Chapitre 768
Ce n’était pas une présence qu’on ressentait simplement parce que l’adversaire était le Démon Céleste.
Même s’ils s’étaient croisés sur la route, il aurait éprouvé la même chose.
Au milieu de centaines de personnes, il l’aurait reconnu sur-le-champ.
Une présence impossible à dissimuler. Non… plutôt, une présence qu’il ne prenait même pas la peine de cacher.
« Père, votre fils est de retour après avoir achevé une nouvelle aventure ! »
Lorsque Geommugeuk lança sa salutation à voix haute, le Roi de l’Épée enfila pour une raison inconnue les chaussures qui pendaient à sa ceinture.
« Eh bien, frère d’armes. Allons-y. »
Il affichait le même sourire éclatant que d’habitude, mais Geommugeuk n’avait jamais été aussi nerveux.
Tout d’abord, comment son père réagirait-il à sa transformation complète ?
Et ensuite, accepterait-il le Roi de l’Épée ? Dans le cas contraire, que devrait-il faire ? Dire : « Ce n’est qu’un ami, vous n’avez pas à vous en soucier », ne suffirait pas : la force et la présence du Roi de l’Épée étaient bien trop imposantes.
Geommugeuk et le Roi de l’Épée marchèrent côte à côte le long du Chemin du Sang, jusqu’au pied de l’estrade du trône.
Le Roi de l’Épée joignit les poings et s’inclina respectueusement.
« Je suis Ak Gunhak. Grâce à votre fils, j’ai l’honneur de rencontrer la figure la plus noble du monde martial. C’est un honneur de faire votre connaissance. »
Le regard de Geom Woojin ne trahissait ni amitié ni hostilité. Ses yeux indifférents glissèrent jusqu’aux pieds du Roi de l’Épée.
« J’ai entendu dire que vous marchiez généralement pieds nus. »
Geommugeuk avait dû lui parler de lui.
« Il m’a semblé inconvenant de me présenter devant une personne aussi éminente sans chaussures. Je les ai donc mises. »
Ce n’était pas parce qu’il était intimidé par un homme plus fort que lui.
À l’origine, il avait prévu d’entrer pieds nus, mais en entendant Geommugeuk appeler « Père » son interlocuteur, il avait changé d’avis.
Ce n’était pas par respect pour le Démon Céleste, mais pour le père de Geommugeuk. Porter des chaussures était la plus grande marque de respect qu’il pouvait lui témoigner.
Les regards de Geom Woojin et du Roi de l’Épée se croisèrent dans les airs. Quelle que fût sa puissance, le Roi de l’Épée ne pouvait rivaliser avec le père. Mais sa force suffisait à le provoquer.
Voilà pourquoi Geommugeuk, qui observait la scène de côté, sentit son cœur trembler davantage encore.
Ses amis — Bih Sa-in, Jin Hagun — aucun d’eux n’avait jamais plu à son père.
« Père, cet homme aussi est mon ami. Je vous en prie, soyez indulgent avec lui. »
Le regard de Geom Woojin, jusque-là fixé sur le Roi de l’Épée, se tourna vers Geommugeuk.
Enfin, le moment était venu.
Après avoir observé son fils en silence, Geom Woojin se leva.
Il descendit les marches à un rythme régulier, ni trop lent ni trop rapide, sans faire le moindre bruit.
Geommugeuk avait souvent vu cette scène, mais pour le Roi de l’Épée, c’était différent.
À chaque pas de Geom Woojin dans sa direction, le cœur du Roi de l’Épée cognait violemment. Chaque foulée lui semblait être un coup de poing du Démon Céleste en plein cœur. S’il avait suivi son instinct, il aurait reculé d’un pas à chaque pas en avant de l’homme.
Geom Woojin s’arrêta devant Geommugeuk.
Même le Démon Lame du Ciel de Sang avait remarqué la transformation de son fils ; son père ne pouvait pas passer à côté.
Et, bien sûr, un léger sourire en coin apparut sur les lèvres de Geom Woojin — ce sourire que Geommugeuk aimait tant.
