Chapitre 12
「J’ai froid… non… c’est juste la chaleur qui a disparu… ? Non plus… Je ne sens plus mes mains. Je ne sens plus ma salive… Je ne vois plus rien… Je n’entends plus rien… Je ne sens plus cette odeur cramoisie… C’est donc ça la mort ?」
Il planait dans le vide, pensait dans le vide… dans l’infini obscurité… Il n’y avait tout simplement plus rien autour de lui.
Il était dans ce néant, qu’il avait étrangement déjà connu. Sans jambes pour marcher, sans mains pour attraper, sans bouche pour parler, sans oreilles pour écouter, sans yeux pour voir, sans monde pour vivre.
Et dans ce même néant, une bouche apparut pour parler. Non, pas de nulle part, mais elle était là. Comme si elle avait toujours et jamais été présente.
De cette bouche sortirent des mots,
— Cette sensation… Ne pas avoir à vivre… C’est peut-être mieux comme ça…
Suite à cela, des oreilles apparurent, à la recherche d’une réponse, et elles furent servies,
— Lève-toi ! Mike !
Ainsi, sachant bien qui lui avait parlé, il lui répondit amèrement :
— Tu ne me laisses même pas le temps de me reposer… Il m’a battu… ahah… J’ai sombré… dans cette mer bouillonnante… brûlante…
Simplement, on lui rétorqua d’un ton plus calme et sérieux :
— Et alors ? Tu vas abandonner maintenant ?
Des membres lui naquirent, un corps, des jambes pour marcher, mais il préféra les redresser vers lui. Ainsi que des mains pour toucher, mais il préféra s’enfouir dans leur creux.
— Je ne veux pas me battre… Pourquoi faire, hein ? Toi, tu restes là à parler sans rien faire…
— Tu me poses vraiment la question ? Tu veux ma réponse ?
Il releva une de ses mains, chassant le vide, chassant la Voix avant de lui répondre sur un ton plus triste.
— Non, ça ne sert à rien… Laisse-moi… Je veux juste rester là… De toute façon, je ne peux rien faire contre Gekidō… Je n’ai pas autant de hargne que lui… je n’ai pas d’objectif… Mes souvenirs sont douloureux… Je ne suis rien face à lui… Je l’ai juste refusé sans réfléchir…
Aucune réponse ne vint. Pas une hésitation, mais plutôt comme si la Voix observait quelque chose… ailleurs.
— Tu lui ressembles vraiment… mais elle commence à avoir sommeil… elle ne va pas tenir longtemps…
Surpris par la remarque de la Voix, il releva lentement sa tête,
— De qui tu parles ? Il n’y a personne ici…
Avec ses yeux nouvellement acquis, il regarda autour, et confirma que personne n’était dans ce vide à part lui. Il allait pouvoir s’enfouir de nouveau dans ses bras, mais un fin bruit parcourut ses oreilles et le vide vibra. Léger, presque fragile, telle une secousse venue de loin, et il sursauta.
— C’était quoi ?
Un second tremblement l’atteignit. Cette fois accompagné d’un souffle, d’un son étouffé, d’une respiration, et la voix murmura d’un ton plus grave, plus mélancolique.
— Si tu pouvais voir ce qu’il se passe là-bas…
Le néant se fendit d’une lueur violette. D’abord diffuse, comme un fil de lumière. Puis une silhouette se forma, marchant vers lui avec lenteur.
Des cheveux violets flottaient autour de son visage et ses yeux — doux mais cernés — brillaient de mille feux comme deux petites lumières fatiguées dans l’obscurité.
— Mike…
Elle venait de l’appeler par son prénom avec une douceur sans pareille et sa voix était calme, posée, mais lente, épuisée. Une voix qu’il avait rarement entendue…
Elle ne lui était pas inconnue, mais pour autant, sa mémoire lui faisait défaut et, après l’avoir tant regardée, il ouvrit la bouche :
— Qui… qui es-tu ?
