Chapitre 30
Ch. 30 Apôtre de la Déesse de la Guerre
« Hein ? Dame Achille ? »
« Bien sûr. Autrefois, la Déesse s’accrochait à moi, son Apôtre, mais maintenant, c’est toi qu’elle suit partout. »
« Waouh… ! »
Émerveillé, Sion cligna des yeux, d’un bleu saphir.
Il l’avait vaguement senti, mais avait-elle vraiment été à ses côtés tout ce temps ?
« Elle veille sur toi depuis que tu es parti pour Foils. La Déesse m’a raconté tout ce que tu as accompli. Je suis fier de toi. Impressionné. Non… stupéfait. »
« Ce n’était rien de spécial. »
Garfenn eut un faible rire et tapota l’épaule de Sion.
« Tu crois que n’importe qui peut faire jaillir un pouvoir sacré sans même avoir appris à s’en servir ? Même les chevaliers ordinaires mettent des années à y parvenir. Et je ne parle même pas du mage que tu as tué, quelqu’un qui pouvait utiliser la magie ! C’est incroyable, vraiment. »
Sion n’assimila pas complètement les louanges de Garfenn. Il ne savait pas si son maître cherchait simplement à lui donner confiance.
Bien sûr, il ne se croyait pas dépourvu de talent. Il se considérait simplement un peu au-dessus de la moyenne.
N’avait-il pas failli mourir en affrontant le lieutenant de Holt ?
Cet adversaire avait été redoutable.
Seule sa vivacité d’esprit sur le moment l’avait sauvé. S’il continuait à livrer des combats aussi dangereux, il finirait par mourir.
Et maintenant, selon Garfenn :
« Tu as trop tiré sur la corde avec toutes ces batailles inconsidérées. L’unité de l’Épée sacrée, des mages, d’anciens chevaliers… C’est un miracle que tu sois encore en vie. »
« Je suis désolé. »
« Tu as gagné, alors ce n’est pas grave. Ce combat devait être nécessaire, et la Déesse l’a approuvé : c’était un duel juste et légitime. »
Quel soulagement. Sion hocha la tête.
Il était bon de savoir que ses actes n’étaient pas contraires à la volonté de la Déesse.
« Étrangement, je me sentais toujours poussé à aller de l’avant. Alors, tout avait bien un but, finalement. »
Garfenn esquissa un sourire et tourna la tête.
« Nous en reparlerons plus tard. D’abord, présente-moi ces gens. »
« La Déesse ne vous en a pas parlé ? »
« La Déesse ne parle que de toi. »
[Quelle injustice, Garfenn. Tu fais de moi un simple personnage secondaire !]
Garfenn fut un peu triste de voir s’interrompre la brève paix dont il avait joui depuis qu’il avait retrouvé la Déesse.
À vrai dire, ces derniers jours, sans la Déesse qui le harcelait sans cesse, avaient été paisibles.
[Qui l’aurait cru, hein ? On pourrait me prendre pour une mère gâteuse, obsédée par son fils adoré !]
Mais maintenant qu’il avait retrouvé Sion, il entendait de nouveau la voix de la Déesse, et c’était déjà épuisant.
« Voici Tier. Il veut rejoindre le Culte de la Guerre. »
« Oh, bonjour, monsieur ! »
Tendu, Tier se raidit et s’inclina nerveusement devant Garfenn.
Garfenn se contenta de grogner : « Hum. »
« Maître ? »
« Quoi ? »
« Pourquoi… pourquoi vous ne dites rien ? »
« Qu’est-ce que tu veux que je dise ? »
« C’est un nouveau fidèle ! »
« Et alors ? »
Les mots de Sion restèrent coincés dans sa gorge. C’était quoi, cette réponse ?
« Vous devriez lui souhaiter la bienvenue ! »
« Ah bon ? »
« Vous ne devriez pas les accueillir chaleureusement et les guider ? N’est-ce pas ce que doit faire un prêtre ? »
À la suggestion de Sion, Garfenn tourna la tête à contrecœur et marmonna :
« Ah. Eh bien… Je n’ai jamais eu à faire ça. Bienvenue à tous… »
Sion se claqua le front.
Il comprenait maintenant pourquoi Garfenn n’avait recruté aucun nouveau disciple pendant qu’il était Apôtre.
Gustein avait été trop occupé à entretenir et réparer l’église pour y consacrer la moindre énergie, tandis que Garfenn s’était contenté d’aller là où la Déesse l’envoyait et de brandir son épée.
