Chapitre 74
Il y a douze ans.
Ce souvenir était encore vif dans mon esprit. La servante qui m'avait tendu le médicament.
À seulement huit ans, je n'avais pas une constitution assez robuste pour supporter un médicament brut. Même si les effets étaient atténués, il fallait qu'il soit raffiné pour que je puisse le consommer.
Mais après avoir pris le médicament des mains de la servante, je fus victime d'un empoisonnement médicamenteux.
La Maîtresse avait demandé à ses domestiques de trouver le coupable, mais l'affaire fut classée sans résultat, tout simplement parce que cette servante s'était volatilisée.
« D-de quoi parlez-vous ? » choquée, son visage pâlit rapidement.
Qui ignorait que la servante venait du Pavillon de la Pivoine ? Tout le monde savait qui était le coupable, même son mari, le Seigneur.
« Pensiez-vous que j'allais oublier ? »
Elle fut stupéfaite par ma voix froide et tenta de trouver des excuses.
« Je crois que vous avez mal compris quelque chose, mais c'était… »
« La servante venait du Pavillon de la Pivoine et a utilisé un médicament bien trop brut sur le troisième fils de cette famille. Pensez-vous qu'une personne ordinaire puisse faire une chose pareille ? »
« N-ne m'approchez pas ! »
Elle commença à reculer. Le fait que j'exprime ma colère avait dû l'intimider.
Mais cela n'avait aucune importance.
« Avez-vous peur ? »
« J-je… Ce n'était pas moi. »
« Vous êtes répugnante jusqu'au bout. »
Tenter de nier ses actes était déjà assez horrible. Elle fait toutes sortes de choses pour le bien de son fils, et maintenant, elle joue la mère sacrificielle.
Je fis un pas en avant.
« Ne vous approchez pas ! »
Elle commença à agiter ses mains pour me dire de ne pas m'approcher et tenter de bloquer mon avancée.
Si elle avait réfléchi à ses actes et m'avait présenté ses excuses ce jour-là, les choses auraient été différentes.
Après tout, on n'est qu'humain.
« Vous ne voulez pas que je convoite la place de votre fils ? C'est assez amusant. »
Si j'avais été faible ou si je n'avais eu aucun lien avec le Maître de l’Épée du Sud Céleste, je n'aurais pas été traité ainsi.
Elle m'aurait battu et jeté dehors, comme par le passé.
Alors qu'elle reculait en se mordant la lèvre, elle dit :
« Pensez-vous pouvoir devenir le représentant de la famille en me menaçant ? »
Révélait-elle enfin son vrai visage ?
C'est ça, faire semblant d'avoir peur ne vous va pas. Et je lui dis :
« Faites ce que vous voulez. Que vous le disiez au Seigneur ou non. »
« Quoi ? »
« En revanche, je ferai en sorte que tout le monde soit au courant. »
« Que tout le monde soit au courant ? »
« Que tout le monde sache quel genre de femme se cache derrière le nom de la famille Ikyang So. Je me demande ce que les guerriers et les familles du Murim diraient s'ils apprenaient qu'une femme adulte a tenté de blesser un enfant qui ne pouvait même pas se défendre. »
Son expression se figea à mes mots.
Elle devait penser que j'allais m'énerver et faire quelque chose qu'elle pourrait utiliser contre moi, mais je n'étais pas aussi stupide.
« Je vous préviens. Si vous comprenez ce que je dis, ne me cherchez plus pour des raisons aussi futiles. »
J'étais sur le point de quitter la pièce quand elle agrippa mes vêtements.
« A-attendez ! »
Pak !
Je la repoussai froidement, mais alors…
Pss
Je levai les yeux alors qu'une poudre tombait du plafond.
« Une cachette. »
Les serviteurs avaient été renvoyés, mais une présence dissimulée se trouvait dans la pièce.
Peut-être son escorte personnelle. La personne qui cachait sa présence jusqu'ici avait dû se sentir dérangée et laisser sa présence filtrer.
Et je m'adressai à celui qui se cachait au-dessus :
« Je n'ai pas l'intention de faire du mal à votre maîtresse, vous pouvez sortir. »
La Madame parut choquée. Elle devait penser que je n'avais rien remarqué.
