Chapitre 730
« Combien de temps faudra-t-il pour briser le sceau ? »
À la question de Hwa Mu-gyeong, Gaye leva les yeux vers les étoiles au plafond. Une fois une constellation achevée, aucune autre ne s’illumina.
« Je l’ignore. Je n’ai jamais entendu parler de quelqu’un qui ait brisé seul le sceau de la Formation interdite de l’Âme des soixante-douze étoiles. »
Si la personne emprisonnée à l’intérieur avait été quelqu’un d’autre, elle aurait répondu qu’il était impossible de le défaire. Mais lui, qui s’était éveillé du sceau par sa propre force…
« Dans le meilleur des cas, cela prendra quelques mois. Dans le pire, des années. Vous devez vous préparer au plus vite. »
La peur persistait dans sa voix. Depuis longtemps, elle vivait avec la crainte que tout le monde meure s’il se réveillait.
Hwa Mu-gyeong, en revanche, resta calme. Au début, la nouvelle de son réveil l’avait stupéfié et laissé incrédule, mais si son éveil était confirmé, la marche à suivre était claire.
« Nous n’avons plus beaucoup de temps. »
Et, dans le peu de temps qu’il leur restait, une seule chose devait être faite.
« Nous avons une dernière chance. Si nous récupérons les Six Énergies originelles avant que le sceau ne soit brisé, nous pourrons le maîtriser. »
Hwa Mu-gyeong appela aussitôt quelqu’un.
« Hwe ! »
Un cercle noir se forma alors au sol, et l’homme vêtu de noir réapparut.
« Va transmettre le message. Récupère l’énergie à tout prix. »
« À vos ordres ! »
L’homme en noir s’enfonça dans le sol et disparut.
Gaye leva de nouveau les yeux vers le plafond. Dans son esprit, elle imagina toutes les constellations s’illuminer d’un seul coup.
« J’ai peur. »
À ces mots sincères, Hwa Mu-gyeong s’approcha lentement de la Boîte secrète, posée dans un coin.
Il leva la main et la caressa doucement. Le dos de sa main sèche était profondément ridé.
Son regard posé sur la Boîte secrète exprimait un immense regret. Il avait tant de choses à dire, pourtant, comme toujours, ses regrets ne s’exprimaient pas en paroles et s’enfonçaient plutôt dans les rides profondes de son visage.
« J’aime ton honnêteté. Quand tu es surprise, tu le reconnais ; quand tu as peur, tu l’avoues. Tu n’as pas l’hypocrisie de tes aînés. »
Les ténèbres qui s’étaient dispersées sous l’effet de la peur se rassemblèrent de nouveau autour de Hwa Mu-gyeong.
Comme si elles connaissaient l’humeur de leur maître, elles cessèrent leurs facéties pour devenir une obscurité profonde et glaciale qui s’étendait autour de lui.
« Oui, tu as raison de trembler de peur. Après tout, il est question de nous emparer du monde des arts martiaux. »
* * *
Geommugeuk contemplait l’enseigne.
Lune Cachée.
Chaque fois qu’il la voyait, une seule émotion l’envahissait.
Le regret.
Il savait mieux que quiconque combien Gowol avait travaillé pour que le bâtiment portant cette enseigne s’élève au quartier général du Culte du Démon Céleste.
C’était pourquoi les remontrances de l’ancien chef du Culte du Vent Céleste au sujet de Gowol lui étaient plus précieuses que n’importe quelles autres paroles. Elles lui rappelaient toujours de ne pas oublier les mérites de Gowol.
Geommugeuk entra dans le bâtiment. Aucun artiste martial ne gardait l’entrée.
À la place, les murs du couloir étaient garnis des mécanismes les plus perfectionnés. Lorsque Gowol lui avait fait découvrir les lieux, ils n’étaient pas encore opérationnels, mais ils fonctionnaient désormais à plein régime.
Au bout du long couloir bordé de mécanismes se trouvait enfin la salle des opérations.
« Bienvenue, Jeune chef du Culte du Démon Céleste. »
Gowol salua Geommugeuk avec respect.
« Tu as meilleure mine que la dernière fois. »
« Quelqu’un veille sur ma santé avec encore plus de zèle que moi, n’est-ce pas ? »
Il voulait dire que l’ancien chef du Culte du Vent Céleste prenait bien soin de lui.
« Comment va l’ancien chef du Culte du Vent Céleste, ces derniers temps ? »
« Il s’acharne à perdre du ventre. Chaque jour, il me harcèle pour que je le prévienne immédiatement si je trouve un art martial qui puisse l’aider à maigrir. Il m’a même dit que les arts démoniaques feraient l’affaire. »
Geommugeuk, qui savait bien que c’était probablement vrai, éclata de rire.
« Viens, fais le tour des lieux. »
La salle des opérations était en pleine effervescence.
