Il avait été détruit. Le nuage noir avait déjà disparu, et la pluie noire qui faisait apparaître les « rejetons du Fléau » ne tombait plus non plus. Ce n’était donc pas un problème si grave, mais le coupable était très inquiétant.
« De l’obscurité… non, de l’ombre ? Nous ne connaissons pas le principe, mais il semble que cette autorité lui permette de manipuler les ombres, princesse. »
Ce devait être le pouvoir du « dieu de la Mort du Néant ». Il se tenait dans la posture d’un être qui venait d’achever un coup de faux. Le grand bouclier avait été détruit par le sud. Les ténèbres comprimées s’étaient transformées en une lame gigantesque sous l’effet de la faux. Le coup avait apparemment tranché le bouclier ainsi que le rempart défensif.
Une partie du rempart s’effondra, et les guerriers alentour tombèrent au sol ou dévalèrent la pente de la montagne.
Avant même qu’ils ne s’en aperçoivent, d’innombrables créatures noires — certaines ressemblaient à des poupées, d’autres à des animaux — jaillirent des alentours du « dieu de la Mort du Néant ». Elles se multipliaient sans arrêt, même à présent, depuis l’ombre à ses pieds, puis se ruèrent vers le rempart détruit.
Sans l’ancien Kalagula et les autres, les dégâts auraient été encore plus importants. Ils affrontaient les créatures avec acharnement.
Les démons de haut rang des alentours se précipitèrent pour endiguer l’incursion. Ils se mirent aussi à attaquer le « dieu de la Mort du Néant », mais des sortes de lanières noires jaillirent de l’ombre sous ses pieds. Elles prirent la forme d’un champ d’épées et avaient déjà découpé plusieurs démons en morceaux.
De plus, au nord aussi…
« Qu’est-ce que tout le monde fait, nano !? »
『Ça doit être son pouvoir. C’est une autorité d’interférence de niveau roi démon.』
Les guerriers projetés sur un moniteur agrandi se tenaient la tête en se tordant de douleur. Ils tombèrent à genoux, se contorsionnèrent, puis… pointèrent leurs épées vers leur propre cou.
En outre, plusieurs explosions éclatèrent dans les couloirs des forteresses et des remparts défensifs. Les guerriers n’avaient pas lancé leurs pierres explosives et les avaient laissées exploser entre leurs mains.
Une autorité qui poussait au suicide. C’était sans doute celle du « dieu du Néant au costume de danse du lion ».
« A-chan ! »
『Je sais, princesse.』
Les guerriers qui allaient se trancher la gorge reprirent leur souffle et retrouvèrent leurs esprits. Puis ils comprirent ce qu’ils avaient failli faire, pâlirent et lâchèrent leurs épées avec effroi.
Certains virent leurs camarades se tenir encore l’épée contre la gorge, tremblants. D’autres se dépêchèrent de leur faire lâcher l’arme, ou plaquèrent au sol ceux qui allaient enflammer leurs pierres explosives pour les en empêcher.
Même avec les pouvoirs du roi démon Asmodeus, l’autorité ne pouvait pas être complètement neutralisée.
Ce « dieu du Néant au costume de danse du lion » possédait assurément un pouvoir de niveau roi démon.
Myuu s’en assura et inspira profondément. Puis elle expira.
« A-chan ! Sépare-toi ! Occupe-toi de cette chose au costume de danse du lion de toutes tes forces ! Etemp-tan, prends le dieu de la Mort ! »
« 『!!』 »
Des objections faillirent leur échapper. À Etemp comme à A-chan.
Car elles étaient ses gardes du corps. Elles étaient là pour faire passer la protection de Myuu avant tout le reste.
La quitter, ne serait-ce qu’un instant… Il était tout naturel qu’elles hésitent.
Pourtant, elles finirent par garder le silence.
Ce furent les yeux de Myuu qui les en empêchèrent. Non, peut-être aurait-il mieux valu dire que leurs cœurs comprirent qu’elles devaient lui obéir, que c’était précisément leur rôle.
Oui, comme lorsqu’elles recevaient un ordre de son père, le dieu démon.
Sans s’en rendre compte, elles se redressèrent en voyant ce regard. Même si elles n’avaient aucun lien de sang, Myuu avait des yeux si semblables à ceux de son père que c’en était insupportable. À bien des égards.
