Chapitre 11
La première fois que j’ai ouvert les yeux… mon corps gisait au sol.
Un corps frêle, fragile. Je l’exécrais déjà. Il me mettait en rogne.
Mais ce qui me mettait encore plus en rogne, c’était de voir cet autre corps pitoyable se recroqueviller devant cet homme.
Une femme faible, qui se laissait battre par cet homme.
Cet homme était fort : de grandes mains, de grands bras, de beaux muscles. À chaque fois que je les voyais retomber sur cette femme… je me disais que je voulais devenir aussi fort que lui.
Ne pas laisser les gens m’écraser. Les battre à la seule force de mes poings. Les voir à mes genoux, me supplier d’arrêter.
En voyant ce spectacle, je ne pouvais que me gratter les bras. Peut-être une réaction naturelle ? J’en sais rien, mais ça me soulageait…
Me gratter à en saigner. Mon propre sang perlait… Ce corps était vraiment fragile !
Pourquoi fallait-il qu’il soit aussi minable ! Pourquoi ?! Pourquoi ?! Pourquoi ?!
Pourquoi cette femme me regarde ? Continue de souffrir ! Laisse-moi tranquille ! Pourquoi me souris-tu ? N’ouvre pas ta bouche ! Ne me parle pas !
— Mike, ne reste pas là… Va dans ta chambre… Ne t’inquiète pas… Maman va bien…
Mike ? Qui est-ce ? J’en sais rien ! Mais celle qui disait être ma mère s’était forcément trompée de prénom !
Je ne connais pas le mien, mais je ne suis pas Mike… Je ne suis pas cette personne faible et détestable !
…
À chaque fois que j’ouvrais les yeux, ce spectacle recommençait. L’homme battait la femme de toutes ses forces. Mais à chaque fois, ils avaient une tenue différente.
Entre ces moments, je ne me souvenais plus de grand-chose. J’étais dans un brouillard asphyxiant, dans le noir total.
À force, je compris que cet homme était mon père et qu’il battait ma mère quand il avait trop bu…
Il venait de briser mon monde ! Moi qui pensais que les forts devaient dominer les faibles, mais non ! Tout ça à cause d’une stupide boisson…
Il était donc aussi faible que les autres ! Faible face à cette chose répugnante appelée alcool ! Plus faible que moi !
Si je devais choisir, ça n’avait rien d’un spectacle et je préférais ne plus voir cette scène. Je ne pouvais pas considérer quelqu’un d’aussi faible comme mon père. Même s’il était le seul à me raccrocher à ce monde violent.
Alors quand je l’ai vu la frapper de nouveau, mon souffle se raccourcit, je me grattais plus fort que d’habitude, ce qui créa une chaleur abominable dans ce stupide corps.
Mon sang ne fit qu’un tour et je mis toutes mes forces dans les jambes de ce dernier et bondis vers l’homme. Pourtant, d’un simple coup de poing, il me rejeta.
Pourquoi était-ce aussi simple de me repousser ? Fichu corps !
Je ne pouvais pas abandonner contre lui ! Pas contre un être aussi faible !
Dans mon élan, je saisis une bouteille qui jonchait le sol et la brisa de toutes mes forces sur sa tête.
Meurs !
— Tch petite merde ! T’as essayé de faire quoi ?
Tels étaient les premiers mots à mon égard depuis le début… les premiers qu’il m’avait adressés… en crachant une glaire de sang.
Il n’était malheureusement pas mort… Ce corps frêle n’avait pas assez de force ? Non, c’était le sien qui était trop solide ?
De toute façon, il était déjà trop tard. Il me tenait déjà par le cou de toutes ses forces. Ses grandes mains m’empêchaient de respirer… Petit à petit, la prise que j’avais sur la bouteille se desserrait…
Nous allions donc mourir comme ça ? Mike ? Il ne s’en rendrait sûrement pas compte… Il ne l’aurait pas supporté… faible qu’il est…
— Je vous maudis tous d’être aussi faibles…
Pour la première fois, des mots sortirent de ma frêle bouche. Et sûrement les derniers…
Les sons s’éloignèrent… Ma vision se troubla… Mais une dernière chose m’était visible. Cette faible mère qui enfonçait la bouteille cassée dans la tête de l’homme qui m’étranglait.
Peut-être qu’avec une arme on est moins faible…
Non. Les armes ne sont utilisées que par ces derniers pour se débarrasser des forts.
C’était détestable ! Au final, ce n’était qu’une faible contre un faible.
La faiblesse contre la faiblesse.
