Chapitre 133
Ch.133 Apôtre de la Déesse de la Guerre
Fouuish !
Sion sentit sa nuque s’échauffer. Être ainsi au centre de l’attention devenait difficile à supporter.
« Euh, eh bien… »
L’Instructeur Kegan en rajouta, allant jusqu’à dégainer son épée pour le saluer avec solennité. À ce stade, il se moquait de lui, non ?
Sion se gratta la tête et rejoignit Kegan.
Kegan s’adressa de nouveau aux chevaliers.
« Tout le monde, reprenez l’entraînement ! »
« Oui ! »
Set faisait partie du groupe. Le visage empreint d’une discipline sévère, le garçon croisa le regard de Sion et lui adressa un léger sourire avant de se reconcentrer sur son adversaire.
« Commandant, vous cherchez à me tuer de honte ? »
« Oh ho ho. Bien sûr que non. »
Kegan traitait désormais Sion avec un profond respect, contrairement à avant.
Même lorsque Sion lui demandait de se détendre, Kegan refusait obstinément. Il était convaincu que, s’il ne témoignait pas lui-même le respect qui convenait à l’Apôtre, la discipline des Chevaliers de la Guerre ne pourrait s’établir et l’autorité de l’Apôtre ne serait pas reconnue.
Il n’avait pas tort. Sion était reconnaissant à Kegan, qui gérait tout avec efficacité et de son propre chef.
« Encore une mission ? » demanda Kegan.
« Oui. »
« Je vois. Tu vas être très occupé, désormais… »
« Je ne pourrai sans doute pas rester longtemps à Elim. »
Sion répondit avec amertume.
C’était pour cela qu’il essayait d’imprimer dans sa mémoire le plus possible d’Elim, en ce moment. Le spectacle de cette ville, qui aurait certainement encore changé à son retour.
« Laisse-moi m’occuper de développer les Chevaliers de la Guerre sans encombre. »
« J’ai entendu dire que vous meniez déjà des missions. »
« Ce sont encore des bleus, mais ils s’en sortent plutôt bien. »
Kegan rit de bon cœur en faisant l’éloge des nouvelles recrues.
L’ancienne Unité de la Bannière noire était naturellement à la hauteur, et la formation des nouvelles recrues avançait elle aussi sans accroc.
La raison pour laquelle Garfenn avait tant insisté pour que Kegan prenne ce poste prouvait sa valeur. Son héritage continuait de renforcer Elim.
Alors que Sion s’apprêtait à partir, Kegan l’arrêta.
« Il ne te faudrait pas un écuyer, maintenant que tu es Apôtre ? »
« Non, ça ira. Je n’en ai pas vraiment besoin. »
« Malgré tout…
Les apparences comptent, tu ne crois pas ? L’Église de la Guerre est en train de devenir une grande Église, et l’Apôtre en est le visage, le symbole de son autorité. Il serait donc bon de prêter attention à ce genre de choses. »
« Vraiment… Bon, d’accord. »
Après tout…
Parmi les Apôtres qu’il avait rencontrés jusqu’ici, aucun ne voyageait sans écuyer ni assistant. À l’exception de Garfenn, ils étaient tous accompagnés.
*Ce serait peut-être bien d’avoir quelqu’un.*
Du moment que ce n’était pas pour se battre.
*De toute façon, cette fois, je vais simplement rencontrer monsieur Loenhaugter.*
Comme le disait Kegan, c’était une bonne occasion d’afficher l’autorité nouvelle de l’Église de la Guerre.
C’était aussi l’occasion de proclamer que l’Église de la Guerre restait inébranlable au milieu de ces temps troublés.
« Très bien. Faisons comme vous le proposez, monsieur Kegan. J’aimerais emmener deux personnes. »
« Oh, sage décision. »
Kegan se gratta la barbe et promena son regard sur le terrain d’entraînement.
