Chapitre 29
Clignement. Clignement.
Devant ce brusque retournement de situation, les marchands restèrent bouche bée, les yeux écarquillés.
Des gens s’approchèrent d’eux.
« Excusez-moi, c’est bien le Marché des Gobelins ? »
Les nouveaux venus étaient des clients qui avaient entendu les enfants chanter et étaient venus par curiosité.
Et ils étaient pas moins d’une vingtaine.
Après tout, il était bien naturel d’hésiter à se rendre dans un endroit isolé, si tard, sur la foi d’une simple rumeur.
Ils étaient donc venus en grand nombre, tous à la fois.
« C’est bien ici, le Marché des Gobelins ? »
« Eh bien, je… »
Le marchand qui tenait Hayun hésita, embarrassé par cette question répétée.
« Aïe ! »
Hayun lui donna un coup de coude sec dans les côtes.
« Qu’est-ce que vous faites ? Dépêchez-vous de vous préparer à accueillir les clients. »
« Hein ? Ah, oui, oui. Il faut s’y mettre. »
Comme si de rien n’était, les marchands reposèrent doucement Hayun à terre.
« Les clients sont vraiment venus… ? »
« Je sais… »
Quelle qu’en fût la raison, des clients étaient venus à cette heure tardive.
Et pas seulement quelques-uns… ils étaient près d’une vingtaine.
C’était exactement le nombre de personnes qui avaient visité le marché d’Eun-pyeong pendant toute la journée.
« Hum. Hum. »
Une fois reposée à terre, Hayun enfila quelque chose : un masque de gobelin, bien sûr.
« Ah, ah. »
Après avoir brièvement vérifié sa voix, Hayun récita les paroles qu’elle avait préparées.
« Salutations. Bienvenue au Marché des Gobelins. Nous sommes des marchands gobelins. Nous apparaissons chaque soir à l’heure du cochon, puis nous disparaissons à nouveau. »
« Waouh ! C’est vraiment un gobelin ! »
Les clients acclamèrent avec enthousiasme cette présentation digne d’un véritable gobelin.
Hayun portait un masque juste sous leurs yeux ; il était évident qu’elle faisait semblant, mais ce n’était pas particulièrement important.
*On dirait un peu un café à thème, tiens.*
Les clients le savaient, eux aussi.
Ils savaient qu’il n’y avait pas de vrais gobelins ici. Mais s’ils étaient venus, c’était parce qu’ils voulaient en voir, même des faux.
Et le rôle de Hayun était de satisfaire leurs fantasmes.
Entrant dans son personnage, Hayun poursuivit son récital.
« Les clients humains qui sont venus aujourd’hui ont beaucoup de chance. »
« Pourquoi ? »
« C’est aujourd’hui que le Marché des Gobelins ouvre pour la première fois. »
Après une brève pause, Hayun reprit :
« Je vais donner à chacun de vous une chance de tirer une bourse porte-bonheur. »
« Une bourse porte-bonheur ? »
« Tenez, prenez un billet à l’intérieur. »
Sur ces mots, Hayun tendit une bourse dont on ne pouvait pas voir le contenu.
Alors, sur un imperceptible signe du menton de Hayun, l’un des clients qui se tenait tout près glissa la main dans la bourse.
« Comme ça ? »
« C’est ça. Prenez-en un. »
Un instant plus tard, lorsqu’il ressortit la main, il tenait un morceau de papier plié en deux.
« Regardez. »
À ces mots, il déplia le papier.
« Il est écrit cinquième place. »
« Cinquième place… Voyons voir. »
Après avoir vérifié le rang, Hayun fouilla dans une autre bourse qu’elle avait préparée à l’avance.
Elle en sortit le prix correspondant à la cinquième place.
« Pour la cinquième place, je vous offre une jolie petite massue de gobelin. »
« Ha ha ha ! Merci. »
La massue de gobelin que Hayun lui donna était un petit jouet taillé dans une branche.
