Chapitre 17
Au plus profond des appartements privés.
Les lieux étaient imprégnés d’un parfum subtil et regorgeaient d’objets onéreux.
Un coffre à documents orné de laque et de nacre, une table en bois de rose, des calligraphies qui semblaient avoir été tracées par un maître… Il n’y avait pas un seul objet qui ne parût luxueux.
Même la tasse de thé dans laquelle Hayun buvait avait été façonnée avec un savoir-faire exquis.
Slurp.
Hayun prit une gorgée tout en observant la réaction de Madame Choi.
Le thé contenu dans la tasse était également un thé vert de haute qualité, difficile à obtenir, laissant un parfum délicat persister longtemps en bouche.
« Alors, quel est cet objet que vous vouliez me montrer ? »
Demanda Madame Choi d’un ton sec.
« Le voici. »
Hayun tendit prudemment le paquet enveloppé dans un tissu. Ses mains tremblaient légèrement, mais elle s’efforça désespérément de garder son calme.
« …… »
Madame Choi jeta un regard indifférent sur le paquet.
Elle ne semblait toujours pas avoir d’attentes particulières.
« Qu’est-ce que c’est ? »
Elle avait rencontré d’innombrables marchands et vu plus de raretés qu’elle ne pouvait en compter. Pour une femme de son rang, un simple baluchon ne faisait pas grande impression.
« Pourquoi ne pas vérifier par vous-même ? »
À ces mots, Madame Choi commença lentement à défaire le nœud.
Frou-frou.
Alors que le tissu se dépliait, la boîte en bois dissimulée à l’intérieur fut révélée.
« Oh. »
Pour la première fois, Madame Choi manifesta de l’intérêt en découvrant la boîte.
La facture de l’objet était d’une précision extraordinaire. La surface en bois de paulownia avait été polie jusqu’à devenir lisse, et les joints aux angles étaient parfaitement ajustés, sans le moindre interstice. Au premier coup d’œil, il était évident qu’il s’agissait d’un travail artisanal réalisé par un maître aguerri.
Un produit d’une telle qualité ne se rencontrait pas facilement.
« Ceci est… ? »
Le regard de Madame Choi se porta sur le couvercle.
De petites lettres finement sculptées attirèrent son attention. L’écriture était élégante et soignée.
Il n’y avait qu’une seule chose qui lui déplaisait… les mots inscrits.
« Man-sang, gulbi de Yeonggwang ? »
Madame Choi fronça les sourcils en lisant l’inscription.
Elle s’attendait à quelque chose de rare et précieux, pour finalement découvrir qu’il ne s’agissait que de poisson.
Madame Choi demanda avec une pointe de déception :
« Il n’y a tout de même pas du gulbi là-dedans ? »
« C’est exact. »
Répondit Hayun avec calme.
À cette réponse, le regard de Madame Choi se glaça.
La curiosité qu’elle avait manifestée au début semblait s’être évaporée.
Son corps, qui s’était légèrement penché en avant, se renversa de nouveau contre le dossier.
« Vous avez causé tout ce remue-ménage juste pour me montrer du gulbi ? »
« Ce n’est pas un gulbi ordinaire. »
« Alors ? »
Hayun ne répondit pas.
Au lieu de cela, elle le lui démontra par ses actes.
Clic.
Lorsque la boîte fut ouverte, un parfum subtil de paulownia se répandit, commençant à emplir la pièce.
« Oh… ! »
Le gulbi, soigneusement disposé à l’intérieur, semblait irradier d’une lumière éclatante.
La surface du poisson brillait d’un éclat doré, scintillant presque comme un joyau.
« N’est-ce pas du fil de soie ? »
Les yeux de Madame Choi s’agrandirent lorsqu’elle réalisa que le lien qui maintenait le gulbi était en soie.
« C’est exact. Comme prévu, vous l’avez reconnu au premier coup d’œil. »
Même pour Madame Choi, qui avait vu d’innombrables produits précieux, c’était la première fois qu’elle rencontrait un article d’un tel raffinement.
Madame Choi se pencha de nouveau en avant, manifestant un intérêt renouvelé.
« Pourquoi avoir lié ce gulbi avec un fil de soie si précieux ? »
« C’est un secret, mais… »
À la question de Madame Choi, Hayun fit semblant de regarder autour d’elle, comme pour s’assurer que personne d’autre ne pouvait entendre.
« Ce gulbi était à l’origine destiné à être présenté au roi. Cependant, des circonstances imprévues ont retardé la livraison. »
Ce n’était pas un mensonge. Elle le présenterait réellement au roi un jour.
La seule différence était que l’ordre des choses avait été inversé.