Elle s’accroupit devant lui, souriante. Un sourire tout aussi lent, triste, tendre mais apaisant, rassurant, sécurisant.
— Je suis toi et tu m’as appelée Rhéa quand tu étais petit… j’aimerais tant t’en reparler mais ce n’est pas le moment.
Rhéa, cette silhouette dont seuls les cheveux et les yeux étaient visibles, marqua une pause avant de reprendre.
— Tu n’es pas mort. Pas tant que je suis là. Je t’ai rattrapé.
Elle posa sa main sur son propre cœur, suivant un rythme qui n’existait pas dans ce vide. Un rythme lointain.
Ce qui laissa le temps à Mike de réfléchir aux mots qu’il venait d’entendre. Sans nul doute, c’était un des alters et, sans nul doute, elle venait d’avouer qu’elle l’avait sauvé. Ce qui lui semblait inconvenable, insensé, voire idiot.
Qui pourrait tenir à un imbécile comme lui ? Qui aurait le courage… non, la bêtise de le sauver ? De le rattraper comme elle l’avait dit… ?
Il se devait de vérifier une nouvelle fois et, sur le même rythme qu’elle, Mike rouvrit la bouche.
— Rhéa… ? Désolé, je ne me souviens plus de toi… Tu m’as rattrapé ? Pourquoi ?
Elle hocha lentement la tête, les yeux mi-clos de fatigue.
— Quand ton corps, notre corps… a brûlé, tu t’es détaché, ou plutôt nous nous sommes détachés. Tu partais très loin. Je t’ai tiré en arrière. Mais…
Elle s’assit — en tailleur — essuyant son œil du revers de sa main, comme pour lutter contre le sommeil.
— C’est très fatigant. Utiliser la volonté. Rassembler les corps de lave autour pour reconstituer notre propre corps. Te tenir ainsi que tous les autres. Faire tout ça en même temps… J’ai sommeil.
Lentement, elle bâilla et son menton tomba presque contre sa poitrine. Mais, continuant de lutter, elle se redressa, plutôt par habitude que par force.
— C’était sûrement ma seule chance de le faire et j’ai pu nous garder en vie un moment… Mais je ne peux pas rester éveillée longtemps. Je suis épuisée, alors reviens Mike. Tant que je suis encore là.
Affirmant que c’était la seule fois où elle pouvait accomplir un tel miracle, elle tendit chaleureusement la main, la passa dans les cheveux de Mike, et insista de nouveau.
— Reviens aux commandes pour que je puisse dormir un peu…
Cette phrase, simple, humaine. Un murmure d’une grande sœur qui n’en peut plus, mais qui continue quand même de veiller sur son petit frère. Qui continue pour lui le toucha bien plus qu’il ne s’y attendait et le rassura bien plus qu’il ne le pouvait.
Larme à l’œil, Mike leva sa main — malgré lui — vers la sienne,
— D’accord, Rhéa…
À son tour, rapprochant sa main vers la sienne, Rhéa semblait plus enjouée. En un sens, elle était rassurée, elle aussi.
— Je te laisse une dernière aide avec ma volonté restante, mais n’oublie pas Gekidō n’est pas méchant…
— Oui… je sais…
Deux infimes lumières s’intensifièrent et, avant que leurs doigts n’entrent en contact, le vide éclata comme une vitre qu’on percute de l’intérieur.
La douleur ainsi que la chaleur déferlèrent en lui et, pour finir, le poids de son corps revint. Finalement, le monde — pour vivre — reprit forme d’un coup.
Empli d’un choc sourd et du souffle court, il rouvrit les yeux.
— …Alors maintenant je te laisse avec Mike, faites le bon choix, réconciliez-vous.
Sa bouche se referma sur une phrase qu’il n’avait pas prononcée et, face à lui, une gerbe de particules rouges était en suspension dans l’air.