Des dizaines d’ouvertures percées dans les murs déversaient des informations venues des quatre coins des plaines Centrales, tandis qu’on les triait d’un côté de la salle.
On aurait dit une version miniature du Pavillon de la Communication Céleste.
« Il y a un endroit que je dois inspecter. »
Geommugeuk ouvrit une porte dans le bureau de Gowol. Derrière se trouvait une pièce où celui-ci avait installé un simple lit pour se reposer.
« Je le savais ! J’en étais sûr ! »
Des livres et des documents étaient empilés à côté du lit.
Gowol, embarrassé, tenta de se justifier.
« C’est juste ce que je lis quand je n’arrive pas à dormir. »
« Dans ces moments-là, contente-toi de fermer les yeux. »
Geommugeuk emporta tout ce qui se trouvait dans la pièce.
« C’est un ordre. »
« Oui ! J’obéirai sans faute. »
Qui aurait bien pu désobéir à un tel ordre ?
Après avoir inspecté la Lune Cachée, Gowol lui remit les documents qu’il avait préparés à l’avance.
« Voici le compte rendu des principaux événements qui se sont produits dans le monde des arts martiaux pendant votre séjour dans les monts Daecheon. »
Geommugeuk parcourut lentement les documents rassemblés par Gowol.
Leurs ennemis avaient même utilisé l’énergie de l’Essence rouge pour tenter de le capturer, mais ils avaient échoué.
Il ne faisait aucun doute qu’ils tramaient un nouveau complot. Parmi ces événements, l’un d’eux au moins devait être lié à leurs manigances.
« Y a-t-il eu récemment un événement qui mérite notre attention ? »
« Oui, un incident récent a retenu mon attention. »
« Lequel ? »
« Avez-vous déjà entendu parler du Tombeau de l’Épée ? »
Geommugeuk acquiesça. À cette époque, dans le monde des arts martiaux, il n’existait qu’un seul Tombeau de l’Épée digne de ce nom.
« N’est-ce pas l’endroit où les maîtres d’autrefois se seraient rassemblés pour combattre jusqu’à périr tous, à la fin ? »
« C’est bien cela. Le lieu est devenu célèbre parce qu’on raconte que ces maîtres se sont battus pour des trésors et des artefacts si précieux qu’ils valaient qu’on risque sa vie. »
Dans sa vie précédente, Geommugeuk était déjà entré dans le Tombeau de l’Épée. Bien sûr, il ne cherchait pas ses trésors, mais quelqu’un qui s’y était aventuré.
« La rumeur s’est répandue qu’une carte indiquant l’emplacement du Tombeau de l’Épée avait été découverte, et l’agitation gagne le monde des arts martiaux. Certains sont déjà morts dans la lutte pour s’en emparer. »
Le regard de Geommugeuk s’aiguisa.
Le Tombeau de l’Épée n’aurait pas dû apparaître si tôt. Il était censé se révéler bien plus tard et déchaîner une tempête sanglante dans le monde des arts martiaux.
Le Tombeau de l’Épée s’ouvre déjà ?
À l’expression de Geommugeuk, Gowol comprit la gravité de la situation.
« Quelque chose vous préoccupe ? »
Un événement d’une telle ampleur venait de prendre beaucoup d’avance sur le calendrier prévu.
Il pouvait être lié aux forces qui agissaient dans l’ombre ; et même si ce n’était pas le cas, c’était sans aucun doute un incident qui méritait leur attention.
« Enquête sur cette affaire en partant du principe qu’elle est liée à eux. »
« Oui, j’ai compris. »
Gowol ne posa aucune question. Dans son travail de collecte d’informations, lui aussi avait pu constater à quel point leurs ennemis savaient ourdir des complots de toutes sortes.
« Tiens, distribue ceci aux hommes. »
Geommugeuk sortit de sa robe une pile d’enveloppes. Elles contenaient des billets à ordre d’une valeur considérable.
« Rien de tel pour remonter le moral des troupes. »
Il le dit assez fort pour que tout le monde l’entende et brandit une enveloppe. Les hommes au travail affichèrent aussitôt un large sourire.
« On dit que plus un homme reste assis longtemps, plus sa vie raccourcit. Alors levez-vous souvent et veillez à bien dormir. »
Après avoir ainsi pris congé des hommes de la Lune Cachée, Geommugeuk quitta les lieux.
Gowol l’accompagna jusqu’à l’entrée de la Lune Cachée.
« Je vous remercie sincèrement de vous inquiéter pour moi. »
Avant de partir, Geommugeuk adressa un dernier rappel à Gowol, qui avait toujours eu tendance à trop travailler.
« Ta santé passe avant tout. Si elle flanche, les dizaines de milliers d’informations recueillies ici ne vaudront pas plus que cette vérité que tout le monde connaît. »
Geommugeuk insista sur cette vérité.
