Chapitre 446
Quand je regagnai mes quartiers après avoir rencontré Sima Ming, quelqu’un m’attendait dans la cour.
Un homme avait planté un grand sabre dans le sol et s’était adossé à celui-ci pour boire. Ce n’était autre que le Démon Lame du Ciel de Sang.
Sur le chemin du retour, j’avais soudain eu le pressentiment qu’il viendrait. On aurait dit que nous étions désormais assez proches pour que ce genre d’intuition se vérifie.
« Buvez un coup. »
« Avec plaisir. »
J’acceptai le verre que me tendait le Démon Lame du Ciel de Sang et le vidai d’un trait.
« Ça fait vraiment plaisir de boire de nouveau avec vous après tout ce temps, monsieur. »
« Tu n’as pas eu ta dose à boire avec l’ivrogne ? »
« On a à peine bu. Il a juré de ne plus toucher à l’alcool tant qu’on n’aurait pas abattu les salauds qui tirent les ficelles. »
« Vraiment ? »
Le Démon Lame du Ciel de Sang parut sincèrement surpris.
« Le mystérieux monde des ivrognes, hein ? »
À ma plaisanterie, le Démon Lame du Ciel de Sang esquissa un sourire et but une nouvelle gorgée.
Nous nous servîmes l’un l’autre et partageâmes encore quelques verres dans la bonne humeur, puis le Démon Lame du Ciel de Sang finit par aborder le sujet qui lui tenait à cœur.
« Le chef du Culte du Démon Céleste acceptera votre demande. »
« Qu’est-ce qui vous fait penser ça ? »
Les yeux baissés vers son verre, le Démon Lame du Ciel de Sang répondit :
« Si j’étais le chef du Culte du Démon Céleste, je l’aurais acceptée. »
Mais ce n’était pas sa seule raison. Le Démon Lame du Ciel de Sang avait un instinct sûr pour comprendre mon père. Il avait été le premier à sentir que, cette fois, mon père avait agi en vue de l’unification du monde martial.
« Je sors tout juste d’une rencontre avec le Stratège en chef. Il m’a dit la même chose : mon père devrait probablement donner son accord. »
Bien que sa prédiction se fût révélée exacte, le Démon Lame du Ciel de Sang ne s’en vanta pas et n’en tira aucune fierté. On aurait dit que ce départ du culte le réjouissait autant qu’il l’inquiétait.
« Es-tu heureux de partir avec le chef du Culte du Démon Céleste ? »
« Oui. »
La seule idée de partir avec mon père me mettait de bonne humeur. Mais je ne devais pas oublier une chose.
Même si j’étais avec mon père, je ne devais pas oublier que notre ennemi était Hwa Moogi.
Après avoir isolé le Culte du Démon Céleste, l’Alliance du Murim et l’Alliance des voies démoniaques, Hwa Moogi s’était plongé dans un entraînement sans fin, suivant la voie qui menait au sommet des arts martiaux.
Peu importait les excès commis en son nom par les Douze Rois du Zodiaque : il ne se montrait jamais officiellement dans le monde martial.
Autrement dit, il n’était pas animé par les désirs du monde.
Alors pourquoi avait-il tué les trois chefs du monde martial ? Quelle vie avait-il menée avant cela, et quelle vie mènerait-il ensuite ?
Je regrettais de ne pas avoir cherché à mieux le connaître quand j’en avais eu l’occasion, trop occupé que j’étais à rassembler les matériaux nécessaires à la Technique de la Grande Méthode du Retour.
À l’époque, j’avais peur de tout gâcher en m’approchant trop de lui. J’avais donc délibérément gardé mes distances, persuadé qu’une fois revenu dans le passé, je pourrais tout arranger.
Une chose était certaine : il n’avait rien d’un homme ordinaire.
Il pouvait donc ne pas se montrer avant la mort de tous les Douze Rois du Zodiaque, ou surgir soudain de nulle part.
Peut-être était-ce à cause d’un homme comme Hwa Moogi que ma façon de vivre s’était façonnée ainsi.
Je vivais du mieux que je pouvais, sans le laisser m’influencer.
