Chapitre 2
## Scène 1 — Aux portes
Les portes s’ouvrirent dans un léger souffle, laissant entrer une vague d’air frais qui fit frissonner les quelques étudiants rassemblés devant l’entrée. Nous montâmes à bord de la navette avec nos bagages et trouvâmes deux places côte à côte, près d’une large fenêtre. À peine avions-nous pris place que le véhicule s’ébranla dans un grondement discret, puis quitta rapidement la gare pour s’engager dans les rues animées de la ville.
À travers les vitres, Oirt dévoilait peu à peu son visage.
Les grandes avenues, bordées d’arbres dont les branches formaient par endroits une voûte verdoyante au-dessus de la chaussée, alternaient avec d’anciens quartiers de pierre. Des remparts, noircis par les siècles, longeaient encore certaines rues ; des tours de guet se dressaient au-dessus des toits et, çà et là, des bâtiments plusieurs fois centenaires conservaient leurs façades sculptées, leurs fenêtres étroites et leurs lourdes portes de bois.
Pourtant, cette architecture ancienne ne donnait pas à la ville un aspect figé. Plus loin, des immeubles modernes dominaient l’horizon, leurs façades de verre accrochant les rayons du soleil. Ils s’élevaient entre les constructions historiques sans paraître les écraser, comme si le passé et le présent avaient appris à cohabiter au fil du temps.
Je ne pouvais m’empêcher de scruter chaque rue, chaque façade et chaque mouvement de la ville, avec la crainte étrange de laisser échapper un détail que je ne reverrais peut-être jamais.
Odessa, qui avait suivi mon regard pendant quelques instants, tourna légèrement la tête vers moi. Une expression amusée se dessinait sur son visage.
« C’est la première fois que tu viens à Oirt ? »
J’acquiesçai en continuant d’observer le paysage, puis, après une courte hésitation, je me décidai à lui répondre.
« Ça se voit à ce point ? »
Elle haussa doucement les épaules, mais son sourire s’élargit.
« Tu regardes tout comme si tu avais peur d’en oublier le moindre détail. Depuis que nous sommes montés, tu n’as presque pas détourné les yeux de la fenêtre. »
Je clignai des yeux, puis reportai mon attention vers la vitre avec une gêne que je ne parvins pas entièrement à dissimuler. La lumière du jour se reflétait sur le verre et me renvoyait le vague contour de mon visage.
« C’est peut-être parce que je n’ai jamais rien vu de semblable, admis-je. Chez moi, les rues sont beaucoup plus calmes et les bâtiments… beaucoup moins imposants. »
« Tu t’y habitueras probablement plus vite que tu ne le crois », répondit-elle en croisant les bras contre sa poitrine. « Même si, pour être honnête, je ne suis pas certaine de m’être encore habituée à tout ce qui se trouve ici. »
Cette fois, je tournai les yeux vers elle.
« Tu es déjà venue à l’Académie ? »
« Non. Mais j’ai passé suffisamment de temps à lire les brochures et les documents d’admission pour avoir l’impression de connaître les lieux. »
Elle marqua une pause, puis ajouta avec une pointe d’ironie :
« Maintenant que j’y suis, je me rends compte que les brochures ont oublié de préciser que l’endroit était assez grand pour s’y perdre avant même d’avoir commencé les cours. »
Je laissai échapper un sourire. La remarque me rassura plus qu’elle ne l’aurait sans doute imaginé. Jusqu’alors, j’avais eu le sentiment d’être le seul à découvrir cet endroit avec une certaine appréhension.
Après une vingtaine de minutes de trajet, les immeubles se firent progressivement plus rares. La navette quitta les quartiers les plus animés et emprunta une large avenue qui montait doucement vers les hauteurs de la ville. Les arbres y étaient plus nombreux, les maisons plus espacées et la circulation moins dense. Oirt semblait s’éloigner peu à peu derrière nous, comme si nous quittions la ville pour pénétrer dans un territoire séparé du reste du monde.
C’est alors que je l’aperçus.
Au sommet de la colline, derrière une succession de jardins et de murs de pierre, un immense domaine se découpait sous le ciel clair. Une enceinte imposante en entourait les limites ; ses blocs de pierre, irréguliers et assombris par le temps, formaient une muraille continue qui semblait aussi ancienne que la ville elle-même.
