Chapitre 443
J’observai en silence mon père descendre les marches.
« Père. Sais-tu à quel moment tu m’as le plus manqué, dans ma vie d’avant la régression ? Était-ce à ta mort ? Quand j’errais à la recherche de matériaux, rêvant de vengeance ? Quand j’étais épuisé, de corps et d’esprit ? Ou quand je me sentais seul ? Non. Rien de tout cela. C’était quand j’ai atteint l’âge que tu avais. »
Comme je n’avais jamais eu de véritable conversation à cœur ouvert avec mon père, je pensais qu’il ne me manquerait jamais. Je supposais que ce ne serait qu’un vague sentiment de nostalgie.
Mais étrangement, en vieillissant, je me surpris à penser à lui de temps à autre.
J’avais l’impression qu’à présent, je pourrais enfin avoir avec lui une conversation profonde et sincère.
J’avais l’impression qu’à présent, je pourrais peut-être le comprendre un peu mieux. Si seulement c’était maintenant.
Mon père s’arrêta à quelques pas de moi.
Nos regards s’entremêlèrent dans les airs. Je l’avais affronté de nombreuses fois, mais jamais dans un moment aussi tendu qu’aujourd’hui.
Finalement, mon père prit la parole.
« Tu as dit que tu étais jaloux parce que mes Suprêmes Démoniaques avaient de l’allure ? »
Il s’adressa d’abord à moi. Il voulait qu’ils sachent que je les avais trouvés impressionnants.
Je regardai les Suprêmes Démoniaques qui se tenaient de part et d’autre.
Ne serait-ce qu’un instant, je croisai le regard de chacun. Les émotions qui s’y lisaient tandis qu’ils nous observaient étaient diverses.
Comme toujours, le Roi Démon du Poing avait le regard grave. À côté de la Suprême de l’Épée Tranchante, impassible, se tenait le Grand Démon Ivrogne, dont les yeux mi-clos dissimulaient des pensées complexes. Le regard du Démon Bouddha était plein d’intérêt, le Roi Poison restait indifférent, et le Démon Lame du Ciel de Sang brûlait d’ardeur. La Suprême Démoniaque Faucheur d’Âmes se tenait fièrement, tandis que le Démon au Sourire Maléfique affichait un grand sourire.
« Oui. Je suis assez jaloux pour vouloir tous vous avoir comme Suprêmes Démoniaques. »
Le Démon Lame du Ciel de Sang fut le premier à réagir.
« Jeune chef du Culte du Démon Céleste, même pour plaisanter, ne dites pas ce genre de choses. »
Aujourd’hui, le Démon Lame du Ciel de Sang avait clairement endossé le rôle de celui qui me réprimandait. Il avait compris. Quelqu’un devait s’en charger aujourd’hui. Je lui en étais reconnaissant.
« Qu’est-ce que j’y peux, s’ils ont de l’allure ? »
Le Démon Lame du Ciel de Sang me lança un regard sévère. Tu veux vraiment t’y prendre comme ça ? Je résistai à l’envie de plaisanter davantage et m’inclinai respectueusement.
« Je vous prie de m’excuser. Je ferai davantage attention à mes paroles et à mes actes, à l’avenir. »
En m’excusant, je jetai un coup d’œil au Démon Bouddha, qui me souriait. Parmi les spectateurs, il semblait être celui qui prenait le plus de plaisir à la scène.
Tu es resté discret ces derniers temps, à sculpter des statues et à éviter les autres. Il fallait bien que quelque chose comme ça t’excite, non ?
Comme s’il répondait à mes pensées, l’aura du Démon Bouddha s’intensifia.
Je ne pouvais tout de même pas me permettre d’être imprudent. Plaisanter avec un Suprême Démoniaque en tête-à-tête, ou entre eux, c’était une chose. Mais faire des plaisanteries déplacées devant mon père pouvait constituer une grave offense à leur égard.
Mieux vaut retenir une plaisanterie quand elle nous vient que la laisser sortir.
Je reportai mon regard sur mon père.
« Père, j’aimerais vous poser une question. »
Tous les regards se tournèrent vers moi. La tension envahit les lieux tandis que je lui posais enfin ma question.
« J’aimerais savoir quel est votre rêve, Père. »
Je sentis tout le monde tressaillir. « Il vient vraiment de demander ça au chef du Culte ? » C’était sûrement ce qu’ils pensaient.