« Y a-t-il quelqu’un que tu aimerais emmener ? »
« Pas spécialement. Recommandez-moi simplement des compagnons compétents. »
Sion ne connaissait pas très bien les membres des Chevaliers de la Guerre. Il se fiait simplement au jugement du commandant Kegan.
« Dans ce cas… »
Kegan fronça les sourcils un instant, puis lança :
« Set ! Jien ! »
« Oui ! »
Les deux qui s’entraînaient s’immobilisèrent aussitôt et répondirent. Les autres continuaient de s’affronter sans leur prêter la moindre attention, ce qui était impressionnant.
« Venez ici. »
À l’ordre de Kegan, ils grimpèrent rapidement sur l’estrade, aussi agiles que des écureuils.
Tous deux respiraient encore avec difficulté après cet entraînement éprouvant.
L’un était le frère de Sion ; l’autre, une ancienne réfugiée que Sion avait croisée plusieurs fois dans la rue.
À son arrivée à Elim, elle avait aidé Ruina à accomplir de menus travaux. Sion ignorait quand elle avait rejoint les Chevaliers de la Guerre.
« Je recommande ces deux-là. Ils sont tous les deux très compétents et sauront t’aider. »
« Hum. »
Sion observa les deux recrues qui se tenaient au garde-à-vous, couvertes de sueur.
Kegan n’aurait pas choisi Set uniquement parce qu’il était le frère de Sion. S’il le recommandait, c’était qu’il le jugeait vraiment compétent et fiable.
De fait, il était évident que Set ne considérait plus Sion comme son « frère », mais comme l’« Apôtre » de la Déesse de la Guerre.
Ce sérieux méritait un bon point.
Sion acquiesça sans hésiter. Désormais, il comptait les traiter comme l’Apôtre de la Déesse de la Guerre.
« Nous partons dans une heure. Nous allons à Foils pour une courte mission. Prévoyez environ une semaine de voyage, préparez-vous bien et retrouvez-moi à la porte Nord. »
« Oui, Votre Apostolat ! »
« Bien compris ! »
Set et Jien saluèrent en portant le poing à leur poitrine, puis quittèrent rapidement le terrain d’entraînement.
En les regardant, Sion gloussa.
« Commandant Kegan, vous les formez à coups de poing ? »
Kegan rit de bon cœur, assurant qu’il ne ferait jamais une chose pareille.
« Ils préféreraient sans doute que je les frappe. Peut-être ? »
Sion acquiesça.
La lueur de folie dans les yeux de ce commandant chevronné…
***
« J-je suis honorée de pouvoir vous assister cette fois ! »
Jien se figea devant Sion. Contrairement à l’entraînement, ses cheveux courts, un peu décoiffés, avaient la couleur des feuilles d’érable.
« Enchanté. »
L’attitude raide de Jien mettait Sion mal à l’aise. Et celui qui souffrait le plus dans cette situation n’était autre que Set.
Il devait traiter son frère non comme son cadet, mais comme un écuyer, un assistant, une personne chargée de le soutenir.
Et pas n’importe qui : l’Apôtre de la Déesse de la Guerre.
Il devait s’adresser à lui avec déférence.
En même temps, il lui fallait s’entendre avec sa camarade. S’il n’y avait eu que lui et son frère, cela aurait peut-être été plus facile, mais, bizarrement, il se sentait gêné et surveillait chacun de ses mots et de ses gestes.
« V-votre Apostolat. Quelle est, quelle est notre mission ? »
Set posa la question, encore plus nerveux que Jien. Sion trouvait la scène si drôle qu’il en avait mal au ventre, mais se mordit l’intérieur de la joue pour retenir son rire.
« Hum, hum. Vous n’avez qu’à me suivre, rien de particulier. Je n’aurai probablement rien de précis à vous faire faire. »
« Bien compris ! »
« Oui, Votre Apostolat ! »
« Et puis… »
Sion se gratta la joue et les supplia avec sincérité :
« Le titre “Votre Apostolat” me met mal à l’aise. Appelez-moi simplement par mon prénom. Sans formalités. »
« … ! »
« C-c’est… ! »
Jien ferma les yeux très fort.
