Chapitre 815
À mesure qu’il approchait, sa présence devenait plus imposante.
On aurait dit qu’il avançait en repoussant l’espace même par sa seule existence.
Jin Peicheon, le Chef de l’Alliance du Murim, qui était assis en face de Geom Woojin, se leva.
On ne pouvait pas accueillir une telle présence en restant tranquillement assis dans un fauteuil. De plus, Geom Woojin était l’hôte qui recevait cet homme aujourd’hui. Baek Jagang et lui n’étaient venus que pour lui prêter main-forte.
Jin Peicheon s’éloigna de la table et se tint un peu en retrait.
Frouf.
Un couteau de cuisine apparut et souleva le rideau de bambou qui masquait l’entrée de la cuisine. De l’autre côté, Baek Jagang lança d’un ton légèrement déçu :
« Ça mijotait à merveille. »
Il avait parlé avec désinvolture, mais ses yeux brillaient d’une acuité redoublée. Il éteignit le feu qu’il surveillait, posa le couteau et sortit de la cuisine.
Le Roi de l’Épée se déplaça lentement et s’adossa au mur du fond, non loin du coin où le Roi Poison était assis.
Il ignorait comment le Roi Poison se battait, mais il pensait que si l’adversaire chargeait, quelqu’un devrait d’abord lui barrer la route pour permettre aux Arts du poison du Roi Poison de donner toute leur mesure.
Le Roi Poison avait-il remarqué son intention ?
Il jeta un bref coup d’œil au Roi de l’Épée, puis reporta son regard vers l’entrée.
Entre-temps, l’adversaire était déjà arrivé devant la Taverne du Vent Flottant, enveloppé d’une tension prête à exploser à tout instant.
Un homme entra dans la Taverne du Vent Flottant.
Il avait de longs cheveux d’un noir profond et une grande stature. À première vue, sa carrure semblait parfaite pour la pratique des arts martiaux. Son regard était intense et une lueur rouge tourbillonnait faiblement dans ses pupilles.
Ce n’était ni une intention meurtrière ni une aura.
Ce n’était pas quelque chose qu’on émettait volontairement. C’était inné.
Tous ceux qui étaient présents le reconnurent. Cette aura était celle de l’Étoile meurtrière céleste. Aucun d’eux ne l’avait jamais vue de ses propres yeux.
Une épée unique pendait à sa taille, dans un fourreau noir.
Mais plus frappant encore, il était bien plus jeune qu’ils ne l’avaient imaginé.
À peine l’homme eut-il franchi le seuil de la taverne que cette présence écrasante disparut.
Le fait qu’il puisse la révéler et la dissimuler à volonté les empêcha toutefois de se détendre.
Sans hésiter, l’homme traversa la salle d’un pas assuré jusqu’à la table de Geom Woojin et s’installa sans façon à la place qu’occupait Jin Peicheon.
S’asseoir ainsi à côté d’ennemis qui se tenaient debout relevait de la folie.
Surtout quand ceux qui se tenaient là étaient le Chef de l’Alliance du Murim et le Roi Démon du Poing.
Sans la présence qu’il avait manifestée un instant plus tôt, on aurait pu croire qu’un passant ivre s’était égaré ici par erreur.
L’homme prit la tasse de thé qu’on avait servie à Jin Peicheon et la vida d’un trait.
Il reposa la tasse et parla poliment :
« Pas mal. »
On ne savait pas s’il parlait du thé ou des gens qui l’attendaient ici.
L’homme tourna les yeux vers Geom Woojin.
« Ainsi, vous êtes le chef du Culte du Démon Céleste de cette époque. »
Sa voix était aussi calme que son regard. Il ne cherchait ni à lui donner du poids ni à exhiber une aura sauvage et brutale. Il n’affectait pas non plus la légèreté.
Un adversaire dont il était difficile de mesurer le poids.
Telle fut la première impression qu’il donna.
Geom Woojin hocha la tête.
« Et vous devez être l’Étoile meurtrière céleste. »
L’homme sourit doucement.
« N’est-ce pas amusant ? Naître avec un destin déjà tout tracé… J’ai beau m’efforcer de mener une vie bonne par ma propre volonté, je finis toujours par provoquer un bain de sang. Chef du culte, pensez-vous qu’on puisse défier le destin ? »
Geom Woojin répondit à voix basse :
« Pourquoi me le demander ? Votre venue ici en est la preuve. »
Leurs regards s’entremêlèrent dans les airs.