Derrière les remparts s’élevaient plusieurs bâtiments aux styles variés. Certains possédaient des toits escarpés, des façades ornées et de hautes fenêtres étroites, tandis que d’autres, plus récents, arboraient des lignes sobres et de vastes surfaces vitrées. L’ensemble aurait dû paraître disparate, mais une étrange harmonie liait chaque construction aux autres.
Au centre du domaine, une tour monumentale dominait l’Académie. Sa silhouette massive s’élevait bien au-dessus des bâtiments environnants, et sa partie supérieure disparaissait presque dans la lumière du ciel. Elle ressemblait à une sentinelle immobile, chargée de veiller sur les lieux et sur ceux qui franchissaient leurs portes.
Même de loin, l’Académie imposait le respect.
La navette ralentit à l’approche du portail principal. Les roues roulèrent sur les pavés dans un bruit régulier, tandis que les battants de fer s’ouvraient lentement devant nous. Je sentis mon cœur accélérer et posai machinalement une main sur ma poitrine, comme si ce simple geste pouvait apaiser les battements qui résonnaient sous mes côtes.
Dans quelques instants, je mettrais enfin les pieds à l’Académie de Oirt.
Le véhicule s’immobilisa devant le bâtiment d’accueil. Les portes s’ouvrirent dans un souffle plus marqué, et les étudiants commencèrent à descendre les uns après les autres, leurs valises roulant derrière eux sur l’esplanade. Une brise légère traversait les lieux, soulevant quelques pans de vêtements et faisant frémir les arbres plantés le long des allées.
Plusieurs membres du personnel s’étaient répartis sur la place afin d’orienter les nouveaux arrivants. Certains portaient des listes, d’autres indiquaient les directions à suivre d’un geste précis, tandis que quelques-uns surveillaient simplement le flot d’étudiants avec une attention méthodique.
Je posai le pied sur le sol, puis relevai lentement la tête.
L’Académie était encore plus impressionnante vue de près.
Les différents bâtiments s’élevaient autour de vastes espaces aménagés, reliés par des chemins de pierre et de larges allées bordées de jardins. Les façades anciennes portaient les marques du temps, mais de grandes baies vitrées s’intégraient harmonieusement aux murs de pierre. Des espaces ouverts, des arbres soigneusement taillés et de petites places occupaient une partie du domaine, donnant à l’ensemble l’apparence d’une véritable ville à l’intérieur de la ville.
Au-dessus de toutes ces constructions, la grande tour centrale dominait les alentours.
Je restai immobile quelques secondes, ma main toujours refermée autour de la poignée de ma valise.
Autour de nous, les étudiants commençaient à se disperser. Certains se saluaient avec enthousiasme, ayant probablement voyagé ensemble ou s’étant déjà rencontrés auparavant ; d’autres avançaient avec prudence, le regard levé vers les bâtiments, comme s’ils cherchaient à mémoriser les lieux avant même d’y avoir reçu leur première leçon.
« C’est immense… »
Ma voix m’échappa presque malgré moi.
Odessa suivit mon regard et inclina légèrement la tête, les mains posées sur la poignée de sa propre valise.
« Tu finiras par t’y habituer. Enfin… c’est ce qu’on m’a dit. »
Je tournai les yeux vers elle, amusé par la prudence de sa réponse.
« Tu n’as pas l’air très convaincue. »
Elle pinça les lèvres, feignant de réfléchir sérieusement, puis leva les yeux vers la tour centrale.
« Disons que je préfère ne pas faire de promesse que je ne suis pas certaine de pouvoir tenir. »
Un sourire se dessina sur mon visage.
« J’ai du mal à imaginer que l’on puisse réellement s’habituer à un endroit pareil. »
« Dans quelques semaines, tu te plaindras probablement de la distance entre ton dortoir et les salles de cours. »
« Quelques semaines ? Je risque déjà de me perdre dans les couloirs avant ce soir. »
Odessa eut un rire discret, puis se remit en marche en m’adressant un signe de tête.
« Alors reste près de moi, au moins jusqu’à ce que nous ayons terminé l’inscription. »
Nous avançâmes jusqu’au pied d’un large escalier qui menait au hall principal. Au-dessus des portes d’entrée, le blason de l’Académie avait été gravé directement dans la pierre. Ses lignes solennelles représentaient un cercle entouré de symboles runiques, surmonté d’une forme évoquant une flamme ou une étoile.
Des agents d’accueil invitaient les étudiants à entrer et leur demandaient de préparer leurs dossiers d’inscription. Je resserrai ma prise autour de ma valise. Depuis que j’avais reçu ma lettre, j’avais imaginé cet instant des dizaines de fois : l’arrivée, les portes, les premiers pas dans l’Académie.
