Chapitre 71
Ch. 71 Apôtre de la Déesse de la Guerre
Cling.
Un homme apparu soudainement tira lentement son épée. D’autres silhouettes enveloppées de manteaux noirs émergèrent autour de lui.
L’homme qui se trouvait en tête leva la main.
« Restez tous en arrière. Je m’en charge. »
« Ce n’est pas le Fantôme de l’Épée ! »
À cet instant, Yohart cria. Les hommes vêtus de noir se retournèrent.
« Quoi ? »
« C’est un chevalier ! Il a probablement saisi l’épée maudite en essayant de la purifier ! »
« Un chevalier ? Pourquoi un chevalier saisirait-il une épée maudite ? »
Le bretteur inconnu avait manifestement l’air déconcerté.
Pourtant, il sembla comprendre aussitôt le sens des explications décousues de Yohart et s’avança en jurant.
« Qu’est-ce qui se passe, putain ? Merde ! »
L’épée de l’homme fendit l’air. Il voulait maîtriser Sion, qui tenait l’épée maudite à la hâte.
Klang !
L’épée maudite de Sion se plia à une vitesse incroyable. Elle décrivit une trajectoire complexe, déviant l’attaque de l’homme et donnant l’illusion que sa lame s’enroulait comme un serpent.
« Hein ?! »
L’homme sursauta. Il sentit une immense vague de force le traverser, remonter le long de ses os.
Il rassembla rapidement ses forces.
Il avait sous-estimé Sion, mais ce qui se passait dépassait ses attentes.
Il est plus fort que la dernière fois que je l’ai vu.
La puissance d’une épée maudite variait selon celui qui la maniait. Et son nouveau porteur… était un candidat au titre d’Apôtre de la Déesse de la Guerre.
Un niveau qui semblait ne connaître aucune limite.
Kwaak !
Sion brandit l’épée maudite. La lame, portée par une rafale, visa une ouverture chez son adversaire.
Clang ! Clang !
Deux coups s’échangèrent en un instant. L’esprit de l’homme se vida brièvement.
Ce type… je ne pourrai pas le maîtriser sans le blesser, pas vrai ?
Il allait devoir faire couler le sang. Ce n’était pas quelqu’un qu’on pouvait maîtriser facilement. Même si le jeune garçon apprenait peu à peu à dompter l’aura ténébreuse de l’épée maudite, cela ne changeait rien.
Ou bien c’est simplement que ce type est si doué ?
Mais il ne pouvait pas le laisser faire. Attendre que le jeune chevalier apprenne à maîtriser seul l’épée maudite comportait bien trop de risques.
C’est alors que cela se produisit.
Fouuush… Vroum !
L’épée maudite s’abattit avec le poids d’une montagne. Elle dégageait une pression semblable à celle d’un marteau de géant.
Il avait du mal à bouger. Il ne parvenait même pas à réagir.
Si un Seigneur démon existait vraiment, était-ce cela qu’on ressentait en sa présence ? Un frisson le parcourut.
Thud.
Au moment où l’homme leva désespérément son épée pour bloquer l’arme maudite, la lame de Sion s’immobilisa. Son attaque s’était arrêtée juste avant de toucher sa cible.
« Bon, c’est terminé. »
« … ? »
Le regard de Sion s’éclaircit. Ses yeux bleus, pareils à des pierres précieuses, étincelèrent.
Les veines saillantes de son visage et de son cou se résorbèrent peu à peu.
C’est fait.
Sion sourit. Il avait maîtrisé l’épée maudite.
Il avait purifié son aura ténébreuse déchaînée grâce à son Pouvoir divin, puis transformé cette puissance en énergie sacrée.
Le cercle de Pouvoir divin qui circulait en lui avait grandi de moitié. Parmi les gains qu’il avait accumulés depuis qu’il était devenu chevalier de la Guerre, c’était le plus précieux.
