Chapitre 494
Lorsque Geommugeuk revint à la planque, les préparatifs du départ battaient déjà leur plein.
Les bagages avaient été chargés, et Hui vérifiait l’état des chevaux et de la voiture.
Son père se tenait dans la cour, les mains derrière le dos, et contemplait le ciel.
Geommugeuk vint se placer à ses côtés.
« J’ai réglé l’affaire de la Famille du Dragon Doré. »
Comme toujours, Geommugeuk rendit compte à son père de tout, dans les moindres détails. Celui-ci lui lança bien un regard qui semblait demander si tant de précisions étaient vraiment nécessaires, mais il poursuivit malgré tout ses explications aussi clairement que possible.
Geommugeuk savait que cette habitude de tout rapporter avait beaucoup contribué à améliorer sa relation avec son père. À présent, du moins, il était habitué à converser avec lui.
« J’ai laissé aux personnes directement concernées le soin de régler la suite. »
Heureusement, l’Alliance du Murim avait également apporté une aide active. Grâce au sommet tripartite, ses membres avaient convenu de s’occuper ensemble de la force qui tirait les ficelles, et c’était pourquoi ils avaient volontiers accepté la demande du Pavillon de la Communication Céleste.
« Au bout du compte, nous avons réglé le problème en faisant jouer l’autorité et la puissance du Culte. »
Geom Woojin, qui regardait le ciel, tourna les yeux vers son fils.
« La puissance du Culte est aussi la tienne. »
Geommugeuk sourit, ravi. Ces paroles reconnaissaient l’autorité du Jeune chef du Culte. Mais ce n’était pas là l’essentiel.
Merci, père. De l’avoir formulé ainsi.
Geom Woojin monta le premier dans la voiture, suivi par Geommugeuk.
« Adieu, Shaanxi ! »
Après les adieux de Geommugeuk, la voiture conduite par Hui s’ébranla, quittant la planque en direction du Culte du Démon Céleste.
« Mon père et moi avions dit qu’on verrait lequel de nous deux avait le plus de succès auprès des femmes du Shaanxi, mais nous partons sans avoir tranché la question. Père, la prochaine fois qu’on en aura l’occasion, réglons ça comme il se doit. »
Geom Woojin ne répondit pas qu’il refusait. Il ne lui lança pas non plus quelque chose comme : « Tu es plus jeune, évidemment que tu aurais l’avantage. »
Ça, c’est bien mon père.
Une discrète fierté se dessina sur le visage de Geom Woojin.
Le changement était si subtil que personne ne l’aurait remarqué, mais Geommugeuk savait désormais le déceler.
Son père était un homme, lui aussi.
Geommugeuk passa la tête par la fenêtre et cria à Hui, installé sur le siège du conducteur :
« Oncle ! N’oublie pas qu’il faut s’arrêter à Chongqing en chemin. »
Ils devaient faire un détour par le trésor que leur avait offert le chef de la Compagnie commerciale de la Galaxie.
« J’avais dit que j’en choisirais trente objets. »
La voix de Geom Woojin s’éleva aussitôt :
« Tu n’as jamais fait une telle promesse. »
« C’est vrai, trente, c’est beaucoup, même à mon avis. Je n’en prendrai que dix. »
« … »
« En fait, dix aussi, ça fait beaucoup. On va finir par m’appeler l’avatar de la cupidité. Bon, je me contenterai de huit. Après tout, il y a huit Suprêmes démoniaques dans le Culte. »
« … »
« Pas vrai ? Quel rapport entre les Suprêmes démoniaques et les cadeaux ? D’accord, seulement cinq. Non, père ! Alors, trois ? S’il te plaît ! »
En entendant leur conversation depuis le siège avant, Hui ne put retenir un sourire. Avait-il déjà autant souri de toute sa vie ?
Ce voyage avait été pour lui un moment d’une valeur inestimable. Il s’agissait d’un déplacement du chef du Culte et du Jeune chef du Culte, mais c’était aussi, en même temps, son propre voyage.
C’étaient le chef du Culte et le Jeune chef du Culte qui l’avaient rendu si précieux.
