Chapitre 862
Geom Woojin resta au Pavillon du Démon Céleste jusqu’à une heure avancée.
Bien qu’il fût déjà l’heure à laquelle il se serait normalement endormi, il était assis seul sur le tapis du trône, perdu dans ses pensées.
À cet instant, les portes du Pavillon du Démon Céleste s’ouvrirent et Geom Mugeuk entra.
« Père, je suis de retour. »
Après avoir lancé une salutation sonore, Geom Mugeuk remonta le Chemin du Sang en direction du tapis du trône.
Rien ne différait de l’ordinaire, et pourtant, pour une raison ou une autre, son père comme le tapis du trône lui semblaient différents, ce soir-là.
Arrivé au pied du tapis, Geom Mugeuk leva les yeux vers son père. Au milieu de la tension indéfinissable qui parcourait le Pavillon du Démon Céleste à cette heure tardive, il prit un ton provocateur.
« Cette place est à moi, désormais. »
À cette déclaration qui ressemblait à une proclamation, Geom Woojin ricana et demanda :
« Une rébellion ? »
L’atmosphère solennelle se détendit, et la rébellion de minuit prit fin.
« Comme si c’était le cas. Je voulais dire que cette place sera à moi dans une trentaine d’années. »
Geom Woojin comprit que son fils avait changé d’avis au sujet de la succession au poste de Jeune chef du Culte du Démon Céleste.
« Pourquoi as-tu changé d’avis ? »
« Après réflexion, ça me semblait injuste. Pourquoi céder une si belle position à mon frère aîné simplement parce que je l’aime bien ? »
Après avoir commencé sur le ton de la plaisanterie, Geom Mugeuk parla franchement.
« Le Démon Bouddha m’a sermonné. »
Cette explication suffisait.
Geom Woojin savait bien que personne ne comprenait son fils aîné mieux que le Démon Bouddha. Celui-ci avait dû le convaincre de renoncer.
Geom Woojin en conclut que le Démon Bouddha continuait de favoriser son fils aîné.
Autrement, il aurait tenté par tous les moyens de faire de Muyang le Jeune chef du Culte du Démon Céleste.
« Père, vous savez à quel point j’aime faire le pitre, n’est-ce pas ? Si je deviens chef du Culte, des rumeurs comme celle-ci circuleront dans le Jianghu : “Vous avez entendu ? Le chef du Culte du Démon Céleste s’est saoulé, puis il a chanté et dansé.” Si vous ne voulez pas voir ça, gardez cette position encore très, très longtemps. Je finirai sûrement par grandir avec l’âge. »
« Combien de temps comptes-tu faire souffrir ton père ? »
« Jusqu’à ce que je me lasse de m’amuser et vous supplie de céder votre place. »
Geom Woojin avait fixé son fils en silence. Soudain, il déclara :
« Tu as bien réfléchi. »
La remarque était inattendue et Geom Mugeuk en fut intérieurement surpris. Son père n’avait-il pas secrètement souhaité que son frère aîné devienne son successeur ?
Il avait pensé que c’était peut-être le cas. Pourtant, son père semblait satisfait, comme s’il s’agissait de la bonne décision.
Père, voulez-vous vraiment que je devienne chef du Culte ? Alors que je m’efforce à tout prix de vous faire renoncer à votre rêve ?
« Le Démon Bouddha rêve d’une revanche. »
À cet instant, le regard de Geom Mugeuk s’arrêta sur la canne à pêche appuyée contre le mur, derrière le tapis du trône. À en juger par le fait qu’elle n’avait pas encore été rangée…
« Ah, il y a donc quelqu’un d’autre ici. Si je croise le Démon Bouddha, je lui transmettrai le message. La revanche aura probablement lieu très bientôt. Sur ce, reposez-vous bien. »
Après s’être incliné avec déférence, Geom Mugeuk sortit.
Une fois son fils sorti du Pavillon du Démon Céleste, Geom Woojin tourna la tête vers la lune, visible par la fenêtre. Les yeux levés vers le disque brillant, il s’adressa à Hui, qui se cachait.
« Apporte une bonne bouteille. »
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Le Démon Lame du Ciel de Sang lisait un livre dans la cour de sa demeure.