La tête de Gekidō était déjà en train de basculer, détachée du reste de son corps. Et autour de cette tête, le monde semblait ralentir.
Sans nul doute, ce que Rhéa avait appelé “une dernière aide” venait d’être accompli. Une décapitation a l’air simple et efficace.
「Qu’est-ce que c’est ? Elle m’a vraiment aidé ?」
Les doigts de Mike tremblaient, son souffle se bloqua complètement et il sentit un dernier murmure glisser dans son esprit… doux mais épuisé.
「— Bon retour, prends la suite, j’ai retrouvé ma table, je vais pouvoir dormir…」
Forte puis de plus en plus faible, la voix de Rhéa s’éteignit lentement comme une lumière dépassant l’horizon.
— Bonne nuit…
Mike lui souhaita un bon repos en titubant. Son corps lui obéissait de nouveau, mais avec un léger décalage assez étrange. Comme s’il revenait d’un long sommeil, d’un coma ou tout simplement de la mort.
Sa main droite était couverte d’une chaleur qui n’était pas la sienne. Cette main qui lui faisait terriblement mal. Cette main qui s’éteignait d’une lueur violette. C’était elle qui avait décapité Gekidō.
Relevant les yeux de sa main, il vit le tronc de Gekidō s’effondrer et la tête rebondir une première fois au sol, avant de rouler doucement derrière lui. Son expression était encore figée dans une mixture dérangeante de surprise et de rage.
— C’est moi ? Non, c’est toi… qui as fait ça, Rhéa ?
Il recula d’un pas en posant la question, mais aucune réponse ne lui parvint. Ladite présence avait totalement disparu. Endormie, vidée. Elle s’était éteinte quelque part dans les profondeurs de son être.
Il était seul. Vraiment seul, cette fois. Et pourtant, c’étaient ses doigts… son corps… qui avaient terminé le combat, ne laissant plus qu’une tête.
Cette tête termina sa course contre un mur et s’immobilisa. Après tout ça, les yeux, même séparés du corps, semblaient encore brûler d’un reste de volonté.
Une scène dérangeante pour Mike. Ravalant difficilement sa salive, son cœur tambourinait trop fort et il resta là, immobile, une seconde de trop face au cadavre de son propre alter.
Elle venait de lui dire que Gekidō n’était pas méchant et pourtant elle l’avait décapité. Quelle était cette logique ? Il n’arrivait pas à la comprendre. Tout cela le dépassait.
— Mais pourquoi…
Il continuait d’alterner les regards entre sa main et la tête au sol, quand un bruit, lourd et profond, résonna au-dessus de lui. Un froissement ou un souffle. Schrr
「C’est quoi, ce bruit ?」
Il leva les yeux et vit la mer incandescente commencer à onduler. Le plafond se mouvait. Les efforts de Gekidō — ces corps incandescents — vibrèrent tous en même temps. Un frisson de braises parcourut toute la masse, illuminant l’étage d’une forte lueur.
— Quoi ?
Un corps incandescent se décrocha. Puis un autre. Puis deux. Puis dix. Puis un nombre incalculable. Tombant chacun au sol. Dans un fracas d’os qui craquent.
Difformes pour certains… entiers pour d’autres… en morceaux pour le reste… Quel que soit leur état, une odeur âcre, presque sucrée, s’échappa de leurs chaudes carcasses.
「— Mike ! Reprends ton couteau et éloigne-toi ! Vite !」
La Voix l’interpella de l’intérieur de son être et Mike admit que, depuis le début, il était bel et bien en lui. Comprenant aussi ce qu’il lui avait été dit, il regarda rapidement autour de lui sans résultat.
— Mon couteau ? Il est où ? Et mon sac…
「— Ton sac est resté en haut, mais pour ton couteau… Regarde à côté des restes de Gekidō. C’est lui qui l’avait. Il doit forcément y être.」
Il releva un peu plus les yeux et son couteau était encore dans la main de Gekidō, inerte, gisant au sol…
— Aïe C’est bon, je l’ai !