Sur ces dernières pensées, ma conscience lâcha. J’allais mourir avec Mike ? Retourner dans le noir total ?
Non… mes yeux s’ouvrirent de nouveau dans un pétillement de lumière et je compris simplement que je faisais partie de Mike… Un alter qui avait vu le jour à cause des abus et des violences de cet homme.
Enfin, c’est ce que m’expliquèrent les deux personnes en face de moi.
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Dans ce lieu qui n’était ni la maison, ni le corps, tout semblait chaotique. Des lumières fusaient de partout avant de disparaître dans de grandes explosions.
Et au milieu de tout ça, ils étaient là. À côté d’une table.
L’un était brouillé, je ne pouvais pas voir son apparence, mais il semblait sourire.
Tandis que l’autre avait sa tête dans ses bras, affalé sur la table. Une très belle femme aux cheveux violets, et des reflets brillants comme ce fichu ciel étoilé.
Avec un effort pesant, elle redressa sa tête et ouvrit la bouche,
— Toi qui exècres la faiblesse, toi que la rage maintient en vie… reçois ton nom : Gekidō.
HEHEHEHEH
Une vague de chaleur emplit mon cœur, mon être. Mes genoux tombèrent au sol.
Gekidō ! Un si beau nom ! Un nom qui me sied si bien. Elle venait vraiment de me baptiser d’un nom… Comme une mère qui donne un nom à son rejeton.
Non une pas mère… mais je me devais de la respecter ! Je n’avais pas le choix… d’elle émanait une prestance si unique, une force que je n’avais jamais vue ailleurs.
Mon instinct me dictait que ces deux alters étaient là depuis longtemps, mais pas seulement… quelque chose de différent émanait de l’homme. Comme un intrus ?
Et ce dernier leva sa main et me pointa du doigt, de l’autre main, il forma un trois avec ses doigts.
— Gekidō ! Si tu me laisses t’appeler par ton prénom, voici trois choses à respecter…
Il abaissa son premier doigt,
— Premièrement, tu peux faire tout ce que tu veux tant que tu n’attentes pas à la vie de Mike.
Puis le deuxième,
— Deuxièmement, nous avons nos propres plans, alors ne viens pas les déranger.
Et enfin,
— Troisièmement, avec la colère, la rage en toi, n’abandonne jamais ! Au grand jamais ! Même contre nous.
Trois règles ? Je compris simplement que je devais faire attention… mais un plan ? De quoi parlait-il ? Et leur nom ? Comment s’appelaient-ils ?
Ma gorge était nouée et aucune de mes questions ne sortit. Pitoyable…
Ainsi, les jours passèrent sans que je puisse retourner de l’autre côté. Chacun de ces jours, je voyais ces deux-là discuter entre eux, et avec d’autres. Mais il m’était impossible de les voir.
Après tout, ce n’était pas mon problème car je pouvais enfin m’entraîner chaque jour à devenir plus fort. Même si ça ne servait pas à grand-chose, car ce corps resterait toujours aussi pitoyable…
Moi ! Je serais fort. Je serai Gekidō !
Les mois passèrent dans ce chaos immobile. Rien ne changeait… sauf moi. J’avais trouvé ma routine.
Frapper. Grimper. Brûler. Recommencer.
Le volcan s’était imposé comme une évidence. Il dominait tout.
Immense. Bouillonnant. Vivant.
Chaque pulsation de sa lave résonnait avec quelque chose en moi.
Fort. Violent. Indomptable.
Alors je devais le détruire. Ou devenir comme lui.
La première fois que j’ai essayé de le toucher… ma peau disparu. Pas brûlée. Pas consumée.
Arrachée.
Un simple contact… et mon bras s’était désagrégé dans une douleur que même moi je n’avais jamais ressentie.
Je n’avais même pas eu le temps de crier. Mon corps s’était effondré. Noirci. Cassant.
Inutile.
Puis… plus rien. Et je suis revenu. Encore.
J’ai recommencé. Un coup. Puis un autre. Encore. Encore. Encore.
Chaque impact arrachait des morceaux de moi. Ma chair éclatait. Mes os cédaient. Mais je revenais. Toujours.
Le volcan ne bougeait pas. Alors c’est moi qui ai changé.
Mes mains ont cessé d’être des mains.
La peau a disparu. Les doigts se sont déformés. Allongés. Durcis.
Quelque chose de plus tranchant… de plus adapté… s’est formé.
Des griffes. Pas belles. Pas propres. Mais solides.
J’ai recommencé à frapper.
Cette fois… je ne fondais plus immédiatement.
Je brûlais. Longtemps. Assez longtemps pour frapper encore.