Cette fois, le chef du Culte l’avait autorisé à passer par son village natal, et le Jeune chef du Culte avait partagé l’argent en trois parts, lui en donnant une généreuse. Ils lui avaient même donné l’occasion de tuer lui-même le Roi des Tueurs. Le chef du Culte lui avait remis le Remède des Blessures Dorées en personne.
Et ils marchaient toujours à ses côtés, sans jamais le reléguer dans l’ombre.
Un garde du corps du Démon Céleste avait-il déjà vécu pareille expérience ? Hui en était certain. Absolument jamais.
Merci à vous deux.
Un peu plus tard, Geommugeuk, qui n’avait pas réussi à obtenir même trois trésors, fit la moue et se pencha à la fenêtre pour profiter de la brise.
« Tu exagères ! Comment peux-tu être aussi froid ? »
Hui jeta un coup d’œil derrière lui. Malgré ses protestations, Geommugeuk regardait le paysage au loin, le visage illuminé d’un joyeux sourire.
En vérité, Geommugeuk éprouvait alors un léger regret.
Quand aurait-il de nouveau l’occasion de partir ainsi avec son père ? Une fois de retour, celui-ci ne pourrait probablement plus quitter le Culte avant un bon moment.
Pourquoi le temps devait-il filer si vite ? Ils venaient à peine de partir, et pourtant, ils semblaient déjà arriver.
« Oncle, prenons notre temps pour rentrer. Encore plus lentement qu’à l’aller. Si tu vois des vauriens qui essaient de nous détrousser, arrête la voiture. Même chose si des bandits nous tombent dessus. Les prises d’otages, ça va aussi ! Et ne passe pas devant un voyageur assoiffé ou un chaton égaré sans t’arrêter. S’il te plaît, rentrons lentement ! »
Il espérait que son père éprouvait le même regret. Mais celui-ci ne dit rien.
Seule la canne à pêche qui dépassait de la fenêtre oscillait doucement dans le vent.
La voiture arriva au pied du mont Jade-Blossom, à Chongqing.
Le chef de la Compagnie commerciale de la Galaxie leur avait dit de chercher Joongsong, qui cueillait des herbes dans le coin.
En se renseignant au marché, ils apprirent où il se trouvait et trouvèrent sa demeure au pied de la montagne. Joongsong les y attendait déjà.
« J’ai entendu dire que le détenteur de la clé était arrivé. »
Le chef de la Compagnie commerciale de la Galaxie l’avait averti que quelqu’un viendrait bientôt. Depuis peu, Joongsong avait donc cessé de partir cueillir des herbes et attendait chez lui la venue de son visiteur.
« Je vais vous guider. Allons-y. »
Peut-être, à cet instant, le gardien qui avait veillé sur le trésor l’avait-il attendu avec plus d’impatience que ceux qui venaient le chercher. C’était le moment où il allait enfin être libéré de ce qui l’avait retenu sans même qu’il s’en rende compte.
Joongsong conduisit les trois hommes au sommet du mont Jade-Blossom.
Arrivé en haut, il jeta un regard au précipice.
« Il faut sauter d’ici. À mi-hauteur, il y a une corniche qui dépasse. Il faut atterrir dessus avec précision. »
« Passe devant. »
Joongsong observa Geommugeuk avec une certaine inquiétude. Des trois hommes, Geommugeuk était de loin le plus jeune, et cela semblait le préoccuper.
Geommugeuk le rassura :
« Ne vous inquiétez pas. J’ai été élevé par un père qui jetait son fils du haut des falaises pour l’endurcir. »
Les paroles de Geommugeuk confirmèrent à Joongsong qu’il avait vu juste.
Je le savais ! Ces deux-là sont bien père et fils.
Leur aura différait, mais leur nature était semblable.
Joongsong bondit du haut de la falaise d’un seul mouvement fluide. En tombant, il écarta les bras et les jambes pour ralentir sa chute.
À mi-hauteur environ, une corniche saillait de la paroi.