« Tuez-moi plutôt. »
« Ça te met tant que ça mal à l’aise ? »
« … Oui ! Désolée ! »
Set hocha lui aussi vigoureusement la tête. C’était d’une gêne insupportable. Mieux valait simplement garder ses distances.
Face à leur refus catégorique, Sion n’eut d’autre choix que de céder.
« Bon, d’accord. »
Ce n’était pas comme si un titre compliqué allait entraver leur mission.
Sion haussa les épaules et lança son cheval au pas.
Le voyage oppressant commença. Dans cette situation, Sion aussi se mit à comprendre quelque chose.
*Le moment est venu pour moi de devenir adulte.*
Sa position l’exigeait, et son âge aussi. Il avait entendu dire que Jien avait quelques mois de moins que lui.
Il ressentait de bien des façons le poids des responsabilités. La situation avait véritablement changé. Il occupait désormais une position où il devait prendre les choses en main et guider les autres.
*… C’est dur.*
Son professeur lui manquait de nouveau, tout à coup.
La Déesse Achille observa la scène avec satisfaction. Son Apôtre, qui avait grandi encore et encore et se heurtait à présent à une nouvelle étape de son évolution, lui était tout simplement adorable.
[Huhu, les enfants de la guerre se réconfortent mutuellement et poursuivent leur chemin.]
Le spectacle lui plaisait. Un doux sourire, semblable à une jeune pousse, se dessina sur les lèvres de la Déesse Achille.
Après une demi-journée de voyage supplémentaire, le groupe de Sion décida de camper.
Ils se trouvaient sur la route de Foils. Le chemin était bien entretenu et de nombreux emplacements permettaient de camper en cours de route.
Ils étaient principalement fréquentés par les marchands. Set et Jien en choisirent un convenable et préparèrent le campement.
Sion s’installa à l’écart et commença à s’exercer à manier le pouvoir qu’il venait d’acquérir.
Le « sous-espace ». Une bénédiction remarquable qui lui permettait de sortir et d’utiliser son épée et diverses autres armes à tout moment et en tout lieu, sans avoir à les transporter.
Cette bénédiction, réservée à l’Apôtre de la Déesse de la Guerre, était parfaitement adaptée au « champ de bataille ».
Sion portait actuellement l’Épée démoniaque et avait rangé dans le sous-espace la grande épée de son maître. Il s’entraînait consciemment à ouvrir le sous-espace, à en sortir la grande épée noire, puis à l’y remettre.
Pendant ce temps, Set et Jien, occupés à installer le camp, commencèrent à se dire tout ce qu’ils n’avaient pas pu exprimer en présence de Sion.
« Il est fou, complètement fou. »
« Pff, tais-toi. »
« Il est tellement classe, non ? Votre Apostolat ? »
Les yeux de Jien étincelèrent tandis qu’elle faisait l’éloge de Sion. Si elle était devenue chevalière, c’était uniquement parce qu’elle admirait Sion.
Au lieu de se consacrer aux tâches ordinaires des femmes, elle voulait manier l’épée comme Sion et se distinguer brillamment. Son désir de ressembler à celui qu’elle admirait l’avait fait progresser rapidement.
Jien était effectivement très douée. Elle n’était pas membre des Chevaliers depuis longtemps, mais comptait déjà parmi les meilleures de son âge.
Sa sélection pour cette mission avait donc de bonnes raisons.
« Rien que marcher derrière lui me fait trembler le cœur. Qu’est-ce que je dois faire ? Qu’est-ce qui m’arrive ? »
« Jien, tu es vraiment pénible. Tu me casses les oreilles ! »
« Et à qui veux-tu que je raconte ça ? Je t’envie. Avoir un frère comme Sion… »
« Mon frère est classe, c’est vrai. Hum, hum. »
Les bavardages de Jien agaçaient Set, mais il était aussi content que son frère soit si populaire.