Même si j’avais voulu réagir en fonction de ses actes, je n’aurais pas pu.
Alors, Hwa Moogi, c’est toi qui vas devoir t’adapter à ma vie !
Comme avant mon retour dans le passé, il ne te serait pas facile de réagir à mes actes. Moi aussi, j’étais quelqu’un qui défiait le bon sens et les attentes.
Alors que je m’absorbais un instant dans mes pensées, le Démon Lame du Ciel de Sang me dit soudain quelque chose d’inattendu.
« Un chef du Culte du Démon Céleste qui a un fils comme toi a vraiment de la chance. »
C’était la première fois qu’il me disait une chose pareille depuis que nos chemins s’étaient croisés. J’envisageai de plaisanter en affirmant que mon père devait être en tête du classement des pères les plus chanceux du monde, mais je lui répondis sérieusement : c’était la première fois qu’il prononçait de tels mots.
« Vous le pensez vraiment ? »
« Combien de personnes, dans tout notre culte, seraient aussi heureuses de partir avec le chef du Culte du Démon Céleste ? »
« Eh bien, on pourrait en dire autant de tout le monde martial. »
« Malgré tout, ne fais pas trop le malin devant le chef du Culte du Démon Céleste, une fois là-bas. »
« Vous vous inquiétez pour moi ? »
Le Démon Lame du Ciel de Sang secoua la tête, hocha le menton, puis la secoua de nouveau.
« Tu es meilleur que moi en tout, alors je me demande lequel de nous deux devrait s’inquiéter pour l’autre… Et pourtant… »
Le Démon Lame du Ciel de Sang me regarda.
« Sous cet angle, tu as encore l’air d’un gamin inexpérimenté. »
Comment aurais-je pu ne pas comprendre ce qu’il ressentait ? Aux yeux des plus âgés, les jeunes semblaient instables, et cette impression venait de l’expérience. À l’époque, nous commettions tous des erreurs absurdes.
C’était pour cela qu’il s’inquiétait. J’allais partir avec mon père et risquais de faire une erreur. Peut-être n’avais-je jusque-là évité les faux pas que pour tous les accumuler et les commettre à ce moment précis. Voilà le genre de crainte qui l’habitait.
« Je ne suis pas un gamin. »
« À mes yeux, si. »
« Pourtant, vous donnez toujours l’impression de vouloir retrouver mon âge. »
Il lui arrivait souvent de laisser paraître qu’il regrettait sa jeunesse, même s’il le niait toujours comme il venait de le faire.
« Même si je le pouvais, je ne le ferais pas. »
« Pourquoi ? »
« Je n’ai pas envie de revivre cette vie. »
Son désir de retrouver sa jeunesse était sincère, mais ces paroles l’étaient tout autant.
« Alors, vis autrement. »
« Comment vivre autrement quand on est toujours le même à l’intérieur ? »
« Tu y arriveras. Tu as bien vécu cette vie. »
Le Démon Lame du Ciel de Sang me regarda en silence, vida son dernier verre, puis se leva. Il arracha du sol le Sabre qui éteint le Ciel et prit congé.
« Bon voyage. »
« Oui, monsieur. »
Il se retourna et s’éloigna. Je l’interpellai :
« Cette fois, je partirai avec mon père et je reviendrai après avoir vu beaucoup de choses. Alors, monsieur, prenez le temps de découvrir tous les endroits que vous souhaitez, vous aussi. »
Le Démon Lame du Ciel de Sang se retourna vers moi et répondit d’un ton ferme :
« C’est déjà ce que je fais. »
Et dans son regard posé sur moi, je le sentis : je me tenais au cœur de son paysage.
Après le départ du Démon Lame du Ciel de Sang, je regagnai ma chambre et activai aussitôt la Technique de transfert spatio-temporel.
Je ne pouvais pas atteindre la Grandeur des douze étoiles de l’Art démoniaque des Neuf Calamités en cinq ans. La maîtrise des arts martiaux exigeait tout simplement un temps considérable.
Et pourtant, j’avais promis d’y parvenir en cinq ans, car je croyais en l’Art secret du Temps Céleste.
