Chapitre 67
Les préparatifs prirent près de trois heures. Fernal n’avait pas précisé combien de temps ils seraient partis, mais le profil de la mission comblait suffisamment les blancs. Enquêter sur une base de secte, ça n’allait sûrement pas se régler en une journée. Ni même en une semaine, d’ailleurs.
Cole fit donc ses bagages comme si Murphy avait personnellement à cœur de le voir échouer : au moins un mois, plus quelques vêtements et provisions supplémentaires pour affronter les nouvelles horreurs qui les attendaient.
Le chauffeur avait la voiture prête quand ils descendirent. Elle ressemblait davantage à un camion de transport qu’aux luxueux Forea qu’ils avaient vus jusque-là. Tenna et les autres les saluèrent sur le pas de la porte. Cole se contenta d’un au revoir efficace et d’un « Tenez bon pendant notre absence. »
Ils chargèrent leurs sacs à bord et partirent en avance sur l’horaire prévu.
Alexandria défila par les fenêtres pendant près d’une heure. Ils s’éloignaient du quartier des entrepôts et de cette partie du port où ils avaient démantelé les activités de la secte. Ils traversèrent plutôt les grandes artères du port d’Alexandria, le secteur où débarquaient touristes et immigrants.
L’installation navale apparut sur leur droite lorsqu’ils contournèrent la péninsule, annoncée par une immense pancarte où l’on pouvait lire « CHANTIER NAVAL D’ALEXANDRIA ». Le poste de contrôle donnant accès à la base proprement dite ressemblait à tous ceux que Cole avait déjà franchis ; son banal manque d’originalité avait quelque chose de presque réconfortant. Ils présentèrent leurs papiers sans traîner, un garde leur fit signe de passer et ils entrèrent.
Cole avait vu assez de ports militaires pour savoir à quoi ils ressemblaient : San Diego, Norfolk, Pearl Harbor, et maintenant Alexandria. La seule différence, ici, c’était l’abondance de magitech, dans les grues comme dans l’éclairage, et ces navires d’un autre temps, amarrés dans le port avec une élégance remarquable.
Étrangement, les trois mastodontes qui se dressaient devant lui ne correspondaient pas vraiment aux navires de ligne qu’il aurait attendus de Celdorne : c’étaient des cuirassés. De véritables cuirassés à gros canons, qui n’auraient pas dû exister avant plusieurs décennies. Mais après tout, ils avaient aussi des voitures et des moteurs à combustion, et Cole ignorait jusqu’où pouvait aller la magitech.
Quoi qu’il en soit, leurs proportions lui étaient familières : il les avait vues dans des livres d’histoire et à bord de navires-musées. Elles rappelaient l’Iowa ou le Yamato. La conception générale évoquait ces puissants cuirassés, avec des détails typiquement celdorniens.
Des glyphes couraient sur les tourelles, semblables aux enchantements ornant leurs fusils, mais à une échelle digne d’une arme de siège. Le blindage de la coque brillait d’un éclat qui n’était pas tout à fait celui de l’acier : un alliage qui captait la lumière de façon étrange. Il était probablement enchanté comme les gros canons.
Quel que soit le matériau que Celdorne utilisait pour son acier de haute qualité, ce n’était certainement pas de l’acier. Comme tout ce qu’ils appelaient du laiton n’était pas du laiton non plus. Le laiton, ici, c’était de l’aérochalcum, et pour l’acier, les artificiers avaient probablement inventé un terme de spécialiste bien à eux. Toujours est-il que ces bâtiments auraient sans doute encaissé des tirs qui auraient mis le Bismarck en pièces.
Il colla son visage contre la vitre tandis qu’ils passaient. Une partie de lui aurait presque voulu s’arrêter pour admirer cette débauche de romantisme balistique. L’artillerie navale avait quelque chose de profondément, irrationnellement satisfaisant. Les calculs nécessaires pour envoyer un obus du poids d’une petite voiture à travers une étendue d’océan, en se fiant à la trigonométrie pour le faire traverser le pont d’un navire ennemi…
Ces champions avaient dominé les mers pendant un demi-siècle, avant d’être détrônés par les porte-avions. Et même alors, ils avaient trouvé une seconde vie comme plateformes de bombardement côtier : le Missouri avait tiré ses derniers obus en 1991, soixante ans après sa mise en service.
