Chapitre 16
— Et pour finir, t’es revenu au moment où je venais de le rencontrer.
Réalisant qu’il était dans un monde différent, Mike s’était finalement arrêté dans le couloir vide, avant de franchir la porte et de descendre les escaliers. De courts escaliers, dont les marches se refermaient après chaque pas.
Il en avait profité pour expliquer à la Voix la plupart des événements survenus entre le moment où il était parti veiller sur Rhéa et celui où il était revenu.
En commençant par le combat contre les corps incandescents, la régénération forcée qu’il avait subie… En omettant toutefois la sensation d’absence et cette obnubilation à couper.
Il les avait délibérément passés sous silence, sans vraiment en connaître la raison. Un certain manque de clarté de la part de la Voix l’empêchait de lui faire totalement confiance. Mike préférait donc garder certaines choses pour lui, espérant par la même occasion que Gekidō n’y reviendrait pas.
Son récit s’était ensuite poursuivi avec le combat de Gekidō contre la carcasse géante. Un affrontement presque unilatéral, qui le poussait à se demander comment Gekidō pouvait se mouvoir ainsi, et d’où lui venait un tel sens du combat.
— Il fallait bien le laisser s’amuser.
C’était la justification qu’il avait donnée, en affichant un sourire. Un faux sourire, qui passerait inaperçu. Ignorant tout de même si sourire servait à quelque chose — après tout, la Voix était à l’intérieur de lui.
Puis il évoqua la perte obligatoire de son couteau, et le sommeil réparateur qu’il avait enfin pu trouver — malheureusement écourté par une sonnerie incessante.
Ignorant pour autant combien de temps il avait dormi, et combien de temps il aurait continué.
S’ensuivit la rencontre à l’étage 90, face à un nouvel individu : l’Entity N°708.
「— Je vois, ça n’a pas été de tout repos. En tout cas, tu te débrouilles de mieux en mieux.」
La Voix lui avait répondu avec son ton calme habituel, avant qu’il ne revienne à l’instant présent : face à la porte de l’étage 【89】.
Elle était plutôt classique, sans distinction apparente, simplement un peu plus grande que lui.
Sans plus hésiter, il la poussa et entra silencieusement. Un fin et long couloir se dessina devant ses yeux — sombre et terne. Quelques portes d’un côté et des fenêtres de l’autre.
Après quelques instants, il entra complètement et la porte se referma silencieusement. Sans le moindre claquement.
— Je ne m’y fais toujours pas… Ces portes ont vraiment un problème.
Mais aucun son ne sortit de sa bouche.
Ses lèvres avaient bougé, ses cordes vocales aussi, pourtant, rien ne franchit l’air — pas la moindre vibration.
Il tenta de penser, de formuler ne serait-ce qu’un mot, mais rien ne lui vint. Son esprit restait désespérément vide, muet lui aussi.
Et la Voix ? Il essaya de l’appeler, de percevoir sa présence, mais là encore, rien. Pourtant, il n’avait rien annoncé, aucun départ, aucun silence à venir.
Une pointe de frustration monta en lui. S’il lui parlait encore… alors il ne l’entendrait même pas ?
Sa mâchoire se crispa et, dans un geste brusque, il frappa le mur à sa droite. Le choc parcourut son bras, bien réel, mais aucun son ne suivit — pas même un petit écho.
Peu à peu, l’évidence s’imposa : les sons avaient disparu.
Comme pour s’en assurer, il porta la main à ses oreilles. Elles étaient toujours là, intactes, tout comme sa bouche, et pourtant, cela ne changeait rien.
Agacé, il se mit en marche, avançant dans ce vide sonore qui absorbait chacun de ses pas. Une fois arrivé devant la première porte, il s’arrêta et posa la main sur la poignée avant de pousser.
La porte ne bougea pas. Il insista, mettant un peu plus de force, mais rien ne changea.
Après quelques secondes à lutter avec cette même poignée, la suivante était déjà entre ses doigts.