« Si vous ne voulez pas qu’on vous appelle l’Étoile meurtrière céleste, dites-nous votre nom. »
« Si c’est vous qui le demandez, vous méritez de l’entendre. »
À côté de Geom Woojin, le Roi Démon du Poing se tenait prêt à frapper à tout instant. À ses yeux, ce calme était le comble du danger… et de l’arrogance.
« Hwa Moogi. »
L’homme était Hwa Moogi. Celui-là même qui, dans la vie précédente de Geommugeuk, avant sa régression, avait tué tous les chefs de culte et les chefs d’alliance réunis ici.
Hwa Moogi tendit sur le côté la tasse vide et ouvrit la main qui la tenait.
Clac.
La tasse tomba par terre et se brisa.
« Oui. Comme cette tasse qui est tombée et s’est brisée, je n’ai pas pu défier mon destin. »
Geom Woojin but lentement son thé.
Puis il laissa tomber sa propre tasse vide, exactement comme Hwa Moogi l’avait fait.
Mais cette fois, elle ne se brisa pas.
Juste avant de toucher le sol, elle s’éleva grâce à la Télékinésie du Vide et revint doucement à sa place initiale.
« On peut aussi défier le destin. »
Geom Woojin ajouta en regardant Hwa Moogi :
« Il fut un temps où j’aimais, moi aussi, entendre le bruit des objets qui se brisaient. »
Le visage de Hwa Moogi s’éclaira.
« Je suis heureux d’être venu vous voir en premier. Je me sens bien, maintenant. »
Mais la lueur rouge de ses pupilles s’intensifia.
Hwa Moogi promena lentement son regard sur toutes les personnes présentes.
Ses yeux croisèrent d’abord ceux de Jin Peicheon, puis se posèrent sur Baek Jagang.
À la façon dont il les regardait, il était évident qu’il savait que Jin Peicheon était le Chef de l’Alliance du Murim et que Baek Jagang dirigeait l’Alliance des voies démoniaques.
Pourtant, il ne manifesta aucune agitation.
Il observa ensuite les autres personnes présentes.
Le chef du Culte du Vent Céleste, le Roi Démon du Poing, le Roi de l’Épée et le Roi Poison.
Même s’il ignorait exactement qui ils étaient, il aurait dû pouvoir évaluer leur force. Pourtant, l’expression de Hwa Moogi ne changea pas.
Ses prochaines paroles sonnèrent donc comme une fausse modestie.
« Vous m’avez surestimé. »
« Ce n’est pas moi qui vous ai surestimé. »
Le nom que prononça Geom Woojin fut celui de Geommugeuk.
« C’est mon fils qui vous a surestimé. »
Dès le début, si Geom Woojin avait allumé la Flamme démoniaque, c’était à cause de Geommugeuk. Il avait cru que son fils avait tout organisé : éloigner plusieurs Suprêmes Démoniaques et laisser derrière eux le Roi Démon du Poing ainsi que le Roi Poison.
Et les prévisions de son fils s’étaient révélées justes.
L’homme capable de garder son calme dans une situation pareille était bel et bien venu.
*Mon fils… Est-ce lui que tu craignais ?*
Il y avait certainement de quoi le craindre.
Le potentiel inconnu qui émanait de cet homme était sans précédent pour Geom Woojin. Impossible de prévoir ce qui pouvait jaillir de lui.
Le simple fait qu’il reste calme dans une telle situation suffisait à le rendre extraordinaire.
« À vrai dire, c’est votre fils que je souhaitais le plus rencontrer. »
« Alors pourquoi êtes-vous venu me voir ? »
Hwa Moogi répondit d’une manière inattendue :
« Pour blesser votre fils. »
Plongeant son regard dans celui de Geom Woojin, il ajouta :
« En vous tuant. »
Le silence tomba dans la pièce.
À cet instant, Hwa Moogi venait de révéler clairement la raison de sa venue.
Il était venu tuer Geom Woojin.
Dans la vie précédente de Geommugeuk, il s’était d’abord rendu à l’Alliance du Murim, puis à l’Alliance des voies démoniaques et enfin au Culte du Démon Céleste.
Cette fois, il était venu d’abord au Culte du Démon Céleste.
Le Roi Démon du Poing serra discrètement le poing. Tuer le chef du Culte juste pour blesser Geommugeuk ?
À cet instant, le chef du Culte du Vent Céleste s’adressa à Geom Woojin :
« Tant mieux. »
Comme prévu, ce fut le chef du Culte du Vent Céleste qui rompit l’atmosphère étouffante.
« S’il avait dit qu’il voulait vous tuer parce que c’était le destin céleste ou je ne sais quelle autre absurdité, cela n’aurait-il pas été désagréable ? »
Geom Woojin entra dans son jeu.