Au milieu de tout cela, s’efforcer de convertir de nouveaux fidèles aurait été une tâche supplémentaire, et Garfenn n’était tout simplement pas du genre à s’y atteler.
Surtout, Garfenn gardait un profond complexe au sujet de son apparence.
Les cicatrices de brûlure qui défiguraient son visage et les plaies suintantes qu’il portait le rendaient incapable de regarder les gens droit dans les yeux.
« Quel dommage, maître. »
Rien que parler normalement aux gens était une épreuve pour lui.
Avec les femmes, cela devait être encore plus difficile.
« … Pas étonnant. »
Le Culte de la Guerre avait tout juste réussi à survivre jusqu’ici.
Même Achille, malgré ses talents au combat, n’avait pas de stratégie remarquable dans ce genre de domaine ; elle avait donc laissé les choses suivre leur cours.
Alors que la situation était devenue complètement chaotique, le trésor nommé Sion était arrivé.
« Il va falloir que je travaille davantage. »
Sion sourit et entreprit de présenter les nouveaux disciples un par un.
« Voici Anna. »
Anna, l’une des femmes que Holt avait emprisonnées, s’avança alors pour saluer Garfenn. Dans la grotte où elles étaient retenues, elle avait été la seule femme à prendre la parole.
Sans se laisser troubler par l’apparence de Garfenn, elle lui tendit la main pour le saluer.
« …… »
« Maître, dites au moins bonjour. »
« Bienvenue. Je suis Garfenn. »
Garfenn détourna maladroitement le regard en lui prenant la main. Anna lui saisit fermement les deux mains. Garfenn tressaillit et se recula.
« Je dois beaucoup à votre disciple. Donnez-moi quelques petites tâches à accomplir à l’église, je vous prie. »
« … Hum. Contentez-vous de prier avec assiduité, ce sera suffisant. »
« Je m’en souviendrai. »
Garfenn passa rapidement devant Anna et se plaça à l’avant du groupe.
« Alors, rentrons. Je suis venu parce que je croyais qu’il y avait un problème, mais on dirait que je ne faisais que vous gêner. »
« Vous gêner ? Votre présence me rassure beaucoup. »
Sion sourit et marcha aux côtés de Garfenn.
En effet, la présence de son maître à ses côtés le réconfortait toujours.
Sion était encore trop jeune pour s’occuper seul de quinze nouveaux disciples.
… Bien sûr, Garfenn n’avait jamais eu à gérer une situation pareille non plus ; il était donc tout aussi déconcerté.
À vrai dire, Garfenn se trouvait dans une situation encore plus délicate.
L’Apôtre et la Déesse, réunis, échangèrent quelques mots.
Dans cette situation assez inhabituelle, tous deux peinaient à trouver leurs marques.
« Toute-Puissante Déesse, qu’est-ce que ce garçon, Sion, au juste ? Les conversions ont-elles toujours été aussi faciles ? »
[Je n’en sais rien non plus… ?]
***
Le groupe de Sion arriva à Elim au bout de trois jours.
Comme Sion avait éliminé les monstres sur leur route, ils ne furent pas attaqués une seule fois.
Même les bandits qu’ils croisèrent aperçurent Garfenn et n’osèrent pas les attaquer.
Sous la protection de la Déesse de la Guerre, le voyage du retour se déroula paisiblement.
« Grand frère ! »
Dès qu’elle vit Sion revenir, Ruina accourut et le serra fort dans ses bras.
« Grand frère ! »
Set le suivit et bondit pour s’accrocher à Sion. Il avait pris du poids et était assez lourd pour faire vaciller Sion.
Le voir en meilleure santé faisait plaisir.
Sion prit la parole.
« Alors, vous avez été sages tous les deux ? Rien de fâcheux ne s’est passé ? »
« Oui, oui. Rien du tout. »
« Je n’ai fait aucune bêtise ! Je me suis bien comporté ? »
« Très bien. »
Sion remarqua l’ornement dans les cheveux de Ruina. Un sourire lui vint naturellement aux lèvres. C’était celui qu’il lui avait acheté.
Et il lui allait à merveille. On aurait dit la fille d’une noble dame.
« Ruina, tu portes ce que je t’ai acheté. »
« Quoi ? Euh, oui. J’avais les cheveux en bataille ! »
« Ça te va bien. »
« …… Merci. »
Set tira sur Sion pour attirer son attention. Il lui montra fièrement les nouveaux vêtements qu’il lui avait achetés.