Mais ça, c’était sur Terre, où l’on ne trouvait dans l’eau que d’autres humains et leurs machines. Tenria avait des monstres marins, à ce qu’il paraissait, ou du moins suffisamment de légendes à leur sujet pour que la possibilité soit prise au sérieux. Peu importe qu’ils soient dépassés : rien ne semblait plus génial qu’un cuirassé défiant un kraken.
Ils dépassèrent les navires de ligne et les bâtiments de taille moyenne, puis serpentèrent parmi les plus petits : sloops, corvettes, ces bêtes de somme peu glorieuses qui faisaient tourner une marine. Le Redoubt était amarré quelque part parmi ses semblables. Impossible de la distinguer jusqu’à ce que son nom apparaisse sur la coque d’un sloop à peine plus chic que les autres.
À peine, oui. Malgré ses bordures d’aérochalcum, ça restait un sloop parmi d’autres, anonyme à un point qui avait dû demander des efforts.
La voiture s’arrêta au pied de sa passerelle. Deux officiers attendaient sur le quai. Le plus âgé avait l’allure usée d’un marin de carrière, ce qui se résumait surtout à un visage qui avait depuis longtemps renoncé aux expressions superflues. Au premier coup d’œil, Cole comprit qu’il avait affaire à un homme qui ne supportait pas les conneries et n’en racontait pas non plus. Exactement le genre de collègue qu’il appréciait.
Le plus jeune se tenait un demi-pas en retrait et peinait à contenir son enthousiasme manifeste.
Le plus âgé s’avança tandis que Cole descendait du véhicule avec ses sacs. « Capitaine Mercer, je présume ? »
Cole acquiesça.
L’homme lui tendit la main. « Je suis le lieutenant-commandant Aldous Fenwick, capitaine du Redoubt. Voici mon second, le lieutenant Yaro Stent. »
La poignée de main de Fenwick fut brève, aussi sèche que son attitude. Stent, en revanche, lui serra la main avec enthousiasme, comme s’il rencontrait une célébrité.
« Messieurs, dit Cole en désignant son équipe derrière lui. Voici le Sergent David MacPherson, ainsi que les sergents Ethan Walker et Miles Garrett, ainsi que Dame Elina Gracer. »
Fenwick les salua d’un bref signe de tête. « Nous atteindrons Ashpoint demain matin. Stent s’occupera de vous. » Il s’éloigna en achevant sa phrase. « Vous voudrez bien m’excuser. »
Stent se tourna vers eux et commença : « Capitaine Mercer, monsieur. Je… nous sommes… euh… très heureux de vous accueillir à bord. »
Il se reprit. « Votre réputation vous précède. Comme on pouvait s’y attendre pour un héros. On a beaucoup parlé de votre commandement, de votre victoire sur un Seigneur vampire. »
Cole fit de son mieux pour ne pas hausser un sourcil ni se tourner vers les autres. Il n’était pas vraiment surpris que des rumeurs aient déjà commencé à circuler, mais que racontaient-elles au juste ?
Stent se ressaisit et se racla la gorge, tentant de retrouver un peu de contenance. « Nous sommes fiers de vous recevoir. Le navire est prêt. »
Cole hocha la tête. « D’accord. Allons faire le tour, alors. »
Stent les fit monter à bord et les guida à l’intérieur. À leur grande surprise, l’intérieur ne ressemblait pas du tout à l’extérieur.
Le passage qu’ils empruntèrent était large, et pas seulement « pour un sloop ». Il était vaste selon les critères navals, assez pour que deux hommes marchent côte à côte sans se toucher les épaules. L’éclairage rappelait lui aussi beaucoup la lumière magique qu’ils avaient vue au château. Quant au pont sous leurs pieds, il était propre et lustré, entretenu selon des normes que les navires de travail ne s’imposaient jamais : ils avaient mieux à faire de leur main-d’œuvre.