Sion calma ses mains, qui tremblaient légèrement. Il ressentait encore quelques effets secondaires. C’était normal : il avait touché l’épée maudite sans la moindre préparation.
Que tout se soit terminé aussi bien tenait presque du miracle.
Il ne me reste qu’à prendre un peu plus de temps pour l’apprivoiser.
Sion ferma les yeux et adressa une prière à la Déesse. Il lui offrit également en sacrifice l’épée maudite qu’il avait obtenue comme butin.
« Impossible. Maîtriser une épée maudite sans prière ni ma bénédiction… ? »
La Déesse était en sueur froide.
Même pour Sion, c’était beaucoup trop dangereux.
Tout en s’inquiétant de son audace grandissante, elle remarqua aussi que son talent s’épanouissait toujours davantage.
« Il suit une voie que personne n’a jamais empruntée. »
La Déesse s’affala sur son trône. Épuisée, elle se massa les tempes.
« Il est temps que je te confère aussi la capacité d’obtenir des Apôtres de la Guerre. »
Achille ferma les yeux et se concentra.
Conférer une capacité à un apôtre prenait un certain temps.
« Un apôtre a toujours besoin d’un arsenal suffisant. »
Un espace de stockage extradimensionnel.
Une autre capacité fut gravée sur l’étoile de Sion. Guidé par le pouvoir de la Déesse, son espace extradimensionnel commença à se former.
« C’est fait… Ouf. Il faudra un peu de temps, mais ça a marché. »
La succession des apôtres avançait régulièrement, sans le moindre problème. Satisfaite, la Déesse sourit.
Elle aurait voulu se reposer encore un peu ainsi, mais un problème restait à régler.
La Déesse Achille posa les yeux sur l’homme qui se tenait près de Sion. Un homme qui lui était lui aussi un sujet de préoccupation.
« Kegan… »
Chaque fois qu’un problème survenait avec Kegan, le pouvoir de la Déesse s’affaiblissait. Mais maintenant que les restrictions avaient été levées, elle pouvait enfin l’aider.
Elle était donc arrivée au moment idéal.
« Je t’en prie, aide Sion à démêler ce nœud. »
Ses yeux violets se posèrent sur l’homme qui se tenait en face de lui. Sion abaissa l’épée maudite et pencha la tête, perplexe.
« Qui… êtes-vous ? »
« … Ha. »
L’homme expira, soulagé. Il avait vraiment cru qu’il allait mourir. Sion tenant l’épée maudite était si menaçant.
« C’est plutôt à moi de poser la question. Qui es-tu ? Comment peux-tu manier une épée aussi dangereuse ? »
« J’ai posé la question le premier. »
L’un des sourcils de l’homme se fronça.
« Regarde-moi ce petit insolent. »
Il était encore très jeune, mais ne montrait pas le moindre signe d’intimidation. Le seul homme qui l’avait jamais regardé sans crainte s’appelait Garfenn.
Kegan appréciait ce genre de tempérament. Un homme devait avoir de la détermination.
« Je suis Kegan, commandant de l’Unité de la Bannière noire. »
« Hein ? »
L’attention de Sion, jusque-là concentrée sur l’épée maudite, revint brusquement au présent. Qui avait-il dit ?
« Commandant Kegan ? »
« … Je ne suis pas chevalier, mais mercenaire. »
Kegan se sentit un peu bizarre. Il n’était clairement pas habillé comme un chevalier. Pourquoi donc l’appelait-on « commandant » ?
« Kegan, commandant de l’Unité de la Bannière noire. C’est bien ça. »
Sion marmonna pour lui-même. Kegan fronça les sourcils.
« Et toi, qui es-tu ? »
Sion répondit, un léger sourire aux lèvres.
« Bonjour, aîné. »
« Hein ? »
« Je m’appelle Sion, je viens du Culte de la Guerre. Mon maître… Garfenn m’a envoyé ici. »
« Quoi ? »
Le visage de Kegan se déforma.