Grimper est devenu possible. Pas facile. Jamais.
Chaque prise était une torture. La lave recouvrait mon corps, coulait le long de mes bras, s’infiltrait dans ce que j’étais devenu.
Je tombais. Je fondais. Je revenais. Et recommençais.
La première ascension m’a pris des mois. Des mois à brûler. À tomber. À hurler sans voix.
Puis des semaines. Puis… moins.
Et un jour… j’ai atteint le sommet. Sans mourir immédiatement.
Alors j’ai plongé.
Ce n’était pas un bain. C’était une disparition.
Mon corps se dissolvait dans la lave. Chaque partie de moi se délitait, lentement, volontairement.
Je fondais jusqu’aux os. Et même après, je restais. Encore.
Un instant de plus. Puis un autre. Et je revenais. Toujours.
Alors j’ai recommencé. Plonger. Fondre. Revenir. Encore. Encore. Encore !
Jusqu’à ce que la douleur ne soit plus un obstacle. Mais une preuve.
L’apparence qui me convenait le mieux apparut : Mes longues griffes ainsi que des cheveux rouges, incandescents. Un long manteau aux éclats rougeâtres et des bandages pour cacher toutes mes brûlures et griffures.
Et un jour, alors que je venais de descendre du volcan par mes propres moyens, un petit que je n’avais encore jamais croisé était là. Recroquevillé sur lui-même… Il ressemblait à un enfant fait de pierre.
Il m’avait l’air faible… très faible. Je devais donc m’en débarrasser !
D’une main, je le pris par le cou. Il pleurait. Sa voix tremblait.
— Aide… besoin…
…
Ma main se resserra autour de son cou. Faible.
Toujours les mêmes. Toujours cette même chose inutile.
Pourtant… il ne se débattait pas. Il attendait.
…
Un sourire étira mon visage.
Oui. J’avais compris.
Il ne voulait pas être sauvé. Il voulait être libéré.
Ma main le lâcha et gratta mon autre bras de ses longues griffes.
Plus de volcan. Plus de pierre. Rien.
Le faible corps de ma mère au-dessus de moi, couteau à la main.
L’odeur. La même. La même que lui. L’alcool.
Détestable !
Ma vision tremblait. Cette femme bougeait trop lentement. Je voyais son bras. Je voyais son couteau.
Elle voulait frapper. Elle voulait me tuer. Elle voulait tuer Mike. Nous tuer.
Son souffle était sec. Sa main tremblait. Elle hésitait.
Impardonnable !
HEHEHEHEHEH
Je devais la stopper. Je devais l’écraser. Faible contre faible. J’avais aussi un couteau en main ?
Oui, il était dans ma main. Pourquoi ça tremblait ? Ce corps… hésitait ? Il résistait ?
Dégoûtant ! Répugnant !
— HEH Tu fous quoi ? Tu te laisses faire encore une fois ?! On l’a déjà fait une fois ! On peut bien le refaire, non ?!
Après avoir lancé ces mots à Mike… je n’avais plus qu’à planter ce couteau !
— HEHEHEHEH
Elle n’est pas morte ? Elle veut souffrir ? Alors la jambe !
— AHHHH Arrête de me regarder comme ça. C’est ça que tu es. Je le savais !
Elle cria des mots dégueulasses avant de me planter son couteau dans la nuque.
Inutile !
Ça n’atteignait pas le niveau de souffrance que m’avait infligé le volcan. Là-bas, je fondais jusqu’aux os… ici, ce n’était qu’une imitation pathétique. Cette douleur n’était rien. Pas assez pour me faire plier.
Alors pourquoi… pourquoi je sentais couler un liquide ? Pourquoi du sang coulait de mon cou ?
— Ahhh
Pourquoi es-tu si faible, Mike ?! Pourquoi ?! Pourquoi ?! Pourquoi ?!
Ce n’était pas important… je continuais de planter mon couteau.
Encore ! Encore ! Les faibles doivent se plier devant moi !
Le monde se réduisait à ses cris.
Tes mains ! Pour que tu ne puisses plus prendre cette bouteille d’alcool dégueulasse !
Tes jambes ! Pour que tu t’agenouilles devant moi !
Tes bras ! Pour que tu ne puisses plus frapper !
Tes pieds ! Pour que tu ne puisses plus te relever !
Ton torse ! Pour que tout liquide ressorte !
— HEHEHEHEHEH
Ahhh, c’était si bon… Voici mon œuvre ! Alors Mike, tu aimes ce que tu vois ?
