Chapitre 476
Yeom Je s’effondra près du tapis du Trône et ferma les yeux très fort.
Il espérait qu’en les rouvrant, il se retrouverait dans sa chambre. Que tout cela n’avait été qu’un cauchemar de la nuit précédente.
Mais lorsqu’il rouvrit les yeux, le cauchemar se tenait juste devant lui.
Le regard que Geommugeuk posait sur lui était calme. Pourtant, c’était précisément ce calme et cette courtoisie qui le rendaient encore plus terrifiant. De ces yeux limpides, il avait massacré tous ses subordonnés. Il les avait tous tués en leur parlant poliment.
À présent, c’était à son tour de se battre. Mais il n’en avait aucune envie.
« Ce jour est donc enfin arrivé. »
Yeom Je laissa éclater son ressentiment.
« Quelle rancune as-tu contre moi ? J’ai escroqué un peu d’argent, et alors ? Fallait-il vraiment en arriver là ? »
Il les avait tués pour leur argent ?
En vérité, leurs méfaits accumulés étaient bien trop graves. Dès qu’il avait mis les pieds ici, il était venu avec l’intention de tous les tuer.
S’il les laissait en vie et que les événements suivaient leur cours initial, trop de guerriers de l’Alliance des justes mourraient en les éliminant.
Ceux qui devaient mourir mourraient, et ceux qui devaient vivre vivraient. Cette règle de sa régression s’appliquait tout autant à la Bande des Cent Immortels.
« On n’emporte pas son argent dans la tombe. Pourquoi y tenais-tu tant ? »
Yeom Je serra les dents en fixant le sang qui s’accumulait sous lui. Ce genre de remarque, c’était bon pour les perdants. Seuls ceux qui ne savaient pas gagner d’argent parlaient ainsi. Qu’est-ce qui pouvait bien avoir plus de valeur que l’argent ?
Il finit par l’insulter à voix haute.
« Espèce d’ordure ! C’est mon argent ! Tout cet argent est à moi ! Que je le jette sur la place du marché ou que je le fourre dans mon cercueil, en quoi ça te regarde ?! »
Geommugeuk vit de la folie dans ses yeux. Comment quelques paroles auraient-elles pu faire se repentir un homme qui avait vécu ainsi toute sa vie ?
Il se souvint soudain de ce que lui avait dit le dirigeant de la Compagnie commerciale de la Galaxie.
— J’ai vu trop de gens se laisser griser par le plaisir de gagner de l’argent, jusqu’à finir dévorés par lui.
Et celui qui avait poussé cette logique à son extrême n’était autre que Yeom Je. Il n’avait pas de quoi être fier.
« Cet argent ne t’appartient même pas, pas vrai ? »
Touché en plein cœur par cette vérité, Yeom Je serra les dents. Tout ce qu’il trouva à répondre fut :
« Pour qui tu te prends ? »
La réponse fusa, sans hésitation.
« Combien de fois dois-je te le dire ? Je suis venu recouvrer une dette. »
Il répétait toujours la même question parce que, dans son esprit, l’idée de rembourser l’argent emprunté n’existait tout simplement pas.
« Ouvre ton coffre personnel. »
Sans cet objectif, il ne valait même pas la peine qu’on lui adresse la parole.
« Je t’ai dit que je n’en avais pas. »
Même après la mort de ses quatre-vingt-dix-neuf subordonnés, il refusait toujours d’ouvrir son coffre personnel. C’était le genre d’homme qui tenait davantage à son argent qu’à sa vie.
« Tu sais ce que j’ai fait pour gagner cet argent ? »
Il avait commis toutes les horreurs imaginables pour l’amasser. Battre des gens, les enlever, les vendre, les tuer. Peu lui importait de finir en enfer : tant qu’il serait encore en vie, il comptait bien manger à sa faim et vivre dans le luxe. Il avait gagné cet argent en faisant tout cela.
Il était prêt à mourir plutôt que de le céder.
« Je sais que ton coffre se trouve dans cette Grande Salle. »
Yeom Je tenta de garder son calme, mais qui aurait-il pu tromper ? Son cœur battait si fort que Geommugeuk l’entendait comme le tonnerre.