Hayun avait une telle confiance en elle.
« Un tribut… ! »
Le regard de Madame Choi vacilla à l’évocation du mot « tribut ».
Les marchandises de la plus haute qualité, réservées uniquement au roi de Joseon, celui qui détenait le pouvoir absolu.
Les tributs étaient des objets qu’on ne pouvait obtenir, même en offrant une fortune colossale.
« Est-ce vraiment le gulbi que mange le roi… ? »
« C’est exact. Cette boîte a été spécialement conçue pour être présentée à Sa Majesté. C’est pourquoi même du fil de soie a été utilisé, ne trouvez-vous pas ? »
« Oh… »
Après avoir entendu l’histoire de Hayun, l’objet semblait encore moins ordinaire.
Le regard de Madame Choi restait fixé sur le gulbi dans la boîte.
Remarquant cela, Hayun ajouta une explication supplémentaire.
« Normalement, nous aurions dû attendre la prochaine date de livraison, mais pouvions-nous vraiment nous le permettre ? Qui sait à quel point ce gulbi aurait pu s’altérer d’ici à ce qu’il soit placé sur la table royale ? »
« C’est vrai. »
Madame Choi hocha la tête, comme si elle comprenait.
« Alors, en me demandant quoi faire de cet article, j’ai pensé à vous, Madame, et je suis venue ici en priorité. Après le roi, qui d’autre à Uiju pourrait être plus digne de le recevoir ? »
Hayun sourit à Madame Choi. La flatterie avait peut-être fonctionné, car Madame Choi esquissa elle aussi un sourire plutôt satisfait.
« Un tribut… »
Le regard de Madame Choi revint sur la boîte en bois.
Son expression avait considérablement changé. Ses doigts effleurèrent légèrement le bord de la boîte.
Frou-frou.
Le grain du bois était lisse. Le poids de la boîte était parfait. Inutile de dire que la qualité du fil de soie et du gulbi était excellente.
Même la taille des cristaux de sel déposés sur le poisson était parfaitement appropriée. Quel que soit l’aspect qu’elle examinait, il était évident qu’un soin immense y avait été apporté.
« Cela semble effectivement être de bonne qualité. »
« Comme prévu, vous avez un œil extraordinaire pour ces choses-là. »
Hayun ajouta un compliment approprié.
« Elle est à moitié conquise ! »
Hayun remarqua que l’attitude de Madame Choi avait changé.
La cupidité commençait à poindre dans ses yeux. Elle faisait semblant du contraire en surface, mais son débit de parole s’était légèrement accéléré.
Hayun ajouta une remarque au moment opportun.
« Comme vous pouvez le constater, c’est de la plus haute qualité, ce qui en fait un cadeau parfait. Qui ne serait pas ravi de recevoir une telle chose ? »
« À ce niveau de qualité, certainement… »
Madame Choi hocha la tête.
C’était quelque chose d’inimaginable à l’époque de Joseon.
Une boîte en bois de paulownia, avec un précieux fil de soie entourant le gulbi.
Rien que la vente du fil de soie attaché au gulbi suffirait probablement à acheter plusieurs sacs de riz.
Frou-frou.
La main de Madame Choi refusait de quitter la boîte.
Après avoir réfléchi un instant, elle demanda :
« Combien cela coûte-t-il ? »
L’esprit de Hayun se mit à carburer.
« Si j’annonce un prix maladroit, il pourrait devenir impossible de vendre. »
Sa cliente était la plus prestigieuse famille yangban d’Uiju.
Si le prix n’était pas significativement différent de celui d’un gulbi ordinaire, cela éveillerait les soupçons. En annonçant le prix, elle devait le rendre délibérément élevé. C’est seulement ainsi que la valeur réelle du produit serait établie. C’était un moment qui exigeait une tarification audacieuse mais précise.
Après un bref instant de réflexion, Hayun répondit :
« Vingt nyang. »
« Vingt nyang ! »
Un air de stupéfaction traversa le visage de Madame Choi.
Un gulbi ordinaire coûtait cinq nyang par dureum.
Mais vingt nyang ?
C’était quatre fois le prix habituel. Même un yangban peu au fait des réalités du monde pouvait immédiatement dire que c’était cher à ce prix-là.
« Cela vaut-il vraiment ce prix ? »
Le soupçon apparut dans les yeux de Madame Choi.
« Je comprends qu’il puisse être difficile à croire, mais c’est le cas. »
Hayun ne détourna pas le regard et plongea ses yeux dans ceux de Madame Choi.
« Seules cent boîtes ont été produites spécifiquement pour le tribut. »
« Cent boîtes… ! »
À la mention des cent boîtes, le regard de Madame Choi vacilla de nouveau.