Ce n’était pas un cadeau aussi impressionnant qu’il aurait pu l’espérer, mais, vu le thème des lieux, l’objet était parfaitement dans le ton.
« Moi aussi, je veux tirer ! »
« Moi aussi ! Moi aussi ! »
« J’espère avoir un bon lot ! »
« Je vais forcément décrocher la première place ! »
Les autres clients se succédèrent avec enthousiasme pour tenter leur chance, mais le meilleur rang obtenu fut la quatrième place.
Bien entendu, parmi les nombreuses bourses porte-bonheur, il n’y avait qu’un seul billet de première place. Les autres étaient surtout des billets de cinquième place, presque des lots de consolation.
« Oh, cinquième place… Quel dommage. »
« Moi aussi, j’espérais mieux… »
« Tss, tant pis… »
Hayun s’adressa aux clients déçus :
« Ne soyez pas déçus. Vous aurez une autre chance. »
« Vraiment ? »
« Désormais, toute personne qui achètera un article au Marché des Gobelins pourra tirer une nouvelle fois une bourse porte-bonheur. »
« Waouh ! »
Ce n’était qu’une petite animation. Mais elle divertissait les clients tout en stimulant les ventes.
Hayun s’empressa d’ajouter :
« Le marché fermera dans une demi-période ; vous feriez donc bien de vous dépêcher de faire le tour. Dès que la lune se lèvera, nous devrons partir. »
« Oui ! »
En apprenant qu’il leur restait peu de temps, les clients se mirent à parcourir le marché d’Eun-pyeong en toute hâte.
Avec la nuit qui tombait sur le marché d’Eun-pyeong, l’endroit incarnait à merveille un marché de gobelins.
Les bâtiments abandonnés dispersés çà et là, l’immense statue de gobelin et Hayun, qui accueillait les clients masquée…
Tous ces éléments réunis leur donnaient l’illusion d’avoir vraiment pénétré dans un marché de gobelins.
« L’ambiance est incroyable… »
« Je sais. On se croirait dans un endroit où un vrai gobelin pourrait surgir à tout moment. »
« Hé hé hé, même en plein été, j’en ai des sueurs froides. »
« Waouh, c’est bien trop génial pour garder ça pour moi ! »
« Moi aussi. Je reviendrai demain avec d’autres personnes. »
À l’époque de Joseon, où il n’y avait presque rien à voir ni à faire, le Marché des Gobelins imaginé par Hayun tenait pratiquement du parc d’attractions.
Et Hayun le savait.
Elle savait que les gens ouvraient facilement leur bourse dans un parc d’attractions.
Vous ne dépensez pas votre argent. Vous achetez des souvenirs.
Un parc d’attractions où toute la famille venait passer la journée.
Dans un tel endroit, il était difficile de refuser à un enfant qui demandait à ses parents de lui acheter quelque chose.
Tous les parents voulaient offrir un souvenir inoubliable à leur enfant. Et même sans être en famille, chacun se montrait généralement plus généreux pour cette journée-là.
« Oh ! Regardez là-bas ! Des sucettes à la citrouille ! »
À cet instant, les clients repérèrent un vendeur de sucettes à la citrouille et s’approchèrent. Hayun fronça les sourcils en le voyant.
Ah ! Lui !
C’était le marchand qui lui avait vendu des sucettes à la citrouille le jour de son arrivée. Vif d’esprit, il avait déjà enfilé un masque de gobelin et accueillait les clients.
« Excusez-moi… Combien ça coûte ? »
À la question, le marchand leva silencieusement un doigt.
« Une pièce ? »
Hochement. Hochement.
« Ce n’est pas très cher. J’en prends une. »
Même si les sucettes à la citrouille n’étaient pas un produit coûteux, elles ne se vendaient pas d’ordinaire aussi facilement.
Au même prix, on trouvait quantité d’en-cas semblables. Mais peut-être parce qu’elles étaient vendues par un marchand masqué en gobelin, ces sucettes toutes simples semblaient plus spéciales.
