Chapitre 828
« Tu faisais le fier, et maintenant tu te caches derrière ton père ? »
Hwa Moogi se moqua ouvertement de Geommugeuk.
Mais s’il pouvait le transpercer avec l’Épée Noire qu’il tenait en main, il ne pouvait pas blesser Geommugeuk avec des mots.
« Bien sûr que je vais me cacher derrière mon père. Derrière qui d’autre veux-tu que je me cache ? C’est là que je me sens le plus à l’aise. »
Geommugeuk n’éprouva aucune honte à se cacher derrière son père.
« Et mon père devrait profiter de l’occasion pour montrer ce qu’il sait faire. »
Geom Woojin s’avança lentement près de la table.
C’était la première fois qu’il faisait un pas en avant depuis l’arrivée de Hwa Moogi, aujourd’hui.
Hwa Moogi se déplaça lui aussi sur le côté, et tous ceux qui étaient assis à la table se levèrent pour se ranger derrière Geom Woojin.
Était-ce parce que son fils le regardait ?
Même face à l’Étoile meurtrière céleste, Geom Woojin ne montra pas la moindre tension. Il demeura calme et posé, au point d’en paraître majestueux.
Celui qui était tendu, en revanche, c’était le chef du Culte du Vent Céleste.
L’Étoile meurtrière céleste avait certes été ébranlée par les paroles de Geommugeuk, mais il l’avait affronté en personne.
Même sans cette étrange Énergie protectrice, cet homme n’était pas un adversaire ordinaire. On pouvait gagner un duel de mots, mais l’emporter au combat n’avait rien de facile.
Si le chef du Culte du Démon Céleste intervenait à ses côtés, l’Étoile meurtrière céleste pourrait recourir à une tout autre méthode que précédemment.
Et pourtant, son fils lui avait demandé de le rosser à moitié à mort avant de le faire rasseoir, et le père s’était avancé sans hésiter.
Et même en faisant abstraction de ces deux-là, pourquoi le Roi Démon du Poing était-il aussi calme ? Vu ses liens avec le chef de culte, il aurait dû être le plus inquiet de tous. Pourtant, il restait là, à observer en silence, sans même changer d’expression.
Tu n’es pas inquiet ? Je suis le seul à l’être, ici ?!
Le chef du Culte du Vent Céleste tourna son regard vers le Roi Poison.
Depuis l’arrivée de Geommugeuk, le Roi Poison semblait à moitié perdu dans son monde. Lui qui n’avait jamais détourné les yeux de la situation jetait maintenant sans cesse des regards par la fenêtre.
À la frontière entre son monde et la réalité… Peut-être était-ce lui qui faisait le plus confiance à Geommugeuk.
Le Roi de l’Épée régulait silencieusement ses blessures internes, mais lui non plus ne semblait pas inquiet. Bien sûr, il faisait confiance à Geom Woojin, mais il était évident qu’il faisait tout autant confiance à Geommugeuk. Depuis l’arrivée de celui-ci, son expression s’était complètement détendue.
Jin Peicheon et Baek Jagang, quant à eux, s’inquiétaient d’autre chose que le chef du Culte du Vent Céleste.
Ils avaient déjà montré de quoi ils étaient capables. Il ne restait plus que Geom Woojin.
À quel point le chef du Culte du Démon Céleste était-il fort ?
Si Geom Woojin perdait, ce serait un problème. S’il remportait une victoire écrasante, ce serait également un problème.
Hwa Moogi et Geom Woojin se faisaient face, à une dizaine de pas l’un de l’autre.
Hwa Moogi pointait son Épée Noire vers lui, mais Geom Woojin ne tira pas la sienne.
Hwa Moogi demanda, incrédule :
« Tu vas te battre à mains nues ? »
Il comprenait pourquoi. Geommugeuk ne lui avait pas demandé de le tuer, mais de le rosser à moitié à mort avant de le faire rasseoir. Même si son fils lui avait demandé une chose pareille…
« Tu veux me manquer de respect à ce point ? »
Le regard de Hwa Moogi se fit glacial.
S’il lui avait proposé un combat loyal, sans armes, il ne se serait pas mis en colère à ce point.
Mais là… Bats-toi comme tu veux, je te vaincrai à coups de poing… C’était du mépris pur et simple.
Clic.
Hwa Moogi rengaina son épée.
« Ce serait gênant de te faire battre devant ton fils. »
Geommugeuk répondit à sa place :
« Ce sera une blessure glorieuse pour son fils. Il s’en vantera toute sa vie, en disant qu’il l’a reçue pour lui. Grâce à ce fils si dévoué, il deviendra un père formidable. »
Une fois de plus, Hwa Moogi comprit qu’il ne pouvait pas tenir tête à Geommugeuk avec des mots.