« Comptez sur moi ! »
『Kuhih, bien reçuuu.』
Etemp prit la direction du sud à « Vitesse divine », grâce à son artefact. Une sorte d’ombre jaillit d’Overangerrr et partit vers le nord.
『… Myuu ! Évacue chez moi…』
« Quelle insolence, nanoooo !! »
『Hein !?』
On aurait dit qu’une voix provenait d’au-dessus de ses genoux, mais Myuu, enfermée dans son cockpit, ne l’entendit pas.
La véritable propriétaire de cette voix — en réalité un « terminal de Yue » triangulaire et doré — était restée à ses côtés tout ce temps. Après avoir détecté l’apparition d’ennemis puissants, elle avait pris la forme d’une mini-Yue pour évacuer Myuu par précaution. Elle crut que le « Quelle insolence » de Myuu s’adressait à elle et prit un air choqué, mais Myuu ne le vit pas non plus.
Sans remarquer qu’une mini-Oneechan lui serrait les genoux sur les cuisses, Myuu cria, la voix pleine d’ardeur combative.
« Pleine puissance !! »
Elle n’avait besoin d’aucun stratagème. Pas plus que de ruse.
Après tout, le nom de cette arme surprotectrice que son papa lui avait offerte était « Overangerrr ». Elle avait été conçue pour écraser ses ennemis grâce à des caractéristiques écrasantes.
Renforcer la défense ? La meilleure puissance défensive du monde ? Non, non, non.
Tout cela n’était qu’un principe de base.
La meilleure défense, c’était l’attaque. Si massacrer les ennemis qui menaçaient sa fille lui apportait la plus grande sécurité, alors… !
Les écraser.
Un : les écraser. Deux : les écraser. Et trois, quatre, cinq : les écraser !
— !!?
Le « dieu du Néant aux longs doigts » semblait décontenancé.
Évidemment. Tout l’espace alentour venait d’être teinté de lumière cramoisie.
Vu de loin, on aurait dit qu’un gigantesque icosaèdre cramoisi était apparu dans les airs, enfermant complètement Overangerrr et le « dieu du Néant aux longs doigts ».
Si Myuu avait continué à attaquer alors qu’elle savait désormais que le « dieu du Néant aux longs doigts » pouvait déformer l’espace, et si elle n’avait pas esquivé ses coups, préférant continuer à les encaisser avec ses boucliers, c’était précisément pour cette raison.
« Hyperpropulsion rouge ! »
Le bouclier formé par les douze armes bit qu’elle avait envoyées discrètement et la quantité phénoménale de puissance magique stockée dans Overangerrr — même le mot « colossal » était bien trop faible pour la décrire.
C’était un domaine de puissance magique extrêmement dense, produit par la « puissance instantanée maximale » d’une réserve de magie théoriquement illimitée. Une telle puissance était impossible à un humain, mais Overangerrr n’était, après tout, qu’un artefact.
Il n’avait pas le pouvoir de dissoudre toute chose, comme la « pseudo-veine draconique » utilisée par Hajime. Mais un espace rempli d’une magie trop dense pour être concevable n’autorisait aucune forme d’énergie à se déployer. Il n’y avait tout simplement pas assez de place pour cela.
La densité était telle que la cristallisation allait commencer d’un instant à l’autre. Si cela durait, même de « l’eau divine » se formerait.
En fait, « Vajra » avait également été appliqué autour du « dieu du Néant ». La magie s’était solidifiée et commençait à exercer une contrainte physique.
Dans un tel environnement, il était naturellement impossible d’utiliser une magie influençant l’extérieur. Même un expert capable de manier la magie des principes fondamentaux serait forcé de passer au moins quelques secondes à s’en échapper.
Et il va sans dire que cette ouverture était l’occasion idéale d’utiliser une technique à coup sûr mortelle.
La poitrine d’Overangerrr crépita. On voyait l’énergie s’accumuler dans la partie qui imitait un dragon, gueule ouverte, d’une manière absolument démesurée.
Cette lumière était la même que celle dont Hajime s’était servi dans le monde de la catastrophe pour transpercer un être de classe zéro.
『Princesse ! Tirez ! Ne vous souciez pas de moi !』
Au sud, Etemp-tan maintenait le « dieu de la Mort du Néant » en prise arrière.
En outre, des chaînes jaillirent de nulle part pour entraver l’ennemi et Etemp. La dague qu’Etemp tenait avait aussi profondément pénétré dans la poitrine de l’ennemi.