Il avait réussi à le récupérer en forçant sur la main brûlante et s’était de nouveau brûlé, mais le temps n’était pas suffisant pour qu’il s’arrête là-dessus.
Les corps avaient déjà atteint le sol comme des blocs de braises. D’un cri sourd, tous se relevaient. Leurs silhouettes vacillaient telles une flamme qui refuse de mourir, malgré le manque de carburant.
「Ils étaient vivants ?」
L’un d’eux tourna sa tête, non pas vers Mike mais vers le cadavre de Gekidō. Puis il fit quelques pas hésitants, lents… et s’agenouilla devant la tête tranchée.
Mike recula, retenant son souffle. Ne l’avait-il pas remarqué ? Gekidō était plus important ?
Le corps brûlant tendit ses doigts, ou ce qu’il en restait, et saisit la tête fumante de Gekidō comme un trésor. À le voir, on pourrait croire qu’il venait de ramasser un trophée et une lumière rouge y pulsa, faible… mais vivante.
Un second corps approcha, puis un troisième, et bientôt une dizaine encerclèrent ce qu’il restait de Gekidō.
— Ils… ils font quoi ?
Sans prêter gare à la remarque de Mike, quelque chose se produisit dans ce cercle de silhouettes.
Leur braise, leur chaleur, auparavant chaotique, se mit à converger, comme s’ils se reconnaissaient entre eux.
La tête de Gekidō fut levée au centre du cercle de silhouettes et une atroce chaleur déferla, forçant Mike à s’éloigner de nouveau.
Ils commencèrent à s’effondrer volontairement sur eux-mêmes, se liquéfiant dans une coulée rouge-orange — de la lave vivante — et tout ce qui les composait fut aspiré par la tête, fusionnant avec elle.
La tête vibra, ses fissures se refermèrent une à une. Ses yeux se rallumèrent d’un rouge terne, laissant le flux continuer.
Les muscles se recomposèrent autour d’os nouvellement acquis, d’abord informes, avant de se tendre, de s’aligner, de devenir parfaitement cohérents.
Mais la matière en fusion changea de nature, la surface rouge se refroidit brutalement, se déchira en plaques. Sous ces plaques apparut de la peau. Une peau humaine, pâle, presque lustrée par la chaleur qui s’en échappait.
Les braises restantes montèrent vers son crâne et se regroupèrent en mèches. Elles prirent une couleur rouge, vive, chaotique, comme de la lave, figées dans ses cheveux.
Puis d’autres lambeaux de matière se détachèrent du flux, s’aplatirent, se déplièrent, se tendirent autour de lui, formant du tissu. Un manteau long, noirci par endroits, parcouru de fissures rouges pulsantes au rythme d’un cœur nouveau.
Des bandages s’enroulèrent d’eux-mêmes autour de ses bras et de ses jambes, comme des serpents noirs cherchant leur place.
En dernier, des griffes se formèrent au bout de ses doigts — longues, sombres, aiguisées, façonnées dans un reste de braise solidifiée.
— Impossible…
Mike sentit son cœur se contracter. Après tous ses efforts, un corps entier, vivant, venait de se redresser. Un Gekidō parfaitement reformé… dans la version qu’il aimait le plus.
La mort n’avait été qu’une parenthèse. Sa rage avait trouvé un nouveau conteneur et il se tenait bel et bien là, debout, complet, presque majestueux.
— Trop… tard… Tu pensais être le seul à pouvoir revenir, imbécile ?
Malgré l’insulte et la confiance, il regarda tristement sa main, vérifiant que tout ça était bien réel, et il détourna la tête vers les centaines de corps restants.
Il les regardait un par un. Pour lui, ils représentaient tous ses échecs, toutes ses tentatives mais aussi toutes ses réussites. Toute sa rage. Tous ces efforts pour être battu de cette façon.
