Chapitre 18
Ils étaient l’un en face de l’autre : la bête noire, monstrueusement trop grande, et Mike, qui reprenait ses esprits après le spectacle à sens unique dont il venait d’être témoin.
Après tout, cette bête venait de mettre KO l’un des loups gris et avait éliminé le deuxième avec une facilité déconcertante.
Elle n’avait plus qu’à faire une bouchée de Mike et sa vie s’arrêterait là, boulotté par un loup bien trop grand pour en être un.
— Le…
Dans un cliquetis de chaînes, Mike se dégagea de l’amas au sol. Malgré cela, ses bras en restaient encore entravés et il soupira dans son esprit :
「— Gekidō…」
「— Ne me demande pas de le battre à ta place !」
La réponse fut sèche et rapide, mais pour autant, Mike continua :
「— C’est la fin pour nous, mais je ne fuirai pas ! Alors…」
「— Oui ?」
Une fois que ces mots eurent piqué la curiosité de Gekidō, Mike entra dans le vif du sujet.
「— Rends-moi un service. Je sais que tu peux le faire. De toute façon, tu n’as pas le choix… Sinon, on meurt ensemble et tous les autres avec nous.」
「— Tss Tu commences à utiliser ce genre de tactiques ?」
Remarquant les propos de Mike, qui lui semblaient sinueux, Gekidō n’avait plus que le choix d’écouter sa demande.
Dans ce combat, et dans tous ceux auparavant, il n’y avait pas seulement la vie de Mike en jeu, mais aussi celle de Gekidō, de Rhéa, de la Voix et de tous les autres alters.
Ils dépendaient tous de ce même corps et Mike avait fini par se rendre compte que, depuis le début, il n’était pas seul, il devait aussi s’occuper des nombreux “lui”.
Même s’il ne les connaissait pas. Même s’ils essayaient de le tuer — comme Gekidō.
Malgré l’absence de compagnon pour combattre à ses côtés, sa vie valait cher, ce n’était pas seulement la sienne.
Alors, en son for intérieur, il reprit ses paroles :
「— Oui… Gekidō, je commence seulement à comprendre ta rage et il y aura encore du chemin pour la comprendre complètement… alors…」
Non, sous la colère montante, son for intérieur ne suffisait pas, il ne pouvait pas garder ses mots seulement pour lui.
— GEKIDŌ ! JE N’AI BEAU NE PAS LA COMPRENDRE ! FAIS DÉFERLER TOUTE NOTRE RAGE ENVERS CE MONDE ! CE MONDE FAIBLE ! CE MONDE FORT ! POURRI ! BEAU ! DÉGUEULASSE ! ÉBLOUISSANT ! ABJECT !
— JE VOIS ! J’AI COMPRIS ! J’AI RECONNU TA VALEUR ! APRÈS TOUT, JE SUIS TOI ! NOUS SOMMES UN !
Ainsi, sous leurs sentiments s’entremêlant, ils crièrent à l’unisson :
— LES FAIBLES RESTERONT EN DESSOUS DE NOUS ET LES FORTS SERONT ÉCRASÉS PAR NOUS ! NOUS BRÛLERONS TOUT !
Sous leur compréhension mutuelle.
Sous leur commun accord.
L’air autour de Mike — non, pas seulement Mike. L’air autour d’eux, Mike et Gekidō, se réchauffa graduellement, intensément.
— Grr
En réaction, la bête grogna ; elle avait finalement réagi à la proie qu’elle avait en face d’elle et, sans nul doute, elle ne le considérait plus comme une simple proie, mais comme une proie ayant atteint un autre stade : un ennemi.
Elle ne se contenterait pas d’attendre que Mike fuie pour l’immobiliser et le boulotter. Et, en accord avec cette idée, elle vint planter ses grands crocs dans l’épaule gauche de Mike.
Un endroit difficilement atteignable pour un loup normal et, au contraire, facilement atteignable pour une bête de cette taille.
Mais aucun de ces crocs n’atteignit sa cible, arrêté par du métal.
— C’est lourd…
En protestant, ils l’avaient arrêtée et, autour de leurs bras, deux amas de métal s’étaient formés.