Eh bien, j'en avais fini, je pouvais enfin rentrer.
Thud !
Le sol trembla quand quelqu'un sauta.
La personne avait une silhouette élancée et portait un masque, mais en regardant sa poitrine, il était clair qu'il s'agissait d'une femme.
« Escorte Jo. »
La Madame fut choquée de voir comment je l'avais identifiée malgré son apparence dissimulée.
La femme masquée, appelée Escorte Jo, retira son masque et me dit :
« L'escorte Jo Ga, au service de Madame, salue le disciple du Maître de l’Épée du Sud Céleste. »
Elle était plus âgée que je ne l'avais pensé. Elle semblait avoir la quarantaine ou la cinquantaine et, à en juger par l'expression de son visage, elle avait beaucoup à dire.
Bien sûr, je n'avais rien à entendre.
Je l'ignorai et tentai d'ouvrir la porte quand elle dit :
« C'est moi qui ai empoisonné le Jeune Maître ce jour-là. »
« … !? »
Ma main, qui atteignait la porte, s'arrêta et je me retournai :
« Que voulez-vous dire ? »
« … Madame ne l'a su que plus tard. »
« … ne l'a su que plus tard ? »
Je regardai la Madame.
Son expression était complexe et l'escorte s'agenouilla en disant :
« Tout a été fait de ma propre initiative. Je ne pouvais pas accepter que quelqu'un qui n'était pas de noble naissance tente de supplanter les autres jeunes maîtres. »
« Ha ! »
Il n'y avait aucune surprise là-dedans.
Donc, ce qui était arrivé n'était pas un ordre, mais l'acte d'une simple servante ?
Je devais en douter. Même si je n'avais pas une naissance décente, j'étais tout de même l'un des enfants qui portait le sang du Seigneur. Était-il possible pour une servante de haïr cela à ce point ?
« Vous, êtes-vous de la famille Jo ? »
« … »
L'escorte ne répondit pas, ce qui confirmait qu'elle l'était.
La famille Jo était la famille d'origine de Madame, et cela signifiait que si l'escorte portait aussi le nom Jo, elle devait avoir été amenée de la famille de Madame.
« Alors, peut-on dire que ce qui est arrivé à cette époque était dû à la famille Jo ? »
Elle fut choquée par cette accusation :
« Non. Comme je l'ai dit, c'était de ma propre initiative. »
Cette femme essayait-elle de porter seule la punition ? Le manque d'informations rendait la décision difficile.
Peut-être l'avait-elle dit pour protéger sa Madame.
« Je suis avec Madame depuis qu'elle est enfant dans la maison de ses parents, et je ne pouvais pas supporter de voir celle que je considérais comme une véritable sœur s'inquiéter à cause de quelqu'un comme vous. Alors j'ai fait ce qu'elle ne ferait pas. »
« Et vous avez fait ça ? »
« Je voulais que vous sachiez que cela n'a rien à voir avec ma Madame. Je suis désolée, et si vous me punissez, je l'accepterai simplement. »
Thud !
Elle cogna sa tête contre le sol. Se sacrifiait-elle ?
Eh bien, c'était une chatte bien loyale.
Et Madame couvrit son escorte en disant :
« Non ! C'est quelque chose que j'ai ordonné ! L'Escorte Jo vous ment par loyauté, il n'y a aucune raison d'écouter ces absurdités. »
« Madame ! »
Étonnamment, toutes deux insistaient pour prendre le blâme ; il semblait que Madame voulait protéger son escorte.
-Incroyable. Tout simplement incroyable.
La Petite Épée fit claquer sa langue.
Je partageais ce sentiment. C'était une femme qui avait été si horrible avec moi. Pourtant, pour le bien des siens, elle était prête à se sacrifier ?
« Haa. »
Je soupirai.
À en juger par cela, il semblait que sa méchanceté venait de la malveillance, et non d'une nature innée.
Elle savait comment prendre soin des siens, et comment faire des sacrifices aussi, et elle semblait très à l'aise en le faisant.
Maintenant, Madame parlait, les larmes aux yeux.