Il décida de faire ravaler son arrogance à Geommugeuk. Il le ferait supplier pour sa vie devant son père.
Voyons ce que tu diras, après ça.
Geommugeuk lança à voix haute :
« Très bien, alors le premier qui sort son arme a perdu ! »
Alors que les deux hommes se préparaient à se battre à coups de poing, le chef du Culte du Vent Céleste prit la parole, inquiet :
« Son Énergie protectrice absorbe les chocs extérieurs pour les transformer en énergie interne. Un combat à mains nues le désavantage complètement. »
Personne ne savait exactement comment fonctionnait l’Art d’Absorption Démoniaque du Ciel Inversé de l’Étoile meurtrière céleste.
Agissait-il en permanence, en même temps que l’Énergie protectrice, ou ne s’activait-il qu’au moment de l’impact ? Impossible à dire.
Quoi qu’il en soit, Hwa Moogi l’avait activé en l’espace d’un instant, au moment où il avait été frappé.
La conclusion était simple : pour le tuer, il fallait déchirer son Énergie protectrice et lui enfoncer une lame dans le corps.
Impossible que Geom Woojin, qui avait observé le combat précédent, l’ignore.
Il en fait trop à cause du Jeune chef du Culte du Démon Céleste.
Geom Woojin lui fit signe d’approcher en agitant les doigts.
À ce geste majestueux, Hwa Moogi ricana.
« Le plus faible devrait attaquer le premier… »
Il n’eut pas le temps d’achever sa phrase.
Boum !
Hwa Moogi fut plaqué au sol.
En un éclair, Geom Woojin s’était rué sur lui, l’avait saisi par le col et l’avait écrasé par terre.
Le mouvement fut si rapide que Hwa Moogi ne put l’éviter. Étendu au sol, il affichait un air stupéfait.
« Quelle vitesse… »
Boum !
Le poing de Geom Woojin frappa l’endroit où se trouvait la tête de Hwa Moogi.
Crac !
Le sol s’affaissa sous le point d’impact, et des fissures se propagèrent en toile d’araignée.
Mais Hwa Moogi était déjà debout, à quelque distance. Au moment où le poing s’était abattu, il avait roulé sur le côté à toute vitesse.
Il était aussi rapide que Geom Woojin.
Les spectateurs en eurent le souffle coupé.
Hwa Moogi allait encore plus vite que lors de son combat contre eux. Son intention meurtrière avait changé ; on aurait dit qu’il avait atteint un niveau supérieur. Et c’était bien le cas.
Pourtant, Geom Woojin l’avait tout de même plaqué au sol.
Geom Woojin fonça de nouveau sur Hwa Moogi.
Celui-ci lui décocha un coup de poing. S’il s’agissait d’un affrontement d’énergie interne, il était convaincu de pouvoir vaincre même le chef du Culte du Démon Céleste.
Fouuu !
Fiiioou !
Au moment où leurs poings allaient entrer en collision…
Frouf !
Geom Woojin se déporta sur le côté.
Fouuu !
Son pied percuta de plein fouet l’abdomen de Hwa Moogi.
Thud !
Hwa Moogi recula en glissant de plusieurs pas. Lui comme les spectateurs restèrent stupéfaits.
Du poing au pied, les mouvements de Geom Woojin étaient fulgurants, comme si les étapes intermédiaires avaient été effacées.
Houng.
Le poing de Geom Woojin, lancé à sa poursuite, effleura le visage de Hwa Moogi. Celui-ci se pencha en arrière pour l’éviter, mais Geom Woojin avait déjà bondi dans les airs et frappait vers le bas du pied.
Boum !
Le sol se fendit sous le piétinement de Geom Woojin. Hwa Moogi l’évita de justesse et recula encore.
Il se trouvait maintenant à l’extérieur, de l’autre côté du mur brisé, dans la rue devant la Taverne du Vent Flottant.
Il ne put dissimuler sa stupeur. Geom Woojin était bien plus rapide et plus fort qu’il ne l’avait imaginé.
Geom Woojin avança lentement, et tous les autres le suivirent.
« Je n’ai jamais vu Père se battre avec les poings et les pieds. »
À ces mots de Geommugeuk, le Roi Démon du Poing répondit :
« Dans sa jeunesse, il préférait se battre à coups de poing. »
« Mon père ? »
« Beaucoup ont fini broyés par ces poings. »
Geommugeuk contempla le dos de son père. Chaque fois qu’il entendait des histoires sur la jeunesse de celui-ci, il avait du mal à se le représenter : un homme qui exprimait ses émotions et se battait à coups de poing.