Ils avaient réussi, grâce à leur compréhension mutuelle, à bloquer leurs deux bras dans le métal. Gekidō avait concentré toute la chaleur possible dans les manches de la veste, une chaleur atteignant celle d’un volcan.
Les chaînes enroulées — partant des bras jusqu’aux mains en passant par les avant-bras — avaient aspiré toute la chaleur. Le métal avait partiellement fusionné pour ensuite durcir avec le refroidissement de l’air et la perte rapide de la source d’énergie.
Dans tout cela, Mike s’était concentré pour ne pas tomber sous la chaleur qui aurait dû le consumer. Le corps était maintenant lourd, douloureux.
Son esprit bourdonnait à un niveau encore jamais atteint et l’état de ses mains était totalement impossible à déterminer, mais, dans l’absence de sensation, elles devaient être dans un état méconnaissable.
「— Pourquoi il fait froid… Ma chaleur ?」
Malgré une protestation de Gekidō, un autre coup de métal vint percuter le crâne de la bête et la chaleur des poings de métal fit sécher la fourrure à l’impact.
Pour autant, la bête ne s’arrêta pas et, de sa grande gueule, elle croqua directement leur jambe en s’élançant en avant.
— Sale clebs, lâche-moi ! Lâche-nous !
En criant, ils persistaient, abattant leurs poings de métal difformes sur le crâne de la bête et, sous chaque coup porté, sa fourrure s’effaçait presque instantanément.
Pourtant, la bête continuait de galoper malgré la douleur qui lui était infligée, malgré la dangereuse chaleur qui la percutait.
— Ghh
Leur corps percuta l’un des murs du couloir et leur dos s’y frotta violemment.
Malgré la protection de la veste, le fait que Gekidō ait utilisé toute la chaleur qu’il avait permettait à la douleur de se propager.
「— Concentrons-nous sur un point ! Ça ne sert à rien de s’éparpiller !」
「— C’est ce que j’essaie de faire, mais ça bouge de trop… et la jambe…」
Leur connexion s’affaiblissait et ils avaient beau frapper, chaque coup touchait un endroit différent. Ce n’était nullement suffisant… ça ne lui infligeait pas assez de dommages.
Ainsi, l’épuisement mental et physique le rattrapait, sa conscience vacillait. Elle allait se coucher à n’importe quel moment.
À n’importe quel moment, il s’évanouirait et Gekidō ne pourrait pas prendre la relève.
À n’importe quel moment, son corps ne répondrait plus et il ne serait plus qu’un spectateur de sa propre mort.
À n’importe quel moment, sa jambe se détacherait du reste de son corps…
Dans chacun de ces cas, il finirait mâchouillé, absorbé, dévoré, mastiqué, dégusté…
Incapable de combattre, incapable de fuir, incapable de vivre, incapable…
Dans tous les cas, il—
— J’ai pas mal !
Avec toutes les douleurs qui l’accompagnaient, il continuait de taper. Sa précision n’augmentait pas, mais il n’abandonnait pas pour autant.
Malgré cela, une douleur vive parcourut tout son corps et, l’instant d’après, son dos percuta de plein fouet un mur.
— …
Mais cette fois-ci, la course effrénée de la bête s’était arrêtée, ils avaient atteint le bout du couloir. C’était fini…
Pour autant, Mike se releva, poing en avant, mais tituba avant de s’écrouler.
— Pourquoi…
「— La jambe…」
Sous la réponse prématurée de Gekidō, Mike souleva son manteau pour voir ses jambes. Les deux étaient—
— Ma jambe droite est plus longue ?!
Les deux étaient bien là, mais…
L’une d’entre elles paraissait plus longue…
L’une d’entre elles s’était décrochée…
L’une d’entre elles était inutilisable…
De l’une d’entre elles jaillissait du sang…
De l’une d’entre elles, son corps se vidait…
— J’ai mal ! Ça pue ! J’ai mal ! Ça schlingue ! J’ai mal ! C’est infect ! J’ai mal ! JE DOIS LE BATTRE !