Il avait planté le Sabre qui éteint le Ciel dans le sol et s’y adossait confortablement en lisant.
Les nuits comme celle-ci, quand la lune brillait de tout son éclat, il lui arrivait souvent de sortir dans la cour pour lire.
À cet instant, il sentit quelqu’un arriver derrière le sabre.
Vu la maîtrise martiale de celui qui avait dissimulé sa présence jusqu’à s’approcher d’aussi près, il ne pouvait s’agir que d’une seule personne. Et surtout, une seule personne viendrait chez lui à une heure pareille.
« Espèce de morveux, pourquoi tu ne dors pas à cette heure-ci et tu reviens encore ici ? »
Sans recevoir de réponse, le Démon Lame du Ciel de Sang garda les yeux fixés sur son livre et s’adressa à Geom Mugeuk.
« La chasse avec le chef du Culte s’est bien passée ? »
Toujours aucune réponse, comme s’il cherchait à lui jouer un tour. Quoi qu’il en fût, le Démon Lame du Ciel de Sang se contenta de dire ce qu’il avait à dire.
« Même si tu es intelligent, comment pourrais-tu comprendre le cœur d’un parent ? Le chef du Culte se retient beaucoup. Tu n’imagines même pas quel est son vrai tempérament. Alors, traite bien ton père. »
Comme il n’obtenait toujours pas de réponse, le Démon Lame du Ciel de Sang finit par lever la tête.
« Qu’est-ce qui t’arrive ? Pourquoi tu ne dis rien ? Je te préviens : si tu n’as pas apporté de pyjama, ne pense même pas à monter dans mon lit ! »
Une voix grave s’éleva alors de derrière le sabre.
« Je n’ai pas apporté de pyjama. »
Le Démon Lame du Ciel de Sang fut si stupéfait qu’il se leva d’un bond.
« Chef du Culte ! »
Celui qui venait d’arriver n’était autre que Geom Woojin.
« Pardonnez-moi de venir si tard. Je vous ai fait peur ? »
Et comment ! Il se demanda s’il avait été aussi surpris ces derniers temps. Jamais il n’aurait imaginé que le chef du Culte viendrait le voir à une heure pareille.
« Que me vaut votre visite ? »
Craignant qu’il ne se soit passé quelque chose, il posa la question, mais Geom Woojin leva la bouteille qu’il avait apportée.
« Je suis venu boire un verre avec vous. »
« Je pensais justement en prendre un moi aussi. Entrez, je vous en prie. »
« La brise nocturne est agréable. Buvons ici. »
« Alors, veuillez patienter un instant. »
« Prenez votre temps. »
Le Démon Lame du Ciel de Sang rentra préparer des coupes et quelques amuse-gueules. Alors qu’il s’apprêtait à ressortir, son regard fut attiré par la scène au-dehors, visible par la fenêtre.
Geom Woojin était adossé au Sabre qui éteint le Ciel, les yeux levés vers la lune.
En le voyant ainsi, le Démon Lame du Ciel de Sang se revit dans sa jeunesse, riant à gorge déployée et buvant, appuyé contre son sabre.
Autrefois, chaque fois qu’il buvait, Geom Woojin aimait s’adosser à son sabre. Il disait que cela lui faisait du bien, sans trop savoir pourquoi.
Était-ce à cause de Geom Mugeuk ? Ces derniers temps, chaque fois qu’il regardait le chef du Culte du Démon Céleste, ses souvenirs d’autrefois remontaient à la surface.
Geom Woojin, qui contemplait la lune, tourna la tête dans sa direction. Leurs regards se croisèrent. Le Démon Lame du Ciel de Sang lui sourit et sortit.
« Je n’ai pas grand-chose à vous proposer avec ce verre. »
« Ce n’est pas grave. »
Le Démon Lame du Ciel de Sang servit le premier. Geom Woojin reçut la coupe, puis remplit la sienne à son tour.
Ils vidèrent leurs coupes ensemble. Cela faisait longtemps qu’ils n’avaient pas bu tous les deux, en tête à tête.
« La chasse s’est bien passée ? »
« Nous sommes rentrés bredouilles. »
Un léger sourire se dessina sur les lèvres du Démon Lame du Ciel de Sang. Si tous deux s’étaient vraiment mis en tête de chasser, les bêtes des monts Daecheon auraient disparu.