La deuxième porte s’ouvrit sans résistance — dès la première pression — révélant un appartement.
Au milieu de l’entrée, des vêtements jonchaient le sol. Vestes, pantalons, T-shirts, chemises : un amas confus, entassé sans logique.
À cette vue, ses muscles faciaux se rétractèrent, gagnés par le dégoût. Pourtant, il entra tout de même. Enjamba les tas avec précaution, progressant difficilement jusqu’à la pièce voisine.
Le salon n’était pas mieux — peut-être pire. Les murs étaient rougeâtres par endroits et une odeur putride s’en échappait. Tandis qu’aux montagnes de vêtements s’ajoutaient des assiettes cassées, ébréchées et des brosses à dents éparpillées partout. Trop de brosses à dents, elles aussi baignées d’un rouge sanglant.
Dans ce terrain nauséabond et impraticable, où avancer demandait autant d’efforts que reculer, il finit par s’en extraire presque instinctivement. Comme si son corps refusait d’y rester plus longtemps.
Une fois à l’extérieur, il passa une main sur son front pour en essuyer la sueur, mais celle-ci continuait de perler de manière inhabituelle, signe que ce qu’il venait de traverser ne l’avait pas totalement laissé tranquille.
Sans s’attarder, il reprit sa marche dans le couloir, avançant d’un pas régulier vers le fond qui s’étirait devant lui, et ce ne fut qu’après une bonne série de pas — une quatre-vingtaine, à vue d’œil — qu’il atteignit l’extrémité, le souffle court.
Arrivé face au mur, il posa ses mains dessus et en parcourut la surface lentement, cherchant une ouverture ou un détail qui aurait pu lui indiquer une échappatoire, mais il ne trouva rien.
Il insista, repassa au même endroit, puis frappa plusieurs fois, sans obtenir la moindre réaction.
Après quelques secondes, il s’arrêta et se retourna, repartant en sens inverse d’un pas plus rapide jusqu’à revenir à son point d’entrée. Mais là aussi… rien.
La porte avait disparu, remplacée par un mur noir et légèrement tamisé, uniforme, comme s’il avait toujours été là.
Il resta face à lui un moment, se grattant distraitement le bras tout en le fixant, attendant sans vraiment savoir quoi.
Puis, sans mieux comprendre pourquoi, il finit par s’asseoir en face, gardant les yeux posés dessus, laissant passer quelques instants de plus sans que rien ne change.
Finalement, il se releva et détourna le regard, avant de se diriger vers un nouvel appartement et d’y entrer.
Aucune pile de vêtements sur la droite, aucune assiette cassée sur la gauche, et marcher ne nécessitait aucun effort superflu. Tout dans cet appartement était rangé, simplement et juste comme il fallait.
Il pouvait facilement traverser l’entrée, puis le salon, pour finir dans la cuisine. Dans cette dernière, il ouvrit un placard avec empressement et en fit sortir tout le contenu. Il enchaîna avec un deuxième, puis un troisième.
Plus il trifouillait les placards, plus ses sourcils se fronçaient, et il finit par taper sur la planche à découper avant de se retourner.
Ses yeux se posèrent de nouveau sur les nombreux objets qu’il avait jetés au sol : fourchettes, petites et grosses cuillères, baguettes. Tous à foison, de toutes tailles et pour tout âge, ainsi que bien d’autres ustensiles de cuisine, variés, différents les uns des autres.
Mais pour autant, il continuait de taper dans chacun d’entre eux, de les éparpiller partout sur le sol dans de grands coups de pied.
Il vida alors tous les autres placards de la cuisine. Gâteaux, conserves, marmites, autres ustensiles, mais il ne pouvait s’arrêter à des choses aussi futiles.
La cuisine, qui était précédemment impeccablement rangée, venait d’être transformée en un bazar sans nom. Par nul autre que lui-même.
Après tout, ses mains cherchaient quelque chose. Une chose qui manquait dans cette cuisine, mais ses yeux avaient beau tout sonder, cette chose n’était pas là.
