Chapitre 764
Un vaste espace s’ouvrit devant ses yeux.
Son ampleur écrasante n’avait rien à voir avec celle du faux tombeau qu’il avait découvert plus tôt, à l’intérieur de la formation.
C’était ici que tous les anciens chefs de l’Alliance reposaient pour l’éternité après leur mort.
Geommugeuk se tenait à la frontière entre les vivants et les morts. Il les salua d’une voix forte.
« Je suis Geommugeuk, le Jeune chef du Culte du Démon Céleste. Bien que nos chemins diffèrent, je respecte les grandes vies des Aînés qui ont protégé la leur à l’aide d’une seule épée. En cette ère du monde martial, des forces cherchent à troubler l’ordre de l’Alliance des voies démoniaques et à prendre le contrôle du monde martial. Je suis venu les arrêter ; je vous prie donc de me pardonner cette intrusion sans autorisation. »
Après s’être profondément incliné et leur avoir rendu hommage, Geommugeuk entra. Puis, fidèle à lui-même, il ajouta une dernière phrase.
« J’admire et respecte le chef actuel de l’Alliance ! Et je suis ami avec son successeur ! Alors, veuillez me traiter avec indulgence ! »
Il resta un moment à l’entrée, submergé par le poids des innombrables années qui emplissaient les lieux. Le parfum de l’encens persistait, ténu, dans l’air sec et lourd.
L’intérieur était vaste, mais il pensait avoir assez de temps pour tout explorer. Même Danso Jin ne pouvait pas aller et venir ici librement. Lui aussi ne pouvait y entrer qu’aux jours fixés.
Mais le temps n’était pas ce qui comptait. Si le destin le voulait, il trouverait ce qu’il cherchait en moins d’une heure ; sinon, il ne le trouverait jamais, même après dix ans passés ici.
Il ne pouvait qu’espérer que le dernier orbe lui était destiné.
L’intérieur formait un immense cercle et, au fond, en son centre, se dressait la statue d’un artiste martial assis sur le Trône.
Bien qu’il ne s’agît que d’une statue, elle dégageait une autorité écrasante : elle semblait représenter le fondateur de l’Alliance des voies démoniaques. Des yeux de jade rouge sang enchâssés dans ses orbites lui conféraient une présence terrifiante, même à ceux qui croisaient simplement son regard.
Devant elle se trouvait un autel où l’on pouvait présenter des offrandes, entouré de dizaines de piliers.
Chaque pilier portait des inscriptions : les récits de tous les chefs de l’Alliance qui les avaient précédés.
Un pilier pour une vie.
Le lieu de leur naissance, les arts martiaux qu’ils avaient maîtrisés, la manière dont ils étaient devenus chefs de l’Alliance, leurs accomplissements durant leur mandat et, enfin, le moment et la façon dont ils étaient morts : tout y était gravé.
Chaque pilier était un fragment de l’histoire de l’Alliance des voies démoniaques.
Geommugeuk parcourut lentement les inscriptions.
Lire la vie d’un autre, surtout lorsqu’elle se résumait à quelques lignes gravées, pouvait être une tâche atrocement fastidieuse.
Mais Geommugeuk le savait : on pouvait toujours tirer une leçon des choix d’autrui. Une vie ne suffisait jamais à faire soi-même tous les choix possibles.
Aussi se mit-il à lire les décisions les plus importantes prises par les chefs de l’Alliance au cours de leur existence, ainsi que leurs conséquences.
Lorsqu’il eut terminé le récit d’une vie, il passa au pilier voisin, en lut une autre, puis une troisième.
Parfois, il souriait ; parfois, il fronçait les sourcils. Certains chefs de l’Alliance lui inspiraient de l’admiration, tandis que d’autres lui faisaient se demander comment ils avaient bien pu occuper cette fonction.
En poursuivant sa lecture, un nom attira son attention.
Joo Ga-shin.
Le même Joo Ga-shin qui avait été le plus grand maître de l’Alliance des voies démoniaques et son chef, trois cents ans plus tôt.
On racontait que le « Tombeau de l’Épée », sous le lac où il avait affronté les Douze Rois du Zodiaque, était son lieu de repos. La rumeur avait attiré d’innombrables maîtres là-bas, autrefois.
Pourtant, sa véritable dépouille reposait en réalité ici.
Geommugeuk se mit à lire le récit de la vie de Joo Ga-shin : comment il s’était entraîné aux arts martiaux, comment il était devenu l’Épée Unique de l’Alliance des voies démoniaques et comment il avait fini par accéder au poste de chef de l’Alliance.
— Après être devenu chef de l’Alliance, il garda toujours auprès de lui un loup nommé Loup Rouge.
Un chef de l’Alliance qui se promenait partout avec un loup ? Voilà qui était impressionnant.