« Alors, cela ne vous dérange pas que mon fils soit blessé ? »
« C’est le Jeune chef du Culte du Démon Céleste. Il saura faire de ses blessures une armure. Il deviendra un meilleur chef de culte encore. »
En entendant leur échange, Hwa Moogi éclata de rire.
Il riait vraiment souvent.
Il regarda autour de lui et changea de sujet.
« J’ai entendu dire qu’un sommet tripartite s’était tenu ici ? »
Hwa Moogi se leva brusquement et se dirigea vers le deuxième étage de la taverne.
En temps normal, le moindre faux pas ou une respiration mal placée aurait pu coûter la vie à quelqu’un, ici. L’endroit regorgeait de gens capables de le tuer sur-le-champ. Au premier signe d’attaque, l’enfer se déchaînerait.
Mais lui avançait avec naturel.
Ses mouvements n’avaient rien de spectaculaire ni d’exceptionnel.
Et parce qu’il offrait tant d’ouvertures, il était paradoxalement difficile de trouver le bon moment pour l’attaquer.
En se dirigeant vers l’escalier, il croisa le regard du Roi Poison et du Roi de l’Épée, qui se tenaient près du mur du fond.
Après les avoir dépassés, il s’arrêta au pied de l’escalier menant à l’étage et se retourna vers le Roi de l’Épée.
« Des cheveux de queue de cheval et les pieds nus. Alors c’est vous, le traître. »
Le Roi de l’Épée ne réagit pas et resta immobile.
« Vous avez du cran. »
Il voulait dire qu’après l’avoir trahi, le Roi de l’Épée avait tout de même osé se tenir là à l’attendre.
Le Roi de l’Épée prit enfin la parole. Il avait beau avoir autrefois appartenu à cette organisation, c’était la première fois qu’il voyait l’homme devant lui.
« Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi courageux que vous. »
Hwa Moogi esquissa un sourire.
« Mais je ne vous ménagerai pas pour autant. »
Il monta au deuxième étage.
Là, il observa les mots inscrits sur le mur.
« Ils sont vraiment là. »
Il semblait être venu en sachant que ces inscriptions s’y trouvaient.
Les mains derrière le dos, Hwa Moogi lut lentement chaque ligne. Quand il eut tout lu, il se pencha par-dessus la balustrade et baissa les yeux.
« Vous autres, vous êtes différents des factions orthodoxes, non orthodoxes et démoniaques que je connais. Tout ce qu’elles faisaient, c’était se battre sans relâche. »
Tous éprouvèrent le même doute.
Il était jeune. De quelle époque parlait-il donc ?
Était-ce un vieux maître qui avait rajeuni son corps ?
C’était tout à fait possible.
Pour l’instant, ils observaient prudemment Hwa Moogi et le laissaient mener la situation. Ce dont ils avaient le plus besoin, c’était d’informations à son sujet.
« Quand je partirai, je devrais moi aussi laisser une phrase ici. »
En bas, l’un d’eux ne supporta plus son désœuvrement.
« Si vous avez quelque chose à laisser, dites-le maintenant. Je l’écrirai pour vous. »
C’était le chef du Culte du Vent Céleste qui le provoquait.
Hwa Moogi s’appuya contre la balustrade et demanda :
« Qui ? »
Il n’avait pas l’air de le provoquer exprès ; il semblait sincèrement ne pas savoir.
Ce qui signifiait quelque chose d’incroyable.
Il était venu sans même savoir exactement qui se trouvait ici.
Il avait simplement passé une épée à sa taille et marché seul jusqu’au quartier général du Culte du Démon Céleste.
« Je ne suis pas quelqu’un d’important, inutile de vous soucier de moi. Contentez-vous de vous souvenir que je suis celui qui écrira vos dernières paroles. »
Le chef du Culte du Vent Céleste avait parlé par orgueil blessé, mais, heureusement, Hwa Moogi finit par le reconnaître.
« Ah, vous êtes le chef du Culte du Vent Céleste. »
Hwa Moogi hocha la tête.
« J’ai entendu dire que vous étiez aussi dans le Culte divin. »
Le regard du chef du Culte du Vent Céleste se glaça. L’air paisible qu’il avait affiché jusque-là s’évanouit.
« Et pourtant, on vous a envoyé ici. On dirait qu’ils voulaient vous voir mourir ici. »
Au lieu de se laisser provoquer, Hwa Moogi l’admit avec calme.
« C’est exact. Cet homme voulait que je meure. Avec vous tous. »
Il avait percé à jour les intentions du Maître du Palais des Ténèbres.
« Vous savez pourquoi je ne l’ai pas tué, même en le sachant ? Il s’est agenouillé et m’a supplié de l’épargner. Il a dit qu’il m’offrirait la tête du Jeune chef du Culte. »
Il était évident qu’il ne mentait pas.
