Chapitre 433
À l’aube, le lendemain matin, la voiture qui transportait Geommugeuk et ses compagnons quitta le Palais de glace de la Mer du Nord.
Lee Ahn avait annoncé qu’elle ne rentrerait pas au Culte principal, mais reprendrait la mission qu’elle avait interrompue. Elle décida de rester avec eux au moins jusqu’à ce qu’ils quittent la Mer du Nord.
Alors que la voiture franchissait les portes du palais, une personne les attendait.
C’était Han Seol, la Maîtresse du Palais.
« Je suis sortie parce que je voulais vous dire au revoir. »
Depuis l’intérieur de la voiture, Geommugeuk et le Grand Démon Ivrogne lui adressèrent un léger signe de tête. Lee Ahn descendit à leur place. Elles avaient des choses à se dire.
« Ma mère m’a tout raconté. »
Han Seol ne l’avait pas appelée Maîtresse du Palais, mais mère. Leur relation s’était certes rapprochée ces derniers temps, mais ce qu’elle allait lui dire concernait aussi leur famille.
Lee Ahn regarda Han Seol en silence. Elles étaient désormais cousines.
« Tu as dû être surprise, non ? Moi aussi, quand la Maîtresse du Palais me l’a appris hier. »
« Tu es ma grande sœur, alors parle-moi simplement. »
« Grande sœur »… C’était la première fois de sa vie que Han Seol prononçait ces mots. Autrefois, elle ne les aurait jamais dits aussi facilement.
Le changement récent dans sa relation avec sa mère avait entraîné en elle une subtile évolution des sentiments. C’était sans doute pour cela que cet instant lui semblait moins gênant.
« Je pensais être la plus jeune. »
« … »
« Je plaisante. »
« Tu n’es toujours pas drôle. »
Han Seol avait déjà dit que les plaisanteries de Lee Ahn n’étaient pas drôles. Pourtant, aujourd’hui, un sourire se dessinait sur ses lèvres, en dépit de ses paroles.
« Et tiens. »
Han Seol lui tendit une petite boîte.
« Mère m’a demandé de te la remettre. Elle m’a dit de ne l’ouvrir que plus tard. »
La boîte était hermétiquement fermée ; il ne fallait pas l’ouvrir tout de suite. Lee Ahn ignorait ce qu’elle contenait, mais il convenait tout de même de remercier sa tante.
« Remercie tante de ma part, s’il te plaît. »
Tout comme Han Seol avait prononcé « grande sœur » pour la première fois, c’était aussi la première fois que Lee Ahn l’appelait « tante ». Cela lui semblait assez étrange, mais elle se rappela combien elle avait été heureuse d’apprendre que la Maîtresse du Palais de glace était sa tante et décida de lui témoigner du respect.
« Prends soin de toi. »
Alors qu’elle se détournait, Lee Ahn regarda Han Seol par-dessus son épaule et ajouta :
« Seol, prends soin de toi. »
Han Seol eut l’air surprise. Lee Ahn enchaîna aussitôt :
« C’est trop tôt ? »
« Non. Tu es ma sœur. »
Lee Ahn savait se montrer hardie dans ce genre de situation.
« La prochaine fois que tu viendras dans les Plaines centrales, je te ferai visiter. »
Han Seol hocha la tête. C’était étrange et nouveau pour elle, mais cette sensation n’était pas désagréable.
Lee Ahn remonta dans la voiture.
Geommugeuk passa la tête par la fenêtre et salua Han Seol.
« Quand la prochaine Rencontre des successeurs sera prévue, je t’inviterai. On se reverra à cette occasion. »
Han Seol ignorait encore que cette rencontre serait un événement particulier, où son statut de Maîtresse du Palais du Palais de glace de la Mer du Nord ne lui serait d’aucune utilité.
La voiture emportant Geommugeuk, le Grand Démon Ivrogne et Lee Ahn s’éloigna ainsi.
Han Seol resta immobile à regarder la voiture disparaître. Tous trois étaient véritablement arrivés comme le vent, puis repartis comme le vent.
La Maîtresse du Palais de glace s’approcha d’elle par le côté. Elle les avait observés de loin et se montra enfin.
« Es-tu déjà allée dans les Plaines centrales, mère ? »
Le mot « mère » fit tressaillir la Maîtresse du Palais de glace. Quand l’avait-on appelée ainsi pour la dernière fois ? Han Seol fixait toujours la voiture qui s’éloignait ; impossible de savoir si elle avait prononcé ce mot exprès ou sans y penser.
« Quelques fois. »
« À quoi ressemblent les Plaines centrales ? »
Han Seol n’en avait entendu parler que dans des récits et des livres. Elle voulait savoir ce que sa mère en pensait.
Bien que la voiture fût déjà loin, c’était la première fois qu’une curiosité pour les Plaines centrales commençait à s’éveiller en elle.
