Chapitre 437
Un léger grondement de tonnerre retentit dans le ciel dégagé.
Cheon So-hee écarquilla les yeux en contemplant son poing tendu.
« Tu as entendu, par hasard ? »
Le Roi Démon du Poing, qui se tenait devant elle, hocha la tête. Cheon So-hee s’écria, ravie :
« Maître ! J’ai réussi ! »
Enfin, le tonnerre avait jailli de son poing.
Elle était devenue la deuxième disciple du Roi Démon du Poing, après Geommugeuk, et avait été choisie pour lui succéder.
Depuis ce jour, elle s’était entraînée sans relâche à l’Art du Poing de l’Asura tonitruant que lui avait enseigné le Roi Démon du Poing. Aujourd’hui, pour la première fois, elle avait produit un grondement de tonnerre.
Le Roi Démon du Poing, qui savait mieux que quiconque combien elle avait travaillé, sourit. Un sourire rare et précieux, qu’on ne voyait presque jamais sur son visage.
« Ce n’est que le début. »
« Oui, Maître. »
Elle avait l’impression de flotter.
Elle savait que les gens chuchotaient et jacassaient dans son dos. L’envie et la jalousie étaient inévitables.
Elle savait aussi que certains s’inquiétaient de voir une femme désignée comme prochaine Roi Démon du Poing.
Le Roi Démon du Poing de cette génération était réputé pour son visage terrifiant, sa carrure imposante et, surtout, ses poings énormes.
C’est pourquoi elle comprenait. Mais elle allait leur montrer. Leur montrer clairement ce que ce petit poing de future Roi Démon du Poing pouvait briser. Elle le prouverait par sa force.
À cet instant, une voix s’éleva derrière elle.
« Félicitations, petite sœur. »
Surprise, elle se retourna et vit Geommugeuk entrer sur le terrain d’entraînement.
« Grand frère ! Tu es de retour ! »
Ces derniers temps, absorbée par un entraînement intensif, elle n’avait même pas remarqué que Geommugeuk était revenu.
Geommugeuk lui sourit, puis salua respectueusement le Roi Démon du Poing.
« Votre disciple est de retour de sa mission en Mer du Nord. »
« Beau travail. »
Le Roi Démon du Poing l’accueillit comme à son habitude. Son visage terrifiant n’avait pas changé et son corps musclé semblait même plus éclatant que jamais.
« Même au Palais de glace, des complots se tramaient. Au bout du compte, tout le monde a fini ivre et écroulé. »
« J’en ai entendu parler. Le Démon Ivrogne a dit que ça n’avait pas été de tout repos. »
Il avait dû parler avec Père de la situation en Mer du Nord.
Maître, savez-vous ce que Père a en tête ?
À l’époque où il était plus jeune, si Père avait parlé de son rêve au Démon Lame du Ciel de Sang, le visage rouge, peut-être s’était-il confié à présent au Roi Démon du Poing ?
Après avoir échangé quelques mots avec le Roi Démon du Poing, Geommugeuk se tourna vers Cheon So-hee.
« Tu fais déjà gronder le tonnerre. Impressionnant. »
« Tout cela, c’est grâce à l’excellence de l’enseignement de Maître. »
« Je t’offrirai bientôt un verre pour fêter ça. »
« Oui, grand frère. »
Cheon So-hee témoignait un profond respect à Geommugeuk. Non seulement parce qu’il était son aîné, mais aussi parce qu’il était destiné à devenir le prochain Démon Céleste.
Mais il y avait une raison plus importante encore.
Elle était devenue le prochain Roi Démon du Poing grâce à Geommugeuk. Son destin avait basculé au sein du Groupe d’entraînement de minuit qu’elle partageait avec lui.
Alors qu’il s’éloignait, Geommugeuk se retourna vers elle.
« Petite sœur, tu seras un Roi Démon du Poing extraordinaire. »
En cet instant, dans le cœur de Cheon So-hee, Geommugeuk n’était ni son « grand frère » ni le « Jeune chef du Culte du Démon Céleste ».
Chef du Culte, quand ce jour viendra, je vous servirai de toute mon âme.
Le Roi Démon du Poing l’avait conduit devant une falaise située dans la Faction du Poing de l’Est.