Même pour quelqu’un qui maîtrisait bien la technique de légèreté, la manœuvre avait toujours de quoi rendre nerveux. Sauter d’une falaise et atterrir sur une corniche aussi étroite, ce n’était jamais aussi facile en réalité qu’en apparence.
Il fallait maîtriser la technique de légèreté à un haut niveau, avoir des nerfs d’acier et, dans l’idéal, déjà l’avoir fait. En plus de cela, le vent soufflait fort aujourd’hui, ce qui rendait la tâche particulièrement difficile.
Joongsong atterrit sur la corniche rocheuse.
Est-ce qu’ils arriveront à descendre sans encombre ?
Il leva les yeux, inquiet.
Geommugeuk plongea dans les airs et se posa avec légèreté à côté de lui.
« Quoi ? »
Joongsong le regarda, stupéfait.
« Pourquoi êtes-vous si surpris ? »
« Non, ce n’est rien. »
Il avait chuté — littéralement. D’ordinaire, on ralentissait sa chute en agitant les membres grâce à la technique de légèreté.
Mais Geommugeuk s’était laissé tomber comme une pierre et, pourtant, s’était posé comme une plume. Il n’avait même pas bougé les mains ni les pieds.
Je n’ai jamais vu une technique de légèreté pareille. Si le plus jeune est aussi doué, qu’en est-il des autres ?
À peine cette pensée lui traversa-t-elle l’esprit que Joongsong jeta un coup d’œil sur le côté et tressaillit.
Quoi !
Hui se tenait déjà juste à côté de lui. Aucun bruit, aucune présence. L’espace d’un instant, Joongsong se demanda même si Hui n’était pas descendu avec lui.
Geom Woojin lui réserva la dernière surprise.
Sans qu’il s’en aperçoive, Geom Woojin était descendu à son tour et flottait à présent dans les airs, ses vêtements ondulant au vent.
Il se tenait ainsi dans le vide, devant la corniche, le visage calme, comme si ses pieds reposaient sur un sol ferme.
En voyant les talents martiaux des trois hommes, Joongsong finit par dire ce qu’il n’avait pas prévu de leur confier :
« Chaque année, le chef de la Compagnie commerciale de la Galaxie venait m’apporter de nouveaux trésors et une clé. Ensuite, j’entrais ici pour les entreposer. Seuls le chef et moi connaissons cet endroit. Au début, je pensais qu’il s’agissait de son coffre-fort personnel, mais un jour, il m’a dit que cet endroit servait à réunir des cadeaux pour son bienfaiteur. Je ne comprenais pas. Quel bienfaiteur pouvait donc mériter une telle chose ? »
Après ces paroles, Joongsong inclina légèrement la tête devant les trois hommes.
« Je comprends, maintenant. »
Ils n’étaient pas de simples artistes martiaux dotés d’une force remarquable. C’était le genre de rencontre où l’on croisait des maîtres si rares qu’en rencontrer un seul dans toute une vie aurait déjà été exceptionnel — et il y en avait trois devant lui.
« L’attente a parfois été pénible, mais au bout du compte, je trouve qu’elle en valait la peine. »
C’était un maître capable d’évaluer les aptitudes d’un autre rien qu’en observant sa technique de légèreté.
Geommugeuk lui témoigna alors sa gratitude.
« Merci d’avoir attendu. »
« Inutile de me remercier. Je n’ai accepté ce rôle qu’en raison des liens qui m’unissent au chef de la Compagnie commerciale de la Galaxie. Et j’ai été bien payé. »
« Malgré tout, je sais combien il est difficile pour un artiste martial d’être retenu quelque part. Vous avez vraiment beaucoup enduré. »
Au cours de ce voyage, Hui avait compris une chose. Quand Geommugeuk exprimait sa gratitude ainsi, il était sincère. Et celui qui avançait avec une telle franchise était le Jeune chef du Culte du Démon Céleste.
Le regard de Hui glissa discrètement vers Geom Woojin.
Je crois enfin comprendre à quel point le chef du Culte a mené un combat difficile, toutes ces années.
À en juger par ce que Geommugeuk lui avait montré pendant le voyage…
Je crois que j’ai déjà perdu.