Ah, c’est vrai… il allait sûrement se vider de son sang et mourir et moi avec… finalement. Faible qu’il était…
Fermant les yeux avec ce goût amer, j’étais de nouveau devant mon volcan… Si beau volcan ! Tu m’avais tant manqué.
Regardant autour de moi, il n’y avait plus que le gamin de pierre… Les deux autres avaient disparu avant de réapparaître quelques jours plus tard. La mort avait été éloignée.
Et je repris mon entraînement à la sueur de mon front. Mon quotidien était revenu.
Un temps indéterminable passa et il m’arrivait d’observer l’extérieur sans agir, juste à la recherche de quelqu’un de fort ou quelqu’un de faible… Mais personne ne l’était, juste des stupides collégiens qui s’en prenaient à Mike.
À chaque fois, l’enfant de pierre venait me voir en me disant qu’on avait besoin de moi. Mais à chaque fois, je me sentais retranché, repoussé.
Je voyais tout de même Mike souffrir et, sans choix, je souffrais avec lui. Les post-it… Le ventre vide… Le riz dégueulasse… Les moqueries… Les affaires mouillées…
J’avais beau essayer de lui parler, il ne m’écoutait pas… Il ne peut pas devenir plus fort avec rien dans le ventre… Le corps ne progressera jamais…
— Imbécile ! Laisse-moi régler les problèmes…
— Non, tu vas juste faire pareil qu’avec papa et maman.
Telle était la seule réponse qu’il me donna à mes propositions de l’aider. C’était bien dommage.
Bien sûr que je voulais écraser tous ces corps inutiles, tous ceux qui nous faisaient du mal devaient mourir ou au moins comprendre à quel point ils étaient faibles, ressentir ce qu'ils nous infligeaient !
Pour autant, c’était toujours la même rengaine. Je subissais avec lui toutes les humiliations. J’avais beau lui proposer mon aide, rien à faire.
J’ai fini par ne plus pouvoir aller à l’extérieur. Ce qui n’était pas plus mal… Il n’avait qu’à souffrir seul… De toute façon, il ne mourrait pas.
Et moi, dans tous les cas, j’avais enfin l’apparence qui me convenait : de beaux cheveux rouges, de belles griffes incandescentes, un manteau un peu long, des bandages pour cacher toutes les brûlures et griffures que je m’étais infligées.
C’étaient là les choses qui me prouvaient que j’étais plus fort que lui !
Puis plus rien… Le noir total… j’allais donc retourner à cet état après tous mes efforts ? Je ne l’accepterais pas aussi facilement.
Mais j’avais beau frapper, chercher une sortie… personne n’était là. Je n’avais donc pas le choix…
Ainsi, ce qui me sembla être des années passa. Durant lesquelles je m’étais remis en question de nombreuses fois. À quoi pouvait bien servir cette force si j’étais bloqué ici ? Dans le vide… Dans le noir…
La réponse vint à la fois plus vite que prévu et aussi tardivement qu’il le fallait.
— Tes… cheveux… ?
Je pus entendre une voix d’homme, je pus voir l’extérieur… Encore un couteau dans la main…
Qui fallait-il tuer cette fois ? Qui était cette personne en face de moi ? Une armure ? Il était fort ?
Je devais le tuer ! L’écraser ! Mais… il m’était impossible de bouger le moindre membre… ça brûlait !
Mike s’était enfin battu ? Vraiment ? Bravo ! Mais ces brûlures n’étaient rien face au volcan !
Je mis toute ma rage dans ce bras brûlant. Assénant une rafale de coups de couteau sur l’armure.
— HEHEHEHEH
Rire à gorge déployée m’avait tellement manqué… ça faisait tellement de bien d’enfin se déchaîner ! Frapper ! Couper !
Malheureusement, ce corps était frêle et cette armure était bien trop solide, au point où le couteau s’était cassé.
Désolé, Mike… je n’ai pu lui faire que quelques égratignures…
Alors, pourquoi je me sentais observé ? Il était là ? L’homme au sourire… Il a beau être fort… il me dégoûte… Pourquoi ne fait-il rien ?
— Brav…
Tel était le dernier mot que j’entendis de la part de l’homme en armure, et le son se coupa de nouveau… Comme tout le reste… J’allais de nouveau retourner dans le noir total.
Enfin, c’est ce que je pensais… Mais je n’eus pas le temps de réfléchir que,
— Nous pensons que tu ferais un bien meilleur outsider. Alors prends sa place et nous t’aiderons à descendre.
— Outsider ? Tu me racontes quoi ? Je ne veux pas de ton aide !
Où est-il ? Qui est-il ? Je n’eus pas le temps de lui demander que Mike était face à moi.