Il bomba le torse, fier de lui.
« Dire qu’un tel homme est notre Apôtre… C’est complètement fou. »
Jien n’arrivait tout simplement pas à contenir son enthousiasme. Même Set trouvait qu’elle exagérait. Ce n’était pas une simple admiration raisonnable.
Cela tenait davantage à l’adoration d’une déesse.
*Elle est tellement gênante, franchement.*
Pendant l’entraînement et au baraquement, cette fille n’avait fait que parler de Sion.
Non seulement elle avait pu le rencontrer en personne, mais elle l’accompagnait en tant qu’assistante. À quel point devait-elle être heureuse ?
Le regard halluciné, Jien enfonçait un piquet dans le sol en marmonnant.
« C’est ma chance… »
« Quoi ? Quelle chance ? »
« Celle de faire forte impression sur monsieur Sion. »
« … ? »
« Tu peux le faire, Jien. »
« De quoi tu parles ? »
Set laissa Jien, perdue dans son monde, et se mit à allumer le feu.
Le monde était privé de lumière. Il fallait toujours emporter du feu avec soi. À cause de cela, des rumeurs circulaient ces derniers temps : le pouvoir de la Déesse du Feu grandissait peu à peu.
Tac ! Tac !
Il frotta le silex contre de l’herbe sèche pour faire naître une étincelle, puis la transféra au feu de camp. Ses gestes montraient combien de fois Set avait campé en l’absence de Sion.
*Grand frère…*
Set jeta un regard prudent à Sion. Il avait les yeux fermés et s’occupait seul à quelque chose.
Il ne l’avait pas remarqué auparavant, mais, en le revoyant aujourd’hui, quelque chose le frappa.
*Il a plus de cicatrices.*
Des cicatrices lui barraient le visage et les bras. À chacun de ses retours de mission, quelques nouvelles marques apparaissaient. À quoi ressemblerait-il après des années, une fois qu’elles se seraient accumulées ?
Même si Sion était très fort et qu’il était l’Apôtre de la Déesse de la Guerre, Set ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour lui en tant que petit frère.
Ruina aussi souffrait en silence et était triste chaque jour, même si elle ne le montrait pas.
Quels combats son frère menait-il dans des endroits qu’il ne pouvait pas voir ?
*… Je ne peux sans doute même pas l’imaginer.*
Set prit silencieusement une résolution.
Il deviendrait plus fort, et vite, pour que chaque fois que son frère gagnerait trois nouvelles cicatrices, il puisse réduire ce nombre à une seule.
S’il progressait en tant que chevalier de la Guerre et prenait ne serait-ce qu’une petite part du fardeau de Sion, celui-ci serait considérablement allégé.
Fouish.
Alors que le feu de camp éclairait vivement les alentours,
Sion s’approcha de Set. Un sourire légèrement espiègle aux lèvres, il désigna Set du menton.
« On s’entraîne un peu, pour la soirée ? »
« Hein ? Oui… ? »
« Je veux voir de quoi tu es capable. Et puis, c’est aussi une occasion de progresser. »
« Euh, euh ? »
Kyaaa !
Jien accourut du côté en criant.
« Votre Apostolat ! Votre Apostolat ! Moi aussi ! Puis-je vous demander de m’entraîner au combat ? »
Jien se précipita vers lui comme une cigale. Sion acquiesça, l’air légèrement décontenancé.
« Bien sûr. Je vais rouiller si je reste sans bouger. »
« Kyaaaaah ! »
Jien ne put plus contenir son excitation et la laissa éclater. Sion fit un pas en arrière devant ses transports déchaînés.
Set serra discrètement le poing.
*Jusqu’où mon épée pourra-t-elle porter ?*
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