« C'est quelque chose que j'ai fait, laissez mon escorte et mes enfants tranquilles. Si vous voulez être en colère contre quelqu'un, blâmez-moi ! »
« Non ! C'est quelque chose que j'ai fait. Madame ment pour me protéger ! »
« Non ! N'ai-je pas dit que c'était moi ? »
En les regardant, je secouai la tête. Cela me faisait passer pour le méchant.
Je m'adressai aux deux :
« Je suis celui qui deviendra le méchant si je fais quoi que ce soit. »
À mes mots, elles parurent toutes deux choquées.
Comme si elles sentaient que le problème était en train d'être résolu, elles me regardèrent avec un peu d'émotion.
Et je leur dis avec un sourire :
« … c'est ce que vous pensiez que j'allais dire ? »
« … !? »
Pak !
« Huh ! »
Dès que j'eus fini, je les poussai sur le côté et donnai un coup de pied au menton de l'escorte.
« Kuak ! »
Elle tomba au sol, frappée par mon qi interne.
Confuse, elle essaya de se relever, mais je touchai rapidement ses points vitaux.
Madame parut un peu choquée :
« Q-que faites-vous ? »
« L'amitié entre vous et l'escorte semble belle, mais ce n'est pas quelque chose dont vous devriez vous vanter devant la victime. »
« Vous ! »
« Le fait est que vous étiez au courant, n'est-ce pas ? »
Mes mots la laissèrent sans voix.
Une femme si amusante.
Elle savait qui l'avait fait, mais avait décidé de fermer les yeux sur la vérité. Comment une si belle amitié pouvait-elle être fondée sur un tel mal ?
Je n'entendis pas l'escorte bouger après avoir scellé son point vital.
« Très bien. Je vous crois. Alors vous devez payer pour cela. »
Je posai ma main sur le ventre de l'escorte, ce qui fit s'écarquiller ses yeux. Madame tenta de m'éloigner, mais il était trop tard.
Pang !
« Eummmmm ! »
Je pouvais voir les vaisseaux sanguins gonfler et ses yeux se fermer de douleur.
Je venais de détruire son Dantian. Eh bien, c'était elle qui venait d'admettre les crimes commis contre moi, elle devait donc en payer le prix juste.
« Espèce de déchet immonde ! »
Madame ne put cacher sa colère et sa vraie nature fut révélée.
« C'est une bonne chose que vous sachiez prendre soin des vôtres. »
Il y avait deux invités de la Secte du Mont Hyeong ici, donc tout le monde voudrait que ces affaires privées se règlent en douceur.
Je sortis quelque chose de ma poche : deux petites perles.
Je forçai l'ouverture de la bouche de l'escorte et y plaçai une pilule, puis je lui bouchai le nez pour qu'elle soit forcée d'avaler.
« Vous ! Qu'avez-vous fait ? »
Je lançai l'autre à Madame qui l'attrapa par accident, et je dis :
« Prenez celle-ci. »
« Quoi ? La manger ? »
« Une pilule empoisonnée. »
« … !! »
À mes mots, elle paniqua, ne sachant que faire. En premier lieu, il n'y avait personne qui puisse assumer le rôle de représentant des guerriers de la famille Ikyang So.
Et quand il y a la meilleure solution, il y a aussi la deuxième meilleure et la pire.
« V-vous êtes fou ! Vous dites à quelqu'un de manger des pilules empoisonnées ? »
« Vous devriez la manger. »
« Quoi ? »
« Sinon, je vais emmener celle-ci devant le Seigneur et dire que j'ai trouvé le coupable de l'affaire passée. C'est une bonne idée. En plus, il y a beaucoup d'invités en ce moment. »
À mes mots, elle commença à réfléchir. Si tel était le cas, elle savait ce qui arriverait.
Elle hésita en portant la pilule à ses lèvres.
« Vous, ne savez-vous pas ce qui va se passer ? Vous êtes quelqu'un qui essaie de prendre la première place dans le monde et de plonger votre propre maison dans le chaos ? »
Je lui souris et dis :
« Alors je serai très heureux. »
« … ?! »
À mes mots, elle trembla comme si un frisson lui parcourait l'échine.
Je me sens vraiment heureux maintenant.
Pour m'avoir donné une raison d'utiliser la pire chose que j'avais préparée.