« Qui t’a envoyé ? »
***
« Haaah ! Haaah ! »
Dix ans après avoir perdu ses compagnons, Kegan se réveillait encore en sursaut, en proie à des cauchemars.
Tout était baigné de sang.
Ses mains dégoulinaient de chair et d’entrailles.
Il rêvait qu’il tuait ses compagnons de ses propres mains.
À son réveil, son corps était toujours trempé de sueur et sa respiration haletante. Il commençait chaque journée en portant de l’alcool à ses lèvres.
Kegan se frappa la tête et grimaça.
« Ce fichu cauchemar. »
Si seulement il pouvait se souvenir correctement…
Même ce souvenir était incomplet, comme un morceau de papier déchiré.
Le passé.
Tous ses compagnons étaient morts, et il avait assouvi une vengeance sanglante.
Mais le « pourquoi » et le « comment » lui échappaient.
Il ne lui restait qu’une culpabilité insupportable. Elle était si intense que Kegan croyait avoir lui-même tué ses compagnons.
Il ne pouvait pas penser autrement.
En vérité, il existait un moyen de découvrir la vérité : retourner au Culte de la Guerre, qu’il avait autrefois rejoint.
Mais cette idée lui répugnait d’une manière ou d’une autre. Il n’en avait pas le cœur. La peur était l’émotion la plus forte.
Pour une raison inconnue, Kegan avait quitté le Culte. On ne l’avait pas chassé : il était parti de son plein gré.
Ignorer pourquoi lui était insupportable.
Pourtant, il n’avait pas le courage de découvrir la vérité. Kegan se considérait donc comme un lâche.
La douleur, la souffrance, l’agonie.
Kegan humecta ses lèvres desséchées avec de l’alcool.
Puis il se remémora la nuit précédente.
« C’est dingue… »
L’apparition stupéfiante du garçon. Il n’aurait pas supporté cette nuit sans boire à l’excès.
Le Culte de la Guerre veut que je revienne ?
On lui proposait ni plus ni moins que de devenir instructeur de l’Ordre des chevaliers de la Guerre.
Il était parti de son plein gré ; revenir à présent serait gênant, et qu’on lui demande de servir de nouveau la Déesse était plus cruel encore.
Ils essaient de me tourmenter, maintenant ?
Les deux grandes figures d’Elim n’étaient pas du genre à envoyer quelqu’un pour une mission futile.
Il avait la poitrine serrée.
Un vide écrasant grandissait en lui, impossible à contenir.
Culpabilité, anxiété, ressentiment et colère.
Le désir d’affronter ses souvenirs perdus, et la peur de le faire.
Tout cela tendait vers lui des mains infernales, cherchant à l’entraîner dans la fange.
Kegan voulait fuir cette réalité, pire que l’enfer. Il voulait se sentir léger et libre.
Mais…
Il avait vécu dix ans en enfer.
Pour expier une faute dont il ignorait la nature, il avait fait le bien, et c’était devenu le dernier but de sa vie.
C’était ce qu’il voulait.
Il y avait encore tant de gens qui souffraient ainsi. Hors de question de les abandonner aux monstres et de retourner à Elim.
Je crois que je vais devoir refuser.
Sa décision était prise.
Refuser.
Tout cela remontait à trop longtemps.
Moi, Kegan, je vivrai ainsi jusqu’à réduire ma vie en cendres.
Kegan se lava rapidement dans le ruisseau, puis partit chercher le garçon nommé Sion.
Le jeune disciple de la Guerre qui l’avait appelé « aîné » était déjà levé ; il méditait.
Ce type… Le flux de son Pouvoir divin est étrange. Je n’ai jamais rien vu de tel.
Sion avait-il senti son regard ? Il ouvrit doucement les yeux et le salua.
« Bonjour, aîné. »
« Je croyais dissimuler ma présence. »
« Détecter la présence fait partie de l’entraînement. »
Une réponse calme. Il avait envie de répliquer : « Tu crois vraiment que c’est si facile ? »
Kegan était un bretteur de niveau maître, capable de rivaliser avec n’importe qui. Pourtant, hier soir, lors de l’incident de l’épée maudite, comme maintenant, il s’était passé la même chose.