Absurde, tout cela était absurde, comme si les couteaux avaient été retirés de cette cuisine. Quelle que soit leur taille, il n’y en avait aucun.
Qui les omettrait de cette façon ? Qui ferait ça ? Pourquoi ? Après tout ce qui lui était arrivé ?
Refusant cette réalité, il sortit en trombe de l’appartement et se dirigea directement vers la dernière porte. Et l’ouvrit avec empressement.
Un mur l’accueillit, froid, terne. Que faisait un mur ici ? Derrière une porte ?
Sous cette vue, ses sourcils se froncèrent et il donna un grand coup de poing dans le mur. Un écho parcourut son bras, mais aucune réaction de la part du mur, aucun son, juste sa main qui tremblait.
Il la secoua en soufflant dessus et retourna dans l’appartement précédent, passa à côté de la cuisine et entra dans la dernière pièce au fond du couloir.
Une chambre, rangée mais anormalement vide. Ne contenant qu’un grand lit blanc et rien d’autre. Répondant juste à la nécessité principale : se reposer.
En bâillant, son corps s’affaissa dans le somptueux lit et ses paupières se fermèrent lentement. Pour autant, au bout de quelques minutes, il se retourna, changeant de position.
Puis, de nouveau, il se retourna en se mettant sous la couverture. Une douce et soyeuse couverture qui le cajolait.
Encore une fois, il s’agita et fixa le plafond. Longuement, sans aucun plaisir apparent.
Depuis ce qui semblait être des heures, son corps avait beau se retourner, aucun sommeil ne le prenait.
Il finit par sortir de la chambre, en ramassant un paquet de gâteaux qu’il avait auparavant balancés au sol.
Une fois en main, il se vautra sur la table et les mangea un à un. Légèrement durs, ils craquaient silencieusement sous ses dents.
Sans perdre plus de temps, il jeta le paquet et ressortit de l’appartement. Ses pas s’arrêtèrent rapidement face à une fenêtre.
La lune rouge embellissait le ciel dégagé. Absolument rien n’empêchait sa lumière de passer, et il ne pouvait que la contempler en souriant.
Dans le calme ambiant qui reposait son cœur, il leva la main vers la lune — calmement, doucement. Mais dans l’impossibilité de l’atteindre, ses yeux se posèrent plus bas.
Vers son propre bras, plus précisément sur la chaîne qu’il avait lui-même enroulée autour de son poignet. Et sa bouche s’ouvrit momentanément, comme pour prononcer un “Ah !”.
Calmement, il retourna à la première porte, celle qu’il n’avait pas pu ouvrir. Il mit délicatement sa main sur la poignée et ne la serra pas, au contraire, il ne pouvait être plus délicat.
Souffle lent, yeux fermés, il fit confiance en son cœur, ou plutôt en sa chaîne. En réponse, elle vibra légèrement et sa main s’abaissa lentement. Son mouvement semblait venir d’un endroit bien plus profond que lui-même.
De la même façon, son coude se rapprocha du reste de son corps et ses paupières se soulevèrent calmement, doucement.
Finalement, la porte s’était ouverte, laissant place à des escaliers circulaires.
A son tour, Il laissa place à un long soupir en regardant la chaîne, tandis que les marches défilaient déjà sous ses pieds.
Et le souffle court, devant lui se tenait la porte 【88】.
Kling, un bruit, un son avait retenti derrière cette porte.
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Kling… Kling Kling, il retentissait par intermittence, se répétant à des intensités différentes à chaque fois.
Pour un semblant de vérification, il ouvrit la bouche et, une nouvelle fois, ses cordes vocales vibraient, mais toujours aucun son ne sortait.
Par contre, la chaîne autour de son poignet émettait un léger tintement en vibrant. Un bruit à peine perceptible, mais il était bien là, présent.
Ainsi, à quelques détails près, sa situation n’avait apparemment pas changé. Les derniers sons qui lui manquaient étaient ses paroles, ses pensées et la Voix. Finalement, les plus importants.
