Chapitre 41
Serrant les dents, Alice fit de son mieux pour ignorer la migraine atroce provoquée par sa perte de sang.
L'adrénaline pompait en permanence dans son corps ; elle ne pouvait pas se permettre de ralentir. À la seconde où elle le ferait, elle mourrait sous les coups du mastodonte qui la prenait en chasse.
Jetant un coup d'œil derrière elle, elle vit la silhouette surexcitée du petit arbre qu'elle avait épargné.
« JE VAIS PLANTER TA TÊTE SUR UN PIEU ET LA RÉDUIRE EN CENDRES ! » hurla Alice, à bout de forces. Elle regrettait amèrement de ne pas avoir tué la bête quand elle en avait eu l'occasion. Elle l'avait épargné par crainte de ne plus pouvoir se battre, mais cela n'avait fait qu'empirer les choses.
Si elle avait su, elle l'aurait tué, quitte à ce que ce soit la dernière chose qu'elle fasse avant de perdre connaissance ! Au moins, elle serait en sécurité.
Elle en était arrivée à insulter sans cesse le duo qui la talonnait, alors qu'elle était d'ordinaire plutôt taciturne.
En sautant par-dessus une branche, Alice fut tentée d'utiliser son sang, mais une perte supplémentaire lui interdirait tout mouvement. Bien que sa cape ait ralenti l'hémorragie, le moindre effort rouvrirait la plaie.
Sa seule chance était d'avoir repéré des traces de combats précédents, signe qu'elle se rapprochait de sa piste initiale. Il ne lui restait plus qu'à déterminer sa distance par rapport au lac. Si elle parvenait à y attirer l'arbre, il y avait de fortes chances que les deux entités s'entretuent.
Ou alors, les deux s'en prendraient à elle. C'était un risque qu'elle était prête à courir, car elle ne sèmerait pas ce mastodonte de sitôt. Elle sentait bien qu'ils jouaient avec elle, attendant simplement qu'elle s'épuise.
Cette pensée ne fit qu'accroître sa colère ; la petite bête l'agaçait au plus haut point avec ses manigances.
Atterrissant au sol, elle s'accroupit, ramassa une pierre et pivota brusquement.
Elle lança le projectile sur le petit arbre et le vit percuter sa tête, le faisant trébucher.
Un sentiment de satisfaction l'envahit, mais elle reprit aussitôt sa fuite.
Naturellement, son geste ne fit qu'irriter davantage la petite bête. Ordonnant au grand arbre d'accélérer, elle fixa Alice, guettant le moment où elle serait capturée. Dès qu'elle ne pourrait plus bouger, elle s'assurerait de lui faire subir toutes sortes de tortures.
La bête ayant accéléré, Alice dut se forcer à courir plus vite, ses poumons brûlant à chaque inspiration. Elle contrôlait à peine son corps, chaque pas devenant une épreuve.
En franchissant des buissons, Alice aperçut un cours d'eau et estima qu'elle approchait du lac.
« Presque arrivée… » pensa-t-elle en rassemblant ses dernières forces.
*BANG !!!
Un enchevêtrement de racines s'écrasa derrière elle, manquant ses jambes de peu et l'obligeant à accélérer encore.
Elle n'avait pas le droit de ralentir ; à la moindre hésitation, la bête la tuerait.
« Attends un peu, espèce de saloperie ! » jura Alice intérieurement.
En approchant de la clairière, elle sentit son fardeau s'alléger. La poursuite touchait à sa fin.
Si elle parvenait à les faire se battre avant de se cacher, elle pourrait s'en sortir.
Cependant, en découvrant le lac, son cœur se glaça : il était totalement désert. Aucune trace de la bête chanteuse, ni des autres Bêtes des Abysses qui l'avaient traquée plus tôt.
« C'est une blague… » murmura Alice, dépitée.
Alors qu'elle s'apprêtait à plonger dans le lac pour se mettre à couvert, elle remarqua quelque chose d'étrange sur la rive. Un amas de chair blanc pur qui se gonflait et se tordait, une multitude de mains émergeant des replis de sa peau.
Reconnaissant le corps de l'étrange bête chanteuse, Alice se demanda ce qui avait bien pu se passer.
Avait-elle mué comme une araignée ? Ou quelque chose l'avait-il tuée ?
Quoi qu'il en soit, Alice devait tenter le tout pour le tout. C'était sa dernière chance.
Elle se précipita vers le cadavre au moment où un grondement de tonnerre retentit. Des nuages noirs s'accumulèrent et un pilier de foudre frappa la dépouille. L'onde de choc la projeta violemment contre les arbres.
« Putain de dieux ! Ce truc dégoûtant m'a bouffée !? » cria une voix féminine, furieuse, alors qu'une paire de mains déchirait la couche de chair en lambeaux.