Stent leur présenta les différents équipements du navire à mesure qu’ils le parcouraient, comme s’il leur en faisait la promotion au lieu de leur donner simplement les consignes habituelles.
Cole l’écoutait d’une oreille, tandis que le reste de son attention tentait de concilier ce qu’il voyait avec ses connaissances en conception navale. Les Celdorniens avaient carrément un yacht de luxe dans leur marine, un peu comme les présidents qui se déplaçaient en jet privé. La comparaison qui lui vint à l’esprit était absurde, mais elle collait : l’Enterprise. Pas le porte-avions : le vaisseau spatial, celui de Roddenberry.
Les quartiers des invités occupaient une partie du pont arrière : un couloir de cabines privées qui n’avait rien à faire sur un navire de cette taille. Stent leur présenta la répartition : Cole ici, Mack à côté, Ethan et Miles de l’autre côté du passage, Elina au bout, dans des quartiers un peu plus spacieux. Graves et Vale avaient déjà choisi leurs cabines, apparemment. Ils étaient montés plus tôt, expliqua Stent, pendant que le Redoubt faisait encore ses provisions.
À terre, la cabine de Cole aurait été petite, mais selon tous les critères navals qu’il connaissait, c’était un palais. Un grand lit, un bureau intégré à la cloison, un charmant petit hublot laissant entrer la lumière grise de l’après-midi, et assez de place pour ne pas se cogner les tibias en s’habillant. Et tout cela rien que pour lui. Il avait déjà vu les quartiers VIP de l’USS Gerald R. Ford, et cette cabine n’en était pas loin. Ce qui était plutôt impressionnant, vu que le Redoubt n’était pas un superporte-avions.
« Le dîner est à dix-neuf heures trente, lança Stent depuis le couloir. Le carré est à l’avant, après la cambuse. Si vous avez besoin de quoi que ce soit d’ici là, adressez-vous à un matelot ; il me préviendra. »
Il s’attarda un instant. « C’est… enfin, c’est un grand honneur pour nous de vous avoir à bord, capitaine. Vous et vos compagnons. »
Stent hocha la tête, ouvrit la bouche comme s’il avait autre chose à ajouter, puis se contenta de hocher de nouveau la tête et s’en alla. Ses pas s’éloignèrent dans le couloir.
Pendant les heures qui suivirent, Cole ne fit pratiquement rien d’utile.
Il déballa ce qui devait l’être, ce qui ne représentait pas grand-chose. Vérifia son équipement, qui n’avait pas besoin de l’être. Se promena dans les zones accessibles du navire jusqu’à en connaître suffisamment bien le plan pour ne plus y penser. Le Redoubt était plus petit que ne le laissait croire son aménagement intérieur, mais l’espace presque utopique lui donnait l’impression qu’il en restait encore à revendre.
Après le départ de Stent, les autres se dispersèrent. Miles se dirigea vers la salle des machines, comme on pouvait s’y attendre, et les autres allèrent où bon leur semblait.
Cole trouva Elina sur le pont, peu après que tout le monde eut pris ses quartiers. Elle se tenait au bastingage tandis que le port rapetissait derrière eux. La digue n’était déjà plus qu’un mince trait et les cuirassés, des silhouettes grises sur le front de mer. Elle ne se retourna pas quand il approcha, mais se déplaça légèrement pour lui faire de la place.
Cole s’installa à côté d’elle, les coudes posés sur le bastingage. La ville continua de rétrécir. Finalement, les promontoires la cachèrent tout entière ; il ne resta plus que la mer et la brume là où la côte s’était trouvée.
Ils bavardèrent un peu. Rien de profond : plutôt le genre de conversation qu’ont deux personnes assez à l’aise pour ne pas en avoir besoin. Le complexe de vacances revint forcément dans la discussion : le patinage, les bains onsen, combien ça leur manquait déjà, et, bien sûr, leurs projets d’y retourner.
Cole n’était pas du genre à idéaliser les paysages, mais même lui voyait bien que la scène avait tous les ingrédients d’un « moment ».