« Tu l’as dit toi-même en ouvrant ce coffre : celui de la Bande des Cent Immortels se trouvait là où tu passais le plus clair de ton temps. Ton coffre personnel doit donc être ici aussi. »
Geommugeuk ne lui laissa pas le temps de réfléchir et poursuivit :
« Je récupérerai l’argent moi-même. »
Geommugeuk dégaina son épée. Il allait l’abattre d’un seul coup, sans la moindre hésitation.
« Je vais l’ouvrir ! Épargne-moi, je t’en prie ! »
L’épée de Geommugeuk s’immobilisa en plein air.
Même à cet instant, Geommugeuk ne le manqua pas. Yeom Je semblait avoir renoncé, mais son regard restait venimeux : il ignorait tout de la reddition.
« Tu as raison. Le coffre est ici. »
Yeom Je se releva et se dirigea vers le fond. Il entra dans le coffre vide qu’il avait ouvert plus tôt et passa la main au plafond. Le mur était lisse, sans le moindre mécanisme apparent, mais un dispositif secret y était dissimulé.
Ziiiiing.
Un côté du mur intérieur du coffre s’ouvrit, révélant un boulier.
Ce coffre n’était qu’un leurre destiné à cacher le véritable.
Un coffre à double fond.
L’argent et les lingots d’or du premier coffre n’étaient que des appâts et des mécanismes défensifs protégeant le vrai coffre.
Personne ne se serait douté qu’un autre coffre se cachait derrière tout cet or et cet argent.
Yeom Je fit glisser les boules du boulier. Le mécanisme, sophistiqué, exigeait une combinaison exacte pour ouvrir la porte.
« Tu te trompes d’un seul chiffre, et c’est fini. »
Pour une raison inconnue, il dévoila ouvertement la combinaison sur le boulier.
Trois, deux, quatre.
Mais juste avant d’entrer le dernier chiffre, Yeom Je lui tourna le dos et prit soudain la parole.
« Je sais que tu ne me laisseras pas vivre, même après l’avoir ouvert. »
Yeom Je regarda Geommugeuk par-dessus son épaule, une lueur énigmatique dans les yeux.
Il poussa la dernière boule du boulier.
Le chiffre était quatre.
À cet instant précis…
Chiiiiiik.
De la fumée jaillit du plafond au-dessus d’eux. En entrant volontairement un mauvais chiffre, il avait déclenché un mécanisme conçu pour repousser les intrus : un brouillard empoisonné se répandit.
Au milieu des vapeurs toxiques, Yeom Je éclata de rire et lança :
« Le dernier chiffre, ce n’était pas quatre. C’était trois. »
Il ajouta, le visage plus venimeux que jamais :
« C’est le poison le plus atroce au monde. Tu vas sentir chacun de tes organes se liquéfier. Quiconque s’en prend à mon argent mérite de mourir en se tordant de douleur, en enfer ! »
Il partit d’un grand éclat de rire… puis poussa un cri de douleur, un instant plus tard. La souffrance qui le dévorait était insoutenable, mais il s’en moquait. De toute façon, il allait mourir. Au moins, il emporterait cette ordure avec lui.
« Meurs avec moi, espèce d’ordure ! »
Se tordant de douleur, il regarda Geommugeuk. La dernière image qu’il voulait emporter dans la tombe était celle de Geommugeuk se contorsionnant à l’agonie.
Mais il ne vit pas ce qu’il espérait.
« Quoi… ? »
Geommugeuk se tenait toujours là, immobile, à le regarder en silence.
« Pourquoi ? »
Ils avaient été tous les deux engloutis par les vapeurs toxiques. Il ne parvenait pas à savoir si ce regard était moqueur ou empreint de pitié.
Il ne comprenait pas. Même tandis que ses organes se liquéfiaient dans une douleur insoutenable, une question le brûlait : pourquoi Geommugeuk ne mourait-il pas ?
Puis, juste avant que son souffle ne s’éteigne, la voix de Geommugeuk lui parvint.
