Chapitre 729
« Attention, attention. Il y a une pierre. Regarde où tu mets les pieds. »
Seo Daeryong, qui marchait aux côtés de Dan Ah, surveillait attentivement le sol.
« Ça va ! À nous voir, on croirait qu’on traverse une formation. »
Le ventre de Dan Ah était arrondi. Elle n’était plus qu’à deux ou trois mois d’accoucher.
« Tu dois être fatiguée. Laisse-moi te porter. »
Seo Daeryong se moquait éperdument de ce que les autres pouvaient penser. Il s’accroupit pour lui proposer de monter sur son dos, mais Dan Ah lui posa doucement les mains sur les épaules et lui dit :
« Marcher et bouger, même exprès, c’est un bon exercice. Ça nous garde, le bébé et moi, en bonne santé. Je vais rentrer maintenant, alors continue sans moi. »
« Laisse-moi te raccompagner. Je te verrai rentrer avant de partir. »
« Je t’ai dit que ça allait. Va, Maître t’attend. »
Dan Ah était sortie uniquement pour dire au revoir à Seo Daeryong, qui partait s’entraîner.
« Tu es sûre que tu pourras rentrer seule ? »
« Pourquoi ? Tu crois que des ennemis m’attendent en embuscade sur le chemin du retour ? »
Seo Daeryong s’inquiétait sans cesse pour elle, mais il n’avait jamais été aussi heureux qu’en ce moment. Il avait été ravi de l’épouser, mais lorsqu’il avait appris qu’elle était enceinte, il avait été fou de joie. Quand elle le lui avait annoncé, il en était resté sans voix.
Je vais être père ?
Impossible de décrire une telle émotion. Elle n’avait rien à voir avec la joie qu’il avait ressentie en devenant le premier disciple du Pavillon des Enfers, ni avec celle d’être devenu le disciple du Démon Lame du Ciel de Sang. C’était un bonheur d’une tout autre nature, si immense qu’il lui semblait souvent irréel.
Bien sûr, ses inquiétudes étaient à la mesure de sa joie. Le bébé devait naître en bonne santé. Dan Ah devait être en sécurité. L’enfant devait bien grandir. Il portait déjà le poids de toutes les préoccupations à venir.
« Attends un instant. »
Seo Daeryong posa doucement la main sur le ventre de Dan Ah.
« Le petit est calme aujourd’hui. »
Dan Ah lui sourit. La vie pouvait-elle vraiment être aussi belle ?
« J’y vais. »
« Rentre prudemment. Ne trébuche pas. »
« Je suis encore une artiste martiale, tu sais. Ce n’est pas parce que je suis enceinte que j’ai perdu mon énergie interne ! »
Après l’avoir saluée, Seo Daeryong arriva à la résidence du Démon Lame du Ciel de Sang.
« Je suis en retard, Maître. »
L’attitude de Seo Daeryong n’avait plus rien à voir avec celle qu’il avait eue auprès de Dan Ah. À l’entraînement, il était plus appliqué que quiconque.
Il salua le Démon Lame du Ciel de Sang et s’apprêtait à gagner la cour quand celui-ci l’interpella :
« Emporte ceci. »
« Qu’est-ce que c’est ? »
Le Démon Lame du Ciel de Sang lui tendit des herbes médicinales.
« Le Médecin Démoniaque a envoyé quelqu’un pour les apporter. »
« Le Médecin Démoniaque ? »
« Il a dit que c’était bon pour la mère et le bébé, et qu’il fallait en prendre. »
« Pourquoi le Médecin Démoniaque m’enverrait-il ça ? »
« Comment veux-tu que je le sache ? »
Seo Daeryong n’avait jamais été assez proche de lui pour recevoir un tel cadeau.
Une voix familière s’éleva alors gaiement derrière lui.
« Pour quelle autre raison ? Un ami lui a demandé un service. »
Seo Daeryong se retourna, surpris, et aperçut Geommugeuk.
« Jeune chef du Culte du Démon Céleste ! »
Seo Daeryong se précipita vers Geommugeuk.
Près de la fenêtre, le Démon Lame du Ciel de Sang semblait encore plus surpris que Seo Daeryong.
« Cette personne, là-bas, est l’ami du Médecin Démoniaque. »
« Ah ! »
Seo Daeryong regarda son maître, stupéfait. Comment avait-il pu ignorer une chose pareille ?
Autrement dit, son maître avait fait préparer le remède.
Avant que Seo Daeryong ait pu le remercier, le Démon Lame du Ciel de Sang s’éloigna de la fenêtre et disparut à l’intérieur.
Geommugeuk prit la parole à sa place.