Pas à cause du partage de l’argent en trois parts. Il avait déjà perdu quand Geommugeuk avait étendu pour lui une literie en cuir pendant une halte et lui avait dit qu’il l’avait apportée pour lui. Il avait déjà perdu quand Geommugeuk l’avait fait venir pour manger avec eux.
Chef du Culte, pourrez-vous gagner ? Il reste encore cinq ans.
Pendant ce temps, Joongsong retira une petite pierre enchâssée dans la paroi.
Derrière se trouvait un trou, parmi les innombrables petites cavités que l’on trouve souvent dans les falaises.
« Il suffit d’insérer la clé ici et de la tourner. »
Personne au monde n’aurait pu deviner que l’entrée d’un trésor se trouvait là. Même si quelqu’un avait miraculeusement survécu à la chute et atterri sur cette corniche, jamais il n’aurait imaginé que ce petit trou dans la roche était une serrure.
« Je vais vous laisser. »
Joongsong s’inclina profondément avec respect, puis bondit d’un seul mouvement fluide. Enfin libre, il s’élança dans les airs comme le vent.
Geom Woojin marcha dans les airs jusqu’à l’endroit où Joongsong s’était tenu et se posa sur la corniche.
Il sortit la clé de fer froid millénaire que Yong Jamyeong lui avait remise et la tendit à Hui.
Quand Hui inséra la clé dans le trou et la tourna…
Crriiii…
Une porte dissimulée dans la falaise s’ouvrit.
« Je vais attendre ici. »
Mais Geommugeuk se tourna vers lui.
« Quoi qu’il arrive, nous faisons tous ce voyage ensemble. »
Geom Woojin acquiesça.
« Entrons ensemble. »
« Oui. »
Et les trois hommes pénétrèrent dans la grotte.
Il n’y avait aucun piège ni mécanisme pour empêcher les intrus d’entrer. Le lieu était si inaccessible que la véritable protection du trésor reposait sur la confiance : celle accordée à Joongsong.
S’il avait nourri de mauvaises intentions et réellement décidé d’ouvrir l’endroit, il aurait pu défoncer la paroi et entrer.
Geommugeuk comprenait désormais pourquoi le chef de la Compagnie commerciale de la Galaxie était devenu l’homme le plus riche du monde des arts martiaux.
Il avait des gens dignes de confiance à qui confier ses trésors. Et quand il faisait confiance à quelqu’un, il lui accordait une confiance totale, sans hésitation ni réserve.
L’intérieur était éclairé par des perles de nuit incrustées dans les parois, et un courant d’air frais venait de quelque part, rendant l’endroit agréable.
La première chose qui attira le regard fut un grand miroir au centre, assez vaste pour refléter un corps entier.
Des deux côtés, des trésors étaient exposés.
Des robes étaient suspendues au mur de gauche. Bien sûr, il ne s’agissait pas de vêtements martiaux ordinaires.
« Père, ce ne serait pas l’Armure du Dragon Noir Planant ? »
La robe noire brodée d’un dragon était un trésor célèbre dans tout le monde des arts martiaux.
Et elle n’était pas la seule. La robe suspendue à côté était tout aussi impressionnante.
« C’est l’Armure de fer du Tigre volant. Ah ! Et voilà la Robe vajra invincible. »
Il y avait des trésors reconnaissables au premier coup d’œil…
« Et celle-ci ? »
« C’est la Véritable armure de la Fierté rieuse. Un trésor très ancien. »
…et d’autres que seul son père pouvait reconnaître.
Dans un coffre au trésor ordinaire, de telles robes auraient été exposées en grande pompe au mur, la plus rare au centre et les autres disposées autour.
Mais ici, elles étaient si nombreuses qu’elles se chevauchaient, suspendues comme de simples tenues martiales.
Avec une telle collection de robes, comment aurait-il pu ne pas y avoir d’armes ?
Les épées de grand prix exposées sur le côté brillaient fièrement, comme si leur heure de gloire était enfin arrivée.