Il me voyait enfin ! Son faible corps était en face de moi ! Il ne pouvait que me voir !
Mais pourquoi étais-je derrière un miroir ? Pourquoi refusait-il de m’aider ? Il m’a reconnu ? Pourquoi ces souvenirs sont flous ? Il comprend qui je suis ?
Pourquoi tu l’écoutes, lui ? Hein Mike ?! T’es vraiment un imbécile. Toi et ta faiblesse n’auraient jamais dû me refuser.
Maintenant que les miroirs étaient brisés, je pouvais le suivre à l’étage d’après. Essayer de le convaincre de nouveau pendant qu’il revivait ses meilleures années de collège où j’avais souffert avec lui.
D’ailleurs, ce lieu était bien marrant avec toutes ses particules de souvenirs qui traînaient partout. J’aurais voulu en profiter avec lui.
Mais rien à faire, s’il faut que je tue cette faiblesse, alors je le ferai.
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Mes nombreux corps que j’avais façonnés à force de monter le volcan étaient maintenant réels dans cet endroit. Mes efforts n’avaient pas été vains.
Il ne me restait plus qu’à le combattre et le confronter à la réalité des choses, et c’est ce que je fis…
Dans ce lieu blanc… qui n’était ni le volcan, ni Mike.
Mais il était quelque peu différent, il faisait l’imbécile… Quel déception…
Alors je l’ai plongé dans cette mer bouillonnante.
Regarde tous les efforts que j’ai faits ! Voyons si tu es capable de résister à ce que je me suis infligé pendant des années !
Il ne bougeait plus ? Aucun cri. Aucun souffle.
Il n’a pas réussi ? Il était mort ? Ce qui prouvait que j’avais été faible était détruit ? Réduit en miettes ? Carbonisé ?
C’était donc ça ? Tout ça pour si peu ? Pourquoi était-ce si nul ?
— HEHEHEHEH ! Enfin mort ! Enfin ! Enfin ! ENFIN !
J’avais raison de le considérer comme faible ! Les faibles n’ont pas le droit à la vie !
C’était juste dommage… Il était moi, en un sens je venais de mourir et je ne verrais plus cette femme aux cheveux violets… Après tout, à part ça, elle ressemblait à quoi déjà ?
Je ne sais plus…
Un goût amer remplissait ma bouche mais peu importe, je n’avais plus qu’à percer la membrane avec son couteau. Cette membrane qui m’avait empêché d’aller plus bas…
Plus de poids. Plus de limites. Plus de Mike.
— Liberté… Enfin libéré de ce corps inutile ! À moi la liberté ! HEHEHEHEHE
Libéré de toute faiblesse. Libre comme l’air. Je n’avais plus qu’à trouver ce liquide permettant de soigner !
Alors pourquoi Je ressentais ce mal être dans mon cœur qui ne devait être que colère ?!
Pourquoi Je ressentait une déception de l’avoir tuer !? Pourquoi ça m’arrivait maintenant !?
Pourquoi ! Même ici… même libre… ça continuait.
Pourquoi !? Pourquoi !? POURQUOI !? Je me grattais encore les bras ?! Pourquoi me démangeaient-ils encore ?!
— Gekidō…
Mike ? C’était ça !? Il était encore vivant ?! Quel joie ! Mais comment ?!
Ces mèches étaient violettes ? Cette façon de parler… lente… apaisante… C’était elle ?
J’eus à peine le temps de me retourner qu’un courant d’air me parcourut.
Non pas un courant d’air : quelque chose de lumineux était passé proche de mon cou.
Un couteau ? Je l’avais. Sa main était vide… Le mouvement était d’une finesse sans pareille mais lent.
Trop lent.
Et pourtant impossible à éviter.
Mais alors… pourquoi je voyais mon corps ? Pourquoi était-il si loin ? Pourquoi tout était à l’envers ?
Ah, ma tête s’était détachée ? C’est donc comme ça que j’allais finir ?!
J’avais raison, c’est la personne la plus respectable… Forte… Elle n’a pas besoin d’arme…
Pourquoi mon cœur s’apaisait en la voyant ? Pourquoi perdre me m’était autant en rogne ?
Elle avait réussi une chose qui m’était impossible avec un corps aussi faible que celui de Mike…
Je ne pouvais que m’incliner en entendant ces mots…
— Tu avais trois règles à respecter… et tu as réussi à briser chacune d’entre elles… Alors…
NON ! MA RAGE ÉTAIT TOUJOURS LÀ !
Alors… pourquoi je ressens ce sentiment…