« Mon disciple, j’ai personnellement demandé au Médecin Démoniaque de préparer ce remède. Ancien, vous pourriez au moins accepter qu’on vous en attribue un peu le mérite ! »
Seo Daeryong éleva la voix, le cœur débordant de gratitude.
« Merci, Maître ! »
Aucune réponse ne vint de l’intérieur.
Geommugeuk félicita alors Seo Daeryong.
« Alors, tu vas enfin être père. »
« Celui d’entre nous qui semblait le moins susceptible de se marier, le plus laid et le plus pitoyable… va être père. »
Rien que d’y penser, Seo Daeryong sentit sa gorge se nouer.
« C’est grâce à vous, Jeune chef de culte, et à mon maître. »
« Je t’offrirai quelque chose plus tard pour fêter ça. »
« Je n’ai besoin de rien. Votre seule existence est un cadeau, Jeune chef de culte. »
« Vraiment ? J’avais l’intention de t’offrir quelque chose de très cher et de précieux. »
« … »
« … »
« Mon enfant ne sait pas encore que vous existez… alors, peut-être qu’un cadeau serait tout de même nécessaire. »
Geommugeuk éclata de rire, et Seo Daeryong rit avec lui.
La voix du Démon Lame du Ciel de Sang s’éleva alors de l’intérieur.
« Si vous êtes là, cessez de bavarder et entrez. »
En pénétrant dans la pièce, Geommugeuk lança à Seo Daeryong :
« Un jour, il faudra que tu me transmettes tes enseignements secrets. Sur la façon d’élever un enfant. »
« Commence par en avoir un toi-même ! »
Sur ces mots, Geommugeuk entra dans la chambre du Démon Lame du Ciel de Sang. Dès qu’il eut franchi le seuil, il inspira profondément pour savourer le parfum des lieux.
« Ah, cette odeur de livres ! Comme elle m’avait manqué ! »
Le Démon Lame du Ciel de Sang, qui affichait toujours un air étonné, lui demanda :
« Tu as vraiment atteint la Grandeur des dix étoiles ? »
« Non, je suis redescendu parce que c’était trop difficile. »
Mais le Démon Lame du Ciel de Sang ne le crut pas. Il observa Geommugeuk, le regard empreint d’une certitude absolue.
« Tu l’as vraiment atteinte. »
« Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? »
Il pensait la même chose que son père.
« Tu ne serais pas redescendu autrement. »
Le sourire enjoué de Geommugeuk s’effaça. Il joignit les poings avec respect et s’inclina profondément.
« Grâce à vous, Ancien, qui m’avez montré la bonne voie, j’ai pu atteindre l’achèvement et revenir. Je vous en remercie du fond du cœur. »
Le regard du Démon Lame du Ciel de Sang s’adoucit et se fit solennellement respectueux tandis qu’il contemplait Geommugeuk incliné.
Lui aussi joignit les poings et lui rendit son salut.
« Félicitations pour avoir atteint l’achèvement de l’Art démoniaque des Neuf Calamités. »
Ce n’était pas à Geommugeuk qu’il rendait hommage, mais à l’art lui-même. L’Art démoniaque des Neuf Calamités méritait le respect même lorsqu’on le déployait à son niveau ordinaire ; à présent qu’il avait atteint l’achèvement, il le méritait plus encore.
Après avoir échangé leurs saluts, le Démon Lame du Ciel de Sang contempla Geommugeuk en silence.
Geommugeuk l’avait souvent stupéfié, mais jamais autant qu’à cet instant.
Oui, il avait toujours cru que Geommugeuk atteindrait sans aucun doute la Grandeur des dix étoiles. Mais il n’avait jamais imaginé que cela arriverait si tôt.
Même lorsqu’il avait appris que les dix étoiles étaient désormais à sa portée, il avait pensé qu’il lui faudrait encore plusieurs années.
Après tout, même Geom Woojin, qu’on avait autrefois qualifié de génie envoyé par le Ciel, n’avait atteint les dix étoiles que bien plus tard dans sa vie.
« Qu’as-tu l’intention de faire maintenant ? »
À la question du Démon Lame du Ciel de Sang, Geommugeuk prit un livre sur l’étagère, s’assit au bord du lit et l’ouvrit.
« J’ai entendu dire que les grands hommes échouent après avoir réussi parce qu’ils essaient de bouleverser leur vie d’un seul coup. Même quand les choses changent radicalement, il vaut mieux n’y apporter que de petits changements. Mais ils veulent tout transformer, trop vite. »
Les yeux baissés sur les pages, Geommugeuk releva la tête et croisa le regard du Démon Lame du Ciel de Sang.