« Vous avez beaucoup parlé avec votre fils ? »
« Mon fils ? Ce n’est qu’un morveux. »
Le Démon Lame du Ciel de Sang rit à la plaisanterie de Geom Woojin.
« Il m’a posé des questions sur sa mère. »
La main du Démon Lame du Ciel de Sang, qui versait de l’alcool dans la coupe de Geom Woojin, s’immobilisa un instant.
« Il était temps. »
Il remplit la coupe de Geom Woojin à ras bord.
« Il ne m’a pas posé la question parce qu’elle lui manquait. »
« Que voulez-vous dire ? »
« Ce morveux arrogant m’a demandé ça parce qu’il craignait que je souffre. »
Le Démon Lame du Ciel de Sang but avec une expression qui disait : « C’est bien du Geom Mugeuk, ça. »
Après avoir vidé sa coupe, il aborda un sujet qu’il n’avait encore jamais évoqué avec le chef du Culte.
« Quand je vois le Jeune chef du Culte, il m’arrive de penser à l’Impératrice Démoniaque. »
Depuis la mort de l’Impératrice Démoniaque, le Démon Lame du Ciel de Sang n’en avait jamais parlé au chef du Culte.
C’était la première fois.
Il avait compris que, si le chef du Culte était venu le voir si tard et avait évoqué sa femme en premier, c’était qu’il voulait parler d’elle.
Geom Woojin hocha silencieusement la tête.
Ce geste muet suffisait au Démon Lame du Ciel de Sang pour sentir combien le chef du Culte regrettait l’Impératrice Démoniaque.
Il savait combien le chef du Culte l’avait aimée. Il en avait été témoin dès le début.
Le Démon Lame du Ciel de Sang se remémora ce jour-là.
« Je vais m’emparer du monde martial. »
Dans le visage ardent de Geom Woojin, qui lui avait dit ces mots, il n’y avait pas le désir de conquérir le pouvoir.
C’était la résolution d’un homme qui venait de tomber amoureux.
Le Geom Woojin d’aujourd’hui se superposa au jeune Geom Woojin.
« J’ai la certitude de pouvoir plier le monde à ma volonté, mais je ne suis même pas sûr de pouvoir y plier mon propre enfant. »
« Vous le pouvez. »
Le Démon Lame du Ciel de Sang comprenait parfaitement les sentiments de Geom Woojin.
« C’est simplement que vous n’en avez pas envie. »
Il lui tendit sa coupe et ajouta :
« La famille est le pire ennemi de chacun. Et parmi les membres de la famille, un homme n’a pas de pire ennemi que son propre enfant. »
Geom Woojin sourit, fit tinter sa coupe contre la sienne et la vida.
Depuis qu’il était devenu chef du Culte, il n’avait montré que son côté fort. Pourtant, ce soir, tout lui rappelait sa jeunesse.
C’était pourquoi Geom Woojin avait besoin, en cet instant, de quelqu’un qui se rangerait à ses côtés.
« Demain, faites-le venir et grondez-le ainsi : “Espèce de morveux, cesse de courir partout comme un fou et écoute ton père !” »
Geom Woojin rit de bon cœur. Geom Mugeuk, s’il avait vu ce sourire, lui aurait lancé : « Vous devriez sourire comme ça à vos enfants, vous aussi. »
« Oui, je le ferai. »
Et c’était précisément pour cela qu’il ne pouvait pas le dire.
Le Démon Lame du Ciel de Sang hocha la tête. Si Geom Mugeuk s’était contenté de s’opposer à son père aveuglément, en s’obstinant à croire que lui seul avait raison, il aurait été plus facile à briser.
Mais Geom Mugeuk éprouvait un profond respect pour Geom Woojin. C’était ce qui rendait cette lutte si difficile.
La lutte était difficile pour le fils, mais plus encore pour le père. Après tout, il se battait en portant la plus grande faiblesse qui soit. Aucun parent ne peut jamais vraiment vaincre son enfant.
Après quelques autres coupes, le Démon Lame du Ciel de Sang prononça les mots qu’il gardait au fond de lui.