C’étaient des entraves de très haut niveau, ainsi qu’une dague artefact infligeant à sa cible de graves affaiblissements et perturbant la circulation de son énergie — ce qui entravait l’utilisation de la magie.
Que se passait-il quand on combinait toutes les capacités d’une « apôtre divine » à celles d’un artefact du dieu démon ?
Quand il avait été décidé qu’elle deviendrait la garde du corps à plein temps de Myuu, Hajime avait accepté le fait qu’elle fût une ancienne apôtre et avait même poussé les choses encore plus loin, avec cette idée en tête.
Ainsi, Etemp-tan aurait peut-être pu vaincre le dieu de la Mort dans des circonstances normales. Cela lui aurait peut-être pris un peu plus de temps, mais neuf fois sur dix, elle l’aurait emporté.
Et pourtant, pour une raison inconnue, elle affichait un visage de jeune héroïne éplorée et une expression agaçante qui semblait dire : 『Ce n’est pas grave. Si je peux être utile à la princesse, je sacrifierai volontiers ma vie !』 Elle cherchait clairement à gagner des points d’affection, il n’y avait aucun doute là-dessus.
Myuu, quant à elle, n’hésita pas une seconde :
« D’accooord ! »
『Vous n’avez même pas hésité !?』
Elle acheva d’aligner sa trajectoire de tir. Dès que la jauge de charge sur le moniteur atteignit cent pour cent, elle appuya sur la détente du rayon, fruit de l’instinct surprotecteur d’un parent.
« Canon Ultima — Overangerrrr ! »
Il faut crier le nom de la technique mortelle avec conviction ! Son cri de guerre explosa comme pour l’affirmer. Au même instant…
À la base, on ne devrait pas offrir à un enfant une arme humanoïde polyvalente géante. Pourtant, cette arme — un canon électromagnétique à particules magiques qui aurait fait dire à n’importe qui : Ne donnez pas un truc pareil à une enfant ! — tira comme un souffle de dragon, depuis ses mâchoires.
Sa puissance dépassait l’entendement. Aucun être vivant n’aurait dû pouvoir réagir à une vitesse proche de celle de la lumière.
Le « dieu du Néant aux longs doigts » réussit de justesse à amorcer une téléportation, mais il n’y parvint pas à temps. Le rayon cramoisi l’engloutit et le surchauffa sur-le-champ. Il explosa de l’intérieur et disparut.
Le rayon poursuivit sa route et fendit le ciel au-dessus de la capitale du royaume de Jabalshan. Il engloutit aussi Etemp avec le « dieu de la Mort du Néant », creusa puissamment le flanc de la montagne et perça le sol si profondément qu’il créa un trou dont on ne pouvait voir le fond.
« E-Etemp-tan, j’ai survéééécu ! … J’ai cru que j’allais vraiment mourir… »
« Etemp-tan ! Bon retour parmi nous ! »
« Kuh, quel sourire éblouissant ! Personne ne pourrait croire, en la voyant sourire ainsi, que cette personne a failli me tuer à l’instant ! »
Elle était la garde du corps de Myuu. Il était donc naturel qu’on ait prévu plusieurs moyens de lui permettre de se téléporter aux côtés de Myuu à tout moment.
Elle était un peu cabossée de partout, et de la fumée blanche s’élevait même d’elle, *fwoosh…*. À en juger par son état, elle avait vraiment frôlé la mort, mais elle avait pu se téléporter à temps.
« Quant à A-chan… Myu, on dirait qu’elle s’en sort bien, nano. »
Elle affrontait toujours le « dieu du Néant au costume de danse du lion », mais semblait avoir complètement neutralisé l’incitation au suicide. Myuu jugea que ce n’était qu’une question de temps avant que l’ennemi ne soit vaincu.
Fiou… Myuu poussa un soupir de soulagement.
『… Myuu.』
« Ah, Yue-oneechan ? »
Myuu remarqua enfin la mini-Yue qui la regardait depuis son ventre avec une expression des plus conflictuelles.
L’adversaire était de classe deux ou supérieure. Comme prévu, Myuu était trop jeune pour se mesurer à lui. Malgré les caractéristiques inédites d’Overangerrr, elle aurait dû laisser Etemp auprès d’elle et se réfugier auprès de Yue, par précaution…
Yue avait essayé de le lui dire juste après l’apparition du classe deux, mais le combat s’était terminé par une victoire instantanée.