« Le dernier chiffre, c’était trois ? »
À ces mots, Yeom Je poussa un cri.
« Non ! »
Il avait révélé le chiffre en pensant qu’ils mourraient ensemble. Mais si les choses se terminaient ainsi…
« C’est mon argent ! Cet argent est à moi ! »
La douleur de sentir ses organes se liquéfier n’était rien comparée au tourment de voir son argent lui être arraché. Il mourut finalement dans d’atroces souffrances, esclave de sa fortune jusqu’à son dernier souffle.
Geommugeuk laissa le cadavre derrière lui et entra la bonne combinaison sur le boulier.
Le coffre dissimulé s’ouvrit alors.
Il ne contenait que des billets à ordre.
Ils étaient tous de grande valeur et avaient été émis par les trois principales maisons de change des Plaines centrales. Yeom Je les avait préparés pour pouvoir les emporter facilement et prendre la fuite à tout moment.
Geommugeuk les ramassa tous et sortit du coffre.
Il ne jeta pas un seul regard au cadavre de Yeom Je. Comme toujours, la mort des scélérats ne signifiait rien à ses yeux.
Goutte à goutte.
Il laissa le sang sous ses pieds s’écouler comme il laissait les morts traverser sa vie.
* * *
Geum Arin arpentait la cour d’un pas nerveux.
Rester dans la chambre lui avait été trop pénible ; elle ne tenait plus en place.
« Je devrais peut-être y aller, finalement ? »
Lim Hyuk, qui se tenait à quelque distance, lui répondit d’un ton ferme :
« Vous ne devez pas. »
Protéger Geum Arin était sa mission ; jamais il n’accepterait sa proposition.
« Il risque de mourir. »
« Même ainsi, non. »
Après un silence, Lim Hyuk ajouta :
« Jeune Maître Geom s’en sortira. »
Oui, elle le pensait aussi. Si seulement ce pressentiment ne la tenaillait pas.
« Même s’il affronte la Bande des Cent Immortels ? »
Cette pensée traversa l’esprit de Lim Hyuk.
« Oui, même s’il s’agit de la Bande des Cent Immortels. »
Pourtant, il ne le dit pas à voix haute, sans doute pour ménager Geum Arin. Inutile de lui donner de faux espoirs…
C’est alors qu’une odeur métallique de sang leur parvint avec le vent.
Lim Hyuk bondit aussitôt devant Geum Arin pour lui faire écran.
L’odeur du sang se fit de plus en plus forte.
Puis la porte s’ouvrit, et quelqu’un entra dans la cour intérieure.
« Vous ? »
Geum Arin resta un instant sans voix.
L’homme qui venait d’entrer était Geommugeuk. Ses vêtements et son corps étaient trempés de sang.
« Vous êtes blessé ? »
Alarmée, elle le vit approcher en chancelant, une main pressée contre la poitrine, puis s’affaisser sur un rocher.
« J’ai une dernière requête. Si je meurs, dites à mon père ceci : “Votre fils est allé recouvrer une dette à la demande d’une femme et a couru droit à sa perte…” »
« Ce n’est pas drôle. Arrêtons là. »
« Vous avez vu clair dans mon jeu ? »
Bien sûr. Il en faisait tellement trop que c’était évident.
Mais même s’il avait joué la scène avec un réalisme convaincant, elle ne croyait pas qu’elle l’aurait cru. Il ne lui semblait pas être du genre à dire quoi que ce soit avant de mourir. Elle l’imaginait plutôt s’adosser en silence à un petit rocher, contempler les plaines balayées par le vent de ses yeux limpides, puis mourir sans un mot.
Elle n’avait jamais imaginé pareille scène, mais le voir jouer la mort fit naître cette pensée en elle.
Un immense soulagement l’envahit, avec un temps de retard.
« Vous êtes revenu sain et sauf. »
« Vous vous inquiétiez pour moi ? »
Geum Arin ne répondit pas, mais il sentit combien elle s’était inquiétée en l’attendant.