Aujourd’hui, ce sourire exprimait ceci :
« Après tout ce que tu as traversé, tu te présentes donc en ayant subi une transformation complète ? »
Oui, allez-y, souriez, Père. Il n’avait de toute façon jamais été du genre à éprouver de la jalousie.
Geommugeuk leva haut la main et se justifia :
« Je préfère le dire tout de suite : je suis bel et bien votre fils. Un fils indigne, qui a achevé sa transformation avant son père, mais votre fils tout de même ! »
Geom Woojin tendit alors la main.
Frouf. Il le saisit.
Geom Woojin attrapa Geommugeuk par les deux bras.
Pris au dépourvu, Geommugeuk tressaillit.
« Si vous essayez de vérifier si mon corps fraîchement transformé peut se déchirer, arrêtez ! Si vous insistez, Père, il va se déchirer ! »
Heureusement, son père ne cherchait pas à savoir si son corps allait se déchirer.
Frouf.
La main de Geom Woojin se posa sur l’épaule de son fils. Puis il commença à examiner tout son corps.
Il lui tâta les bras et les épaules, la taille et le dos, jusqu’aux jambes — avec minutie, sans brutalité.
De combien ses os s’étaient-ils allongés ? Comment sa peau et ses muscles avaient-ils changé ? Et l’équilibre de son corps ?
Le contact de son père lui était étranger. À bien y penser, hormis lorsqu’il était tout petit, son père ne l’avait jamais touché.
Pourtant, le geste de son père avait la délicatesse d’un Médecin Démoniaque examinant son patient. Il vérifiait lui-même si quelque chose s’était mal passé.
Même en le sachant, Geommugeuk ne pouvait s’empêcher d’être tendu. Son père pouvait le frapper sans prévenir, puis lui lancer :
« Tu as subi une transformation et tu n’as même pas réussi à esquiver ça ? »
Tout à fait son genre. Se souvenant du jour où, après avoir prétendu maîtriser l’Art de l’Épée Ascendante, il s’était fait gifler par une bourrasque de qi, il comprit qu’il devait redoubler de vigilance aujourd’hui.
Mais ce qui l’attendait fut cent fois plus sidérant que cette bourrasque.
Après avoir achevé son examen, Geom Woojin tourna son regard vers le Roi de l’Épée.
« Cet homme… »
Puis il reporta les yeux sur Geommugeuk et déclara d’une voix froide :
« Tue-le. »
C’était un ordre : tuer le Roi de l’Épée.
Geommugeuk en fut stupéfait, tout comme le Roi de l’Épée. Il s’était attendu à ce que le Démon Céleste ne lui réserve pas un accueil chaleureux, mais jamais il n’aurait imaginé qu’on lui ordonnerait de mourir.
« Allons, Père. Bon, c’est vrai qu’on aime peut-être tuer des gens, mais vous n’y allez pas un peu fort ? Il vient à peine d’arriver et il vous a salué poliment. Il ne mérite pas de mourir pour ça ! »
Mais Geom Woojin ne répondit rien, comme si son ordre allait parfaitement de soi.
« Enfin, il n’est pas plus beau que vous, alors ce n’est pas comme s’il vous avait volé une femme. Ou alors, est-ce quelqu’un qui vous a emprunté de l’argent quand vous étiez jeune avant de s’enfuir ? »
Bien sûr, ni les flatteries ni les plaisanteries ne firent effet.
Le Roi de l’Épée se demandait comment Geommugeuk allait gérer la situation. Ce fils savait vraiment surprendre, tout comme son père.
Geommugeuk poussa un profond soupir.
« Frère Ak, si l’ordre venait de quelqu’un d’autre, je pourrais peut-être désobéir. Mais celui de mon père est absolu. »
« Quoi ? Il compte vraiment me tuer ? »
Geommugeuk tira l’Épée du Démon Noir, comme s’il comptait réellement exécuter l’ordre.
Pris de court, le Roi de l’Épée le fixa, incrédule.
« Jeune chef du Culte du Démon Céleste, j’ai même mis vos chaussures… Vous allez vraiment faire ça ? »
Devant le chef du Culte du Démon Céleste, le Roi de l’Épée s’adressa à Geommugeuk avec un formalisme inhabituel, alors même que c’était lui qui venait d’ordonner sa mort.