Bientôt, d’innombrables clients en achetèrent.
« J’avais justement un petit creux. Ça tombe à pic. Je vais en prendre une aussi. »
« Ah oui ? Alors moi aussi. »
« Pareil. J’ai tellement transpiré que j’ai envie de sucré. »
« Je vais en prendre dix. »
Le masque de gobelin faisait des merveilles. Il suffisait d’en porter un pour que les gens se rassemblent autour de soi.
Au Marché des Gobelins, seuls ceux qui portaient un masque avaient l’air de véritables marchands gobelins.
La preuve : les étals des marchands qui n’avaient pas encore mis de masque restaient complètement déserts.
C’est ça !
À cette vue, les marchands comprirent et se mirent à leur tour à enfiler des masques de gobelin.
Puis ils commencèrent aussitôt à vanter leurs marchandises.
« Approchez ! Venez voir les objets fabriqués par les gobelins ! »
« Des chaussures fabriquées par les gobelins ! Elles sont légères comme des plumes ! »
« Gâteaux de riz gobelins en vente ! Ils sont merveilleusement moelleux et absolument délicieux ! »
Sans doute parce qu’ils étaient marchands, ils avaient tous l’esprit particulièrement vif.
Ils comprirent que les masques de gobelin favorisaient les ventes et se mirent de leur plein gré à prétendre qu’ils étaient eux-mêmes des gobelins.
Alors, un phénomène presque magique se produisit.
Les clients, qui auparavant passaient leur chemin malgré les appels des marchands, commencèrent à se presser autour des étals et à examiner les marchandises.
« Ce gâteau de riz… Je devrais en goûter un ? »
« Tant qu’on est là, autant en acheter un. »
« On disait que c’était le Marché des Gobelins. Il y a vraiment toutes sortes de choses à voir. »
« Regardez ces chaussures. Peut-être parce que ce sont des chaussures de gobelins, elles ont vraiment l’air légères. »
« Monsieur… Non, Seigneur Gobelin. Je vais vous prendre une paire de chaussures, moi aussi. »
« Je les porterai demain, et je m’en vanterai dans tout le quartier. »
Voilà le pouvoir d’une histoire. Même lorsqu’on vendait exactement le même objet, sa valeur changeait selon le lieu où on l’avait acheté.
Les achats faits ici ce jour-là feraient parler d’eux pendant un bon moment.
C’était déjà une raison suffisante pour acheter quelque chose au Marché des Gobelins.
Ils avaient de quoi se vanter pendant plusieurs jours.
« Tu as acheté quelque chose au Marché des Gobelins ? »
« Un marché où les gobelins vendent des choses ? »
« Il n’ouvre qu’une heure chaque soir ? »
« C’est impossible. Où est-ce qu’on trouve un marché pareil ? »
« Si tu ne me crois pas, pourquoi ne vas-tu pas voir par toi-même ? »
La rumeur se répandrait ainsi, attisant la curiosité des gens.
Et il ne faisait aucun doute que ceux qui ne parviendraient pas à résister à leur curiosité viendraient au marché, puis y entraîneraient d’autres clients.
Plus besoin de faire de publicité. Les gens viendront d’eux-mêmes.
Hayun pensait déjà à la suite, au-delà de la simple promotion. Pour que le marché dure, il lui faudrait autre chose qu’un concept : l’engagement sincère des marchands.
« Waouh ! Regardez là-bas ! Ils ont même un chapeau de gobelin ! »
« Alors, ça, ce serait un vêtement de gobelin ? »
« Peut-être parce qu’ils sont fabriqués par des gobelins, chacun a l’air spécial… »
« Je veux acheter celui-ci, et celui-là aussi… »
Tandis que les clients parcouraient le Marché des Gobelins, les yeux brillants de curiosité, et en profitaient pleinement…
Ding, ding, ding !
Soudain, une cloche retentit.
Hayun apparut alors, le visage couvert d’un masque de gobelin.
« Je suis désolée, mais le marché ferme pour aujourd’hui. »