« Ils te vont parfaitement. J’avais peur qu’ils soient trop petits. »
« Ma sœur les a ajustés quand ils n’allaient pas ! »
« Vraiment ? Ruina est si douée en couture ? »
Ruina détourna timidement le regard de Sion, baissa la tête et fit semblant d’observer une fourmi. Elle cacha derrière son dos ses mains couvertes de cicatrices.
« Elle est devenue plus timide depuis mon départ. »
Heureusement, ses petits frère et sœur étaient sains et saufs.
Sion ressentait une immense satisfaction après ce voyage.
Il était encore plus convaincu que la voie qu’il suivait était la bonne.
S’il continuait ainsi, tout irait bien.
« Oh, ces personnes… »
Sion allait présenter les nouveaux disciples qui les accompagnaient quand Ruina lui saisit le bras et l’entraîna.
« Grand frère, laisse tomber. C’est à propos de Kaili. »
« Qu’est-ce qu’il y a avec Kaili ? »
« Tu dois le voir toi-même. Elle ne va pas bien. »
La pièce où séjournait Kaili était étouffante de chaleur.
La chaleur emplissait tout l’espace.
Le cœur de Sion se serra.
Sa petite sœur était allongée, respirant faiblement, incapable d’ouvrir les yeux.
« Kaili. Kaili ! C’est moi, ton frère Sion. Essaie de te réveiller. »
« Elle n’a pas réussi à se lever. Ce n’est pas un simple rhume. »
Gustein, qui s’occupait sans relâche de Kaili, s’essuya le front. Il avait l’air complètement épuisé.
« Pourquoi ? Pourquoi est-ce que ça lui arrive ? »
« Je ne sais pas. Je ne suis pas médecin, alors je ne peux pas en être certain. Je fais tout ce que je peux, mais… hum. »
Sion se mordit la lèvre et saisit alors la petite main de Kaili.
« … Grand frère, tu es là. »
Kaili ouvrit les yeux et appela faiblement Sion.
Malgré la douleur, elle parvint à lui sourire.
Il n’existait pas d’ange plus pitoyable.
« Kaili. Oui, je suis là. Comment es-tu tombée malade ? »
« Je ne sais pas… J’ai juste la tête dans le brouillard et j’ai chaud. »
« Ça va aller. Ton grand frère va te guérir. »
« D’accord. Je vais dormir un peu. Maintenant que je t’ai vu. »
« Tu m’attendais ? »
Kaili ferma les yeux et hocha légèrement la tête.
Une fille courageuse, si jeune.
Sion sentit soudain sa gorge se nouer.
Il avait un endroit où rentrer, et des gens qui l’attendaient à Elim.
En s’en rendant de nouveau compte, il sentit sa poitrine se serrer et ses yeux le piquer d’émotion.
Ah… Sion s’essuya discrètement les yeux, sans que personne le remarque, puis se leva.
« Je vais m’occuper de Kaili. Va te reposer, grand frère. »
« … D’accord. »
Ruina se rassit près de Kaili, changea son linge et demanda à Set d’aller chercher de l’eau fraîche.
Chaque fois que Ruina essuyait la sueur de Kaili, celle-ci semblait aller un peu mieux.
Pendant ce temps, Garfenn les observait tous les quatre depuis le seuil.
Son regard était méfiant.
« Déesse… quelque chose cloche. »
[Oui, mon grand guerrier. Tu as raison. C’est un éveil. Voilà ce qui se passe.]
« Attendez. La Déesse l’a marquée ? »
demanda Garfenn.
La Déesse secoua la tête.
[Je n’ai pas encore assez de Pouvoir divin pour marquer qui que ce soit. Soit cette enfant est née avec le réceptacle… soit une autre Déesse l’a marquée.]
« Si elle est simplement née ainsi, nous pourrons bien nous occuper d’elle. Mais si une autre Déesse est impliquée, cela risque de poser problème. »
La Déesse parla avec amertume, et une pointe de colère.
[Oui. Cette fois, nous ne devons pas la laisser se faire enlever sans pouvoir rien faire, comme Arwen.]
« Nous devons nous préparer. »
La Déesse hocha la tête.
Grâce à Sion, elle avait retrouvé une base sur laquelle tout recommencer.
En un moment aussi crucial, ils ne pouvaient pas se permettre de perdre le réceptacle destiné à devenir la sainte.