Il se sentait pitoyable et finit par lentement ouvrir la bouche.
— Si tu te moques, je te tue à nouveau… mais je ressens un sentiment bizarre… c’est énervant… mais je n’ai plus envie de me battre contre toi.
— Quoi… Tu ne veux plus…
Gekidō se retourna pour regarder Mike, ses yeux éteints, une mine appauvrie, et il lui répondit,
— C’est bizarre… Depuis un moment, j’ai ce sentiment. Depuis que j’ai gagné, une mauvaise sensation. Un mal-être et, en la voyant en action… j’ai réalisé que je ne suis pas assez fort, que ça ne suffisait pas. Mais alors, pourquoi, avec tant de force, elle ne domine pas les faibles…
— Elle ? Tu parles de Rhéa ?
— Rhéa… C’était ça son nom… Pourquoi ça lui va si bien… J’aimerais lui demander si les forts sont là pour protéger les faibles.
Les mots calmes posés de Gekidō avaient beau résonner en Mike, il ne s’était jamais attardé sur la question et, pour autant, Mike posa sa main sur son propre cœur avant de lui répondre avec sincérité.
— Les forts ? Les faibles ? Je n’en sais rien… mais Rhéa dort pour l’instant…
— Comme d’habitude… alors je vais attendre qu’elle se réveille.
Acceptant son sort de devoir patienter encore, il s’avança vers Mike d’un pas lourd, lent. Perdant des éclats et craquelant à chaque pas.
— J’ai eu du mal à l’accepter, mais toi et moi… on est la même personne cherchant deux chemins différents. Et toi…
Souriant, Gekidō fit un dernier pas et lui tendit sa veste.
— Toi… tu peux aller bien plus loin que ça. Bien plus loin que moi. Alors tiens, prends-la ! Elle te protégera pour la suite.
— Vraiment…
La main tremblante, Mike prit la veste et l’enfila. Du plus profond de lui, son corps se réchauffa d’une douce chaleur. Ses douleurs s’atténuèrent avant de fondre, de disparaître une à une.
La veste était à la bonne taille, arrivant juste au-dessus des genoux — ni trop longue ni trop courte. D’une lueur rouge, elle continuait de pulser au rythme d’un cœur avant de s’éteindre.
— Ça… ça m’a guéri… Merci, Gekidō !
Encore surpris, il releva la tête, mais un corps inerte lui faisait maintenant face. Disparaissant en de simples braises…
Il sentit de l’eau couler le long de sa joue. Un sentiment amer ainsi qu’une larme. La sienne.
— Ah ? Gekidō ?
Dans un mouvement brusque, il leva la main vers ce qu’il en restait. Voulant attraper quelque chose qui avait déjà disparu, il vacilla légèrement avant de se reprendre, les mains au sol.
Il ne s’en était pas rendu compte plus tôt, mais Gekidō avait déjà commencé à se désagréger petit à petit après le début de la discussion.
Il aurait voulu s’en rendre compte avant, il lui aurait dit d’autres mots, il ne savait pas lesquels mais il aurait fait d’autres choix.
Il savait bien que le ton de Gekidō était anormal, qu’il ne présageait rien de bon, mais il ne savait pas quoi faire.
Il savait aussi que sans Rhéa, il n’aurait pas pu vaincre Gekidō, que Gekidō était en tout point plus fort que lui.
「J’aurais peut-être dû le laisser prendre ma…」
Ses pensées furent coupées par un froissement, il releva la tête vers les corps brûlants et un son — une voix — se fit entendre du milieu d’eux :
— C’est vraiment nul ! Nul ! Nul ! Nul ! Le comble de la nullité ! Tu pleures vraiment ?! Vous avez tout gâché ! Ce n’est pas ce qu’on nous avait dit. Ça ne s’est absolument pas passé comme nous l’avions prédit.
Un des corps se détacha de la masse, tapotant intensément du pied. Pliant son corps dans tous les sens.