« Tenez, prenez ceci. »
Geommugeuk sortit une liasse d’enveloppes de la bourse de cuir attachée à sa ceinture.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« L’argent que la Bande des Cent Immortels doit rendre. Allez le leur restituer. »
Chaque enveloppe portait le nom d’une maison de commerce ou d’une faction martiale. L’une d’elles était au nom de la Famille du Dragon Doré. Elle contenait un billet à ordre d’un million cinq cent mille nyang.
Les yeux de Geum Arin s’écarquillèrent.
« Vous avez vraiment récupéré tout l’argent ? »
« La moitié, comme promis. »
Elle n’avait fait que prier pour que Geommugeuk revienne sain et sauf.
Elle avait supplié de tout son cœur qu’il rentre sans une égratignure. Elle se moquait bien qu’il ne récupère pas l’argent, elle voulait seulement qu’il soit en vie. Et pourtant, il était revenu… avec jusqu’au dernier nyang ?
« Qu’est-il arrivé à la Bande des Cent Immortels ? »
Sa voix tremblante portait cette question, et la réponse fut accablante.
« La Bande des Cent Immortels n’existe plus en ce monde. »
Geum Arin resta sans voix. Même Lim Hyuk, derrière elle, ouvrit de grands yeux, stupéfait.
Bien sûr, c’était logique : sinon, il n’aurait pas pu récupérer l’argent. Mais l’entendre le dire de vive voix lui fit battre le cœur à tout rompre.
Il avait anéanti seul la Bande des Cent Immortels ? Était-ce seulement possible ?
À cet instant, Geommugeuk lui tendit une autre enveloppe.
« Voici l’argent qui me revient. Je vous le donne. »
La somme représentait une fortune à laquelle elle ne s’attendait pas.
« Je n’en ai pas besoin. »
« Je ne vous donne pas cet argent pour que vous le gardiez. »
« Alors, pourquoi ? »
« Des maisons de commerce et des habitants ont mené une vie misérable à cause de la tyrannie de la Bande des Cent Immortels. »
En effet, ils étaient innombrables à avoir subi leur joug.
« Servez-vous de cet argent pour les aider. »
Geum Arin fut prise au dépourvu. Elle fixa Geommugeuk un instant, puis demanda prudemment :
« Pourquoi me demandez-vous de le faire ? Vous pourriez vous en charger vous-même. »
Il aurait ainsi pu récolter tout le mérite de cette bonne action.
« Vous m’avez demandé de vous aider à devenir l’héritière. Je tiens ma promesse. »
« Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
« En récupérant l’argent de chacune des maisons de commerce, vous allez considérablement accroître votre réputation. Et si vous aidez aussi les plus démunis, vous ferez un pas de plus vers la succession. »
Geum Arin ne sut que répondre.
« Même moi, je n’y avais pas pensé. »
La réponse de Geommugeuk la surprit.
« C’est pour cela que je pense que vous êtes faite pour devenir l’héritière. »
« Comment ? »
« Parce que votre ambition est encore pure. »
Geum Arin le regarda un instant, puis lui confia franchement ce qu’elle pensait :
« Cette ambition ne tardera pas à se souiller. »
« Tant que nos chemins resteront liés, elle ne se corrompra pas, du moins pas complètement. »
« Comment pouvez-vous en être si sûr ? »
« Je vous présenterai des amis. Pour des gens de leur rang, ils sont remarquablement purs. À leur contact, vous finirez par vous dire : “Même ces gens-là sont aussi purs… et moi, alors ?” »
« Pour des gens de leur rang ? » De qui parlait-il donc ?
Dès leur première rencontre, Geommugeuk lui avait paru singulier. Mais plus elle apprenait à le connaître, plus il lui semblait mystérieux.
« J’ai été bien payé pour cette tâche. La moindre des choses, c’est que j’en fasse autant. »
Bien qu’il eût accompli quelque chose dont il aurait pu se vanter toute la journée, Geommugeuk quitta les lieux sans tarder.
Geum Arin baissa les yeux sur les enveloppes qu’il avait laissées et murmura pour elle-même :
« Je le pensais aussi, autrefois. »
Mais une autre idée lui vint à l’esprit.
Peut-être l’avait-elle engagé pour bien trop peu cher.