Naturellement, toute l’attention se reporta sur mon père. Ce n’était pas qu’ils attendaient une réponse. Il n’y avait personne ici qui ignorât déjà quel était son rêve. Ils voulaient simplement savoir comment il réagirait : répondrait-il calmement ou se mettrait-il en colère ?
Mon père ne répondit pas.
Son silence ne fit qu’accentuer la tension. Il ne libéra pas son énergie démoniaque et son expression ne se durcit pas, pourtant l’atmosphère se tendit.
Celui qui finit par dissiper cette tension grandissante, prête à exploser, fut le Grand Démon Ivrogne. Il intervint d’une voix pâteuse. Dans ce genre de situation, seul un ivrogne pouvait briser la glace.
« Avant de demander au chef du Culte quel est son rêve, le Jeune chef du Culte devrait d’abord nous confier le sien. »
« C’est vrai. J’ai manqué de tact. Mon rêve change si souvent que, si vous me reposez la question plus tard, je vous donnerai peut-être une autre réponse. »
Je parlai assez fort pour que mon père m’entende. Pour qu’il comprenne qu’il ne fallait pas s’accrocher à un seul rêve. Que les rêves pouvaient changer.
Alors, le Grand Démon Ivrogne posa cette question avec obligeance.
« Le rêve de notre Jeune chef du Culte change vraiment si souvent ? »
Il avait compris. Il savait exactement pourquoi j’avais dit cela.
« Un rêve doit-il forcément se résumer à une seule chose ? On ne vit qu’une fois, alors pourquoi ne pas rêver de ceci et de cela ? Et si l’on n’a pas de rêve, qu’est-ce que ça peut faire ? »
Je regardais le Grand Démon Ivrogne en parlant, mais mes paroles s’adressaient à mon père. J’étais sûr qu’il l’avait compris.
Et je ne pouvais pas laisser un invité ivre, qui avait interrompu la scène, s’en tirer comme ça.
« Auriez-vous un rêve, vous aussi, Grand Démon Ivrogne-nim ? »
D’ordinaire, il aurait simplement ri et répondu quelque chose comme : « Boire jusqu’à la fin de mes jours. » Mais aujourd’hui…
« Servir le chef du Culte et unifier le monde des arts martiaux. »
Le Grand Démon Ivrogne était celui qui avait prononcé ces mots : « unifier le monde des arts martiaux ». Il savait que mon père ne les dirait jamais lui-même.
Il disait : « Je vais prendre la parole à sa place. Servez-vous de moi pour dire ce que le chef du Culte ne peut pas dire. »
C’était ainsi qu’il se rachetait de la culpabilité qu’il éprouvait envers mon père.
« Pensez-vous que l’unification du monde des arts martiaux en ferait un endroit meilleur ? »
Oui, c’était une question que je ne pouvais pas me résoudre à poser directement à mon père.
« En tout cas, il serait meilleur qu’aujourd’hui. »
« Non. Je crois qu’il ne ferait qu’empirer. »
« Et pourquoi pensez-vous cela ? »
« Imaginez un monde où les cultivateurs démoniaques, les sectes orthodoxes et les factions non orthodoxes seraient tous unifiés. Les cultivateurs démoniaques, persuadés de régner désormais, chercheraient à opprimer les factions orthodoxes et non orthodoxes. Submergées par la défaite, les factions non orthodoxes commettraient des crimes encore plus atroces. Les factions orthodoxes recourraient à tous les moyens pour reprendre ce qu’elles appellent le monde légitime des arts martiaux. D’innombrables vies seraient perdues. À la fin, personne ne serait satisfait. »
Mon père et les Suprêmes Démoniaques écoutèrent mes paroles en silence.
« Ne pourrait-on pas simplement maîtriser ce chaos par une autorité sévère ? »
Le Grand Démon Ivrogne prit la parole, proposant une solution en leur nom.
« Un monde gouverné par l’oppression et la contrainte : est-ce vraiment le monde que nous voulons créer en unifiant le monde des arts martiaux ? »
Je répondais au Grand Démon Ivrogne, mais ces mots s’adressaient en vérité à mon père.
J’avais vu de mes propres yeux ce qu’était devenu le monde des arts martiaux lorsque l’équilibre des Trois Factions s’était effondré. J’avais appris par expérience que le pouvoir ne laissait jamais un vide sans le combler.