Sa façon de le regarder, sa façon de parler, ses manières, ses faits, ses gestes. Aucun n’avait l’aspect de ceux de Gekidō alors forcément,
— Tu n’es pas Gekidō…
— Nous ? Bien sûr que non, mais maintenant que nous sommes là, l’immeuble va réagir… ça va encore plus nous compliquer la tâche… à nous, les Warai-gami.
Les soupçons de Mike furent confirmés, ce corps qui s’était autoproclamé Warai-gami n’était vraiment pas Gekidō. De plus, son discours lui semblait quelque peu dérangeant, il parlait de prévoir, d’informations… Gekidō aurait donc,
「Il aurait été influencé ?」
「— Abruti ! Moi influencé ? Jamais ! Je ne les connais même pas, ces Warai-gami. Ou je ne sais quoi !」
「— Content que tu sois de retour.」
「— Tsss* toi, content ? Te fous pas de moi !」*
Directement dans son esprit, une voix quelque peu colérique lui répondit, une personne qu’il connaissait et la Voix avait surenchéri après coup et, surpris, il coupa leur discussion,
— Gekidō ? Tu n’es pas mort ? T’es toujours là ?
「— Humm ? Ah oui ?! Je sentais que j’avais atteint une limite… Je sentais que j’allais disparaître, alors je t’ai donné ce qui me tenait le plus à cœur. Au final, même si je t’avais tué, je ne serais pas allé bien plus loin… j’aurais disparu sans laisser de trace… et puis un alter sans corps réel, c’est un peu bizarre, non ?」
— Oui…
「— Bref, si tu reparles de ce qui vient de se passer, je te bute une deuxième fois.」
— Tu parles de ce que tu…
— Tu nous ignores vraiment ? Depuis tout à l’heure, nous te parlons ! Tu nous as écoutés ou pas ?
Le dialogue fut coupé par le dénommé Warai-gami secouant sa main juste devant les yeux de Mike. Ce qui le fit reculer brusquement, couteau à la main.
Puis le sol gronda sans qu’il n’ait le temps d’avoir ses deux pieds à terre.
— Bah voilà ! Nous t’avions prévenu !
Sous les mots du Warai-gami, le sol se déroba complètement sous leurs pieds. Il avait tout simplement cédé. Ce n’était pas une chute mais une expulsion.
Pour reprendre les mots du Warai-gami, l’immeuble avait réagi.
Ainsi, Mike tomba, accompagné de centaines de silhouettes incandescentes. Une pluie de braises vivantes. Avant même qu’il ait le temps de s’en rendre compte, il heurta un sol plus froid que les précédents et le choc lui coupa presque la respiration.
L’étage était… différent. Non pas un champ de flammes, ni un couloir et encore moins un appartement, mais un cercle.
Ou plutôt trois cercles.
「— T’as intérêt à bien te battre… Vu comment tu as été nul contre moi, t’en as bien besoin.」
— Oui, je vais faire mon possible…
「— Imbécile ! Faire ton possible ne suffira pas ! Mais… ne me dis pas que tu ne sais pas que tu peux parler dans ta tête !」
Sous les réprimandes de Gekidō, Mike réalisa peu à peu : s’il lui suffisait de penser, alors,
「— Quoi, attends ? Mais ça veut dire que la Voix m’entend depuis le début ?!」
「— Regarde le sol au lieu de te concentrer sur ça.」
Comme à son habitude, la Voix ne lui répondit pas et, en soupirant, Mike regarda le sol qui lui avait été indiqué.
À ses pieds, un chiffre était affiché : 【100】 et, avant qu’il n’ait le temps d’essayer de comprendre, le Warai-gami se releva parmi les corps.
— Et voilà, maintenant nous allons devoir faire le travail nous-mêmes. Alors que nous venions de trouver un corps ?!
Tel était l’arrivée à l’étage 94.