« Qu’est-ce que je peux y faire ? C’est l’ordre de mon père. »
En voyant le sérieux absolu sur le visage de Geommugeuk, le Roi de l’Épée finit par accepter la situation.
Il balaya du regard le Pavillon du Démon Céleste, puis reporta les yeux sur Geommugeuk. Mourir de la main de Geommugeuk sous le regard du Démon Céleste, assis sur son trône…
« Eh bien, dans ce cas, c’est une belle façon de finir. »
Le Roi de l’Épée dégaina à son tour. Il avait déjà été prêt à mourir pour Geommugeuk au pied de la Montagne de l’Œil Céleste. Sa mort n’avait été que légèrement reportée. À cette pensée, son cœur s’apaisa étrangement.
Les deux hommes se firent face, leurs lames pointées l’une vers l’autre.
« Jeune chef du Culte du Démon Céleste, ne baissez pas votre garde. Je compte me battre de toutes mes forces. »
Geommugeuk le sentait : le Roi de l’Épée était vraiment prêt à mourir en combattant contre lui.
Bien sûr, s’il l’appréciait, ce n’était pas simplement parce que l’homme attachait ses cheveux et marchait pieds nus. C’était parce que, même face à la mort, il gardait son calme. À sa place, je serais incapable de mourir comme ça : mes talents ont bien trop de valeur pour ça.
Une lourde tension emplit l’air.
Alors le regard de Geommugeuk, jusque-là fixé sur le Roi de l’Épée, se tourna vers Geom Woojin.
« Vous allez le dire maintenant, non ? “Mon fils, ça suffit. Je vois que tu fais passer mon ordre avant ton amitié.” »
Mais Geom Woojin le fixa simplement en silence. Il comptait vraiment maintenir son ordre.
« Alors dites-moi au moins pourquoi. »
Pourtant, Geom Woojin ne répondit toujours pas.
« Là, c’est trop ! »
Geommugeuk rengaina l’Épée du Démon Noir.
« Vous savez bien que je ne peux pas le tuer. »
« Si tu désobéis, tu seras déchu de ton rang de Jeune chef du Culte du Démon Céleste. »
Le regard de son père ne laissait aucun doute : il ne plaisantait pas. Le Roi de l’Épée jeta un coup d’œil inquiet à Geommugeuk, se demandant s’il allait vraiment céder.
« Je renonce à mon rang de Jeune chef du Culte du Démon Céleste. »
Le Roi de l’Épée intervint aussitôt :
« Jeune chef du Culte du Démon Céleste, je ne mérite pas un tel sacrifice. »
« Bien sûr que non. »
« Quoi ? »
« Je ne renonce pas à mon rang parce que tu mériterais ce titre, frère Ak. Le siège qui détermine le destin de tant de gens au sein du culte n’a pas de prix. Même ma propre vie ne vaut pas autant que ce siège. »
Ces mots-là s’adressaient à son père. Les suivants étaient pour le Roi de l’Épée.
« J’ai envie de te tuer, mais je ne suis pas sûr d’en être capable, frère Ak. »
Geommugeuk n’en appela pas ici aux liens qui l’unissaient au Roi de l’Épée.
Il ne pouvait pas jouer la carte des sentiments en disant : « Comment pourrais-je tuer un ami ? » Cela n’aurait fait qu’aggraver les choses avec son père.
Ce choix aussi était une forme de respect envers le Roi de l’Épée.
Ce n’était pas qu’il ne pouvait pas le tuer parce qu’ils étaient proches : c’était qu’il était trop fort pour qu’il puisse le tuer.
Il faisait ainsi preuve d’égards envers l’homme martial qu’était le Roi de l’Épée.
« Père, cet homme est le plus fort de tous ceux que j’ai affrontés. Je n’ai même pas encore vu son ultime technique. »
Même devant son père, le Roi de l’Épée restait le Premier Roi des Douze Rois du Zodiaque.
Si sa dignité de combattant était bafouée ou son orgueil blessé, il ne pourrait pas rester aux côtés de Geommugeuk. Surtout pas devant lui. Si cela arrivait, il partirait, tout simplement.