Les Douze Rois du Zodiaque, une nouvelle forme de pouvoir, s’étaient emparés de cette place vacante, et les artistes martiaux avaient connu une existence plus dure encore qu’auparavant.
Il en irait de même pour nous. Les Huit Suprêmes démoniaques prendraient simplement la place des Douze Rois du Zodiaque.
« Je crois que ce monde n’aurait jamais dû être unifié. »
Grâce à l’intervention du Grand Démon Ivrogne, je pus dire tout ce que j’avais sur le cœur.
Je laissai alors le Grand Démon Ivrogne descendre de scène et me tournai vers mon père. Je n’avais aucun moyen de savoir ce que mes paroles précédentes avaient signifié pour lui.
Il me regardait toujours avec la même expression qu’au début.
« Père, oublions tout le reste. Je ne veux perdre personne ici. »
« Personne ici ne craint la mort. »
« Oui, je le sais. Je sais que chacun d’entre eux est une âme courageuse. Je sais qu’ils donneraient leur vie sans hésiter si vous le leur ordonniez. Mais ça… ce n’est qu’un sentiment personnel. C’est mon désir égoïste de ne pas les perdre. »
Je promenai un regard grave sur les Suprêmes Démoniaques.
« Je ne veux pas vous perdre. Vous pourriez vous dire que si l’un de vous meurt, il en restera sept. Mais non. Je passerais le reste de ma vie à regretter celui qui ne serait plus là. »
Mon père ne pourrait peut-être pas comprendre pourquoi je tenais tant à les garder en vie. Il ne savait pas tout ce que j’avais fait dans ma vie d’avant la régression pour sauver une seule personne.
Mon regard, qui s’était posé sur les Suprêmes Démoniaques, revint vers mon père.
« Pour être honnête, je fais tout ça pour moi. Oui, c’est ça. Je lutte pour ne pas vivre dans le deuil des morts. »
« C’est ça, ton rêve ? »
« Non. Ce n’est qu’un souhait personnel. Rien de plus que mon égoïsme. »
« Alors, quel est ton rêve ? »
Mon père me laissait dire tout ce que je voulais sur cette scène. Comme s’il faisait de moi le personnage principal, ici.
Vas-y. Dis tout ce que tu veux devant moi et les Suprêmes Démoniaques.
Et peut-être était-ce pour cela que ce combat devenait encore plus difficile.
« Mon rêve, c’est de m’asseoir sur le trône et de réfléchir. »
Tout le monde, mon père compris, manifesta son incompréhension. Cette seule phrase ne suffisait pas à saisir ce que je voulais dire.
« Je veux m’asseoir sur le trône et réfléchir. Qui devrais-je aller voir aujourd’hui ? Quel plat demander au chef cuisinier du Pavillon du Démon Céleste ? »
« Tu crois que ce siège est si confortable ? »
« Je sais que ce n’est pas le cas. Je sais très bien tout le travail que vous assumez depuis cette place, Père. »
Son expression semblait me demander en silence : alors, pourquoi dire une chose pareille ? Je lui répondis calmement.
« C’est justement pour ça que je dois y réfléchir davantage, non ? On ne peut pas passer sa vie à ne faire que travailler. »
« ! »
Selon la façon dont on le prenait, c’était une provocation directe à l’égard de mon père, et l’atmosphère s’assombrit de nouveau. Lui-même ne changea pas d’expression, mais les réactions des Suprêmes Démoniaques suffirent à tendre les lieux.
« Comment mieux gérer les affaires ? Comment me réserver le plus de temps libre possible ? J’y réfléchirai tous les jours. Et quand je m’ennuierai, j’irai rendre visite au chef de l’Alliance pour embêter ce rabat-joie. Puis, quand j’en aurai assez de le taquiner, j’irai voir le chef de l’Alliance des voies démoniaques pour lui demander si ses talents de danseur sont toujours aussi bons. Voilà la vie dont je rêve. »
Mon véritable rêve n’était pas d’être prisonnier de ce trône. C’était de vivre librement et de parcourir le monde.
Mais je ne pouvais pas dire cela devant mon père. Pas à un homme qui avait passé toute sa vie sur ce trône pour le bien du Culte. Pas alors que j’avais un frère aîné qu’on avait écarté de ce siège.
Les mots que je venais de prononcer étaient donc un compromis. Père, les rêves ne peuvent-ils pas être comme ça ? Ne deviennent-ils pas inaccessibles précisément parce que nous les traitons avec trop de précautions ?