Pourtant, maintenant que je me trouvais devant l’entrée, tout semblait différent.
Les images que j’avais formées dans mon esprit me paraissaient soudain trop simples, trop lointaines pour rendre compte de ce que je ressentais réellement. Il y avait de l’excitation, bien sûr, mais aussi une inquiétude sourde, presque impossible à définir.
Je pris une profonde inspiration, puis franchis les portes de l’Académie de Oirt.
Sans le savoir, je venais d’entrer dans un monde qui allait bouleverser le reste de ma vie.
## Scène 2 — Le hall principal
Le hall principal ne désemplissait pas. Des dizaines d’étudiants défilaient devant les comptoirs d’inscription dans un brouhaha constant. Des voix s’élevaient de toutes parts, mêlées au roulement des valises et au froissement des papiers que les employés examinaient avec attention.
Lorsque notre tour arriva, nous remîmes nos dossiers à une employée. Elle les parcourut rapidement, vérifia plusieurs informations, puis apposa différents tampons sur les formulaires avant de relever les yeux vers moi.
« Elrick Morgan Hayes… Première année, grade 10. Tout est en ordre. »
Elle prit alors une carte rigide sur laquelle le blason de l’Académie avait été imprimé et me la tendit par-dessus le comptoir.
« Conservez-la toujours sur vous. Elle vous donnera accès aux bâtiments qui vous sont autorisés. Certaines zones ne sont accessibles qu’aux étudiants possédant les droits correspondants, alors évitez de l’égarer. »
Je pris la carte avec précaution et la retournai entre mes doigts. Sa surface était froide et parfaitement lisse.
« Est-ce qu’elle sert également pour les résidences ? »
« Oui, mais votre clé vous sera remise séparément. La carte vous permettra surtout d’identifier votre statut et d’accéder aux salles qui vous sont ouvertes. »
J’acquiesçai avant de glisser la carte dans la poche intérieure de ma veste.
Quelques instants plus tard, Odessa termina elle aussi les formalités. Alors que nous nous apprêtions à quitter le comptoir, l’employée nous tendit une feuille à chacun.
« Lisez-la attentivement. Tous les nouveaux étudiants doivent en prendre connaissance. »
Nous nous écartâmes de la file afin de laisser la place aux suivants. Je dépliai le document et parcourus rapidement les premières lignes.
Avis aux étudiants de première année
Bienvenue à l’Académie de Oirt.
La cérémonie d’ouverture aura lieu demain à huit heures précises sur la place centrale. La présence de tous les étudiants est obligatoire. Tout retard sera considéré comme un abandon volontaire de votre admission.
Je relus la dernière phrase, persuadé d’avoir mal compris.
« Un abandon… pour quelques minutes de retard ? »
Odessa fronça les sourcils et rapprocha la feuille de son visage, comme si elle espérait y découvrir une précision qui n’y figurait pas.
« On dirait bien. Ils ne plaisantent vraiment pas avec la ponctualité. »
« C’est une manière assez radicale de souhaiter la bienvenue aux nouveaux étudiants. »
Elle replia légèrement le document entre ses doigts.
« Au moins, nous savons à quoi nous attendre. »
Autour de nous, plusieurs étudiants lisaient le même avis. Les réactions étaient presque toujours identiques : certains échangeaient des regards incrédules, d’autres murmuraient entre eux, tandis que quelques-uns relisaient le texte avec une inquiétude grandissante.
Peu à peu, un silence étrange s’installa dans le hall, comme si nous venions tous de comprendre que l’Académie n’accordait aucune place à l’improvisation.
Je repliai lentement le document et le rangeai dans mon dossier.
Demain matin.
C’était à ce moment-là que commencerait réellement notre vie à l’Académie. Et, sans que nous le sachions encore, plus rien ne serait jamais comme avant.
Une fois les dernières formalités terminées, nous quittâmes le hall. Un membre du personnel nous indiqua le chemin menant aux résidences de première année, puis repartit aussitôt vers l’entrée afin d’orienter les étudiants suivants.
Nous suivîmes les indications à travers le domaine. L’Académie était si vaste qu’après plusieurs minutes de marche, j’avais toujours l’impression de n’en connaître qu’une infime partie. Les bâtiments apparaissaient derrière les jardins, disparaissaient au détour d’une allée, puis réapparaissaient plus loin sous un angle différent.