Les enfants ne seraient-ils pas devenus un peu trop coriaces, récemment ? pensa Yue-oneesan, partagée entre la joie et une pointe de solitude en voyant que sa fille grandissait au point de ne plus avoir besoin qu’elle s’inquiète pour elle.
Mais, pour l’instant, le résultat était une réussite.
『… Tu as bien résisté à un adversaire de ce niveau. C’était magnifique.』
« ! Eheheh. »
La mini-Yue flotta jusqu’à elle et lui caressa la tête. La plus grande magicienne, qu’elle aimait et respectait, célébrait sa victoire. La joie qu’elle en éprouva était indescriptible.
Une personne ordinaire aurait tremblé et serait restée incapable de bouger ; il n’aurait pas été étonnant qu’elle perde la raison face à une présence aussi blasphématoire. Mais Myuu n’avait pas flanché ni foncé tête baissée. Elle avait calmement trouvé la meilleure solution et l’avait mise à exécution.
Ce n’était pas à la portée de n’importe qui.
Si les dégâts avaient été minimes dans cette bataille remportée en un instant, ce n’était pas uniquement grâce à la puissance d’Overangerrr. Il ne faisait aucun doute que c’était aussi le fruit des propres efforts de Myuu.
Et, bien sûr, elle avait fait ces efforts pour…
« Naaaturellement, nano. Myuu veut finir par rester aux côtés de papa et de ses grandes sœurs ! »
Myuu essaya de cacher la joie que son visage ne parvenait pas à dissimuler, et déclara d’un air posé qu’il n’y avait rien d’exceptionnel à cela. Comme elle était adorable.
『… Et tu deviendras un jour la femme de Hajime ?』
« Myu ! »
Quand Yue le lui demanda d’un ton taquin, elle répondit avec entrain, comme si c’était une évidence.
Yue pouffa malgré elle. Elle imagina sans le vouloir un avenir où Myuu finirait par attraper Hajime et le coincerait entre deux murs.
« Yue-oneechan, tout va bien du côté de Ku-chan ? »
Myuu changea brusquement d’expression et posa sa question d’un ton vif et grave.
Le ciel s’était dégagé après la disparition du nuage noir. Puis des ennemis puissants, complètement différents, étaient soudain apparus.
Ce changement ne pouvait pas concerner uniquement le royaume de Jabalshan. Il s’était forcément produit quelque chose d’important sur les autres champs de bataille. C’était la conclusion la plus naturelle.
L’inquiétude brillait dans les yeux de Myuu. La mini-Yue hocha la tête pour la rassurer.
『… Tout va bien. La catastrophe a été vaincue. Shizuku pourra aussi se battre dès qu’Aiko aura terminé de créer la mer d’arbres protectrice. La magie de Kaori arrivera bientôt.』
Myuu poussa un soupir de soulagement évident en entendant ces paroles.
La mini-Yue remonta à la hauteur de ses yeux, puis…
『… Myuu. Je vais le répéter.』
« Myu ? »
『… Je te confie cet endroit.』
« ! »
Yue s’inquiétait, mais elle avait tenu compte des sentiments de Myuu et l’avait autorisée à rejoindre les renforts.
Cela avait changé. Myuu sentit que quelque chose avait changé.
Elle ne se surmenait pas. Elle ne se laissait pas guider par ses émotions au point de mal évaluer la différence de force entre elle et son adversaire. Elle s’était entraînée pour avoir la force de survivre. C’était la « confiance au combat » que Myuu avait acquise.
Cette confiance s’était transformée en « assurance ». En l’assurance que ce champ de bataille pouvait être confié à Myuu. Qu’on pouvait compter sur elle.
Ces paroles le lui firent comprendre.
Les lèvres de Myuu s’entrouvrirent dans un sourire béat. Mais, l’instant d’après, elle les serra en une ligne droite, comme pour assimiler les paroles de Yue-oneechan, ou peut-être pour signifier qu’elle acceptait cette confiance avec tout le sérieux qu’elle méritait.
Puis elle inspira profondément.
« Oui, nano ! »
Sa réponse débordait de joie et de résolution.
La mini-Yue plissa les yeux comme si elle contemplait quelque chose d’éblouissant, un sourire chaleureux aux lèvres. L’instant d’après, elle reprit sa forme triangulaire simple et flotta à côté de Myuu.