Dans cette situation, pourquoi certains sons étaient à nouveau audibles et d’autres non ? Était-ce dû au fait qu’il était descendu d’un étage ?
En plus du bruit en lui-même, ces autres mystères venaient de se rajouter. Et justement, qu’est-ce qui pouvait bien faire autant de bruit derrière cette porte ? Pourquoi sa chaîne vibrait-elle aussi ?
Vu sa personnalité, il se serait sûrement posé ces questions. Finalement, son corps se mouvait-il par instinct ? Volonté ? Folie ? Était-ce bien Mike aux commandes ou un alter qui aurait pris le relais ?
Finalement, un simple corps avait-il besoin de se soucier de tout cela ?
Apparemment non, car sa main — vibrante — poussa la poignée pour entrer et ses pieds avancèrent dans ce nouveau couloir qui se présentait à lui. Un couloir sombre, faiblement éclairé d’une lumière rougeâtre et mué dans le silence.
Sans attendre, son corps s’y engouffra, avançant en symbiose avec les faibles tintements de la chaîne.
Kling, le son retentit à l’arrière et son corps se retourna brusquement. Ses yeux avaient beau regarder partout, il n’y avait rien. La porte ne s’était pas claquée, restant bloquée par des pierres.
Alors d’où provenait ce bruit ? Ce bruit qui s’était tant répété à cet endroit ne pouvait pas—
Klong, de nouveau derrière lui, un bruit retentit, légèrement différent — plus grave, plus intense — et son corps se retourna de nouveau vers le bruit en question. Ses yeux avaient beau sonder tout le couloir, il n’y avait rien.
Sans attendre, il reprit sa marche avec difficulté, une difficulté moindre mais bien visible. Visible au point où un seul coup d’œil permettait à ses yeux de voir la différence entre ses deux jambes.
La jambe gauche allait bien, mais la droite semblait boiter et du sang coulait tout le long. Son propre sang s’échappait d’une petite coupure à la jambe.
Et sous cette vue, le corps recula avec difficulté, la bouche grande ouverte, comme si un cri voulait en sortir malgré l’impossibilité.
Ses pieds s’emmêlèrent et il se rattrapa avant de trébucher complètement. Ses deux mains en arrière, dans une position inconfortable. Tant bien que mal, il se releva et ses yeux parcoururent l’air autour de lui.
Klong, encore une fois, le bruit retentit et, en réaction, sa chaîne vibra intensément. Mais c’était déjà trop tard, son sang coulait à l’arrière de sa seconde jambe.
Ainsi, une seconde coupure s’était créée à travers son pantalon et, en réaction, le corps se redressa totalement et accéléra le pas. Tant bien que mal, ses jambes mirent les bouchées doubles.
Klong, une nouvelle coupure se créa un peu plus bas sur sa jambe, légèrement plus profonde. Pour autant, son corps continuait sa fuite, titubant vers l’avant.
Klong Klong Klong, avec une rapidité remarquable, les blessures s’enchaînaient, toujours aux jambes, tandis que la chaîne vibrait intensément, tout en se détachant de son poignet. Sa main la retint avant qu’elle ne tombe au sol.
Klong, ses yeux avaient beau regarder, aucune nouvelle blessure à l’horizon. Par contre, sa chaîne vibra et, à cette réaction, sa main remonta doucement. Son corps se tendit légèrement en arrière avant de se rabattre en avant à toute vitesse, main la première.
La chaîne tapa brutalement le sol dans un grand fracas et rebondit, revenant proche de son visage, en y laissant un amas de poussière.
Il s’était débarrassé de quelque chose ? La source de ses saignements avait disparu ?
Klong… Non, le son avait de nouveau retenti et une nouvelle coupure au genou par la même occasion.
Mais tous deux avaient atteint une toute autre intensité. Ils étaient beaucoup plus forts, que ce soit le son ayant doublé de volume ou la coupure ayant atteint un endroit plus profond que les précédents.