Au début, l’Art secret du Temps Céleste m’avait permis de disposer de trois fois plus de temps. En m’entraînant sans relâche et en sacrifiant mon sommeil, j’avais augmenté ce multiplicateur. À présent, je pouvais étirer le temps jusqu’à le quadrupler. Autrement dit, quand les autres s’entraînaient deux heures, je pouvais m’entraîner huit heures.
De plus, grâce à l’augmentation considérable de mon énergie interne pendant l’expédition en Mer du Nord, ma cultivation était devenue encore plus fluide.
Je devais d’une manière ou d’une autre pousser l’amplification temporelle de l’Art secret du Temps Céleste jusqu’à dix fois. Mais plus le niveau s’élevait, plus l’entraînement devenait difficile, et plus mes progrès ralentissaient. Seul un effort acharné m’ouvrirait la voie.
J’exécutai une fois toute la séquence de l’Art démoniaque des Neuf Calamités, de la première forme, la Forme de l’Annihilation humaine, jusqu’à la quatrième, l’Éclair Sombre.
Ensuite, je fis circuler mon énergie interne selon ma méthode de cultivation et fis le vide dans mon esprit.
Pour la première fois, j’allais tenter la Cinquième Forme de l’Art démoniaque des Neuf Calamités.
Si je partais avec mon père, j’étais certain d’avoir l’occasion d’apprendre directement de lui l’essence de l’Art démoniaque des Neuf Calamités. Pour être prêt à ce moment-là, je devais savoir exécuter la Cinquième Forme avant notre départ.
La Cinquième Forme de l’Art démoniaque des Neuf Calamités : la Frappe démoniaque Tranche-âme.
Même son entraînement était dangereux. On disait qu’une seule erreur pouvait causer de graves blessures, voire tuer celui qui la pratiquait. Je me concentrai donc plus que jamais auparavant sur l’exécution d’une technique.
Je devais la lancer en sachant qu’une erreur serait synonyme de mort.
Je récitai l’incantation de la Cinquième Forme et dégainai lentement mon épée.
À cet instant…
L’atmosphère changea. Comme avant une tempête, le ciel et les alentours s’assombrirent d’un air menaçant.
Un lourd silence s’abattit.
Mais ce n’était pas un simple silence. C’était un calme absolu, qui semblait dévorer tous les sons du monde. Même au beau milieu d’un champ de bataille chaotique, aucun bruit n’aurait pu subsister.
Je portai une estocade…
Fch-fch-fch-fch-fch-fch-fch-fch-fch-fch !
Dix traits d’énergie d’épée s’abattirent à la verticale depuis le ciel.
Pak-pak-pak-pak-pak-pak-pak-pak-pak-pak !
Les traits d’énergie d’épée frappèrent le sol tout autour de moi !
Chacun creusa dans la terre un trou étroit, mais profond. Si profond que je n’en voyais pas le fond.
On aurait vraiment dit un éclair qui s’abattait sur le sommet du crâne d’un ennemi.
Comme c’était la première fois que je l’exécutais, les traits d’énergie d’épée ne tombèrent pas exactement là où je visais. En fait, deux des dix frappèrent juste à côté de moi. Ils faillirent m’atteindre.
Parmi les nombreux points vitaux du corps humain, le sommet du crâne était l’un des plus difficiles à protéger.
Même avec l’Énergie protectrice, c’était le point le plus compliqué à couvrir. Imaginez maintenant une énergie d’épée qui s’abat comme la foudre directement sur cet endroit.
Et ce n’était pas une énergie d’épée ordinaire. Elle était imprégnée de l’essence de l’Art démoniaque des Neuf Calamités. Elle pouvait donc traverser même l’Énergie protectrice et fendre le crâne à la verticale. Bien sûr, une telle puissance avait un prix : elle consommait une quantité phénoménale d’énergie interne. Ce n’était pas une technique à utiliser à la légère.
Enfin, l’essence de la Frappe démoniaque Tranche-âme tenait à ce qu’elle permettait d’affronter plusieurs ennemis à la fois. Pour l’instant, elle ne produisait que dix traits, mais plus le niveau de maîtrise de l’Art démoniaque des Neuf Calamités s’élevait, plus les traits d’énergie d’épée s’abattaient avec force et plus leur nombre augmentait.