Ils restèrent là en silence jusqu’à ce que la cloche sonne pour le dîner.
Comme les quartiers, le carré était spacieux et privilégiait le confort à l’efficacité militaire. Tout le monde était déjà là quand ils arrivèrent : Fenwick trônait en bout de table avec ses officiers, tandis que l’équipe de Cole était assise avec Graves à une table ronde.
Vale s’était installé dans un coin, à l’écart des autres, et attendait son repas en silence.
Cole rejoignit les autres et prit place à côté d’Elina. Le repas arriva peu après : le chef en personne apporta les plats et les servit d’abord à leur table.
La première chose que remarqua Cole fut la soupe. Une sorte de chaudrée, à en juger par son aspect pâle et épais, d’où montait encore de la vapeur. Elle lui rappela celle aux palourdes que son oncle préparait pendant leurs sorties de pêche. Avec des palourdes et des légumes extraterrestres, tout simplement.
Le plat principal était un rôti du dimanche, ou plutôt sa version celdornienne. Ici, on avait remplacé le bœuf par du varr, mais le reste était identique : viande tranchée, purée de patates, légumes verts au beurre et sauce à part. Ça ne figurerait dans le top dix de personne, mais c’était de la vraie cuisine. Et de la vraie cuisine à bord d’un navire militaire qui n’était pas un paquebot, c’était déjà un luxe.
On leur servit ensuite à chacun un verre de liquide frais contre le scorbut, qui ressemblait beaucoup à du jus d’orange : du jus de ranji, comme l’appelaient les Celdorniens.
Graves dit le bénédicité après le départ du chef. Cole baissa la tête et rendit grâce avec lui. Quand ce fut terminé, il prit ses couverts.
Miles tint à peine deux bouchées avant de poser une question, probablement inspirée par le geste de Graves. « Dis, Walker. Ce truc que Graves t’apprend, la magie sacrée, ça marche comment ? »
Ethan finit de mâcher. « C’est une prière. Tu pries, tu offres ton mana, et Dieu répond ou non. »
Miles attendit, mais Ethan n’ajouta rien.
« C’est tout ? »
Ethan haussa les épaules. « Oui, c’est l’essentiel. »
« Enfin, il doit bien y avoir autre chose. Une technique, un truc que tu fais avec le mana… »
Ethan secoua la tête. « Non, rien de plus. Je ne plaisante même pas. Le mana, c’est une offrande à laquelle tu renonces. C’est tout le principe : tu ne maîtrises rien. C’est Dieu qui décide. »
Miles semblait incapable d’accepter la réponse. « Donc, tu me dis que tu… quoi ? Tu demandes et tu croises les doigts ? »
« Je ne le formulerais pas comme ça, mais… oui, je suppose. »
« Eh ben, merde. » Miles s’adossa à sa chaise. « À quoi bon, alors ? Si tu peux pas compter dessus… »
« Vous faites fausse route dès le départ, intervint Graves. La magie sacrée n’a jamais été faite pour qu’on compte sur elle. C’est une supplication. On ne s’appuie pas sur une supplication ; on la présente à Dieu, puis on attend sa réponse. »
Miles haussa un sourcil. « Dieu seul ? Ou n’importe quel dieu fait l’affaire ? »
« Ailleurs, certains pratiquent la magie spirituelle. Même si leur magie produit des résultats, je ne dirais pas qu’elle porte ses fruits. Aucune de ces pratiques, à mon sens, ne concorde avec la vérité en laquelle j’ai placé ma foi. »
« D’accord, c’est ma faute. Sans vouloir t’offenser, mais c’est pas juste de l’espoir ? »
« Espoir est un mot bien faible. » Son ton était toujours chaleureux, mais il s’était raffermi : il corrigeait Miles sans le réprimander. « Quand je prie, je ne lance pas un souhait dans le vide. Je confie la situation à Dieu. Il agit selon sa volonté, qu’elle concorde ou non avec la mienne. Le mana que j’offre n’est pas un marché. C’est plutôt un sacrifice, la preuve du sérieux de ma supplication. »
Miles fronça les sourcils, tâchant de suivre. « D’accord, mais imagine que tu sois au combat. Un démon fonce sur toi. Tu pries, tu brûles ton mana et rien ne se passe. Et ensuite ? »
« Alors je suis à bout, répondit simplement Graves, et le démon continue d’avancer. »
« Et ça te va, comme ça ? »
« Je ne dirais pas que ça me va. » Il soutint le regard de Miles. « Mais c’est la vérité. »
« Ça ressemble à une belle arnaque. »
Graves prit un instant pour réfléchir. « Peut-être pour un homme habitué aux armes qui répondent dès qu’il les appelle. Mais quand on a vu un homme délivré d’une obscurité qu’aucune lame ne pouvait trancher, il n’y a plus d’“arnaque”. Pas plus que lorsqu’une vie est rendue alors que tous les autres secours ont échoué. Seule sa main peut accomplir de telles choses. Ce sont des dons, pas des salaires. Et un don, sergent, conclut-il en reprenant son repas, ne s’obtient pas sur commande. »
Miles ne trouva rien à répondre. Comment l’aurait-il pu ? Il mâcha lentement, les sourcils froncés, en méditant sur ces paroles.