« Si les parents sont l’arc, alors les enfants sont les flèches. Même si la flèche vise une direction que le parent ne souhaite pas… »
Tout en remplissant sa coupe, il ajouta :
« Le moment venu, il faut la confier au vent et lâcher la corde. »
Geom Woojin contempla en silence son reflet dans la coupe. Nul ne pouvait savoir s’il avait, en son cœur, lâché la corde.
Ainsi, les deux hommes burent ensemble jusqu’au coucher de la lune.
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Boum ! Boum ! Boum !
Des feux d’artifice éclatèrent dans le ciel.
Enfin, la reconstruction du village de Maga s’acheva et le jour où les habitants pourraient regagner leurs foyers arriva.
Les personnes réunies au village de Maga se réjouirent. Les vieilles maisons avaient été entièrement transformées. Les murs de terre effondrés avaient cédé la place à des murs de pierre, et les chaumières avaient été remplacées par des maisons aux toits de tuiles.
Les maisons à un étage étaient devenues des maisons à deux étages, et celles à deux étages en comptaient désormais trois. De plus, leurs intérieurs étaient garnis de meubles bien plus beaux que ceux qu’ils avaient possédés jusque-là. Dans les cours s’entassaient des vêtements, des objets du quotidien et même assez de nourriture pour tenir quelque temps.
Jamais ils n’auraient imaginé que le Culte du Démon Céleste irait aussi loin pour eux. Non content de leur avoir sauvé la vie, il leur avait accordé une immense faveur.
« Maman ! C’est notre maison, maintenant ? »
« Oui. »
Les enfants coururent avec excitation dans leurs maisons, tandis que les femmes caressaient les solides piliers en pleurant. Les hommes parcouraient leurs foyers et leurs boutiques, le cœur débordant d’émotion.
« Le village de Maga a repris vie ! »
À ce cri, tous laissèrent éclater leur joie.
« Longue vie au chef du Culte ! »
« Longue vie au Culte du Démon Céleste ! »
Ce qui les réjouissait tout autant que d’avoir gagné de nouvelles maisons, c’était ceci :
On ne les avait pas abandonnés.
Jo Chunbae faisait partie des réjouis. Le visage ému, il leva les yeux vers son auberge.
Le vieux bâtiment de deux étages avait été transformé en un splendide édifice de trois étages. C’était une auberge magnifique, qui attirait d’emblée le regard des passants. Jamais il n’aurait rêvé que le Culte du Démon Céleste lui construise un établissement aussi grandiose.
La cuisine était même entièrement garnie d’ingrédients et la réserve, remplie de grands crus. Tout avait été préparé pour qu’il puisse ouvrir sans attendre.
Il en allait de même pour les autres commerces. Les étals de fruits étaient chargés de fruits et les boutiques de tissus, de rouleaux d’étoffe. On ne s’était pas contenté de construire des maisons : on n’avait négligé aucun de ces détails attentionnés.
À cet instant, des acclamations retentirent au loin.
Tout le monde se retourna. Ceux qui méritaient ces vivats approchaient.
C’étaient Geom Mugeuk et Geom Muyang. Les suivirent les gardes de Geom Mugeuk.
Désormais, ils n’avaient rien à envier aux gardes du chef du Culte. Vu leur jeune âge, leurs progrès étaient remarquables.
Bien sûr, même en ce jour de fête, Jeokyeon, leur cheffe, faisait durement travailler ses subordonnés. Le Jeune chef du Culte devenait plus fort bien plus vite qu’eux.
Les habitants du village de Maga inclinèrent tous la tête et les saluèrent avec respect.
« Nous saluons le Jeune chef du Culte ! »
« Nous saluons le Jeune Maître aîné ! »
Geom Mugeuk leur demanda avec un grand sourire :
« Qu’en pensez-vous ? »
« C’est merveilleux ! »
Geom Mugeuk attribua à son frère aîné le mérite du résultat du jour.
« Si le village de Maga a pu être reconstruit aussi vite, c’est grâce aux efforts de mon frère aîné, ici présent. Il a dirigé les travaux en sacrifiant son sommeil. »
Les villageois s’inclinèrent devant Geom Muyang pour le remercier.