Son rêve était d’abattre cette falaise d’un seul coup. Jusqu’où avait-il progressé dans sa quête ?
Je me tenais à côté du Roi Démon du Poing et levai les yeux vers la falaise. Elle m’impressionnait toujours autant. Et elle ressemblait au Roi Démon du Poing, qui la contemplait.
Pouvait-il vraiment abattre cette falaise ?
Pouvais-je vraiment persuader cet homme ?
Après l’avoir contemplée un moment, j’amorçai doucement la conversation par un sujet destiné à lui alléger le cœur.
« Lee Ahn est partie en mission. »
« Je sais. »
« Comment ? »
« Elle m’a envoyé une lettre. »
Elle continuait donc à prendre soin de son père.
« J’imagine que vous avez aussi appris qu’elle avait retrouvé sa famille en Mer du Nord. »
Le Roi Démon du Poing hocha silencieusement la tête. Au lieu de lui demander si la nouvelle l’avait surpris, je poursuivis :
« Le Maître du Palais de glace a été très choquée d’apprendre qui était Lee Ahn. La nièce qu’elle avait retrouvée était devenue votre fille adoptive. »
C’était lui qui aurait dû être surpris, et non l’inverse. Mais j’avais formulé les choses ainsi pour placer le Roi Démon du Poing au-dessus du Maître du Palais de glace.
« Avez-vous répondu à sa lettre ? »
À ma grande surprise, le Roi Démon du Poing hocha la tête et ajouta :
« Bien sûr. »
Je l’imaginai tenant un pinceau qui devait sembler minuscule dans ses énormes mains et rédigeant sa réponse. Il avait probablement peiné à trouver ses mots, lui qui n’était pas du genre à écrire des lettres.
Mais à cet instant, il avait dû être un père, inquiet pour sa fille et à qui elle manquait.
« J’ai appris que si vous n’étiez pas allé en Mer du Nord cette fois-ci, Ahn aurait été en danger. »
« J’aimerais dire qu’elle s’en serait sortie sans moi, mais elle aurait probablement été en danger. »
Le regard du Roi Démon du Poing s’adoucit légèrement. En cet instant, je n’étais pas seulement son disciple ou le Jeune chef du Culte du Démon Céleste : j’étais le disciple et le Jeune chef qui avait sauvé sa fille.
C’était le moment.
« Maître, puis-je vous poser une question à laquelle il vous sera peut-être difficile de répondre ? »
Il ne s’était sans doute jamais attendu à recevoir une question pareille de ma part.
« Qui préférez-vous : Père ou moi ? »
Le Roi Démon du Poing me fixa, perplexe.
« Trop difficile, n’est-ce pas ? »
« Non. Je suis surpris parce que la réponse est trop facile. »
Le Roi Démon du Poing reporta son regard sur la falaise, tandis que je le dévisageais.
Pouvais-je vraiment comprendre les intentions de Père en interrogeant cet homme, dont la loyauté était aussi imposante et inébranlable que cette falaise ?
Si le Démon au Sourire Maléfique était de mon côté, le Roi Démon du Poing était du côté de Père.
Si seulement je pouvais rallier le Roi Démon du Poing, il me serait bien plus facile d’empêcher le rêve de Père : unifier le monde des arts martiaux.
Pourtant, faire céder ce mur devant moi me semblait plus difficile encore que d’abattre cette immense falaise.
« Père se comporte bizarrement, ces derniers temps. »
« Le chef du Culte ? »
« Il a rencontré le Démon au Sourire Maléfique en privé. Et il a même beaucoup bu avec le Démon Ivrogne. »
Faisait-il semblant de ne pas comprendre, ou ne voyait-il réellement rien d’étrange à cela ? Le Roi Démon du Poing me posa la question sans détour.
« Qu’y a-t-il d’étrange à ce que le chef du Culte rencontre un Suprême Démoniaque ? »
« Ce ne serait pas étrange s’il avait l’habitude de le faire. »
Le Roi Démon du Poing, qui regardait la falaise, tourna les yeux vers moi.