Imaginez un peu.
Des dizaines de traits d’énergie d’épée tombant du ciel comme un châtiment divin et transperçant simultanément le crâne de dizaines d’ennemis.
Combien d’ennemis mon père pouvait-il frapper d’un coup avec la Frappe démoniaque Tranche-âme ?
Vingt ? Cinquante ? Cent ?
Je n’avais pas encore vu à quoi ressemblait l’Art démoniaque des Neuf Calamités au stade de la Grandeur des douze étoiles. Je ne pouvais donc pas le savoir.
Je lançai de nouveau la deuxième Frappe démoniaque Tranche-âme.
Fch-fch-fch-fch-fch-fch-fch-fch-fch-fch !
Une nouvelle fois, l’énergie d’épée s’abattit à la verticale depuis le ciel.
Pak-pak-pak-pak-pak-pak-pak-pak-pak-pak !
Je ne maîtrisais toujours pas l’énergie d’épée. Dans l’ensemble, elle retomba un peu plus loin de moi que la fois précédente, mais un trait s’écrasa encore plus près que le dernier. C’était vraiment une technique périlleuse.
Je pris une profonde inspiration et repris contenance.
Elle ne tombera jamais sur moi. Fais-toi confiance !
Sans cette confiance, nul ne pouvait maîtriser une technique qui défiait la mort.
J’exécutai encore et encore la Cinquième Forme.
L’énergie d’épée déviait toujours de ma volonté et menaçait ma vie, mais ce n’était pas grave. Un entraînement répété me protégerait mieux que n’importe quelle Énergie protectrice.
Car mes nuits étaient longues.
Trois jours plus tard, Sima Ming vint me rendre visite dans mes quartiers.
« Stratège en chef, bienvenue ! »
« Avez-vous bien pu vous reposer ? »
« J’ai très bien dormi. »
À vrai dire, j’aurais plutôt dû répondre :
L’entraînement martial n’est-il pas la façon dont un guerrier se repose ?
Je venais de passer tout mon temps à m’entraîner aux arts martiaux dans la Technique de transfert spatio-temporel.
Ces trois derniers jours, je m’étais consacré corps et âme à la maîtrise de la Frappe démoniaque Tranche-âme et, enfin, j’étais désormais capable de la diriger plus ou moins où je le voulais. Elle manquait encore de précision, mais j’avais au moins dépassé le stade où chaque frappe me faisait sursauter de peur.
Sima Ming était venu pour une seule raison : m’apporter une nouvelle.
« Le chef du Culte du Démon Céleste a officiellement donné son autorisation. »
Comme prévu, Sima Ming avait eu raison.
« Merci ! C’est grâce à vous, Stratège en chef. »
S’il s’y était fermement opposé, je n’aurais pas pu partir. Même si mon père l’avait souhaité, il n’aurait pas pu passer outre facilement un refus catégorique du Stratège en chef. C’était clairement la concession de Sima Ming qui avait rendu ce départ possible.
« Pendant votre absence, on considérera que le chef du Culte du Démon Céleste s’est retiré pour cultiver en solitaire. Nous avons débattu de la nécessité d’en informer l’Alliance du Murim et l’Alliance des voies démoniaques, mais avons conclu qu’il valait mieux ne pas le faire, à cause des risques de fuite d’informations. »
Naturellement, pour quelqu’un qui faisait passer la sécurité de mon père avant tout, cette décision était parfaitement logique.
Et il ne s’était pas arrêté là.
« De plus, la Garde du Démon Céleste vous suivra discrètement. »
Ils étaient dirigés par Hui. Où que mon père aille, ils le suivaient toujours : les meilleurs gardes du corps du monde martial.
Je tenais vraiment à ce que ce départ du culte se fasse entre mon père et moi seuls, mais je ne pouvais plus insister. Puisque Sima Ming avait fait une concession, je devais en faire une à mon tour. Je proposai plutôt un compromis.
« Que seul l’oncle Hui nous accompagne. »
Je devinais assez bien pourquoi Sima Ming voulait les envoyer avec nous.