« Je suis contente pour vous, princesse. »
« Nyufuh. »
Le ton d’Etemp était lui aussi doux. Myuu laissa échapper malgré elle un son étrange.
Elle se donna une tape sur les joues pour raviver son esprit combatif. Puis elle balaya les moniteurs du regard afin de décider si elle devait rejoindre le combat d’« A-chan contre le dieu du Néant au costume de danse du lion », dont l’issue était presque déjà déterminée, ou renforcer un autre champ de bataille où la situation semblait tout aussi favorable.
C’est à ce moment-là que…
« Myu ? »
« Qu’y a-t-il, princesse ? Seriez-vous captivée par la beauté d’Etemp-tan ? C’est entendu. Si vous le désirez, je prendrai toutes les poses que vous voudrez… »
« Uuhuuuun… », fit exprès Etemp-tan en prenant une pose sexy. Myuu l’ignora complètement et continua de regarder au loin.
« Elle… appelle ? »
« Princesse ? »
Etemp avait l’air perplexe, mais Myuu ne réagissait pas. Elle plissait les yeux, concentrée, comme si elle suivait une ligne ténue.
Finalement…
« Ça vient… de la mer ? Il y a quelque chose près du territoire de l’île isolée, nano ! »
Myuu ouvrit de grands yeux et s’exclama. Elle avait apparemment senti quelque chose.
Aussitôt, elle confia le champ de bataille à A-chan, informa rapidement l’ancien Kalagula et le roi Dana qu’elle se rendait en renfort sur le territoire de l’île isolée, puis ouvrit un « portail » sans attendre leur réponse.
« Princesse, qu’entendez-vous par là ? »
« Il y a une sorte de grand être sur l’île isolée, nano ! Etemp-tan, suis-moi ! »
« … Bien reçu, ma’am. Si la princesse dit qu’elle y va, cette Etemp vous suivra jusqu’au bout du monde ou au fond de… »
« Merci, nano ! »
« Nnh, pff… Vous ne me laissez jamais finir, princesse ! Mais c’est aussi ce que j’aime chez vous ! »
Etemp parut soupçonneuse un instant. Elle-même ne détectait rien, alors comment Myuu avait-elle pu percevoir une anomalie à plusieurs centaines de kilomètres ?
Et si un être aussi puissant était apparu là-bas, pourquoi les démons et les apparitions envoyés sur cette île solitaire n’avaient-ils rien signalé ? Même la Déesse Foltina n’avait rien dit.
Comme Foltina n’envoyait personne sur place, fallait-il vraiment s’y rendre… ?
Elle ravala toutes ces questions.
La « capacité de détection » de Myuu — ou peut-être vaudrait-il mieux parler d’« instinct » — était authentique. Même Hajime et les autres avaient du mal à l’expliquer.
Ainsi, même si un être s’était dissimulé sans que la déesse ni les démons le remarquent, tout en manigançant quelque chose de mauvais, il n’était pas si étrange que Myuu ait réussi à le sentir.
Et surtout, en tant que meilleure garde du corps fée de la princesse (autoproclamée), la plus formidable (autoproclamée) et l’ultime (autoproclamée), elle comptait, comme elle l’avait dit, la suivre où qu’elle aille !
Quelle conduite admirable ! Admirable à en être bouleversante ! Et loyale ! Et adorable !
Myuu ignora Etemp-tan qui s’autocongratulait ainsi dans son esprit, puis se téléporta sur l’île isolée.
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À une vingtaine de kilomètres des côtes du continent.
L’île solitaire était formée par un relief dû à un volcan sous-marin, et mesurait environ soixante kilomètres de diamètre. Myuu et Etemp se téléportèrent au-dessus de l’île.
La région qui s’étendait sous leurs yeux semblait paisible.
Bien sûr, elle avait été attaquée par les « dieux du Néant » peu de temps auparavant. On voyait des traces ici et là sur les maisons et les remparts défensifs, mais aucun ennemi ne se trouvait plus sur place.
Myuu l’ignorait, mais, comme au royaume de Synclea, les « dieux du Néant » qui avaient attaqué l’île avaient été téléportés dans la capitale du royaume de Jabalshan au moment où le nuage noir était descendu, afin de lancer une attaque concentrée.