« Père, votre fils risque de mourir ! »
Malgré tout, son père ne céda pas.
« Nous avons ton frère aîné. Je te vengerai même. »
« Je refuse. Voir mon frère devenir chef du Culte du Démon Céleste me rendrait malade. »
« Si tu ne tues pas cet homme, tu ne deviendras de toute façon pas chef du Culte du Démon Céleste. »
Geommugeuk regarda son père. Le moment était venu de poser la question.
« Pourquoi me mettez-vous à l’épreuve ? »
« À l’épreuve ? »
« Oui. Vous n’êtes pas du genre à donner un tel ordre. Si vous vouliez vraiment sa mort, vous l’auriez tué vous-même. »
À sa grande surprise, c’était bien une épreuve. Et sa raison était tout sauf celle qu’il avait imaginée.
« Je devais vérifier que tu étais toujours toi-même. »
« … Quoi ? »
Son père prononça alors des mots que Geommugeuk lui-même ignorait.
« Lors d’une transformation, ce n’est pas le changement du corps qui compte le plus. »
Geommugeuk baissa les yeux vers son propre corps.
« Après avoir vu cette peau lisse et senti ce parfum, comment pouvez-vous dire ça ? Et puis, mes os ont changé, et tout mon corps est si léger que je pourrais m’envoler. Si ce n’est pas ça, qu’est-ce qui pourrait bien compter davantage ? »
Geom Woojin plongea un regard perçant dans les yeux de son fils et répondit :
« Ton esprit. »
« ! »
« La transformation remodèle jusqu’aux méridiens de ta tête. Sais-tu pourquoi ceux qui l’accomplissent sont si rares dans le monde martial ? Parce que même si l’on endure la douleur physique, le changement de l’esprit rend la plupart des gens fous — ou les tue. »
Son père n’était généralement pas un homme loquace, mais quand il était question d’arts martiaux, il ne lésinait jamais sur les enseignements.
« As-tu changé d’une quelconque façon ? »
« J’ai l’esprit plus clair qu’avant. Je réfléchis plus vite, et ma mémoire me semble plus vive aussi. »
Il comprit alors que s’il était entré dans l’illumination après le premier échange avec le Roi de l’Épée, c’était sans doute à cause de cela.
« Ce qui compte, c’est la façon dont tu as changé. Même si ton esprit te paraît plus clair, ta personnalité aurait pu se déformer et devenir étrange. Mais à voir ta réaction pitoyable à l’instant… »
« “J’ai envie de te tuer, mais je ne suis pas sûr d’en être capable, frère Ak.” »
Geommugeuk n’en appela pas à ses liens avec le Roi de l’Épée à cet instant.
Il ne pouvait pas s’en tirer en jouant la carte des sentiments et en disant : « Comment pourrais-je tuer un ami ? » — cette approche se serait retournée contre lui avec son père.
En outre, ce choix permettait de préserver la dignité du Roi de l’Épée.
Ce n’était pas qu’il ne pouvait pas le tuer parce qu’ils étaient proches ; c’était qu’il ne pouvait pas tuer quelqu’un d’aussi fort.
Il faisait ainsi preuve d’égards envers l’homme martial qu’était le Roi de l’Épée.
« Père, cet homme est l’adversaire le plus fort que j’aie jamais affronté. Je n’ai même pas encore vu son ultime technique. »
Même devant son père, le Roi de l’Épée avait été le Premier Roi des Douze Rois du Zodiaque.
Si son statut de combattant était entaché ou son orgueil blessé, il ne pourrait pas rester aux côtés de Geommugeuk. Surtout pas devant lui. Si cela arrivait, il partirait.
« Votre fils pourrait mourir ! »
Face à cela, son père ne céda pas.
« Tu as ton frère aîné. Je me chargerai de te venger. »
« Non. Je ne supporterais pas de voir mon frère devenir chef du Culte du Démon Céleste. »
« Si tu ne tues pas cet homme, tu ne deviendras de toute façon pas chef du Culte du Démon Céleste. »
Geommugeuk regarda son père. Le moment était venu de poser la question.