« Merci, Jeune Maître aîné. »
« Merci infiniment, Jeune Maître aîné ! »
Geom Mugeuk fit signe à Geom Muyang et lui dit :
« Frère, dites quelques mots. »
Geom Muyang refusa, affirmant que ce n’était pas nécessaire, mais Geom Mugeuk insista.
« Vous avez construit ces maisons. Vous devriez dire quelque chose. »
Finalement, Geom Muyang s’avança. Même face à un millier d’artistes martiaux, il n’aurait pas été nerveux. Pourtant, pour une raison ou une autre, se tenir devant ces simples villageois lui semblait plus difficile à supporter.
« J’ai travaillé dur pour les construire aussi vite que possible. Mais elles sont solides, alors ne vous inquiétez pas. Vivez heureux. »
Bien que brève, sa remarque fut accueillie par des applaudissements et des acclamations de toutes parts.
En voyant combien les gens étaient heureux, Geom Muyang se sentit lui aussi satisfait. Il n’avait pas travaillé jour et nuit pour achever rapidement les travaux en vain.
Comme s’il venait de s’en souvenir, Geom Muyang ajouta tardivement :
« Ah, et si nous avons pu faire tout cela, c’est grâce au Jeune chef du Culte, qui vous porte une estime particulière. Ne l’oubliez pas. »
Geom Muyang rendit à son jeune frère le mérite qu’on venait de lui attribuer.
Geom Mugeuk salua sans la moindre honte les villageois d’un geste de la main.
« Vous avez entendu ? N’oubliez pas que c’est grâce à moi ! »
Les villageois rirent de bon cœur. Même sans que Geom Muyang le dise, ils le savaient déjà tous.
Les anciens du village de Maga disaient souvent que le village n’avait jamais connu d’époque aussi bénie depuis la fondation du Culte du Démon Céleste. Et tous savaient à qui ils la devaient : au Jeune chef du Culte.
« Jeune chef du Culte. »
Jo Chunbae, qui se tenait au milieu de la foule, se fraya tardivement un chemin jusqu’à lui pour le saluer.
« Aubergiste, qu’en pensez-vous ? »
« C’est merveilleux. Je suis tellement heureux. »
Jo Chunbae leva les yeux vers l’auberge.
Au-dessus de l’entrée, l’enseigne portait les mots « Taverne du Vent Flottant », tracés d’une écriture hardie et vigoureuse.
« J’aime tout particulièrement cette calligraphie. »
Qui que fût son auteur, les caractères étaient vraiment magnifiques.
« J’ignore quel maître l’a écrite, mais transmettez-lui mes remerciements. J’aimerais lui offrir un verre. »
« D’accord. Je le dirai à mon père. »
« Merci. »
Jo Chunbae répondit distraitement, puis se figea soudain. Un frisson lui parcourut l’échine et son cœur se mit à battre à tout rompre.
« Qu’est-ce que vous venez de dire ? »
« Que je le dirai à mon père. »
« Pourquoi au chef du Culte ? »
« Parce que c’est mon père qui a écrit l’enseigne. »
Jo Chunbae fut si stupéfait qu’il se mit à trembler comme une feuille.
« Le chef du Culte a écrit cette enseigne ? Comment est-ce possible ? »
« C’est moi qui le lui ai demandé. »
Les villageois alentour levèrent eux aussi les yeux vers l’enseigne, l’air stupéfait.
« Oh là là, une personne aussi illustre… »
Jo Chunbae ne savait plus quoi faire. Rien que d’imaginer le chef du Culte du Démon Céleste écrire lui-même le nom de son auberge le bouleversait au point qu’il ne parvenait pas à trouver ses mots. C’était un véritable choc.
C’était encore plus émouvant que les mots qui avaient disparu avec le mur, autrefois.
Des larmes montèrent aux yeux de Jo Chunbae.
« Je ne sais pas comment vous rendre une telle faveur. »
« Vous me la rendrez en gardant le même goût, Aubergiste. Et maintenant, tout le monde, retrouvons-nous à la Taverne du Vent Flottant ! »
Pour Geom Mugeuk, il suffisait qu’ils vivent heureux devant le siège du Culte pour que cela ait un sens profond. Quoi qu’on en dise, son chemin démoniaque se trouvait au village de Maga.
« C’est moi qui inaugurerai l’établissement. Aubergiste, préparez la table ! »