Ainsi, les habitants de l’île venaient tout juste de croire l’assaut terminé quand un géant de métal aux couleurs criardes était soudain apparu dans le ciel. Ils avaient été plongés dans la peur et la panique.
« Princesse, c’est grave. Les gens paniquent. Il semblerait que je sois trop belle… »
« Ah bon. »
Myuu-chan l’ignora complètement. Ou plutôt, elle semblait absente.
D’ordinaire, elle se serait sentie désolée et aurait aussitôt dit quelque chose pour rassurer les gens. Mais elle scrutait la mer alentour d’un air grave, comme si elle cherchait quelque chose.
« Par là… Cette sensation… Ce devrait être un dieu du Néant… mais… »
« Princesse ? »
Etemp ne ressentait toujours rien, même après être arrivée sur place. Ni cette sensation intense de répulsion ou d’effroi, propre aux « dieux du Néant », ni quoi que ce soit de semblable.
En outre, Myuu elle-même semblait un peu déconcertée.
Quelque chose clochait…
Etemp le sentit et se rembrunit. Myuu, elle non plus, ne semblait pas prête à agir sur-le-champ. Elle inspira profondément afin de remettre ses idées en ordre.
« Etemp-tan, tu n’entends rien, toi non plus ? »
« Non. Vous entendez quelque chose, princesse ? »
« Myu. Depuis l’intérieur de la mer, là-bas. D’après les relevés vitaux d’Overangerrr, je ne subis aucune interférence mentale, nano. »
Et pourtant, elle entendait une voix. Une voix qui appelait Myuu.
« Je pense que c’est un dieu du Néant, nano. Ça me donne cette sensation dégoûtante. Mais… »
« Mais ? »
Elle semblait avoir du mal à trouver ses mots. Myuu fronça les sourcils et eut un geste gêné, mais elle essaya tout de même de décrire cet appel difficile à expliquer.
« C’est répugnant, ça me dégoûte, mais… je ne sens aucune hostilité. Ça n’a pas l’air dangereux, nano… Et puis… cette sensation… elle m’est familière… ? »
« Fumu. »
C’était vraiment étrange. Il serait raisonnable de penser qu’elle subissait une interférence mentale, mais les mesures défensives d’Overangerrr étaient extraordinaires.
Même si ces protections avaient été franchies, il était inconcevable que le « système de vérification de l’état du passager », bardé de technologies de toutes sortes, dont l’« interférence informationnelle », ait pu être trompé lui aussi.
Etemp réfléchit à ce qui pouvait se passer, mais Myuu semblait avoir pris sa décision entre-temps.
« Pour l’instant, allons-y ! On ne peut pas l’ignorer de toute façon, nano ! Il faut au moins confirmer sa présence ! »
« C’est vrai. »
« Préparons aussi le “portail” et la “Vitesse divine”, pour pouvoir battre en retraite immédiatement au moindre danger… C’est bon ! »
Myuu prit toutes les précautions nécessaires avant de se jeter à l’eau. Qui ne tente rien n’a rien !
Naturellement, Overangerrr pouvait affronter n’importe quel environnement. Même la pression sous-marine ne posait aucun problème. Il plongea à une profondeur où la lumière ne parvenait même plus en un clin d’œil, et la vue sur les moniteurs s’éclaircit.
Par précaution, sept couches de boucliers sphériques avaient aussi été déployées autour de lui, de sorte qu’Etemp, à l’abri derrière eux, n’était pas gênée par l’eau.
« C’est très profond, princesse. »
« Myu. Mais on approche, nano. »
Le fond de la mer apparut. Elles avaient dû plonger à mille mètres de profondeur.
Une immense crevasse se dessinait devant elles.
C’est alors que…
« « !!? » »
Une énergie intense jaillit de l’immense crevasse. On aurait dit une éruption volcanique sous-marine.
La crevasse émettait de la lumière et des bulles intenses emplirent leur champ de vision. Un gigantesque tourbillon se formait.
« Princesse ! Battons en retraite pour l’instant ! »
« Reçu, nano ! »
Sans hésiter, sans en faire trop, Myuu activa le « portail » d’un geste rapide — juste avant d’avoir pu le faire…
« … Hein ? »
« Princesse !? »
Myuu cligna des yeux. Quelque chose avait attiré son attention. Elle s’arrêta en plein mouvement, au moment de battre en retraite.