« Qu’essayes-tu de dire au juste ? »
« Je veux connaître les projets de Père. »
« Si tu es curieux, demande-le directement au chef du Culte. »
Ce serait la pire chose à faire. Père avait délibérément partagé un verre avec le Démon Ivrogne devant moi. Il savait certainement que j’apprendrais sa rencontre avec le Démon au Sourire Maléfique.
La première fois que j’avais régressé et que je m’étais retrouvé dans l’arène martiale, Père savait aussi que j’avais été empoisonné avec le Poison disperseur d’énergie. Pourtant, il n’était pas intervenu. Il s’était contenté d’observer. Pour voir comment j’allais m’en sortir.
C’était pareil aujourd’hui. Père m’observait. Nous étions comme deux joueurs de go. J’avais avancé un pion. Quel serait son prochain coup ?
Je comptais lui montrer que plus de la moitié des Suprêmes Démoniaques s’opposaient à la guerre.
Même si ses récents échanges avec le Démon au Sourire Maléfique et le Démon Ivrogne n’avaient rien à voir avec cela, peu importait.
Tant que Père nourrirait l’ambition d’unifier le monde des arts martiaux, je devrais tôt ou tard m’y opposer.
« S’il était du genre à répondre quand on lui pose une question, je ne m’inquiéterais même pas. Tu sais exactement quel genre d’homme est Père, n’est-ce pas ? »
Sur ce point, au moins, le Roi Démon du Poing ne me contredit pas.
« Pour être honnête, en revenant, j’ai paniqué. Pourquoi s’intéresse-t-il soudain autant à la gestion des Suprêmes Démoniaques ? A-t-il commencé à agir en vue d’unifier le monde des arts martiaux ? »
Même quand je prononçai à voix haute les mots « unifier le monde des arts martiaux », le Roi Démon du Poing resta parfaitement calme.
« Vous aussi, Maître, vous vous en rendez compte ? Vous aussi, vous vous comportez bizarrement, ces derniers temps. Vous êtes trop calme. Comme si vous saviez déjà tout. Dites-moi ce que vous savez. »
Le Roi Démon du Poing garda les lèvres closes. Pour délier cette bouche si sévère, je décidai de lui parler franchement de ma propre situation.
« J’essaie de rallier les Suprêmes Démoniaques à ma cause, parce que je crains que mes soupçons ne soient fondés. Jusqu’ici, j’en ai rencontré trois. L’un me soutient, un autre soutient Père et le dernier n’a pas encore choisi son camp. »
Ce qui retint l’attention du Roi Démon du Poing fut le vote encore indécis.
« Quel Suprême Démoniaque n’a pas encore pris sa décision ? »
« L’Ancien Démon Lame. »
Le Roi Démon du Poing eut un instant de surprise, puis hocha la tête, comme s’il comprenait.
« Ainsi, le Démon Lame tient vraiment à toi. Pour un homme comme lui, ne pas parvenir à se décider… »
Il avait raison. Avec le Démon Lame, tout était toujours blanc ou noir. Son tempérament ne supportait pas les entre-deux.
Et pourtant, le Démon Lame était aujourd’hui tiraillé. Il acceptait de passer pour indécis, uniquement pour moi.
« Maître, vous êtes de mon côté, bien sûr ? Enfin, si vous ne soutenez pas votre disciple, qui allez-vous soutenir ? »
« J’ai deux disciples. Mais il n’y a qu’un seul chef du Culte. »
« Je suis à la fois votre disciple et le Jeune chef du Culte du Démon Céleste. »
« So-hee finira par se ranger de ton côté. »
Je savais que quelques mots ne suffiraient pas à le convaincre.
Alors je lui posai la question directement. Le Roi Démon du Poing n’aimait pas tourner autour du pot.
« Si Père déclenche une guerre, obéirez-vous à ses ordres ? »
Le regard du Roi Démon du Poing s’embrasa.
« Si c’est un ordre du chef du Culte, je dois évidemment y obéir. »
Je le regardai droit dans son visage terrifiant et lui répondis :
« C’est précisément pour cela que c’est à vous, Maître, de vous y opposer. »
« Qu’entends-tu par là ? »
« Père ne pourra pas ignorer vos paroles. »
Je savais parfaitement que ces mots faisaient peser un fardeau sur le Roi Démon du Poing. En somme, je cherchais à imposer ma volonté à quelqu’un qui avait consacré sa vie à être un Suprême Démoniaque.