Agonisant, il criait toutes les sensations qui lui revenaient. Toutes les odeurs qui se mélangeaient pour donner lieu à un mélange non homogène qu’il avait déjà connu auparavant — tout de même légèrement différent.
Un mélange de sang, de chair humaine, de métal brûlé, de vomi et de salive — une puanteur abominable.
Imbibé de cet horrible aspect de dégoût envers lui-même, il se releva sur sa jambe restante et, de son poing, lourd, recouvert de métal, il frappa.
— Le museau…
L’amas de métal tapa lentement le museau de la bête. Lentement… Trop lentement pour faire le moindre mal.
Beaucoup trop lentement pour appeler ça un coup de poing. Pourtant, il avait mis le peu de force qui lui restait et, par là, il n’avait plus rien.
La bête, quant à elle, se contentait de le fixer de ses iris, attendant simplement que sa proie retombe. Prête à le faire souffrir pour toutes les brûlures qu’elle avait subies.
Finalement, cette bête ne considérait plus ça comme un combat, mais seulement comme une proie qui s’était un peu trop débattue.
Après tout, elle avait surmonté le danger du métal chaud et son instinct ne lui signalait sûrement plus aucun danger.
— Fichu chiot… Tu ne pouvais pas te mêler de tes affaires…
Après avoir vu une silhouette blanche, Mike tomba en avant, incapable de tenir plus longtemps debout.
Et le métal se brisa en mille morceaux, ne laissant plus que du métal collé à ses doigts déformés.
— Je me promenais dans un immeuble…
Son intense perte de sang continuait et il allait sûrement mourir totalement vidé de ce dernier avant de sentir la gueule de la bête sur son corps.
— Grrr
— Je volais des touristes… La police me chassait…
Il entendit un dernier grognement, mais continuait à murmurer des phrases dont lui seul pouvait en définir le sens.
Ainsi, avec tout ça, les sons s’éloignèrent les uns après les autres…
L’odeur dégoûtante se volatilisa…
Sous ses doigts — non, sous tout son corps — le sol se dissipa…
La saveur du sang dans sa bouche se dissolvait…
La vue des deux loups se battant l’un contre l’autre s’estompa…
Ses cinq sens s’annihilèrent.
「C’était si bien…」
Dans une dernière note amère, sa conscience vacilla, puis plus rien. Le noir absolu, le néant…
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Le néant, le noir absolu, le manque de sensation… c’était donc la mort ?
Non… c’était différent. Ça se devait d’être différent.
Après tout, dans ce noir abstrait, il y avait une présence.
— On a raté… ça me fout la rage !
Dans sa voix, la colère était facilement discernable. Elle en était emplie, une colère froide, amère.
— Qui… ?
Sous ces mots, il leva la main vers la source de la voix.
— C’est dur… Des doigts… Une main…
Sous ses propres mots, il voulut ouvrir les yeux, mais en avait-il vraiment besoin ?
— J’y vois rien…
Qu’ils soient ouverts ou non, le monde était néant et tout ce qu’il pouvait faire, c’était toucher la main qui était en face de lui.
— De la pierre froide ?
Il avait beau tâtonner cette main, il n’y ressentait rien de semblable à la paume d’un humain.
— Tu vas rester longtemps au sol à me toucher la main ?! Lève-toi, abruti !
La voix devint plus brute dans ses paroles, plus amère, mais—
— Me lever ? J’ai perdu une jambe ! Comment veux-tu que je me lève, Gekidō ?!
Le ton de Mike augmenta graduellement à chacune de ses phrases et Gekidō insista de nouveau :
— Mais purée, tu vas te lever, Mike ! Au lieu de me tripoter la main !
— Je souffre atrocement ! J’ai perdu ma jambe ! Comment veux-tu que…
Mike s’arrêta de lui-même, se rendant compte que, dans ses protestations, il s’était relevé.
— Ma jambe… je l’ai ?!
Sans même la regarder, il la sentait et, dans tous les cas, il se tenait actuellement sur ses deux jambes.
Réalisant cela, Mike ne put penser qu’à une chose—
— Gekidō… désolé, je crois que cette fois-ci on est morts, non ?