« Pourquoi me mettez-vous à l’épreuve ? »
« Une épreuve ? »
« Oui. Vous n’êtes pas le genre d’homme à donner un tel ordre à la légère. Si vous vouliez vraiment sa mort, vous l’auriez tué vous-même. »
À sa grande surprise, c’était bel et bien une épreuve. Et sa raison était inattendue.
« Je devais m’assurer que tu étais resté toi-même. »
« … Quoi ? »
Suivirent des paroles que Geommugeuk lui-même ignorait.
« Lors d’une transformation, les changements du corps n’étaient pas ce qui comptait le plus. »
Geommugeuk baissa les yeux vers son corps.
« Après avoir vu cette peau lisse et senti ce parfum, vous dites ça ? Mes os ont changé, et tout mon corps est si léger qu’il pourrait s’envoler. Si ce n’est pas ça, qu’est-ce qui pourrait être plus important ? »
Geom Woojin fixa les yeux de son fils et répondit :
« Ton esprit. »
« ! »
« La transformation remodèle complètement jusqu’aux méridiens de la tête. Sais-tu pourquoi ceux qui la subissent étaient si rares dans le monde martial ? Même s’ils enduraient la douleur physique, beaucoup devenaient fous ou mouraient pendant les changements de l’esprit. »
Son père parlait rarement, mais quand il était question d’arts martiaux, il ne retenait pas ses enseignements.
« As-tu changé d’une quelconque façon ? »
« J’ai l’esprit plus clair qu’avant. Je réfléchis plus vite, et ma mémoire me semble plus vive. »
Il comprit alors que s’il était tombé dans une profonde réflexion après le premier échange avec le Roi de l’Épée, c’était pour cette raison.
« Ce qui comptait, c’était la façon dont tu avais changé. En dehors d’un esprit plus clair, ta personnalité aurait pu se déformer et devenir étrange. Mais à voir ta réaction pitoyable à l’instant… »
Son explication achevée, l’expression de Geom Woojin s’adoucit.
« Heureusement, tu ne sembles pas avoir changé. »
Cela signifiait que sa transformation était parfaite.
À vrai dire, Geommugeuk avait soupçonné que l’épreuve de son père avait un autre objectif. Il existait bien des façons de vérifier si l’esprit était resté intact.
Alors pourquoi lui ordonner de tuer le Roi de l’Épée ? Pour observer sa réaction.
La réaction du Roi de l’Épée serait-elle à la hauteur des attentes de son père ?
Et puisque leurs liens étaient déjà entremêlés, son père avait-il voulu les resserrer encore ?
Le Roi de l’Épée avait été prêt à donner sa vie pour obéir à son père, et Geommugeuk avait montré qu’il était prêt à renoncer à son siège de Jeune chef du Culte du Démon Céleste.
Geom Woojin avait dû savoir que son fils ne tuerait jamais vraiment le Roi de l’Épée.
Geom Woojin se retourna et remonta vers l’estrade du trône en parlant :
« Félicitations, mon fils. »
« ! »
Geommugeuk fixa son père, abasourdi.
« Félicitations, mon fils. »
Ces quelques mots le bouleversèrent : il en sentit toute la sincérité.
« Merci, Père. »
Geommugeuk inclina la tête en signe de gratitude.
« Je n’avais pas l’intention de me marier dans cette vie non plus, mais Père continue d’ébranler ma résolution. »
Il ne laissa pas cette bonne humeur s’évanouir.
« Père, pour célébrer ma transformation, accordez-moi une faveur. »
Geom Woojin demanda d’un air perplexe : « Quelle faveur ? »
Il ne manquait pas d’aplomb.
« Veuillez offrir l’Épée de la Fleur Blanche à frère Ak. »
Un silence s’installa.
« Tu parles de l’Épée de la Fleur Blanche, l’une des Quatre Grandes Épées précieuses du Culte ? »
« Oui. »
L’Épée de la Fleur Blanche comptait parmi les quatre épées précieuses du Culte du Démon Céleste, aux côtés de l’Épée du Démon Céleste, de l’Épée du Démon Noir et de l’Épée de l’Esprit Maléfique.
Si l’Épée du Démon Noir était brutale et destructrice, et que l’Épée de l’Esprit Maléfique recelait un qi sombre et malveillant, l’Épée de la Fleur Blanche dégageait une aura douce et noble.