Mais comme l’avait dit le Démon au Sourire Maléfique, j’élevais la voix pour appeler les Suprêmes Démoniaques à se tenir à mes côtés et à suivre ma voie démoniaque. Oui, j’y croyais. Mon coup se diviserait en huit voies et les transpercerait.
« La guerre ne doit pas avoir lieu, Maître. »
Le Roi Démon du Poing me fixa en silence, puis commença à retirer sa robe extérieure.
« Cela fait longtemps. Entraînons-nous. »
« Vous voulez donc mener cette guerre… contre moi ? »
Malgré ma plaisanterie, il continua d’ôter sa robe.
Son torse apparut.
Le corps du Roi Démon du Poing était impeccable, même si je l’avais vu maintes fois. Ses muscles épais, forgés par un entraînement impitoyable, n’avaient rien de pesant. Son corps brillait comme du diamant.
Une cicatrice d’épée lui barrait la poitrine. J’avais entendu l’histoire de cette blessure : elle remontait à l’époque où il n’avait pas encore rejoint le culte et combattait dans des arènes clandestines.
Il l’avait reçue en refusant de céder aux menaces des bandits du monde souterrain, qui voulaient truquer les combats. À présent, il pouvait vaincre ces mêmes hommes d’un simple mouvement du doigt, mais cette cicatrice lui faisait toujours honte. Moi, au contraire, je lui avais dit que je la trouvais admirable.
Car elle témoignait du courage de sa jeunesse, qui s’était dressé face à la mort.
Au début, ce fut tout ce que je vis en la regardant. Mais aujourd’hui, cette cicatrice m’apparut comme le symbole de ce qu’était vraiment le Roi Démon du Poing : un homme qui ne craignait pas la mort.
J’ôtai moi aussi ma robe du haut et m’avançai.
« Ah ! Quand est-ce que j’aurai un corps comme le vôtre, Maître ? »
« Si tu le pouvais, échangerais-tu le tien contre le mien ? »
« … »
Grrr…
Le poing serré du Roi Démon du Poing émit un grondement sourd et vibrant.
« Je vais te l’avouer : ces derniers temps, je me suis tellement concentré sur l’Art démoniaque des Neuf Calamités que j’ai négligé l’entraînement de mes poings. »
Je le reléguais toujours au second plan, et je me sentais coupable envers le Roi Démon du Poing. Mais il comprenait parfaitement ma situation.
« Inutile de te presser. Maîtrise d’abord correctement l’Art démoniaque des Neuf Calamités. Le reste viendra après. »
Je pensais qu’il allait me proposer un véritable combat d’entraînement, mais le Roi Démon du Poing se contenta de me prodiguer ses conseils habituels.
Nous nous plaçâmes côte à côte et commençâmes à exécuter l’Art du Poing de l’Asura tonitruant. Nous laissâmes de côté notre discussion sur la guerre pour nous plonger dans l’entraînement.
Kwaaarrrung !
Le poing du Roi Démon du Poing fendit l’air. Je me mis à enchaîner les mouvements parfaitement à l’unisson avec lui.
Lorsque je lançai la première technique, l’Asura du Nuage Noir, le tonnerre jaillit en même temps de son poing et du mien.
La deuxième technique, l’Asura tonitruant, déchira l’air de coups si rapides qu’on les distinguait à peine ; l’Asura du Tonnerre céleste s’abattit avec une force écrasante ; l’Asura à la Jambe de fer éblouit par son panache ; et l’Asura de Diamant frappa avec une dureté inébranlable.
Nous bougions à l’unisson, corps et ombre, reproduisant chaque mouvement à la perfection.
Pourtant, l’intention martiale qui imprégnait ces techniques était radicalement différente. Si le Roi Démon du Poing était une mer profonde, je n’étais encore qu’une rivière.
Enfin, avec la sixième et dernière technique, l’Asura du Tonnerre de Yama, le coup de foudre du Roi de la Mort, notre séance prit fin.