Mais à quel point ce gamin est-il fort ?
Il avait un visage très jeune. Le talent et les sens de ce garçon, qui ne semblait même pas encore adulte, étaient remarquables. Il était difficile d’évaluer son niveau au premier abord.
Quel genre de monstre Garfenn a-t-il amené ?
Un peu mal à l’aise, Kegan prit la parole.
« Je viens te donner ma réponse d’hier. »
« Vous allez refuser, comme je m’y attendais ? »
« Hein ? Quoi ? »
Kegan douta de ses oreilles. Avait-il révélé ses véritables sentiments la veille, alors qu’il était ivre ?
« Comment l’as-tu deviné ? »
« Eh bien, si c’était si facile d’accepter, vous seriez retourné à Elim depuis longtemps. »
En effet, ce type n’avait pas un côté très attachant. Kegan poussa un profond soupir.
« Oui. Tu as raison. Je dois protéger cet endroit, maintenant. Les monstres sont bien trop nombreux. Sans ma bande de mercenaires, tout le monde ici mourra. »
« C’est vrai. Je suis d’accord. »
« Tu es vraiment venu pour m’emmener ? »
Sion haussa les épaules. Il quitta sa posture de méditation et se leva sans effort.
« Je vous emmènerai. Mais d’abord, je vous aiderai à quitter cet endroit. »
« Qu’est-ce que tu racontes, putain ? Tu ne m’as pas entendu ? »
« J’ai parfaitement entendu. Vous avez dit que vous ne pouviez pas partir parce qu’il y avait trop de monstres. »
« C’est ça. »
« Alors, il suffit d’exterminer les monstres, non ? »
Kegan ferma les yeux très fort. Comme il s’y attendait : le disciple de Garfenn jusqu’au bout des ongles. Téméraire et illogique.
Ses paroles étaient exactement les mêmes.
« La Déesse de la Guerre m’a envoyé pour une raison. »
« Ha. Vous êtes vraiment pareils. »
« Quoi ? »
« Rien. Laisse tomber. »
Kegan se détourna. Il cria à sa bande de mercenaires de se préparer à partir.
« J’ai clairement refusé. Quoi que tu dises, je ne changerai pas d’avis. »
« Il faut garder l’esprit ouvert. »
« Hmph. Quel discours pénible. Maintenant, tu parles comme l’évêque Gustein. »
« Vous voyez ? Ça vous manque. »
« Quoi ! »
Kegan cracha par terre.
« Retourne d’où tu viens. Tu ne peux pas régler seul les problèmes d’ici. »
« Dites-moi au moins quel est le problème. »
Il était un peu irrité.
Il savait que Sion était doué, mais cette assurance était excessive.
Les génies qui sortaient du lot ne manquaient pas.
Mais contre les démons, les monstres et les races démoniaques, c’était une autre histoire. Même parmi les génies, il existait des degrés, et tout cela restait dans les limites de ce qu’un humain pouvait accomplir.
Les déesses et les Dieux maléfiques.
Dès qu’on prenait en compte les races non humaines, même les génies humains n’étaient pour la plupart que poussière.
Du moins, parmi tous ceux que Kegan connaissait, le seul génie de ce calibre était Garfenn.
« Êtes-vous aussi fort que maître Garfenn ? »
« Non. »
« Alors, retournez chez vous. »
« Mais je deviendrai plus fort que lui. »
« Tu joues sur les mots. »
Kegan ne put plus supporter les provocations de ce junior irritant.
« Peux-tu tuer l’apôtre d’un Dieu maléfique ? »
Malgré la provocation évidente, le regard de Sion était parfaitement sérieux.
« C’est mon travail. »
Programme : tous les lundis, mercredis, vendredis et dimanches
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