« Là, c’est l’Épée suprême du Grand Principe, et l’Épée du Lotus. Et celle-là, c’est l’Épée du Rayon du Vent Sanglant, n’est-ce pas ? »
Il n’y avait pas que des épées : sabres, lances, poignards… Le lieu regorgeait de trésors de toutes sortes.
Et ce n’était pas tout.
Des manuels d’arts martiaux étaient également rangés sur des étagères. À en juger par la qualité des épées et des robes, ces ouvrages devaient renfermer des techniques rares et puissantes.
Il y avait aussi des pilules antidotes, des perles de nuit et bien d’autres objets précieux. C’était véritablement un trésor d’une valeur inestimable.
À l’évidence, Yong Jamyeong avait rassemblé tout cela au fil de nombreuses années. Il ne s’agissait pas d’objets qu’on pouvait acheter du jour au lendemain, quel que soit son argent.
« Notre père a vraiment choisi le bon homme. »
C’était la collection d’une vie, réunie par l’homme le plus riche des Plaines centrales pour son bienfaiteur. On ne pouvait que mesurer là l’immense fortune du plus riche du monde des arts martiaux.
« Cette robe ressemble à l’Armure martiale du Dragon Blanc. J’ai entendu dire que c’était l’une des préférées des artistes martiaux orthodoxes, et elle est là. Père, regarde ça. Hein ? »
Quand il se retourna, Geommugeuk eut un mouvement de surprise.
Son père avait déjà enfilé l’une des robes et se tenait devant le miroir.
Cette robe noire lui allait à la perfection.
« Qu’est-ce que c’est, comme robe ? »
Son père répondit :
« L’Armure de l’Âme Foudroyante. J’ai toujours voulu l’essayer, mais je n’ai jamais réussi à mettre la main dessus. Elle était donc ici depuis le début. »
Geommugeuk avait cru que son père refuserait de porter une armure précieuse, sous prétexte que cela ne convenait pas à un artiste martial.
Mais son père connaissait mieux que quiconque les objets du monde des arts martiaux.
Il tendit de nouveau la main, et un objet suspendu au mur s’envola vers lui.
Clac, clac.
Il s’en attacha un à chaque poignet. C’était une paire de protège-poignets.
« Ce sont les Sans-Marque. »
Geommugeuk en avait lui aussi entendu parler. Des protège-poignets légendaires qu’aucune lame ni épée ne pouvait trancher.
Son père tendit une nouvelle fois la main. Cette fois, un poignard vola jusque dans sa paume.
« Le Tranchant Céleste, le Cœur Véritable. »
C’était l’un des cinq meilleurs poignards du monde des arts martiaux. Il le glissa dans l’étui des Sans-Marque, conçus dès l’origine pour accueillir une telle lame.
En voyant tout cela, Geommugeuk ne put résister à l’envie de plaisanter :
« Maintenant, je comprends pourquoi j’ai toujours voulu garder chaque trésor que je voyais. Le sang de l’Avatar originel de la Cupidité coule dans mes veines ! »
À sa plaisanterie, un sourire en coin apparut sur les lèvres de son père.
Cela faisait un moment que Geommugeuk n’avait pas vu ce sourire, et il en eut le cœur léger.
Oui, c’était bien son père. L’homme qui, les mains derrière le dos, contemplait le ciel avec une dignité impressionnante… mais ce n’était pas là sa véritable nature.
C’était un homme qui voulait essayer une armure dès qu’il en voyait une, manier une épée de prix quand il en trouvait une à portée de main. Face à un adversaire puissant, il voulait l’affronter, et quand il se battait, il voulait gagner. Toujours.
Ce qui rendait cet instant si précieux aux yeux de Geommugeuk, c’était que son père lui montrait désormais cette facette sans la moindre réserve.
Alors qu’il enfilait devant le miroir l’équipement martial, son père prit soudain la parole :
« Vous n’allez rien choisir, vous deux ? »
Les yeux brillants de joie, Geommugeuk demanda :
« Nous aussi, on peut choisir ? »
Comme si la réponse allait de soi, son père répondit depuis le reflet du miroir :
« Vous deux, équipez-vous comme il faut. Ne pensez pas à les offrir à quelqu’un : choisissez uniquement pour vous. »