Nous nous étions tant concentrés que la sueur ruisselait de mon corps comme la pluie. S’entraîner torse nu avec le Roi Démon du Poing était plus éprouvant que toute autre forme d’entraînement.
« La puissance de tes poings a changé. »
Bien que j’aie employé la même force qu’auparavant, il avait perçu les progrès de mon énergie interne.
Désormais, grâce à ma maîtrise de l’Inversion complète de l’énergie et de l’esprit, les autres ne pouvaient plus facilement déceler mon changement de niveau. Mais il était impossible de lui dissimuler la puissance insufflée dans mes poings.
« En récompense de cette mission, le Maître du Palais de glace m’a accordé l’Essence de glace extrême des dix mille ans. »
Le Roi Démon du Poing me regarda, surpris. Il savait lui aussi ce qu’il fallait faire avant de pouvoir absorber l’Essence de glace extrême des dix mille ans.
« J’ai aussi eu la chance de manger un Fruit des neiges millénaire. »
Son expression trahissait la question qu’il ne posa pas : comment pouvait-on obtenir un Fruit des neiges millénaire et une Essence de glace extrême des dix mille ans par simple chance ?
« Peux-tu produire de l’énergie froide avec ton énergie interne ? »
Le qi du Fruit des neiges millénaire s’était déjà mêlé à mon sang et à mes organes.
« Oui. »
« Alors essaie d’exécuter l’Art du Poing de l’Asura tonitruant avec l’énergie la plus froide que tu puisses produire. »
Je recommençai, cette fois seul. Suivant ses instructions, je mêlai une force glaciale à mon énergie interne en exécutant la technique.
La sensation était complètement différente. Même si l’énergie restait la même, sa puissance était nettement supérieure.
« À l’origine, l’Art du Poing de l’Asura tonitruant était conçu pour donner le meilleur de lui-même dans les conditions les plus extrêmes, lorsque l’énergie interne était mise à rude épreuve. Le fait que tu aies obtenu le Fruit des neiges millénaire et l’Essence de glace extrême des dix mille ans prouve que tu as une affinité profonde avec cette technique. Alors ne la néglige pas : maîtrise-la pleinement. »
« Je m’en souviendrai, Maître. »
Le Roi Démon du Poing m’enseigna ensuite d’autres aspects de l’Art du Poing de l’Asura tonitruant. C’était un enseignement différent de celui qu’il m’avait donné dans les montagnes enneigées. Il abordait des choses qu’il avait tues à l’époque parce que je n’étais pas prêt, ainsi que de nouvelles conclusions auxquelles il était parvenu depuis.
Le Roi Démon du Poing ne me cacha véritablement rien. Quand il enseignait, il était un vrai maître. Quand il était père, il était un vrai père. Voilà quel genre d’homme il était. Et cet homme était le Suprême Démoniaque de mon père.
À la fin de sa leçon, je m’inclinai profondément devant lui avec respect.
« Vous m’avez transmis un enseignement si profond, Maître, et pourtant, j’ai manqué de respect envers vous. »
Le Roi Démon du Poing me releva. Dans ses yeux d’ordinaire impassibles, un souvenir lointain se raviva.
« Tu sais comment j’ai rencontré le chef du Culte, n’est-ce pas ? »
À l’époque, lorsque les bandits du monde souterrain l’avaient presque tué dans l’arène clandestine, Père l’avait sauvé. Le Roi Démon du Poing l’avait suivi jusqu’au quartier général du culte et avait rejoint la Faction du Poing de l’Est. Il m’avait raconté que Père lui avait rendu visite de nouveau lorsqu’il était devenu un Poing noir. Voici ce que Père lui avait dit alors :
— Je deviendrai le Démon Céleste. Toi, deviens mon Roi Démon du Poing.
Ce jour-là, le Roi Démon du Poing était devenu un homme de Père.
« Cela fait longtemps que je suis mort. La vie que je mène aujourd’hui, c’est le chef du Culte qui me l’a accordée en prime. »
Son regard se fit plus intense.
« Je respecte ta voie démoniaque. »
Ce regard ardent exprimait une sincérité absolue.
Mais ce respect ne pouvait détourner son cœur de Père.
« Cependant, je suivrai la voie démoniaque du chef du Culte. »