« La santé passe avant tout. »
* * *
Après avoir quitté la Lune Cachée, Geommugeuk se rendit à la résidence de la Suprême de l’Épée Tranchante.
« Suprême de l’Épée. »
Les portes du pavillon s’ouvrirent et la Suprême de l’Épée Tranchante en sortit.
« Jeune chef du Culte du Démon Céleste, bienvenue. »
La Suprême de l’Épée Tranchante accueillit chaleureusement Geommugeuk.
« Cela faisait longtemps, mais la beauté de notre Suprême de l’Épée n’a pas changé. »
« Cela fait plaisir d’entendre vos flatteries après tout ce temps. »
Elle n’accordait plus aucune importance à son apparence et répondit avec plus de naturel.
« Passez me voir souvent, même si ce n’est que pour me dire des compliments en l’air. »
« Bien sûr, je viendrai tous les jours vous en faire. Et ce ne sont pas des compliments en l’air ! »
Ils se regardèrent et rirent.
« Vous allez voir par vous-même à quel point je me suis entraînée depuis que je suis descendue des montagnes. »
La Suprême de l’Épée Tranchante lui fit alors une proposition inattendue.
« On le fait ici ? »
Elle lui proposait de s’affronter dans la cour, plutôt qu’au terrain d’entraînement.
Geommugeuk jeta un regard autour de lui.
Des pots de fleurs garnissaient la cour, remplis de fleurs épanouies, et plusieurs jarres de provisions se trouvaient à proximité. Une longue corde à linge traversait le centre de la cour, où les vêtements d’un blanc immaculé de la Suprême de l’Épée ondulaient dans le vent.
Autrement dit, elle voulait qu’ils s’affrontent sans rien casser : pas comme lors de leur précédent duel, mais dans un échange bien plus raffiné.
« Très bien. »
Geommugeuk accepta naturellement, sans hésiter.
Ils dégainèrent leurs épées en même temps.
À sa seule posture, la Suprême de l’Épée Tranchante pouvait déjà juger des progrès qu’il avait accomplis dans les monts Daecheon.
Épées au clair, ils se mirent à bouger lentement.
Ils se croisèrent, les vêtements flottant entre eux. Le vent se leva et les étoffes gonflèrent.
Fouit !
L’épée de Geommugeuk fusa à travers les étoffes mouvantes.
Clang !
La Suprême de l’Épée Tranchante brandit vivement la sienne et détourna le coup.
Le coup avait clairement été porté sans énergie interne, et pourtant, il était lourd. Terriblement lourd.
La force de son épée a changé.
Fouiiiit !
Cette fois, la lame de la Suprême de l’Épée passa devant la corde à linge.
Clang !
Geommugeuk sentit à son tour que l’élan de son épée était différent, bien plus puissant qu’avant.
Clang ! Clang !
L’Épée du Démon Noir et l’Épée Tranchante s’entrechoquèrent à toute vitesse au milieu du linge suspendu.
Le choc des lames dégageait une force périlleuse, mais ni les vêtements ni la corde ne se déchirèrent ou ne cédèrent. Seul le linge blanc s’éparpilla sous le vent des épées.
Ils avancèrent de nouveau et échangèrent leurs coups.
Leur duel était moins féroce et acharné qu’auparavant, mais il n’en était que plus tendu et bien plus dangereux.
Leurs lames dansèrent devant la pile de bois de chauffage entassée dans un coin.
Une bûche encore entière fut projetée dans les airs.
Leurs épées s’entrechoquèrent à travers la bûche qui les séparait.
Crac, crac, crac.
La bûche se fendit en morceaux. Ils ne s’amusaient pas à couper du bois ensemble tout en combattant.
Fendre la bûche était une condition tacite et naturelle ; et, dans le respect de cette contrainte, leur échange demeurait véritablement périlleux. C’était un spectacle de maîtrise de l’épée, déployée dans une retenue absolue.
Ils bondirent en prenant appui sur un pot de fleurs, sans faire tomber un seul pétale. Lorsqu’ils atterrirent sur le toit, on n’entendit même pas leurs pas.
Sans recourir à leurs techniques d’épée propres, ils ne s’affrontèrent qu’à l’aide des techniques les plus élémentaires. Pourtant, ce duel était bien plus dangereux qu’un combat saturé de qi et de force d’épée.
Fouuuush.
Après avoir tournoyé dans la cour au cours de cet échange, ils regagnèrent leur position initiale.
Autour d’eux, rien n’avait changé depuis le début du duel. Rien n’était cassé ; pas même la moindre trace de lame ne subsistait.
« Je vous remercie sincèrement de m’avoir guidé. »
À la profonde révérence de Geommugeuk, la Suprême de l’Épée Tranchante lui rendit la politesse d’un salut martial, les mains jointes.