Auparavant, Arwen avait été totalement impuissante et sans défense, mais cette fois, ce serait différent.
Ils devraient employer tous les moyens à leur disposition — la Déesse de la Guerre comme le Culte — pour la protéger.
Avec Sion à leurs côtés, ils pensaient pouvoir réussir.
Dans son jardin, la Déesse serra fermement le poing.
[Je vais aussi commencer à me renseigner.]
***
Plusieurs jours s’écoulèrent après le retour de Sion.
Pour la première fois depuis très longtemps, Elim était en pleine effervescence.
La plupart des nouveaux arrivants étaient des femmes vêtues de haillons, encore faibles et sans énergie, mais leur simple présence suffisait à redonner vie au site sacré abandonné.
Le seul fait d’avoir davantage de gens pleins de vitalité changeait tout.
En conséquence, Gustein n’avait même plus le temps de dormir, accablé de travail.
Il devait planifier la réparation de l’église et concevoir de nouveaux logements pour le village.
Beaucoup avaient exprimé le désir de s’installer définitivement, et des dons leur étaient parvenus ; il n’y avait donc plus aucune raison de repousser les travaux.
Ruina cuisinait avec les femmes du village minier.
Comme la plupart étaient femmes au foyer, les repas étaient préparés rapidement.
Les corvées qui s’étaient accumulées étaient désormais expédiées grâce à toutes ces mains supplémentaires.
Soulagée, Ruina redoubla d’efforts.
En effet, un lieu habité a besoin de davantage d’habitants.
« Nous ne pouvons pas laisser éternellement les vagabonds dans la rue. »
Sion et Set parcouraient les rues d’Elim, distribuant du pain et de la soupe aux sans-abri.
Même ce pain caoutchouteux et dur était une nourriture précieuse à leurs yeux.
« Grand frère. Tous ces gens vont rejoindre le Culte de la Guerre ? »
« Oui. Et ce seront les fidèles que tu devras protéger et maintenir dans l’ordre. »
« Hum… Il faut que je grandisse vite. »
« Exactement. Bois aussi ton lait. »
Sion et Set avaient pour tâche de rassembler les sans-abri et de les installer au même endroit.
Ceux qui arrivaient en nourrissant des griefs contre la Déesse de la Guerre étaient matés par la force et soumis.
Après tout, c’étaient tous des gens qui étaient venus jusqu’ici, dans un lieu délabré, en quête de salut.
Une semaine environ s’écoula ainsi.
Des matériaux de construction et des charpentiers arrivèrent, et l’on commença à bâtir des logements dans certains quartiers d’Elim. Les personnes en convalescence furent réunies pour le culte.
L’office était bien sûr dirigé par l’évêque Gustein.
Après des décennies, il pouvait enfin exercer ses fonctions de prêtre, et l’émotion lui tira des larmes.
« Nous allons… commencer l’office… Hum. »
Gustein se moucha et commença à enseigner l’histoire de la Déesse de la Guerre.
À l’écart, Garfenn et Sion se tenaient côte à côte et observaient la scène.
Garfenn prit la parole, la voix légèrement étranglée.
« Merci, Sion. Tu as accompli quelque chose d’incroyable. »
« Hein ? Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
« Les fidèles. Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour, tant de gens prieraient à Elim. »
— Je crois que vous étiez trop passif, maître. Voilà ce que Sion aurait voulu dire, mais il se ravisa.
Chacun avait ses forces, ses faiblesses et ses propres talents.
Tant qu’ils se compléteraient, ils pourraient faire avancer le Culte.
À la place, Sion lui adressa un grand sourire.
« La Déesse doit être heureuse, n’est-ce pas ? »
« Bien sûr. La Déesse me l’a dit elle-même. »
« Qu’a-t-elle dit ? »
« … Enfin, l’escalier commence à apparaître. »
« L’escalier ? »
Sion pencha la tête, perplexe.
Garfenn poussa un profond soupir et s’expliqua.
« L’escalier qui mène à la Table ronde. L’escalier vers les cieux, l’endroit d’où la Déesse a été exilée et où elle ne pouvait pas retourner. »
Grâce au sacrifice de Garfenn et aux actes de Sion, la Déesse de la Guerre Achille avait enfin retrouvé l’espoir de retourner dans les cieux.
En rassemblant davantage de fidèles et en recevant leurs prières, la Déesse de la Guerre pourrait retrouver sa gloire passée.
Et ce chemin mènerait directement au bonheur de Sion.
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