Parmi ses exploits, un passage en particulier retint l’attention de Geommugeuk.
— Avec l’Épée divine de l’Empereur martial, il détruisit le Palais de la Volonté Céleste.
« Ah, Joo Ga-shin était là, lui aussi ! »
Trois cents ans plus tôt, le jour de l’ultime bataille sanglante entre l’Alliance du Murim et le Palais de la Volonté Céleste, le Culte du Démon Céleste n’avait pas été le seul à intervenir. L’Alliance des voies démoniaques avait également pris part à la guerre, menée en personne par son chef de l’époque, Joo Ga-shin.
Ce n’était pas un hasard si le dernier orbe avait été conservé ici. Il était désormais évident que le fil du destin noué trois cents ans plus tôt se prolongeait jusqu’à aujourd’hui.
Il ne l’aurait jamais su s’il n’avait pas lu ce pilier avec attention.
Geommugeuk poursuivit sa lecture des piliers restants. Il n’y avait toujours aucun pilier au nom de Baek Jagang. Quand celui-ci mourrait, on en érigerait sûrement un en son honneur, lui aussi.
« Mon nom trouvera-t-il un jour sa place dans l’histoire des chefs de l’Alliance des voies démoniaques ? »
— Avec le Jeune chef du Culte du Démon Céleste, il détruisit le Palais de la Volonté Céleste d’un seul coup !
Je l’espère, chef de l’Alliance.
Après avoir achevé la lecture de l’histoire inscrite sur tous les piliers, Geommugeuk se dirigea vers l’endroit où étaient conservées les reliques des anciens chefs de l’Alliance.
Leurs manuels secrets étaient exposés dans des vitrines. Chacun renfermait une technique divine sans pareille ; qu’un seul volume tombe entre de mauvaises mains, et le monde martial serait plongé dans le chaos.
Bien sûr, Geommugeuk ne les ouvrit même pas. Ce qui l’intéressait, c’étaient plutôt les objets exposés devant eux : l’orbe pouvait peut-être se trouver parmi eux.
Il y avait des armes de toutes sortes : armures, brassards, armes cachées, et même les vêtements et les chaussures autrefois portés par les chefs de l’Alliance. La collection comptait d’innombrables objets.
Aucun n’était étiqueté ; impossible de savoir à qui ils avaient appartenu.
Geommugeuk s’abstint de les toucher.
Personne ne le surveillait, mais il observa tout de même les règles de bienséance avec le plus grand soin. Il examina toutefois chaque objet de près, au cas où l’orbe aurait été dissimulé parmi eux.
Mais, même après avoir inspecté chaque pièce, la Boîte secrète ne réagit pas.
« Évidemment. Ils ne l’auraient pas caché dans un endroit aussi évident. »
Il savait, au vu de la façon dont il avait obtenu les précédents, qu’il ne serait pas facile de trouver celui-ci. Il se rappela l’Œil noir, récupéré au Culte du Vent Céleste. Quand So Baekta était devenu le nouveau chef du Culte du Vent Céleste, il lui avait demandé l’orbe en disant : « Réglons ça avec ça. »
À première vue, cela avait semblé assez simple. Mais en repensant à tout ce qui avait précédé, il savait que ça n’avait rien eu de facile.
Cette fois, Geommugeuk se dirigea vers les murs qui entouraient la salle.
Le long de la paroi circulaire se dressaient des statues de pierre représentant des artistes martiaux, chacune tenant une épée pointée vers le sol comme si elle montait la garde.
Sur le mur, derrière elles, des fresques représentaient les anciens chefs de l’Alliance des voies démoniaques dans diverses scènes.
On les voyait couverts de sang, livrés à de féroces combats ; brandissant des bannières et poussant des cris au milieu de champs jonchés de cadavres ; fendant des falaises d’un seul coup d’épée.
Certaines scènes les montraient courant avec un enfant dans les bras, d’autres commettant des massacres sans pitié. C’était un panorama de toutes les facettes de leur existence.
Ces fresques recouvraient presque entièrement l’immense mur, et le spectacle à lui seul était saisissant.
Les statues formaient un cercle parfait et se tenaient toutes à la même distance des fresques.
Elles étaient bien trop nombreuses pour n’être que des gardiennes symboliques du tombeau. De plus, l’écart entre chacune avait été mesuré avec une telle précision qu’il ne s’en écartait pas d’un cheveu.
« Qui protégez-vous, ainsi alignées ? »
Geommugeuk posa la main sur le mur, entre deux statues. Il était épais — si épais qu’un maître martial ne pouvait normalement pas percevoir ce qui se trouvait derrière. Mais Geommugeuk, dont les arts martiaux avaient atteint le sommet, parvenait à discerner faiblement ce qui se trouvait de l’autre côté.