« Félicitations pour avoir atteint le palier des Dix Étoiles de la Grandeur dans l’Art démoniaque des Neuf Calamités. »
Elle aussi commença par rendre hommage à l’Art démoniaque des Neuf Calamités, et non à Geommugeuk.
« Comment l’avez-vous su ? »
Elle avait compris qu’il avait atteint l’accomplissement d’une manière différente de son père ou du Démon Lame du Ciel de Sang.
« Autrefois, je sentais que vous dissimuliez votre force dans votre épée. J’avais l’impression que vous cherchiez à me protéger. »
Alors qu’elle prononçait ces mots, la Suprême de l’Épée Tranchante s’étonna elle-même de ne ressentir pas la moindre atteinte à son orgueil.
« Mais, à l’instant, je n’ai rien senti de tel. J’ai eu l’impression que vous donniez tout. »
« Cela ne voudrait-il pas dire que mon niveau a en réalité baissé ? »
« Non. Cela signifie que vous avez atteint un niveau où, même en donnant toute votre force, vous ne me blesserez pas. »
Cette fois, la Suprême de l’Épée Tranchante lui adressa un salut martial, tout en gardant son épée en main.
« Je vous suis profondément reconnaissante pour ce duel. »
Elle sentait que cet affrontement l’avait profondément marquée et l’aiderait à accéder au royaume suivant.
Et elle était stupéfaite : de son vivant, elle avait vu deux fois l’Art démoniaque des Neuf Calamités atteindre l’accomplissement. Quand avait-elle vu pour la dernière fois le chef du Culte sourire après l’avoir atteint ?
« Moi aussi, j’ai beaucoup appris. Merci, Suprême de l’Épée. »
Après quoi, ils mirent fin à leur duel et s’assirent côte à côte sur un petit banc dans la cour, sirotant du thé.
« Au fait, je compte quitter le culte demain. »
« Où irez-vous ? »
Elle prononça alors le nom qu’il avait déjà entendu une fois aujourd’hui.
« Le Tombeau de l’Épée est apparu dans le monde des arts martiaux. »
Geommugeuk se tourna vers la Suprême de l’Épée Tranchante. Elle regardait sa tasse de thé.
« En tant que manieuse d’épée, ne devrais-je pas au moins aller y jeter un œil ? »
Ce n’était pas parce qu’elle convoitait les trésors ou les artefacts censés s’y trouver.
Elle n’avait jamais semblé du genre à se mêler de ce genre d’affaires.
Geommugeuk demanda doucement :
« Puis-je vous accompagner ? »
La Suprême de l’Épée Tranchante eut l’air surprise.
« Vous ? »
« J’aimerais vous accompagner, Suprême de l’Épée. Ne suis-je pas moi aussi un manieur d’épée ? »
La Suprême de l’Épée Tranchante acquiesça sans hésiter.
« Avec plaisir. En fait, c’est à moi de vous le proposer. Mais vous venez tout juste de descendre des monts Daecheon. Vous êtes sûr que tout va bien ? »
« N’ai-je pas pu m’en assurer cette fois-ci ? À mon grand dépit, j’ai découvert que le Culte tournait beaucoup trop bien sans moi. »
La Suprême de l’Épée Tranchante rit de bon cœur à ces mots.
« Alors, retrouvons-nous demain à l’aube. »
* * *
À l’aube du lendemain, Geommugeuk et la Suprême de l’Épée Tranchante se retrouvèrent devant les portes du Culte du Démon Céleste. Le sac de voyage de Geommugeuk était bourré à craquer et sanglé sur son dos.
Qui pourrait bien le croire ? Le Jeune chef du Culte du Démon Céleste quittait les lieux avec autant de bagages. Il lui suffisait d’une seule épée en main pour obtenir tout ce qu’il voulait au monde.
« Allons-y. »
« Un instant. »
Geommugeuk s’inclina profondément devant la Suprême de l’Épée Tranchante.
« Je dois d’abord vous présenter mes excuses. »
« Pourquoi ? Vous ne pouvez plus m’accompagner ? »
La Suprême de l’Épée Tranchante pensa que Geommugeuk devait se rendre ailleurs. Cela expliquerait pourquoi il avait emporté autant de bagages.
« Non, c’est tout le contraire. Cette fois, c’est moi qui vous ai causé des ennuis le premier, et je dois maintenant m’en excuser. »
Alors qu’elle le regardait d’un air perplexe, se demandant ce qu’il voulait dire, la personne à l’origine des ennuis dont parlait Geommugeuk s’avança vers eux.
Il avançait d’un pas bourru, l’air maussade, un immense sabre sur le dos. C’était le Démon Lame du Ciel de Sang.
« Où comptes-tu aller à une heure pareille ? »