L’homme en question était celui devant qui le Maître du Palais des Ténèbres — le cerveau de ce complot — s’était agenouillé pour implorer sa grâce.
Le véritable cerveau de toute cette affaire était cet homme.
Une fois la chose certaine, Geom Woojin sourit.
*Bien joué, mon fils.*
Il félicitait son fils d’avoir laissé le véritable cerveau de l’affaire entre ses mains.
Le chef du Culte du Vent Céleste répondit avec assurance :
« Même si vous ne l’aviez pas tué, le Jeune chef du Culte lui aurait tranché la tête. »
« Vous avez vraiment foi en votre Jeune chef du Culte. »
Hwa Moogi jeta de nouveau un coup d’œil au mur du deuxième étage.
« Eh bien… Il n’y a pas grand monde qui aurait pu accomplir quelque chose de pareil. »
Il désigna le mur du regard et poursuivit :
« Votre enfant est donc exceptionnel. Très bien. Mais que le Culte du Démon Céleste fréquente les sectes orthodoxes… vous ne trouvez pas cela un peu gênant ? »
Il posa sa question sans se retourner.
Tous savaient à qui il s’adressait.
« Pas du tout. »
Geom Woojin répondit fermement.
Jin Peicheon fut secrètement surpris.
*Le chef du Culte a répondu avec sincérité.*
Geom Woojin n’était pas homme à mentir. S’il ne voulait pas parler, il gardait simplement le silence.
Hwa Moogi modifia donc sa question.
« Alors, je vais devoir la poser à notre Chef de l’Alliance du Murim. »
Se tournant vers Jin Peicheon, il demanda :
« Pourquoi êtes-vous ici ? »
Jin Peicheon fut pris au dépourvu. Il ne s’attendait pas à une telle question.
S’il lui avait demandé s’il trouvait cela gênant, il aurait simplement répondu non.
Mais expliquer la raison de sa venue était compliqué.
« Est-il convenable que le Chef de l’Alliance du Murim fréquente ainsi le chef du Culte du Démon Céleste ? »
« Je ne suis pas ici en tant que Chef de l’Alliance du Murim. »
« Alors, en quelle qualité êtes-vous ici ? »
Après un bref silence, Jin Peicheon répondit calmement :
« Je suis ici en tant qu’ami de cet homme. »
En prononçant ces mots, Jin Peicheon se demanda lui-même s’ils étaient vraiment justes.
Un ami ? Leur relation était encore bien trop distante pour qu’on puisse l’appeler ainsi. Et même s’ils se rapprochaient, ils étaient des hommes qui ne pourraient jamais vraiment devenir amis.
Pourtant, sous la pression de Hwa Moogi, le mot « ami » lui avait échappé.
À cet instant, la voix de Geom Woojin résonna dans son esprit.
*Soyons amis, ne serait-ce qu’aujourd’hui.*
Comprenant parfaitement ce qu’il ressentait, Geom Woojin lui avait transmis ces mots. Jin Peicheon hocha la tête.
À cet instant précis…
Hwa Moogi s’écria soudain avec colère :
« Qu’est-ce que c’est que ces absurdités ? Chef Jin ! Vous ne devez pas rester ici ! Vous ne devez jamais vous associer à ce maléfique Culte du Démon Céleste ni à cette traîtresse Alliance des voies démoniaques ! »
Jin Peicheon et tous les autres furent stupéfaits.
Hwa Moogi venait de prendre un ton radicalement différent de celui qu’il avait employé jusque-là.
« Si vous vous associez à eux, vous le regretterez toute votre vie. Quittez cet endroit immédiatement, même maintenant ! »
Il avait l’air véritablement inquiet.
Comme Hwa Moogi se comportait soudain comme un tout autre homme, tous le fixèrent, perplexes.
« J’ai dit de partir ! Vite ! »
Pendant un instant, il eut l’air d’avoir perdu la raison.
Tous pensèrent qu’il se contentait de se moquer du Chef de l’Alliance du Murim en jouant la comédie.
Mais Geom Woojin remarqua quelque chose que les autres ne virent pas.
Pendant une fraction de seconde, l’aura rouge dans les yeux de Hwa Moogi disparut. À sa place, l’aura des sectes orthodoxes vacilla.
*C’était sans aucun doute l’aura de la Voie orthodoxe.*
Il ne jouait donc pas la comédie.
Après avoir longuement attendu, Geom Woojin finit par comprendre quelque chose d’essentiel.
*Il y a quelque chose à l’intérieur de cet homme.*