« Il y a un espace derrière ce mur. »
Il tourna les yeux vers les statues qui encerclaient la salle ronde.
« Alors, derrière chaque intervalle entre ces statues se trouve le cercueil d’un ancien chef de l’Alliance ! »
En vérité, ces statues étaient des gardiennes : des sentinelles de pierre protégeant les cercueils des chefs de l’Alliance auxquels elles correspondaient.
Pourtant, aucun passage n’était visible sur le mur. Pas la moindre trace. Il devait sûrement exister un mécanisme ingénieux pour les ouvrir, dissimulé au point d’échapper à toute détection.
« Si l’orbe se trouve dans l’un de ces cercueils… »
La situation serait impossible.
Il était essentiel de trouver le dernier orbe, mais hors de question de briser le mur et d’ouvrir les cercueils.
Pas seulement à cause de Danso Jin, mais aussi de Baek Jagang et de Bih Sa.
« Pourvu qu’il ne soit pas caché là-dedans. »
Geommugeuk se mit à faire le tour de la salle, examinant une à une les statues gardiennes.
« Allez, Boîte secrète, manifeste-toi ! Que les yeux de l’une de ces statues s’illuminent d’une lueur violette, que l’ornement suspendu à la garde de l’épée tombe par terre ! »
Mais ce n’était qu’un vœu de Geommugeuk. Même après avoir inspecté toutes les statues gardiennes, la Boîte secrète resta muette.
Il vérifia même la statue assise sur le tapis du Trône, puis bondit dans les airs pour examiner le plafond, mais il ne trouva toujours aucun orbe.
« Et si… l’orbe n’était pas ici ? »
Non, c’était impossible.
— Si le chef de l’Alliance des voies démoniaques ne meurt pas, le monde martial court à sa perte.
C’était une prophétie.
Ces gens avaient cherché à tuer le chef actuel de l’Alliance et à découvrir l’emplacement de ce lieu pour s’emparer eux-mêmes de l’orbe.
« Non, il doit être ici. »
Une fois de plus, Geommugeuk posa les yeux sur les murs entre les statues.
« Il ne reste plus que cet endroit. »
Il devait bien y avoir quelque part un mécanisme permettant d’ouvrir les portes cachées. Sinon… il lui faudrait découper discrètement le mur, sans laisser de trace.
Cette pensée arrêta Geommugeuk. Il se rendit compte qu’il agissait avec une impatience qui ne lui ressemblait guère. Il avait les poings serrés sans même s’en apercevoir. C’était parce qu’il s’agissait du dernier orbe. Son cœur battait à tout rompre.
« Les orbes que j’ai trouvés jusqu’ici… aucun ne m’est échu par la force. »
Il desserra lentement les doigts. Seule une main ouverte pourrait espérer tenir l’orbe lorsqu’il le trouverait enfin.
Geommugeuk s’assit lourdement sur place.
« Ah, chefs de l’Alliance, ce junior indigne va se reposer un instant. Nous autres, membres du Culte du Démon Céleste, avons le sang chaud par nature ; veuillez nous pardonner. »
Sa voix résonna dans toute la salle. Assis là, il pensa soudain à Baek Jagang.
Cet homme lui manquait, ainsi que sa façon de le regarder de ses petits yeux. Chef de l’Alliance, venez donc ici le trouver vous-même !
« Avec le temps, vous aussi viendrez reposer ici, chef de l’Alliance. »
Un jour, on peindrait aussi Baek Jagang sur ces fresques.
Et plus tard encore, peut-être Bih Sa les rejoindrait-il. Une fois qu’il aurait quitté les lieux, Geommugeuk n’y reviendrait jamais : il ne verrait jamais ces peintures futures.
« Si vous me manquez trop, je viendrai peut-être m’y faufiler un jour. »
Il se représenta Bih Sa le réprimandant parce qu’il s’imaginait toujours mourir le premier, et ne put s’empêcher de sourire.
Un peu plus calme, il regarda de nouveau autour de lui. Son regard se posa sur les fresques. Jusqu’à quelques instants plus tôt, il n’avait pas prêté attention aux œuvres et s’était concentré uniquement sur les vibrations de la Boîte secrète.
« Ah, Joo Ga-shin doit figurer quelque part sur ces peintures, lui aussi. »
Même s’il ne pouvait reconnaître personne d’autre, il voulait retrouver Joo Ga-shin. C’était le seul dont il connaissait véritablement l’existence. Si l’orbe avait été caché ici, c’était forcément Joo Ga-shin qui avait décidé de sa cachette.
Mais il était impossible de savoir qui étaient les chefs de l’Alliance représentés sur les fresques ; chercher Joo Ga-shin était donc peine perdue.
Il en allait de même pour les objets et les manuels secrets : aucun ne portait de nom. Quelle Alliance peu accueillante !