Les résidences étaient regroupées en trois grands complexes distincts, chacun réservé à une année d’étude. Celle de première année se trouvait dans une partie différente du campus, séparée des résidences des deuxième et troisième années par plusieurs jardins et bâtiments administratifs.
Lorsque nous arrivâmes devant le complexe qui nous était réservé, je relevai les yeux vers sa façade.
Le bâtiment s’organisait autour d’un vaste hall central, dont les hautes fenêtres reflétaient le ciel. Malgré ses dimensions imposantes, il ne ressemblait pas à un simple dortoir. Les balcons intérieurs, les passerelles et les larges ouvertures lui donnaient l’apparence d’un lieu conçu pour accueillir une véritable communauté.
À l’intérieur, plusieurs étudiants entraient et sortaient encore avec leurs bagages. Quatre ascenseurs occupaient une partie du hall, tandis qu’un large escalier permettait d’accéder aux étages supérieurs.
Au-dessus de nous s’élevaient huit étages.
Ils étaient répartis en quatre sections distinctes : A, B, C et D. Chaque section occupait deux étages, permettant ainsi de répartir les logements de la résidence de manière organisée.
Odessa ouvrit son dossier et parcourut les informations qui y figuraient. Elle passa ensuite son doigt sur la page avant de relever les yeux vers moi.
« Section C ? »
Je consultai à mon tour mon propre document, bien que je connaisse déjà la réponse.
« Oui. Dortoir 24. »
Elle baissa les yeux vers sa feuille et la parcourut rapidement.
« Alors nous ne sommes pas dans la même section. Je suis en B. »
Elle tenta de prendre un ton détaché, mais une légère déception traversa son expression avant qu’elle ne détourne le regard.
Je ne savais pas vraiment quoi répondre. Nous venions à peine d’arriver et nous nous connaissions depuis peu, pourtant le simple fait de savoir qu’une personne familière se trouvait dans cette immense Académie rendait l’endroit un peu moins hostile.
« Nous ne serons pas très loin, j’imagine », finis-je par dire.
Odessa replia son dossier contre elle et m’adressa un sourire plus sincère.
« Je l’espère. Et si tu te perds, tu n’auras qu’à demander ton chemin. »
« À qui ? »
« À quelqu’un qui aura l’air moins perdu que toi. »
Je laissai échapper un rire bref. Elle s’inclina légèrement vers moi, puis indiqua d’un geste l’embranchement qui menait à la section B.
« Bonne installation, Elrick. Nous nous reverrons demain matin, sur la place centrale. »
« Bonne installation à toi aussi, Odessa. Et… merci pour le trajet. »
Elle sembla surprise par ma remarque, puis ses doigts se resserrèrent autour de la poignée de sa valise.
« Ce n’était rien. À demain. »
Nous nous séparâmes devant l’embranchement menant aux différentes sections. Je la regardai s’éloigner quelques instants avant de me tourner vers le couloir de la section C.
L’endroit était plus calme que le hall principal. De grandes fenêtres éclairaient les couloirs d’une lumière pâle, tandis que les murs de pierre conservaient le style ancien de l’Académie. Malgré son apparence traditionnelle, tout semblait parfaitement adapté à la vie moderne : l’éclairage était régulier, les portes parfaitement entretenues et les indications gravées sur des plaques métalliques soigneusement fixées aux murs.
Je suivis les numéros inscrits au-dessus des portes jusqu’à m’arrêter devant la mienne.
Section C — Dortoir 24.
J’insérai la clé dans la serrure et ouvris.
Je m’attendais à une simple chambre universitaire, étroite et impersonnelle, mais l’espace se révéla bien plus confortable que prévu. Le logement se composait d’un petit salon avec un bureau de travail, d’une chambre séparée et d’une salle de bain privée. Le mobilier était sobre, sans décoration inutile, mais chaque élément semblait avoir été pensé pour le bien-être des étudiants.
Je déposai ma valise près du lit, puis parcourus lentement la pièce du regard.
Tout était propre.
Organisé.
Calme.
Cette tranquillité aurait dû me rassurer. Pourtant, une sensation étrange m’envahit peu à peu. Quelques heures plus tôt, j’étais encore à Briard. J’entendais les voix familières, je connaissais chaque rue et chaque visage. À présent, je me trouvais seul dans un logement de l’Académie de Oirt, à plusieurs kilomètres de chez moi, dans un endroit où personne ne me connaissait encore.
Je m’approchai de la fenêtre.