« Et vous, Père ? N’avez-vous jamais voulu vivre ainsi ? »
Ma réponse et ma question avançaient sur le fil du rasoir. Mais je devais aller jusque-là pour pouvoir faire face à mon père sur cette scène. Pour le convaincre.
Mais la réalité que mon père voyait était froide.
« Ce chef de l’Alliance rabat-joie finira un jour par te planter son épée dans le dos et te dira qu’il n’avait pas le choix. Qu’il l’a fait parce qu’il était le chef de l’Alliance. Et tandis qu’il regardera la lumière s’éteindre dans tes yeux mourants, il débitera ses justifications creuses. »
Le Roi Démon du Poing, la Suprême de l’Épée Tranchante et le Démon Bouddha acquiescèrent. Le Démon Lame du Ciel de Sang et le Grand Démon Ivrogne ne réagirent pas, mais leurs expressions n’étaient guère différentes de celle de mon père.
Quelle que fût leur relation avec moi, ils ne faisaient pas confiance aux sectes orthodoxes. Et leur méfiance ne se limitait pas à elles.
« Combien de temps crois-tu que le chef de l’Alliance des voies démoniaques continuera à danser ? Quand son prochain mouvement ne sera-t-il plus qu’une attaque surprise dissimulée dans sa danse ? Crois-tu vraiment que les humains ne changeront jamais ? Qu’ils resteront fidèles à eux-mêmes, même face à l’appât du gain ou à un changement de circonstances ? »
Je ne répondis pas. J’aurais pu le contredire, si je l’avais voulu, mais je m’en abstins. Sur ce point, au moins, je savais qu’il tirait cette conclusion de sa longue vie et de son expérience.
Je laissai échapper un léger soupir et pris la parole à voix basse.
« Vous avez peut-être raison. »
Puis je regardai les Suprêmes Démoniaques autour de moi.
« Il n’y en a vraiment aucun qui puisse se lever pour m’aider ? Quelqu’un pour dire : “Chef du Culte, ce ne sera pas comme ça !” Personne ? »
Le Démon Lame du Ciel de Sang me lança un regard noir. Sale gamin, arrête de plaisanter et sois sérieux !
Le Démon Bouddha, lui, était aux anges, le sourire jusqu’aux oreilles.
La Suprême de l’Épée Tranchante semblait dire du regard : Désolée. Et le Grand Démon Ivrogne fit semblant d’être ivre.
Alors, quelqu’un s’avança. Quelqu’un que je n’aurais jamais imaginé voir le faire.
« Le Jeune chef du Culte ne se laisse pas facilement duper. »
Ce n’était pas le Démon au Sourire Maléfique. Celui qui prit la parole fut la dernière personne à laquelle je m’attendais : le Roi Démon du Poing.
« Il peut en donner l’impression, mais le Jeune chef du Culte n’accorde pas facilement sa confiance. »
« Comme prévu ! Le maître connaît bien son disciple. Mais… est-ce censé être un compliment ou une critique ? »
Je me tournai de nouveau vers mon père et poursuivis.
« Même s’ils me trahissent, ce n’est pas grave. C’est pour ça que je m’entraîne comme un fou. La lame dirigée contre mon dos ne me transpercera pas, et leur danse restera une simple danse. »
« Tu comptes donc gaspiller toute cette force martiale acquise à la sueur de ton front ? »
« Je compte m’en servir pour profiter de la vie. »
« Pour passer tes journées à te demander où manger et où t’amuser ? »
« Oui. C’est exactement ça. »
Mon père me regarda, puis se mit lentement en mouvement.
Il s’arrêta juste devant le Démon au Sourire Maléfique.
Le regard de celui-ci restait calme, mais ce fut moi qui me crispai.
« Même après avoir entendu cela, soutiendrez-vous toujours le Jeune chef du Culte ? »
La question était pesante. Sa formulation même incitait à répondre « non ».
Mais, à l’image du masque d’un blanc pur qu’il portait, le cœur du Démon au Sourire Maléfique était inébranlable.
« Oui. Je soutiens la volonté du Jeune chef du Culte. »
Mon père lui posa une nouvelle question.
« Même si vous ne pouviez plus jamais porter votre Masque du Démon Immortel ? »
Le Masque du Démon Immortel était celui que le Démon au Sourire Maléfique portait au combat. La fois où les Suprêmes Démoniaques s’étaient présentés devant mon père en mon nom, il avait porté ce masque et formulé une requête.