* * *
Je posai deux enveloppes sur la table.
« Nous partagerons aussi à parts égales les bénéfices de cette mission. »
Mon père me regarda après avoir vérifié la somme dans l’enveloppe. Il fut surpris par son importance.
« Ils avaient amassé une véritable fortune. Il y en avait encore davantage avant, mais j’en ai distribué une partie à ceux qu’ils avaient fait souffrir jusqu’ici. »
Hui prit la parole avec prudence :
« L’argent que j’ai reçu tout à l’heure me suffit déjà amplement. »
Bien sûr, il s’était attendu à ce que Hui dise cela.
« Garde-le. Tu en auras forcément besoin un jour. »
« Non, je n’en ai pas besoin. Je vous en prie, donnez-le au chef du Culte. »
Je tentai de le convaincre, bien qu’il parût toujours hésiter.
« Prépare-toi pour le jour où tu n’auras même plus la force de lever une épée. Voyage, profite de la vie. Tu as passé toute ton existence comme garde du corps ; à présent, c’est à ton tour d’avoir tes propres gardes. Et pas n’importe lesquels : des gardes hors de prix. »
À l’expression de Hui, je compris que cette idée ne lui avait jamais traversé l’esprit.
Père me lança un regard qui semblait dire : « Le voilà reparti », puis se tourna vers Hui et dit :
« Prends-le. »
« Oui, chef du Culte. »
Hui rangea l’enveloppe.
« Alors, je l’accepte avec gratitude. J’utiliserai cet argent pour les plus jeunes. »
Il parlait des jeunes gardes du Pavillon du Démon Céleste.
« Non, tu ne dois pas ! C’est ton fonds de retraite ! »
Hui esquissa un léger sourire et me demanda :
« Vous non plus, Jeune chef du Culte du Démon Céleste, vous ne comptez pas dépenser cet argent pour vous-même, n’est-ce pas ? »
Il le savait déjà. Il savait que j’investirais tout l’argent gagné cette fois dans la Lune Cachée et le Corps des Fantômes Ténébreux.
« Je suis encore jeune, non ? Je peux remettre les préparatifs de ma retraite à plus tard… »
« C’est précisément pour cela que vous devriez vous y mettre dès maintenant. »
Entendre Hui dire quelque chose comme ça me fit plaisir.
Dans sa vie passée, il avait été aussi inflexible que du fer glacé. Dans celle-ci, je voulais qu’il vive plus doucement, avec davantage de joie.
C’est alors que Père me demanda soudain :
« Ça va ? »
Sa question me toucha en plein cœur.
Père m’avait déjà demandé la même chose auparavant.
Après avoir tant souillé mes mains de sang… est-ce que j’allais bien ?
J’avais beau m’être lavé soigneusement et avoir changé de vêtements, il semblait que je n’avais pas réussi à me débarrasser complètement de l’odeur du sang.
Je pris un instant pour sonder mon cœur et voir ce que je ressentais vraiment.
« Je crois que ça va. »
Père ignorait sans doute à quel point sa simple question me donnait du courage.
Et à cet instant, je compris que l’important n’était pas de savoir si je disais que j’allais bien ou non.
« Si ça devient trop dur, je viendrai vous en parler, c’est promis. »
Ce que je voulais lui faire comprendre, c’était que son fils s’appuyait encore sur lui. Et cela comptait bien davantage.
« Je poursuis ce plan parce que j’ai confiance en vous, Père. »
« Et s’ils découvrent que nous sommes derrière tout ça ? »
Je ne pensais pas que cela aurait de l’importance.
« Eh bien, si les choses tournent mal, vous vous en chargerez. Je vous l’ai dit en venant : il y a des gens, là-bas, qui ont besoin qu’on leur montre une fois pour toutes que vous existez dans le Murim. »
Ce n’était pas de la flatterie. Je le pensais du fond du cœur.
C’est pourquoi, lors de ce premier voyage dans le Murim avec mon père à mes côtés, voilà ce que je voulais leur dire :
« Si vous pensez en avoir le courage, venez donc m’affronter. »