Si la Boîte secrète devait me renvoyer dans le passé, elle aurait dû me faire remonter jusqu’à la jeunesse de Père.
Le Roi Démon du Poing se sentit soulagé, au fond de lui.
Il est devenu bien plus fort.
Il savait que Geom Woojin s’était récemment consacré à l’entraînement martial et avait progressé, mais il n’avait pas imaginé qu’il était devenu aussi puissant.
Si le Roi Démon du Poing le remarquait, les deux chefs d’alliance ne pouvaient-ils pas le voir, eux aussi ?
En regardant le combat, Jin Peicheon fut intérieurement stupéfait. Il l’avait encouragé, mais maintenant qu’il avait vu sa force, une autre inquiétude l’envahissait.
Il regarda Baek Jagang et comprit à son expression que celui-ci partageait ses pensées.
Ce n’était pas du soulagement.
C’était de la stupeur… et de l’inquiétude.
Le chef de culte Geom est plus fort que nous.
Il n’avait même pas encore dégainé son épée, et cela sautait déjà aux yeux. S’il la tirait et se battait sérieusement, l’écart pourrait être encore plus grand.
Était-ce pour cela ? Même si ce n’était pas le moment de s’inquiéter de telles choses, une pensée lui traversa l’esprit.
Le chef du Culte du Démon Céleste était-il le seul ? Les Suprêmes Démoniaques étaient plus forts que jamais, et d’éminents maîtres comme le chef du Culte du Vent Céleste et le Roi de l’Épée étaient également présents.
Et surtout…
Son regard se posa sur Geommugeuk.
Si Geommugeuk décidait, lui aussi, de suivre la volonté du chef du Culte du Démon Céleste…
On pourrait assister à une situation sans précédent, où l’Alliance du Murim serait contrainte de s’allier à l’Alliance des voies démoniaques. Jamais de toute sa vie il n’avait imaginé une telle chose.
Geom Woojin et Hwa Moogi se faisaient face de part et d’autre de la rue. Hwa Moogi avait déjà encaissé deux attaques, mais il semblait toujours aussi détendu.
« Peut-être est-ce parce que c’est l’énergie interne du chef du Culte du Démon Céleste… Elle a encore meilleur goût. »
C’était exactement la situation que redoutait le chef du Culte du Vent Céleste.
Pourtant, Geom Woojin ne montra pas la moindre inquiétude.
Frouf !
En un instant, les poings de Geom Woojin fusèrent vers Hwa Moogi, l’un après l’autre. Ils étaient incroyablement rapides.
Il esquiva le premier, mais pas le deuxième.
Thud !
Le poing de Geom Woojin frappa l’épaule de Hwa Moogi.
Lors du coup de pied précédent, il avait déjà senti quelque chose de semblable à un coup porté dans l’eau : une Énergie protectrice comme il n’en avait jamais connu.
Il avait l’impression qu’aucun choc ne se transmettait, comme si la douleur n’aurait pas dû exister.
Une nouvelle fois, leurs poings s’entrechoquèrent.
Geommugeuk sentait la profonde compréhension martiale qui se cachait dans chacun des mouvements de son père.
Pour les autres, il pouvait s’agir de simples échanges de coups de poing. Mais pourquoi attaquait-il sous cet angle ? Pourquoi esquivait-il ainsi ?
Les intuitions acquises en atteignant le douzième degré de perfection de l’Art démoniaque des Neuf Calamités s’exprimaient dans ses gestes.
Aucun mouvement n’était superflu. L’échange entre attaque et défense était parfait.
C’était aussi une conversation du corps. Les attaques posaient des questions ; les parades y répondaient.
Et dans cet échange, celui qui posait ses questions et y répondait avec le plus de précision était Geom Woojin.
Thud !
Hwa Moogi fut projeté dans les airs et s’écrasa contre des sacs de grain exposés devant une boutique de riz.
Chhhh !
Le riz se déversa des sacs éventrés comme une cascade.
Bien qu’il fût couvert de riz, Hwa Moogi sourit et lui fit signe d’approcher, comme pour lui dire qu’il pouvait continuer autant qu’il le voulait.
Le chef du Culte du Vent Céleste transmit ses pensées à Geommugeuk.
— Arrête-le avant que le combat ne s’éternise. Seule l’énergie interne du chef de culte s’épuise.
Il pensait que Geom Woojin se surmenait pour satisfaire la demande de son fils.
— À cause de toi, le chef de culte en fait trop.
Geommugeuk lui envoya une réponse inattendue.
— C’est parce que vous ne connaissez pas bien mon père.
— Quoi ?
— Mon père ne se battrait jamais en position de faiblesse pour moi. Au combat, il est froid.