Klong Klong Klong, ils se répétèrent plus rapidement, plus intensément. Plus rien ne pouvait les arrêter et la chaîne ne servait plus à rien.
Ses jambes se morcelaient de coupures, toutes plus profondes les unes que les autres, saignant toujours plus. Et son corps tomba en avant sous les assauts répétés.
Ne pouvant plus marcher, il ne lui restait plus que le sol. Mais il essaya tout de même de se relever. Poussant ses mains contre le sol, son corps tenta de se remettre debout.
Klong, il y était presque, mais un dernier bruit le fit retomber dans son élan. Un son résonna directement dans son crâne, l’irradiant d’une douleur atroce.
Finalement, son corps s’affaissa complètement, devenant totalement inerte.
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— Atchaaa
Un faible éternuement résonna dans tout l’espace, suivi d’un long et bruyant reniflement.
「Ahh J’ai attrapé un rhume… Comme si la douleur n’était pas suffisante.」
Mike souleva rapidement ses paupières en se touchant le visage et ouvrit la bouche avec étonnement.
— Je m’entends enfin ?! Je suis vivant ?
Il se releva brusquement en criant et passa ses mains sur tout le reste de son corps, vérifiant qu’il soit bien entier. Ses mains passèrent proches de ses jambes et il s’arrêta brusquement.
— Aïe…
Il les regarda brièvement : son pantalon était troué et laissait voir de fines croûtes encore fraîches. Au nombre de dix, elles semblaient avoir été faites il y a de cela plusieurs heures.
— Atchaaa En plus, il fait froid…
Il regarda brièvement son propre corps : la seule chose qui le recouvrait était son t-shirt noir, tandis que ses bras étaient totalement mis à nu.
「Je comprends mieux pourquoi j’ai froid…」
La raison lui fut évidente, il lui manquait assurément quelque chose. Un objet qui l’avait tant protégé du froid comme du chaud. Un habit qui lui avait été donné par nul autre que Gekidō.
— Elle est où ma veste ?!
Avec un léger retard, il se rendit réellement compte qu’il lui manquait sa veste.
Après tout, sans elle, Mike était comme toute personne dans un lieu froid et humide, nullement protégé des changements de température, tombant assurément malade après y avoir passé plusieurs heures.
Kling, un bruit attira son attention et il releva lentement la tête, détachant le regard de son corps vers ce qui était placé face à lui.
Un petit être, de la taille d’un bébé de six mois, était placé là. Son corps brun sombre semblait avoir été taillé dans la roche. De longs bras démesurés pendaient le long de son torse, serrant une petite pioche usée. Ses jambes courtes restaient plaquées au sol. Et sa tête, légèrement trop grosse, semblait enfoncée entre ses épaules.
「Un monstre ?」
À sa vue, Mike se réfugia derrière une chaise, fixant ce qu’il avait déterminé être un monstre avec une certaine appréhension et, en espérant une certaine amicalité, il finit par délier ses lèvres.
— Bon-bonjour.
Sous ces mots, le monstre trembla légèrement, se dérobant presque. Pour autant, il ne regardait pas Mike mais ses jambes.
Mike regarda rapidement autour de lui, déterminant ainsi qu'ils étaient seuls dans cette pièce. Une pièce grande ouverte, avec d'innombrables chaises empilées les unes sur les autres et des murs d'un profond écarlate.
Malgré l’étrangeté de la pièce, Mike se reconcentra sur le petit monstre et lui posa la question qui l’embêtait un peu :
— Tu sais où est ma veste ?
En disant cela, Mike passa devant la chaise, se baissant légèrement pour le regarder de plus près et, l’instant d’après, le monstre n’était plus là.
— Bah ?
Klong, un son grave retentit, semblable à un signal bref et métallique.
— Aïe
Une vive douleur se déclara au niveau de sa jambe et Mike remonta rapidement son pantalon : du sang en coulait, une coupure lui avait été causée.
— C’est quoi, ça ?