« Rien qu’en regardant le fil de soie ici, vous devriez être capable de dire à quel point cet article est précieux. »
Hayun désigna le gulbi dans la boîte. L’éclat du fil de soie scintillait sous la lumière du jour.
« Malgré tout, un tel prix… »
Madame Choi laissa sa phrase en suspens.
La certitude qu’elle avait eue quelques instants plus tôt s’était considérablement refroidie en entendant le prix.
Le problème n’était pas l’argent.
La plus prestigieuse famille yangban d’Uiju se soucierait-elle vraiment d’une somme aussi dérisoire que vingt nyang ?
Ce qui préoccupait Madame Choi, c’était de savoir si l’article était authentique.
Elle avait acheté d’innombrables objets bien plus chers que celui-ci. Même les meubles de cette pièce valaient à eux seuls plusieurs centaines de nyang.
Mais si elle se faisait duper par Hayun et achetait du gulbi ordinaire pour vingt nyang, il n’y aurait pas de plus grande humiliation.
Perdre de l’argent n’était qu’une perte financière, mais perdre sa réputation était une chose dont la valeur ne pouvait être mesurée.
« Hmm… »
Le regard de Madame Choi allait et venait entre la boîte et Hayun.
Elle semblait profondément troublée, tapotant même ses doigts contre la table.
« Pff… »
Alors que le silence s’éternisait, Hayun poussa soudain un profond soupir.
« Je suis déçue. »
« Qu’avez-vous dit ? »
Madame Choi regarda Hayun comme si elle avait mal entendu.
« Je suis venue ici parce que j’espérais que vous, Madame, reconnaîtriez la vraie valeur de cet objet… »
Clic.
En disant cela, Hayun referma le couvercle de la boîte.
Un air de désarroi traversa les yeux de Madame Choi.
« Si cela ne vous plaît pas, alors je ne peux rien y faire. »
Puis elle commença à tirer la boîte vers elle.
Frou-frou.
Lentement, régulièrement.
Le regard de Madame Choi suivait la boîte à mesure qu’elle s’éloignait.
« Si vous ne voulez pas l’acheter, Madame, je n’ai pas d’autre choix que de trouver quelqu’un d’autre. »
Finalement, Hayun commença à envelopper à nouveau la boîte dans le tissu.
Cela aussi fut fait à un rythme visiblement lent.
« Qui sait ? Peut-être que la famille Choi Panseo ou la famille Park Champan reconnaîtra la valeur de cet objet. »
Hayun murmura pour elle-même en se levant. Puis elle ramassa le paquet et s’inclina.
« Je vous présente mes excuses pour cette intrusion. Dans ce cas, je vais… »
C’est alors que…
« Attendez. »
Madame Choi interpella soudainement Hayun.
Il y avait de l’urgence dans sa voix.
« Stop ! »
À cet appel, Hayun s’arrêta. Mais elle ne se retourna pas.
Elle ne pouvait pas laisser Madame Choi réaliser qu’elle souriait en ce moment même.
Au lieu de cela, Hayun commença lentement à compter pour elle-même.
« Un, deux, trois, quatre… »
Pendant que Hayun comptait, des dizaines de milliers de pensées traversaient également l’esprit de Madame Choi.
Son regard allait et venait entre Hayun et le paquet qu’elle tenait.
Un instant plus tard :
« Je l’achète. »
Madame Choi, ayant pris sa décision, parla fermement.
Un léger sourire apparut au coin des lèvres de Hayun.
« Je savais que vous le feriez. »
Hayun se retourna et demanda avec une expression radieuse, comme si de rien n’était.
« Alors, combien de boîtes souhaitez-vous ? »
Hayun sortit un petit registre de ses vêtements. Elle devait conclure la transaction rapidement avant que Madame Choi ne change d’avis.
« Puisqu’il s’agit de votre premier achat, je vous fournirai autant que vous le souhaitez, sans rien retenir. »
La question clé était maintenant de savoir combien de boîtes Madame Choi allait réellement acheter.
« Hmm… »
Face à la décision finale, Madame Choi tomba un instant dans ses pensées.
Hayun attendit anxieusement sa réponse.
Un instant plus tard, lorsque Madame Choi ouvrit enfin la bouche, Hayun en eut le souffle coupé.
« Cent boîtes. »
« Pardon ? »
Hayun fut si choquée qu’elle en fit tomber le registre qu’elle tenait.
« C-cent boîtes ? »
Madame Choi hocha la tête. Elle regarda Hayun droit dans les yeux.
« Donnez-moi tout ce que vous avez. »