— Non ! Enfin, j’en sais rien, mais c’est l’endroit où je reste habituellement quand je te parle… donc on doit être vivants.
Par sa propre logique, Gekidō affirma leur état comme bien vivant et une impression d’être déjà venu en ce lieu emplit Mike.
Mais Gekidō continua de protester :
— Mais du coup, tu comptes me lâcher la main ?!
— Ah oui dé—
Au moment où Mike lâcha la main froide qu’il tenait depuis tout ce temps, le néant de l’instant d’avant disparut.
Une multitude de lumières de toutes les couleurs possibles parcoururent sa rétine et l’aveuglèrent.
Blanche, rouge, verte, bleue, violette et bien d’autres fusaient avant d’éclater et de disparaître dans de grands fracas explosifs.
Et ses pieds vacillèrent,
— Huh
Non… le haut, le bas, l’avant, l’arrière, la gauche, la droite, aucun d’entre eux n’était perceptible.
Existaient-ils vraiment ? Ainsi que toutes ces couleurs autour ? Et cette main qu’il avait tenue il y a quelques instants ?
Chacun d’entre eux se tarit comme s’ils n’avaient jamais existé.
— T’as fait quoi ?! Je n’y arrive jamais !
— Rien ! J’ai rien fait !
À sa grande surprise, Gekidō réagit à ce qu’il avait trouvé inhabituel et l’absence de toute chose laissa place à un nouveau décor.
Un lieu plat, s’étendant à perte de vue, le sol assombrissait l’air, mais ça n’empêchait pas de voir pour autant.
De voir la ruine dont ce lieu était empli. Après tout, il y avait un manque de sens apparent : au centre, une petite table ; au loin, un gigantesque volcan ; et le reste, des roches flottantes et d’autres projections de lumière.
Sous cette vue, Mike aurait dû être abasourdi, mais, contrairement à ça, il se sentait comme apaisé par ce lieu.
— On est où ?
— L’innerworld ! Notre monde intérieur !
— Inner-quoi ? Intérieur d’où ?! Attends ?
Alors qu’il essayait encore de comprendre ce que lui disait Gekidō, un ricanement lui échappa et il continua en disant :
— C’est quoi encore cette apparence ?
— De quoi tu parles ?
Sous cette remarque, Gekidō regarda son propre corps avant de rouvrir la bouche, sourcils froncés.
— Quoi ? C’est quoi cette merde ?! Ma veste ?! Mon corps ?! C’est pour ça que j’avais froid ?!
Il était plus petit que Mike, sûrement de la taille d’un enfant, et en avait aussi l’apparence. Mais ça ne s’arrêtait pas là : sa peau ressemblait à de la pierre craquelée et mal refroidie.
En accord avec son apparence, il portait un short délabré, déchiré et poussiéreux, et son torse était à l’air libre, sans rien. On pouvait voir ses bras remplis de petites crevasses longues, mutilées.
Tandis qu’au-dessus de sa tête, ses cheveux étaient en bataille, légèrement rouges par endroits, et il gonflait les joues, faisant la moue, prêt à éclater.
— C’est ta faute avec ton plan foireux ! Arrête de me regarder comme ça, sinon je t’en fous une !
Finalement, Mike trouvait que cette apparence ne collait pas du tout avec sa façon de parler, mais préférait ne pas s’y attarder beaucoup plus.
— Bon, revenons-en à ce que tu as dit juste avant. Donc, on est dans notre monde intérieur ?
— De ce qu’on m’avait expliqué, oui. Dans tous les cas, c’est ici que je passe la plupart de mon temps.
Suite à ces brèves explications qui n’avançaient pas la situation, Gekidō termina avec : “ Dans le volcan là-bas “, en le pointant du doigt.
— J’ai une impression de déjà-vu, mais en même temps, c’est la première fois…
L’impression qu’il communiquait venait sans nul doute de la perte d’une partie de ses souvenirs. Et Mike savait aussi que ces souvenirs faisaient comme bon leur semblait, donc ruminer ne servirait pas à grand-chose.
Ainsi, il lui fallait passer à un autre sujet en commençant par l’alter qui l’avait aidé.
— Ça veut dire que Rhéa est là ?