« Rien ne changera. Même après avoir quitté le Culte et être revenu, je viendrai d’abord vous présenter mes respects. Je m’assiérai toujours ici pour lire. Je continuerai d’apprendre les techniques de poing auprès de mon maître. Je continuerai à échanger des passes avec le Suprême de l’Épée. Et je continuerai à aider le Roi Poison dans ses recherches sur les poisons. »
Et grâce à la force de cette vie qui ne changerait pas, j’atteindrai la Grandeur des douze étoiles.
* * *
De retour dans sa résidence, Geommugeuk exécuta la Technique de transfert spatial.
Une vaste plaine s’étendit devant ses yeux.
Il y invoqua l’Esprit du Démon Céleste.
L’Esprit du Démon Céleste ne s’était pas manifesté devant son père, mais cette fois, il apparut aussitôt.
« Pourquoi ne t’es-tu pas montré devant Père ? »
En plongeant son regard dans ses yeux, Geommugeuk comprit au moins que ce n’était pas par peur. Son père avait deviné la vérité sans même voir cet esprit.
Avec un grand sourire, Geommugeuk décrivit les lieux à l’Esprit du Démon Céleste.
« J’ai créé cet espace avec la Technique de transfert spatial. La plupart du temps, c’est ici que nous nous retrouverons. »
Dans le monde extérieur, il n’y aurait pas beaucoup d’endroits où il pourrait invoquer l’Esprit du Démon Céleste sans gêner personne.
« Alors, même si l’endroit ne te plaît pas, ne le détruis pas. C’est celui qui m’est le plus cher. »
L’Esprit du Démon Céleste contempla gravement le monde au sein de la Technique de transfert spatial.
« Ça ne fait rien. J’ai l’habitude de parler aux gens silencieux. Si tu as été créé à partir de moi, je doute que tu sois vraiment taciturne. Alors, montre-toi tel que tu es. J’aime les gens bavards… ou plutôt, j’aime les Esprits du Démon Céleste bavards. »
Il aurait même apprécié un sourire, mais l’Esprit du Démon Céleste ne réagit pas.
Puis Geommugeuk remarqua sa taille.
« Toi ! Tu as changé, pas vrai ? »
Il se rendit compte que son apparence avait changé. L’Esprit du Démon Céleste portait désormais une épée à la taille. Et, à sa grande surprise, cette épée ressemblait à l’Épée du Démon Noir.
Ce changement était survenu après qu’il eut maîtrisé la Septième Forme de l’Art démoniaque des Neuf Calamités.
Et il y avait encore une autre différence.
En y regardant de près, Geommugeuk remarqua sur la poitrine de l’Esprit du Démon Céleste un motif discret qui n’y était pas auparavant. Son corps était noir comme l’encre, et le motif se distinguait difficilement ; impossible d’en discerner la forme exacte.
Il se dit qu’il ne pourrait voir la forme ultime de l’Esprit du Démon Céleste qu’après avoir maîtrisé la Neuvième Forme.
Fouish—
Geommugeuk s’éleva devant le visage de l’esprit et plongea son regard dans le sien.
Son regard et son aura changèrent tandis qu’il flottait dans les airs. Il n’avait plus l’air enjoué et bavard qu’il avait affiché jusque-là ; il avait retrouvé le calme taciturne de l’homme qu’il était avant sa régression. Au fond de ses yeux se lisait une profonde solitude, où résidait sa sincérité.
« Je t’ai invoqué aujourd’hui pour te féliciter d’avoir appris ton premier art martial. Ça fait du bien, de recevoir des félicitations. »
Geommugeuk s’adressa à l’Esprit du Démon Céleste avec un calme discret.
« Félicitations. »
Et alors il le vit : au fond des yeux sombres et abyssaux de l’Esprit du Démon Céleste, une lueur vacilla. Il ne comprenait pas seulement ses paroles…
*Il peut aussi ressentir des émotions !*
* * *
Dans les ténèbres, un vieil homme était assis.
Le dos droit, les mains jointes devant son dantian, il avait les yeux brillants dans le vide, comme s’il régnait sur les ténèbres elles-mêmes.
Srrrk—
Un cercle noir apparut sur le sol devant lui, d’où s’éleva une silhouette vêtue de noir.
L’homme en robe noire se prosterna et fit son rapport.
« Le Jeune chef du Culte du Démon Céleste est revenu. »
Les yeux du vieil homme flamboyèrent dans l’obscurité.
« Il est donc enfin revenu ! »
On aurait dit qu’il attendait depuis toujours que Geommugeuk descende des monts Daecheon.
« Transmets l’ordre de passer à l’action. »
« Oui. »
Mais au moment même où l’ordre fut donné…
« Je vous en prie, suspendez votre ordre un instant. »
Celle qui se révéla n’était autre que la Maîtresse du Palais des Prêtresses Gaye, la même femme qui avait autrefois informé le vieil homme de l’apparition de l’orbe rouge dans le monde. Dans ce lieu où tout était plongé dans les ténèbres, elle portait une robe d’un blanc immaculé.