Protéger mon père était évidemment important, mais il s’agissait surtout de garder le contact avec le culte. Il fallait savoir quand, où et comment nous nous déplacions, afin de pouvoir réagir en cas d’urgence.
Mais pour cela, Hui pouvait s’en charger seul.
« Ils vous suivront de loin de toute façon. Vous ne les remarquerez même pas. »
« Ce n’est pas la raison. Si nos ennemis nous espionnent, ils porteront toute leur attention sur la prétendue retraite du chef du Culte. Le moment ne correspond pas à la période où il se retire habituellement, alors ils risquent de trouver cela suspect et de penser qu’il s’agit d’une ruse. Dans ce cas, ils vérifieront forcément si la Garde du Démon Céleste est active. S’ils constatent qu’elle est absente, ils comprendront que le chef du Culte a quitté le culte. »
Bien sûr, je ne pensais pas que les espions ennemis avaient infiltré le Pavillon du Démon Céleste. C’était simplement un moyen de réduire notre groupe au strict minimum.
Je m’attendais à devoir le convaincre davantage, mais Sima Ming accepta sans hésiter.
« Très bien. Seul le Commandant Hui vous accompagnera. »
Je pris un air surpris.
« Ainsi, le Stratège en chef avait prévu de n’envoyer que l’oncle Hui depuis le début. »
« Si j’avais dit dès le départ que Hui serait le seul à partir, le Jeune chef du Culte du Démon Céleste aurait trouvé un autre prétexte pour insister et partir seul avec le chef du Culte du Démon Céleste. »
« Ah ! Le Stratège en chef m’a percé à jour. »
À mon soupir exaspéré, Sima Ming répondit en riant :
« Votre destination est le Shaanxi. »
Le Shaanxi était loin d’ici. J’aurais donc tout le temps de profiter de la présence de mon père.
« Rien ne presse. Prenez votre temps pour vous y rendre. »
Il ne me parla pas de la mission, comme si je ne la découvrirais qu’une fois arrivé.
C’était sa façon de se montrer attentionné. Il voulait que j’oublie la mission pour le moment et que je passe du temps avec mon père.
« Comment comptez-vous voyager ? »
« Tantôt en charrette, tantôt à pied. J’aimerais qu’on avance selon notre humeur. »
« Je vais m’organiser en conséquence. »
Pour finir, il m’indiqua la date de ce premier départ historique hors du culte.
« Vous partirez demain. À l’aube, vous vous glisserez parmi les convois de charrettes qui quittent les lieux. »
Après avoir rencontré Sima Ming, je me rendis dans les quartiers de mon père.
« Père, c’est moi. »
Sa voix me parvint de l’intérieur.
« Qu’y a-t-il ? »
« Je suis venu vous parler de quelque chose, père. »
Un instant plus tard, mon père ouvrit la porte et sortit. Pour une raison ou une autre, il avait l’air un peu troublé, ce qui ne lui ressemblait pas.
« C’est la première fois que vous quittez le culte aussi longtemps depuis que vous êtes devenu chef du Culte du Démon Céleste, n’est-ce pas ? Je vais vous aider à faire vos bagages. Après tout, je suis un voyageur chevronné. »
« Inutile. »
Mon père déclina d’un ton sec, puis s’éloigna. Je compris alors qu’il se comportait un peu différemment de d’habitude. Au moment où la porte se referma, j’aperçus l’intérieur de la pièce.
Des vêtements étaient étalés sur la literie, et un grand sac de cuir était posé là. Divers autres objets traînaient un peu partout.
Mon père faisait ses bagages !
J’avais cru qu’il avait envoyé Sima Ming dans mes quartiers parce qu’il voulait agir discrètement et ne souhaitait pas me faire venir au Pavillon du Démon Céleste. Mais je compris alors : c’était parce qu’il était occupé à préparer le voyage.
Mon père, lui aussi, se réjouissait à l’idée de ce voyage.
Un grand sourire aux lèvres, je criai depuis l’autre côté de la porte :
« Père, n’oubliez pas d’emporter votre pyjama ! »