« Je souhaite offrir l’Épée de la Fleur Blanche à frère Ak. »
Le Roi de l’Épée en resta interdit. Quand il avait appris que Geommugeuk lui trouverait une épée précieuse, il n’avait pas imaginé qu’il s’agirait de l’une des quatre épées du culte. Il connaissait la réputation de l’Épée de la Fleur Blanche.
« Jeune chef du Culte du Démon Céleste, cette épée est bien trop précieuse pour moi. »
Le Roi de l’Épée déclina poliment l’offre.
« Malgré tout, c’est une épée qui te va bien, frère Ak. »
« Je ne suis pas un homme aussi noble. Je n’accepterai que votre geste, Jeune chef du Culte du Démon Céleste. »
Alors Geom Woojin donna un ordre à la cantonade :
« Apportez-moi l’Épée de la Fleur Blanche. »
À ces mots, le Roi de l’Épée tressaillit, tandis que Geommugeuk adressait un sourire à son père.
« Me voilà bien embêté. Je me demande déjà comment je pourrai me tenir devant Père quand ce jour arrivera. »
Mais pour l’instant, le Roi de l’Épée passait avant tout.
« Je vous en prie, ne donnez pas un nouvel ordre du genre : “Utilise cette épée pour tuer cet homme !” »
Le Roi de l’Épée fut gêné par la plaisanterie de Geommugeuk.
Même devant le Maître du Palais des Ténèbres, il n’avait jamais perdu son sang-froid. Pourtant, aujourd’hui, ce père et ce fils l’avaient surpris et décontenancé plus de fois qu’il ne pouvait les compter.
« Alors, quoi ? Vous allez vraiment me donner cette précieuse Épée de la Fleur Blanche ? L’une des Quatre Grandes Épées précieuses du Culte du Démon Céleste ? »
Soit. Si Geommugeuk voulait la lui offrir, il pouvait le comprendre. Cet homme était du genre à faire une telle chose.
Mais le Démon Céleste lui-même ? Et à quelqu’un qui avait autrefois affronté le Culte du Démon Céleste en ennemi ?
Alors qu’il était encore perdu dans ses pensées, Hui apparut, un étui à épée entre les mains.
Geommugeuk croisa son regard.
« Oncle, ça faisait longtemps. »
Les yeux de Hui, dissimulés derrière son masque, se plissèrent légèrement, comme s’il souriait. Son regard semblait dire :
« Félicitations pour votre transformation, Jeune chef du Culte du Démon Céleste. »
Après lui avoir remis l’étui, Hui disparut sans un bruit.
Comme Geommugeuk prenait l’étui de l’Épée de la Fleur Blanche, Geom Woojin lui dit :
« C’est un cadeau de félicitations. »
« Merci, Père. »
Geommugeuk s’inclina respectueusement, puis se tourna et tendit l’étui au Roi de l’Épée sous les yeux de son père. Bien sûr, il n’oublia pas sa plaisanterie.
« Ouvre-le avec précaution. Il pourrait exploser. »
Le Roi de l’Épée baissa les yeux vers l’étui en silence, abasourdi. Il n’aurait jamais imaginé recevoir aussi facilement une épée d’une telle valeur.
« Pourquoi… m’offrez-vous un cadeau pareil ? »
Comme le Roi de l’Épée posait la question à Geom Woojin, Geommugeuk s’interposa aussitôt :
« Hé, c’est moi qui te l’offre ! Pourquoi tu demandes à Père ? Regarde-moi ! »
Mais le Roi de l’Épée continua de regarder Geom Woojin.
L’expression de Geom Woojin ne trahissait toujours ni bienveillance ni hostilité lorsqu’il répondit :
« Disons… que tu as meilleure allure avec des chaussures. »
« Non, ces chaussures aussi, c’était mon cadeau ! »
« Vous êtes tous cinglés. » Il ne pouvait pas le dire à voix haute, alors il adoucit plutôt ses paroles.
S’inclinant respectueusement, le Roi de l’Épée déclara :
« Je comprends enfin comment quelqu’un comme le Jeune chef du Culte du Démon Céleste a pu voir le jour. »