Sous les mots de Mike, Gekidō fronça de nouveau les sourcils et pointa l’espace derrière Mike.
— Là-bas ! Ça me fout la rage, ce n’est pas possible de dormir autant, en plus c’est à moi de m’en occuper quand l’autre n’est pas là.
Sur la table, une belle femme aux longs cheveux violets dormait, assise sur une chaise.
Elle portait une longue jupe noire, légèrement froissée, à la coupe droite.
En dessous, elle avait des chaussettes montantes noires, parfaitement ajustées, sans motif, à part une ligne violette juste avant ses chaussures.
Justement, ses pieds étaient recouverts de chaussures noires vernies, fermées, à semelle épaisse, propres et rigides.
Et son haut était recouvert d’une couverture, ce qui empêchait Mike d’avoir plus de détails sur son style vestimentaire.
Mais il supposait un reste d’uniforme scolaire ou une autre tenue s’en rapprochant.
— Elle dort vraiment comme…
En la regardant, Mike avait failli juger sa façon de dormir, mais il s’était rappelé de sa propre facilité à dormir un peu partout dès qu’il en avait l’occasion.
Il se demandait aussi si cette facilité venait de son ancienne vie, avant de perdre la mémoire, mais surtout—
— Je n’ai pas pu vraiment la voir la dernière fois, mais… On dirait un uniforme, et finalement cette histoire de volonté… je lui demanderai quand elle se réveillera.
— J’attends aussi ! Je suis le premier dans la queue. Tu poseras tes questions après !
Mike ne prêta pas plus attention à la remarque de Gekidō — qui relevait de la gaminerie — et regarda de nouveau autour de lui.
Une impression qu’il manquait quelque chose le démangeait intérieurement, il avait promis de l’attraper dès qu’il le verrait, donc—
— Quand tu dis l’autre… tu parles de la Voix ? Il est où ?
— Oui ! Qui d’autre ? Ce type… quand il est revenu, tout allait bien et, un peu après, il a commencé à faire du boucan en disant qu’il avait mal à la tête et à se tordre au sol…
— Et tu ne l’as pas aidé ?
— Pourquoi faire ? Laisse-moi finir de parler au moins !
Mécontent d’avoir été coupé, Gekidō donna un coup de pied à Mike, qui acquiesça rapidement sous la petite douleur.
Il trouvait les propos de Gekidō quelque peu bizarres, mais pour avoir les fins mots, il fallait bien que Gekidō continue.
— Oui, je t’écoute…
— Je disais ! Il s’est calmé et, quand je me suis approché, il a éclaté dans un grand Boom devant mes yeux.
Gekidō rassembla ses mains avant de les écarter en mimant l’explosion.
— Je me suis retrouvé dans notre esprit. Mais l’abruti que tu es n’entendait rien et était trop occupé à fuir les crottes et les chiots.
— C’est possible, ça ? Et il ressemble à quoi ?
— À ça !
Mike n’eut pas le temps de poser sa question qu’un objet lui percuta la tête. Ce n’était ni lourd, ni douloureux pour autant, la sensation était plutôt rugueuse, comme du papier collé au visage.
— Alors, t’en penses quoi ? Non pas que ton avis m’intéresse. Non, il ne m’intéresse pas du tout, après tu vas t’imaginer des choses. Ce ne serait pas convenable envers moi, ce ne serait pas convenable envers toi, ce ne serait pas convenable envers nous !
Une jeune voix masculine continuait de parler frénétiquement.
Tandis qu’au visage de Mike, une feuille — non, un carnet entier — était collée.
— Non mais tu vas arrêter !
Gekidō, lui, essayait de le tirer, mais n’avait plus que la force d’un enfant — loin d’être suffisante.
Mike finit par pousser le carnet collé à son visage et vit l’inconnu.
— Mais tu es qui ? Calme-toi !
— Bah ? Note, bien sûr ! T’as oublié ?
Le jeune homme recula avec enthousiasme, faisant tomber Gekidō par la même occasion, et il enchaîna tout excité :
— Tu m’as dit de dessiner tout ce qui me passait par la tête ! Du coup, tu veux voir ?!