Mack posa sa fourchette. « Ça vous dérange si je vous pose une question ? »
Graves inclina la tête.
« Toute cette histoire, le christianisme, je veux dire. Je n’y ai pas vraiment prêté attention avant, vu que j’étais dans le coma et que je devais gérer les démons et tout ça. Mais maintenant que vous en parlez, c’est bizarre, non ? On est assis là à discuter d’une religion de la Terre comme si c’était normal. » Il désigna vaguement la pièce, le navire et le monde au-dehors. « On est sur une autre planète, avec une histoire complètement différente, un monde complètement différent. Je comprends que le roi Alexander l’ait apportée ici, mais comment a-t-elle pu s’enraciner ? »
Graves posa sa fourchette et réfléchit à la question au lieu de se presser d’y répondre.
« C’est une question légitime, dit-il. La plupart des Invoqués se la poseraient, je présume. Mais les choses sont moins étranges qu’elles n’en ont l’air au premier abord, car la vérité ne se limite pas à un seul sol. »
Mack haussa un sourcil. « Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
« La vérité change peu d’un monde à l’autre. Lorsque le roi Alexander fut invoqué ici, il apporta sa foi et établit l’Église aux côtés de la couronne. Il trouva un peuple qui connaissait déjà les grandes lignes de l’Évangile, quoique sous un autre nom. »
« Le rédemptionnisme, dit Elina. »
Graves acquiesça. « En effet. Une foi née dans notre monde, mais remarquablement conforme à l’Évangile apporté par le roi Alexander. Nos récits diffèrent par leur nom et leur cadre, mais leur substance est la même : la promesse de rédemption, la manière de l’obtenir, la grâce qui la soutient, le sacrifice qui la rend possible. »
Mack laissa échapper un souffle. « D’accord. Et les autres religions, alors ? Tenria doit bien en avoir d’autres que le rédemptionnisme. »
« Un grand nombre, répondit Graves. Elnoir conserve ses panthéons ; Aurélia honore ses ancêtres ; Istrayn comptait quantité de rites avant sa chute. »
« Pourquoi, alors ? Pourquoi le rédemptionnisme ? »
Graves comprit tout de suite où Mack voulait en venir. « Je pourrais vous présenter des preuves, j’en ai à portée de main. Mais je ne crois pas que ce soit une preuve que vous cherchiez. On peut peser les éléments et rester dans le doute. Ce que vous voulez savoir, c’est si la foi apporte une réponse. Et ma réponse, c’est oui. »
Se retrouver face à des questions philosophiques n’avait jamais rien d’agréable, surtout lorsqu’on portait un traumatisme. Mais c’était peut-être nécessaire. Mack avait mené toute la conversation, posant question après question et réclamant des réponses claires comme un homme en quête d’un sol ferme. Pour quelqu’un qui avait vu un enfant mourir sans pouvoir l’en empêcher, cette certitude était peut-être exactement ce dont il avait besoin.