Si elle avait senti de la malveillance ou de l’hostilité et soupçonné un piège, cela aurait été une autre histoire.
Quelle que fût la nature de ce phénomène dangereux, elle n’aurait certainement pas vacillé ni interrompu son geste.
Mais ce qui se passait dépassait complètement ses attentes. C’était précisément parce que sa compassion envers autrui était bien plus grande que celle des autres que Myuu fut prise au dépourvu et s’immobilisa. Son attention se détourna.
Oui…
« … Vœu… aide… nécessaire… »
« Princesse !! »
La présence appartenait bel et bien à un « dieu du Néant », mais la voix qui l’appelait était sincère.
Même si cette présence répugnante s’intensifiait, elle ne ressentait ni hostilité ni malveillance.
À la place, une sensation inattendue lui parvint : un « sentiment » intense, le désir de sauver quelque chose, ou peut-être quelqu’un.
Et surtout, Myuu elle-même avait le sentiment qu’elle « devait le faire », quoi qu’il arrive.
Malgré tout, une partie calme d’elle-même la suppliait de se retirer et d’en parler d’abord à Yue et aux autres. Elle reprit donc aussitôt ses esprits et voulut battre en retraite, mais…
« Yue-oneecha… »
« Princesse, ne me lâchez pas ! »
Il était déjà trop tard. Elle n’avait même pas le temps de contacter Yue. Ce léger retard fut fatal et l’empêcha de s’échapper.
Une immense énergie tourbillonna, formant sous la mer un vortex sphérique qui enveloppa entièrement Overangerrr et les boucliers déployés.
Puis il disparut, comme un rêve éphémère, comme une bulle.
Le tourbillon sous-marin s’effaça comme si rien ne s’était produit. La lumière qui émanait de la crevasse au fond de la mer se dissipa elle aussi, comme une illusion.
Quelques secondes plus tard…
『Myuu-chan !!』
Shizuku, elle aussi enveloppée dans le même bouclier sphérique, apparut sous l’eau. Mais elle ne trouva Myuu nulle part.
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Note de l’auteur : merci beaucoup de lire cette histoire à chaque fois.
Merci également pour vos impressions, vos avis et vos signalements de fautes de frappe ou de mots manquants.
J’ai décidé sur un coup de tête de regarder la série en prises de vues réelles The Witcher, et elle m’a tellement plu que je n’ai pas pu m’arrêter. Par ailleurs, mes paupières n’arrêtaient pas de tressauter et mon mal de tête ne passait pas non plus : j’ai disparu pendant une semaine. Désolé. C’est embêtant de voir le temps s’envoler quand on devient accro à une série étrangère passionnante…
Mais passons. Au prochain chapitre, nous retournerons une fois de plus à l’arc du monde des dragons célestes. Ce sera plus pratique pour le déroulement de l’histoire… Je vous prie de m’excuser de terminer le chapitre sur un suspense pour deux chapitres consécutifs, et vous remercie de votre soutien !
※ Présentation des références
– Le titre et l’entrée en scène d’Overangerrr
Inspirés de [Gundam Seed épisode 35 L’Épée descendante]. J’ai l’impression d’y avoir déjà fait allusion quelque part, mais c’est aussi ce qui m’a donné envie de commencer à écrire Arifureta. La scène où Hajime défonce les étages du grand donjon d’Orcus pour sauver Kaori et les autres… que de souvenirs. Ce n’est qu’une idée, mais il serait peut-être aussi formidable de lui faire faire la même chose pour sa fille Myuu au dernier chapitre.
– L’apparence du roi Dana
Le modèle visuel est le roi d’Hyrule de [The Legend of Zelda: Breath of the Wild].
– La chaîne d’Etemp
Inspirée de la « chaîne des cieux » utilisée par Gilgamesh dans la série Fate.
– Les articulations qui brillent tandis qu’une musique solennelle accompagne Overangerrr
Inspirées de [Unicorn Gundam]. Bravo à Unicorn-san pour son exposition grandeur nature !
– L’apparence d’Asmodeus
Inspirée de Juri dans [Street Fighter 6]. Myuu a dit : « Elle est trop cool et mignonne ! » ; elle a donc servi de modèle. Les accessoires et les tatouages exagérés sont le passe-temps d’A-chan.
– Modèles visuels des dieux du Néant
Dieu de la Mort du Néant : inspiré de Zo-Kalar du [Mythos de Cthulhu].