Assis là, Geommugeuk contemplait les fresques lorsqu’un détail attira soudain son regard.
C’était la peinture d’un loup. Son pelage cramoisi était si éclatant et magnifique qu’il ne put s’empêcher de s’exclamer :
« Waouh, quel bel animal ! »
Il allait passer son chemin, mais son regard revint vers le loup.
Au même instant, une phrase lui revint en mémoire.
— Après être devenu chef de l’Alliance, il garda toujours auprès de lui un loup nommé Loup Rouge.
Loup Rouge — le loup au pelage cramoisi !
Geommugeuk se leva d’un bond et se précipita vers la fresque.
En observant le loup de près, il ouvrit de grands yeux, stupéfait.
Le loup portait une armure ouvragée autour du cou et du corps, et un orbe était enchâssé dans sa cuirasse.
« Un orbe bleu ! »
L’orbe qu’il avait autrefois récupéré sur la Statue du Loup de fer de l’Alliance des voies démoniaques : c’était la Pureté bleue.
Geommugeuk tourna les yeux vers le chef de l’Alliance qui se tenait à côté du loup sur la fresque.
C’était un homme d’âge mûr, vêtu d’habits cérémoniels, représenté comme s’il s’apprêtait à partir au combat. Il avait une allure majestueuse et imposante : un guerrier qui semblait parfaitement assorti à son compagnon à quatre pattes.
À cet instant, les yeux de Geommugeuk s’écarquillèrent davantage encore. Une autre sphère, violette celle-là, était attachée à la ceinture de l’homme.
« Cet homme… c’est Joo Ga-shin ! »
L’orbe bleu sur l’armure du loup pouvait être une coïncidence, mais pas celui, violet, à la ceinture de Joo Ga-shin.
« Alors Joo Ga-shin a obtenu deux orbes, ce jour-là. »
Il avait dû en cacher un dans la Statue du Loup de fer. Mais l’autre… où l’avait-il placé ?
Geommugeuk bondit et retourna à l’endroit où étaient conservées les reliques divines, à la recherche de la ceinture que Joo Ga-shin portait sur la fresque.
« Te voilà ! »
La ceinture était bien là. Il n’y avait plus d’orbe attaché, mais Geommugeuk le sentait : elle dégageait une énergie mystérieuse, ténue.
« Permettez-moi de vous l’emprunter un instant, chef de l’Alliance. »
Geommugeuk prit délicatement la ceinture à deux mains.
« Peut-être aurions-nous même pu nous rencontrer ce jour-là. »
Mais la Boîte secrète l’avait ramené à la réalité avant même que cette bataille, trois cents ans plus tôt, ne commence. S’il était resté là-bas, il aurait peut-être vraiment rencontré Joo Ga-shin en personne.
Geommugeuk baissa silencieusement les yeux vers la ceinture qu’il tenait, puis l’attacha autour de sa taille. Rien ne se produisit.
Son regard se reporta sur la fresque.
« Et si… ? »
Geommugeuk s’approcha lentement et se plaça à côté de la Statue du Loup de fer, exactement comme Joo Ga-shin sur la peinture.
Fshhh—
À cet instant, il sentit l’ornement métallique de la ceinture attiré vers la statue, comme s’il était aspiré par une force magnétique invisible.
Clac !
Un faible bruit mécanique résonna à l’intérieur de la statue du loup.
Puis —
Frrr !
Une section du mur, entre deux statues gardiennes à l’autre bout de la salle, pivota et s’ouvrit en grand. Un cercueil émergea lentement du passage qui venait de s’ouvrir. La porte et le cercueil faisaient partie d’un mécanisme d’une complexité stupéfiante.
Geommugeuk comprit instinctivement.
« C’est le cercueil de Joo Ga-shin ! »
Clac-clac…
Le couvercle du cercueil glissa doucement sur le côté et s’ouvrit entièrement.
Les yeux tremblants, Geommugeuk s’approcha.
Lorsqu’il regarda à l’intérieur, son cœur fut submergé par l’émotion.
Les os blancs de Joo Ga-shin reposaient dans le cercueil. Ses mains squelettiques étaient croisées sur sa poitrine et, niché entre elles, se trouvait un orbe.
Le dernier orbe qu’il cherchait : la Pureté violette.
Après trois cents ans, l’orbe s’était enfin révélé au monde, irradiant une lumière violette éclatante.
Wouuuung—
La Boîte secrète, dans ses bras, se mit à vibrer plus fort que jamais. La puissance qu’elle renfermait rugissait, comme si elle résonnait avec l’orbe.
« Fais plus de bruit, Boîte secrète ! »
À cet instant, les cinq énergies qui sommeillaient dans le corps de Geommugeuk s’éveillèrent toutes en même temps.
« J’ai enfin trouvé le plus jeune ! »