Au loin, les tours de l’Académie se dressaient fièrement au-dessus des bâtiments, baignées par la lumière déclinante de l’après-midi. Pendant quelques secondes, je restai immobile, le front presque contre la vitre.
Puis je quittai la fenêtre et revins vers le salon.
Il ne me restait plus qu’à ranger mes affaires avant de profiter du peu de temps qu’il me restait pour me reposer.
À peine avais-je ouvert ma valise que trois coups brefs retentirent contre la porte.
Je relevai brusquement la tête. Ma main resta suspendue au-dessus des vêtements que je m’apprêtais à sortir.
Qui pouvait bien venir me voir ?
Je traversai le salon et ouvris la porte. Un homme vêtu de la tenue de l’Académie se tenait dans le couloir. Une sacoche en cuir reposait contre sa hanche, et plusieurs enveloppes épaisses étaient soigneusement rangées à l’intérieur.
Il consulta rapidement une tablette, fit glisser son doigt sur l’écran, puis releva les yeux vers moi.
« Elrick Morgan Hayes ? »
« Oui. »
L’homme vérifia une dernière fois les informations affichées sur sa tablette avant de sortir une enveloppe cartonnée frappée du blason de l’Académie. Il me la tendit avec un mouvement précis.
« Bienvenue à l’Académie de Oirt. Ceci est votre kit d’accueil. Tous les étudiants de première année en reçoivent un à leur arrivée. Je vous recommande d’en prendre connaissance avant la cérémonie d’ouverture de demain matin. »
Je pris l’enveloppe, surpris par son poids.
« Merci. Y a-t-il des documents particulièrement importants à consulter en priorité ? »
« Le guide de l’étudiant, le règlement intérieur et le plan du domaine. Les autres documents concernent principalement votre inscription et les démarches administratives. »
Il marqua une courte pause, puis ajouta avec un sérieux qui ne semblait pas feint :
« Je vous conseille également de mémoriser le chemin vers la place centrale avant demain. »
Je baissai les yeux vers l’enveloppe.
« À cause de la règle concernant les retards ? »
Un sourire presque imperceptible apparut au coin de ses lèvres.
« Vous avez déjà reçu l’avis, je vois. »
« Oui. Il est difficile de ne pas le remarquer. »
L’homme hocha lentement la tête.
« Dans ce cas, vous savez pourquoi il vaut mieux ne pas se perdre. Je vous souhaite une excellente installation. »
Il m’adressa un léger signe de tête, puis reprit sa tournée. Il s’éloigna dans le couloir et s’arrêta presque aussitôt devant le logement voisin.
Je refermai la porte avant de revenir vers le bureau.
L’enveloppe était plus lourde que je ne l’avais imaginé. Je brisai le sceau de cire du bout du doigt et en sortis le contenu : un guide relié, un plan détaillé de l’Académie, une carte du domaine ainsi que plusieurs documents administratifs.
Le premier attira immédiatement mon attention.
"Guide de l’étudiant — Première année."
Je m’assis devant le bureau, posai le reste des documents à côté de moi et ouvris le guide.
Les premières pages présentaient le fonctionnement général de l’établissement, son règlement intérieur ainsi que les principales infrastructures. En poursuivant ma lecture, j’arrivai à une page intitulée :
"Programme de la première année."
Les enseignements étaient répartis sur un cycle hebdomadaire de sept jours.
« Premier cours : Histoire des runes. Origine des runes, apparition du Futhark et évolution des différents systèmes runiques. »
« Deuxième cours : Énergie runique. Nature de l’énergie runique, circulation, activation et limites de son utilisation. »
« Troisième cours : Lecture du Futhark. Étude des runes, de leur forme et de leur signification. Apprentissage de leur lecture et de leur association. »
« Quatrième cours : Combat runique. Utilisation des runes pendant un affrontement : attaque, défense et renforcement des mouvements. »
« Cinquième cours : Survie runique. Utilisation des runes en milieu hostile : protection, déplacement, repérage des ressources et adaptation au terrain. »
« Sixième et septième jours : Repos. »
Une note figurait au bas de la page.
« Les journées de repos sont consacrées au travail personnel, aux activités étudiantes et aux entraînements libres. L’Académie se réserve toutefois le droit d’organiser des évaluations, des exercices ou des convocations exceptionnelles. »
Je relus une dernière fois le programme, les yeux arrêtés sur les mots qui décrivaient les cours de combat, de survie et d’application pratique des runes. Une étrange impatience commença à se mêler à mon appréhension.
Puis je refermai lentement le guide.
Demain matin, tout commencerait réellement.