C’était l’objet auquel il tenait le plus. Cette question touchait donc un point sensible.
Pourtant, il répondit à mon père avec plus de respect que jamais.
« Heureusement, j’ai plusieurs masques. »
Le Démon au Sourire Maléfique détourna les yeux de mon père pour les poser sur moi.
« Je porterai le Masque du Fantôme des festivités et servirai le Jeune chef du Culte jusqu’à la fin de mes jours. »
Le Masque du Fantôme des festivités se portait lors des grandes cérémonies et des banquets du Culte.
Même s’il venait de renoncer à son Masque du Démon Immortel, celui qu’il chérissait le plus, ses yeux, derrière le masque, étaient clairs et profonds. Ils révélaient sa sincérité.
Et il avait montré cette sincérité devant nul autre que mon père. Je ne pouvais faire qu’une seule chose pour la lui rendre.
Je ferai de ce banquet le plus grand de tous.
Tous les Suprêmes Démoniaques tournèrent les yeux vers le Démon au Sourire Maléfique. Chacun de leurs regards exprimait une émotion différente.
Mon père ne lui adressa plus la parole. Mais avait-il posé cette question sans savoir quelle serait sa réponse ?
Cette fois, mon père s’avança devant la Suprême Démoniaque Faucheur d’Âmes.
Elle se tenait fièrement, même devant mon père. Tout le monde savait qu’il n’appréciait particulièrement ni le Roi Poison ni la Suprême Démoniaque Faucheur d’Âmes. C’était peut-être pour cette raison qu’elle s’efforçait encore davantage d’avoir confiance en elle.
Je crus qu’il allait lui demander pourquoi elle s’était rangée de mon côté, mais mon père posa une question inattendue.
« Comment se passe ton entraînement ? »
La question était bienveillante et, malgré sa surprise, la Suprême Démoniaque Faucheur d’Âmes répondit avec respect.
« Je m’entraîne avec assiduité. »
On aurait dit qu’il allait en rester là : quelques mots d’encouragement, puis il passerait à autre chose.
« N’oublie pas. Tu es l’une de mes Suprêmes Démoniaques. »
Cette fois, ce fut la Suprême Démoniaque Faucheur d’Âmes qui fut surprise et émue. Elle avait cru que mon père ne voulait plus d’elle.
« Pourtant, tu comptes rester de ce côté-là ? »
Elle fut prise au dépourvu. Elle me regarda.
Il y avait bien des moments où je ne comprenais pas mon père. Mais au moins, je savais une chose :
Ce n’était pas le genre d’homme à faire pression sur une jeune Suprême Démoniaque pour qu’elle se range de son côté dans un moment pareil.
Alors, qu’est-ce que cela signifiait ? Il ne cherchait pas à me mettre la pression. Il veillait sur elle.
Il lui disait que ce n’était pas le moment de se distinguer. Qu’elle devait grandir tranquillement aux côtés des autres Suprêmes Démoniaques. C’était ainsi que mon père prenait soin d’elle.
Je lui transmis mes sentiments du regard.
Tu peux y aller.
Comprenant mon intention, la Suprême Démoniaque Faucheur d’Âmes me salua en joignant le poing.
« Je vous servirai fidèlement à l’avenir. »
Elle traversa le tapis rouge et alla se placer de l’autre côté.
Bien sûr, je dis quelque chose de tout à fait différent de ce que mon regard lui avait exprimé.
« Comment as-tu pu ! Tu as décidé après avoir réfléchi à celui avec qui tu préférais passer le plus d’années comme Suprême Démoniaque ? Y a-t-il un autre fantôme aussi éhonté au monde ? »
Le Démon Bouddha, qui se tenait à côté d’elle, afficha un sourire radieux.
Ce n’est pas simple, hein ?
Sur cette scène, mon père était fort.
Avec moi, le Démon au Sourire Maléfique, et maintenant même la Suprême Démoniaque Faucheur d’Âmes, il prenait soin de nous et nous guidait, tout en menant la danse.
Mon père ne perdait jamais son sang-froid. Ses combats étaient toujours empreints de dignité et de grâce.
Tous les Suprêmes Démoniaques tournèrent les yeux vers moi. La question qui se lisait dans leurs regards était la même.
Jeune chef du Culte, que vas-tu faire maintenant ?