Rapidement, il se rendit compte d’où venaient les autres coupures et, pour autant, il n’en avait que de vagues souvenirs. Une zone noire embrumait sa mémoire, ignorant exactement à quel moment cela s’était déclaré.
Klong
— Je ne me ferai pas avoir une seconde fois.
Il sauta sur la chaise à côté de lui, mettant clairement ses pieds sur cette dernière. Une fois debout, ses yeux parcoururent le sol à la recherche du petit monstre.
「Il est passé où ? Il est rapide, quand même… non, vu ses jambes, ça ne peut pas être ça…」
Klong, sous le bruit, la chaise grinça légèrement et un de ses pieds se fissura, déjà sur le point de se casser.
Sachant que ce n’était pas de sa faute, Mike n’y prêta pas plus attention et continua de scruter le sol et sans plus d’effort, un objet attira soudainement son attention.
Proche de l’entrée, une veste et une chaîne reposaient l’une au-dessus de l’autre. Toutes deux se déplaçaient vers la porte.
— Là !
Il bondit de la chaise, qui craqua en s’affaissant. D’un geste, il attrapa ses affaires et se baissa pour les ramasser.
— Il y a quelque chose au bout ?
En tirant, il sentit une légère résistance, mais il avait beau regarder au bout de la veste, il n’y avait rien. Il tira un peu plus fort et la veste finit par venir toute seule.
Avec rapidité, il l’enfila et remit sa chaîne autour de son poignet. Pour autant, elle retomba vers le sol, tout en restant bien accrochée à son poignet.
— C’est quoi, son problème !
En grommelant, il la rattacha soigneusement autour de son poignet et, cette fois-ci, il vérifia bien qu’elle ne retombe pas.
Tandis que ses yeux furent attirés par quelque chose de bien plus bas. Le monstre avait de nouveau surgi, fixant intensément ses jambes de ses petits yeux ronds. Et, sans un bruit, il trembla et disparut.
Sans nul doute, à force de le voir se volatiliser sous ses yeux, Mike comprit que ce n’était nullement de la rapidité mais une sorte d’invisibilité.
Klong, à l’annonce d’un nouveau son, Mike donna un grand coup de pied en avant, heurtant quelque chose.
Sous le coup, le petit monstre réapparut et alla se fracasser contre le mur d’en face avant de disparaître dans une traînée de poussière.
Content de sa réussite et de la confirmation de l’invisibilité, Mike s’étira en se dirigeant vers la sortie de la pièce et, avant de passer la porte, il jeta un dernier coup d’œil derrière lui.
À cet instant, son corps s’arrêta net.
Kling ! Kling ! Kling ! Une vingtaine de monstres semblables au précédent tapaient sur le sol avec leurs pioches, créant une cacophonie irradiante, montrant leur mécontentement d’avoir perdu l’un des leurs.
Et l’instant d’après, une dizaine d’entre eux disparurent. Par réflexe ou instinct, Mike sortit rapidement de la pièce, fermant la porte derrière lui.
Cette dernière se secoua brusquement et commença à s’effriter. Sans nul doute, tous ces petits monstres s’étaient rassemblés derrière elle. Et malgré ses efforts, un petit trou se forma, laissant dépasser leurs pioches.
Les monstres avaient apparemment tous les moyens possibles pour le poursuivre. Après tout, ils alliaient invisibilité et une force de frappe assez conséquente pour infliger des coupures et détruire une porte.
Se rendant compte de cette évidence, Mike lâcha la porte et se mit à courir. Malgré la difficulté, il ne pensait pas avoir le choix.
Courir était peut-être pour lui la meilleure façon d’éviter un ennemi en capacité de devenir invisible. Un ennemi qui se focalisait justement sur les jambes.
Pour autant, sa course s’arrêta prématurément. Après à peine quelques mètres, son pied heurta quelque chose. Ses yeux se posèrent rapidement sur un gravat bien trop grand.
— Du béton ? Pourqu—
Son corps bascula en avant, tombant sans pouvoir se rattraper, et il fut attiré par un trou dans le sol.