« Que faites-vous ici ? »
« Venez avec moi, je vous prie. »
Elle ne serait pas venue si la situation n’avait pas été urgente.
Le vieil homme se leva. Son subordonné en robe noire s’enfonça dans le sol.
Quand le vieil homme bougea, un phénomène stupéfiant se produisit : les ténèbres qui l’entouraient le suivirent comme un être vivant.
Il ne s’agissait pas simplement d’une énergie sombre émanant de son corps. Les ténèbres elles-mêmes s’accrochaient à lui.
Ffffff—
Les ténèbres changèrent de forme. Parfois, elles flottaient comme des nuages qui l’enveloppaient et dérivaient à ses côtés. Parfois, elles se déformaient, lui donnant l’apparence d’un spectre démoniaque.
Puis, comme si un rayon de lumière descendait des cieux, une colonne d’obscurité tomba du plafond et l’enveloppa de la tête aux pieds.
Les ténèbres bougeaient comme si elles étaient vivantes.
Au bout du couloir, au-dessus d’une porte, étaient dessinés l’emblème de la Boîte secrète et six orbes.
Derrière se trouvait l’endroit où ils avaient déjà discuté tous les deux.
Une grande Boîte secrète reposait dans un coin, et le plafond était entièrement constellé d’étoiles.
« Qu’y a-t-il ? »
Gaye leva les yeux vers le plafond, le regard tremblant.
« Regardez là-haut. »
Le vieil homme leva la tête. À cet instant, ses yeux flamboyèrent dans les ténèbres.
Parmi les étoiles peintes au plafond, la plus grande, au centre, était illuminée.
Cela ne pouvait signifier qu’une chose.
« Il s’est éveillé. »
« ! »
Un silence stupéfait et incrédule envahit les lieux. C’était véritablement inimaginable.
« Il s’est éveillé de lui-même ? »
« Oui. »
« C’est impossible ! »
La fureur du vieil homme déferla, et les ténèbres qui le drapaient se dispersèrent dans toutes les directions, comme des bêtes effrayées. Sa silhouette apparut tout entière.
Son visage portait les marques profondes du temps. Ses rides, creusées les unes sur les autres comme les cernes d’un arbre ancien, rendaient son âge impossible à deviner. Ses traits disparaissaient sous ces plis.
Quiconque le voyait se serait demandé comment un homme si âgé pouvait garder le dos aussi droit, lancer un regard si féroce et parler d’une voix aussi puissante.
C’était nul autre que le Maître du Palais des Ténèbres de cette époque.
Le Maître du Palais des Ténèbres, Hwa Mu-gyeong.
Quelles que fussent les circonstances, Hwa Mu-gyeong avait toujours su maîtriser son esprit. Mais à cet instant, même lui était ébranlé.
« Comment est-ce possible ? »
Gaye prononça alors un seul nom.
« Il s’est éveillé le jour où le Jeune chef de culte est descendu de la montagne. »
« ! »
Les yeux de Hwa Mu-gyeong flamboyèrent.
« Que voulez-vous dire ? Le Jeune chef de culte l’aurait éveillé en descendant de la montagne ? »
Contre toute attente, Gaye le croyait.
« Je crois qu’ils sont liés par un même destin. »
Elle prononça ces mots avec assurance.
« C’est forcément le Jeune chef de culte qui l’a éveillé. »
Lorsque le plan reposant sur le Serpent volant de sang avait échoué, Hwa Mu-gyeong y avait songé.
*Devrais-je l’éveiller ?*
Mais Gaye l’en avait empêché, en l’avertissant que le monde martial serait noyé dans une mer de sang. Hwa Mu-gyeong le savait aussi : l’éveiller était une solution de dernier recours. Et il y avait une différence immense entre être éveillé par autrui et s’éveiller de sa propre volonté.
« Même éveillé, il ne peut pas briser le sceau du lieu où il est emprisonné. »
Alors, cela arriva.
Flare—
L’une des innombrables étoiles au plafond s’illumina.
Tous deux la fixèrent, stupéfaits.
Flare—
Une autre étoile, non loin de là, s’illumina.
Flare, flare !
Une étoile s’allumait, puis s’éteignait aussitôt, tandis qu’une autre s’embrasait.
Celle-ci s’illuminait puis s’éteignait, puis une autre faisait de même. La séquence se répétait encore et encore…
Flareflareflareflareflareflare—
Une constellation se forma. Parmi les innombrables constellations, une configuration brillait de mille feux.
Hwa Mu-gyeong et Gaye savaient tous deux exactement ce que cela signifiait.
« Il a commencé à briser le sceau. »