Il voulait dire que Geom Woojin ne se laisserait jamais entraîner dans un combat désavantageux par ses émotions, surtout pas dans un combat comme celui-ci.
— Vous avez vu le combat précédent, n’est-ce pas ?
— Oui.
— Et malgré cela, il a choisi de se battre à coups de poing. Cela signifie qu’il est sûr de pouvoir gagner. Ce n’est pas pour moi qu’il le fait.
Même à cet instant, Geommugeuk faisait confiance à son père.
— Je peux m’inquiéter pour tous les autres, mais je n’ai pas besoin de m’inquiéter pour mon père.
À ce moment-là, le chef du Culte du Vent Céleste envia Geom Woojin.
Avoir ne serait-ce qu’un enfant qui lui faisait autant confiance… Cela devait être agréable.
Hwa Moogi écarta largement les bras pour le provoquer.
« Tu ne veux pas l’admettre devant ton fils, n’est-ce pas ? Tu as eu tort de te montrer arrogant. »
Le poing de Geom Woojin fusa de nouveau et s’enfonça dans l’Énergie protectrice fluide comme de l’eau.
Thud ! Thud ! Thud !
Hwa Moogi encaissa tous les coups de plein fouet.
On aurait dit un bras de fer entre deux volontés.
L’un disait : Frappe-moi autant que tu veux. L’autre répondait : Voyons combien de temps tu tiendras.
« À ce rythme, son énergie interne va s’épuiser complètement. »
Le chef du Culte du Vent Céleste exprima son inquiétude à voix haute, dans l’espoir que Geom Woojin l’entende.
Peut-être était-il si absorbé par sa colère qu’il ne se rendait pas compte de l’énergie qu’il perdait.
Hwa Moogi était repoussé sous les coups qui pleuvaient sur tout son corps, mais son expression restait radieuse.
« Tes attaques ne servent à rien ! Je ne sens rien du tout ! »
Thud ! Thud ! Thud !
Au milieu de cette pluie de coups, Hwa Moogi cria :
« Tire ton épée ! Reconnais ta défaite. »
Mais les poings de Geom Woojin ne faisaient que gagner en vitesse.
Thudthudthudthudthudthud !
Le plaquant contre le mur, il déchaîna une véritable tempête de coups.
Ils étaient comme les vagues et un rocher. Les vagues avaient beau s’écraser contre lui, le rocher ne bougeait pas. Hwa Moogi encaissait tout grâce à son Énergie protectrice.
C’était aussi comme un forgeron qui martelait du fer : plus il le frappait, plus le métal devenait solide et parfait.
Pourtant, Geom Woojin ne s’arrêta pas. Ses poings accélérèrent et frappèrent de plus en plus fort.
Tous observaient la scène en silence. Le chef du Culte du Vent Céleste jeta de nouveau un regard à Geommugeuk.
Tu es le seul à pouvoir arrêter ça !
À cet instant précis…
« Arrête ! »
Un cri retentit.
Le chef du Culte du Vent Céleste crut que Geommugeuk l’avait poussé.
Mais ce n’était pas lui.
Une épée fendit l’air.
Hwa Moogi avait dégainé son Épée Noire, et Geom Woojin avait reculé pour l’éviter.
Tous le fixèrent, stupéfaits. Il avait si bien résisté jusqu’ici. Ils avaient cru qu’il se contentait de les épuiser…
Et voilà que Hwa Moogi avait soudain tiré son épée. Celui qui avait crié « Arrête ! », c’était Hwa Moogi lui-même.
« … Ça suffit. »
Son visage était déformé par la douleur.
Le rocher s’était fissuré sous les vagues, et l’épée s’était brisée sous les coups du marteau.
Geommugeuk comprit que son père avait su depuis le début que les choses finiraient ainsi.
« Comment avez-vous compris qu’il supportait la douleur ? »
Il y avait deux raisons.
« Si ses arts martiaux étaient parfaits, il n’aurait pas cherché dès le départ à épuiser notre énergie interne. »
Le chef du Culte du Vent Céleste hocha la tête. C’était vrai. Si sa technique avait réellement été parfaite, vu son tempérament, il se serait battu avec bien plus d’arrogance.
Au lieu de cela, il l’avait dissimulée et s’était concentré sur l’épuisement de leur énergie et sur les blessures qu’il pouvait leur infliger.
Et Geom Woojin poursuivit, en donnant la seconde raison, décisive :
« S’il était aussi rusé, pourquoi n’a-t-il cessé de prétendre qu’il n’avait pas mal pendant qu’il se battait contre vous ? Il aurait dû feindre la douleur pour me faire baisser ma garde. »
Geommugeuk hocha la tête, comprenant la raison.
Pourquoi donc ?
« Parce que ça lui faisait trop mal. »