Les yeux écarquillés, Alice vit une silhouette féminine s'extraire de la carcasse tandis que des éclairs brûlaient le sang recouvrant son corps.
Elle avait de longs cheveux bleu ciel aux reflets violets. Ses yeux, d'un violet éclatant, crépitaient d'énergie tandis que la foudre parcourait sa peau.
La femme portait une veste bleu nuit sans manches ornée de métal argenté. Des boutons et bijoux en argent parsemaient sa tenue, et un motif floral discret était visible sur le tissu. Des gants remontant jusqu'aux biceps, un short noir et de longues bottes montantes laissaient entrevoir sa peau.
Piétinant le cadavre de la bête, elle s'enveloppa d'une armure de foudre concentrée autour de ses bras, de ses épaules et de ses jambes.
Sur son épaule, un Sceau pulsait d'une énergie violette.
« Hm ? » Remarquant Alice, la femme allait dire quelque chose quand le mastodonte végétal surgit du feuillage en poussant un cri strident qui attira son attention.
« Encore un ??? Combien d'anomalies y a-t-il dans cette forêt !? Ça ne devrait pas être aussi grave, merde ! » cria-t-elle, agacée.
Faisant craquer son cou, elle s'accroupit, la foudre parcourant son corps.
*BANG !!!
Un coup de tonnerre retentit alors qu'elle se propulsait vers la bête, les yeux brillants de folie. Des arcs électriques jaillirent de son corps, frappant le monstre tandis qu'elle s'abattait sur lui, déchiquetant le bois qui se carbonisait sous l'effet de la décharge.
« URAHHHH !!! » Rugissant de rage, le mastodonte leva son autre main pour l'écraser, mais la femme se contenta de rire.
Pivotant, elle donna un coup de pied ascendant, une lame de foudre tranchant le bras en deux.
« Deux Sceaux ! » pensa Alice en voyant un second Sceau apparaître sur la cuisse de l'inconnue.
Cependant, le mastodonte ne s'avouait pas vaincu. Une énergie verte afflua vers son corps, réparant ses blessures.
« Oh ? Une capacité de régénération, hein… » murmura la femme en reculant pour prendre ses distances.
« Très bien. Testons ma nouvelle capacité. »
En frappant le sol, un nouvel éclair descendit du ciel. Les cheveux de la femme se dressèrent sous l'afflux de puissance. L'électricité l'enveloppa totalement, comme si elle était devenue pure foudre.
Un grognement monstrueux sembla émaner d'elle alors qu'elle se transformait en un trait électrique fonçant vers la bête.
*BANG !!!
Chaque impact résonnait comme un coup de tonnerre. Alice restait sans voix.
Ce pouvoir… Il était bien supérieur à tout ce qu'elle avait vu au Colisée. Lars, l'assassin et même le garde du corps ne faisaient pas le poids.
La femme aux cheveux bleus était tout simplement inarrêtable. Bondissant au-dessus de la bête, elle concentra toute sa foudre dans ses mains et arma son coup avec un sourire.
« HAHH !!!!! » Dans un cri puissant, elle déchaîna la foudre.
*KSHHH !!!!!
Un trait de foudre trancha la bête en deux, mais ce n'était pas fini. D'innombrables éclairs continuèrent de s'abattre au même endroit, effaçant toute trace du monstre, y compris le petit arbre sur son épaule.
Atterrissant lourdement, la femme dissipa sa foudre et retrouva son apparence normale. La lueur violette disparut de ses cheveux alors qu'elle se massait les épaules, les sourcils froncés.
« Tsk, la troisième capacité est trop dure à utiliser, putain. Trop longue à charger et elle me draine complètement. Toute la foudre accumulée disparaît en un seul coup », se plaignit-elle en tournant son attention vers Alice.
« Eh ! Qu'est-ce que t'as fait pour énerver cet arbre ? Pas qu'il devrait être aussi loin dans la forêt, d'ailleurs », demanda-t-elle curieusement en s'approchant d'Alice.
« J'ai épargné le petit. Il s'est enfui et le gros est arrivé », répondit Alice amèrement.
« Hein ??? Tu l'as épargné ? Ah, pas étonnant qu'il ait ramené le gros pour te tuer, ma pauvre. N'épargne jamais une Bête des Abysses, elles cherchent TOUJOURS à tuer », dit la femme en haussant les épaules tout en s'accroupissant près d'Alice.
« Besoin d'aide pour sortir d'ici ? Je cherche quelqu'un, alors ça ne me dérange pas de te donner un coup de main », proposa-t-elle avec un sourire.
« Merci. Ton nom ? » demanda Alice, curieuse.
« Mon nom ? C'est Ria, enchantée. »