La Maîtresse du Palais de glace s’avança lentement et effleura un arbre couvert de neige. Celle-ci glissa des branches en tourbillonnant, comme des pétales éparpillés.
« Quand j’étais jeune, les Plaines centrales étaient pour moi comme ça. Un endroit qu’on a envie de quitter une fois qu’on y est arrivé, puis où l’on souhaite retourner dès qu’on l’a quitté. »
Avec le temps, pourtant, ces sentiments s’étaient peu à peu estompés, et son attachement aux Plaines centrales n’avait plus la force de celui de sa jeunesse.
Elle aimait la Mer du Nord.
Ni les fleurs printanières qui virevoltaient au vent, ni la chaleur étouffante des journées d’été, ni les feuilles d’automne brodées de couleurs somptueuses ne pouvaient surpasser la beauté de ce paysage enneigé.
Mais ce n’était que sa vie à elle.
La Maîtresse du Palais de glace tourna vers sa fille un regard bien plus doux qu’auparavant.
« Les Plaines centrales que tu découvriras, toi, seront tout autres. »
***
La voiture fila vers le sud.
Comme elle avait été envoyée par la Branche de la Mer du Nord du Culte du Démon Céleste, le maître d’arts martiaux installé au siège du cocher était extrêmement tendu.
Qui aurait cru qu’il finirait par conduire une voiture où se trouvaient le Jeune chef du Culte du Démon Céleste et le Grand Démon Ivrogne ? Et ils voyageaient même sans escorte.
Peut-être était-ce ainsi qu’ils éviteraient une embuscade. De toute façon, personne ne croirait que le Jeune chef du Culte du Démon Céleste se trouvait dans cette voiture.
À l’inverse de l’anxiété du cocher, l’intérieur de la voiture était paisible.
Le Grand Démon Ivrogne, qui ne s’était pas encore remis de ses blessures, s’était installé sur un côté pour s’allonger. Bien sûr, il n’oubliait pas d’en rajouter.
« Qu’est-ce qui presse tant pour que tu traînes ton frère mourant comme ça ? »
« Dès que ce sera réglé, il faudra repartir. Je veux voir Père, ainsi que les Suprêmes Démoniaques. Je veux aussi revoir mon frère, Daeryong et le seigneur Jang. »
« J’imagine que moi, je ne suis que… »
Il s’interrompit avant de dire qu’on le traitait comme un moins que rien. Ce n’était pas facile de plaisanter ainsi en présence de Lee Ahn.
Enfin, cela n’aurait probablement pas posé de problème. Depuis un moment, Lee Ahn regardait par la fenêtre d’un air absent.
Le Grand Démon Ivrogne fit signe à Geommugeuk de s’occuper d’elle, puis ferma les yeux et tenta de dormir.
Geommugeuk regarda par la même fenêtre que Lee Ahn.
Sentant qu’il s’inquiétait pour elle, Lee Ahn finit par dire ce qu’elle gardait pour elle depuis tout à l’heure.
« Pour être honnête, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. »
Geommugeuk s’en doutait.
« La Maîtresse du Palais de glace non plus, probablement. »
Lee Ahn se tourna vers lui, l’air inquiet.
« J’aurais dû aller la voir à l’aube pour lui dire au revoir en personne ? »
Elle s’était posé la question plusieurs fois, mais avait fini par ne pas le faire.
« La Maîtresse du Palais de glace nous observait de loin tout à l’heure. »
« Vraiment ? »
Geommugeuk acquiesça.
Il comprenait trop bien ce que signifiait observer de loin, parce qu’on ne voulait pas être un poids.
Apprendre que la Maîtresse du Palais de glace l’avait regardée ne fit qu’accroître les regrets de Lee Ahn.
Son regard se posa sur la boîte que la Maîtresse du Palais de glace lui avait donnée.
« Ouvre-la. »
Sur ces mots de Geommugeuk, Lee Ahn brisa délicatement le sceau et ouvrit la boîte.
À l’intérieur se trouvait une autre petite boîte. Un livret était glissé dessous, mais elle ouvrit d’abord la plus petite boîte.
Quand elle souleva le couvercle, un parfum singulier emplit l’habitacle.
L’odeur était assez forte pour tirer le Grand Démon Ivrogne de sa somnolence.
La boîte contenait un fruit d’un blanc immaculé. Rien qu’à le voir, l’énergie spirituelle qu’il dégageait révélait qu’il ne s’agissait pas d’un objet ordinaire.
« Qu’est-ce que c’est ? »
Geommugeuk le reconnut aussitôt.
« Le fruit de l’herbe de neige glacée. »
Un jour, il avait taquiné Seo Daeryong en lui disant que, s’ils allaient dans la Mer du Nord, les hommes des neiges cultiveraient de l’herbe de neige glacée. Et voilà qu’il en avait sous les yeux.
« Ça a de la valeur ? »
Plus tôt, lorsque la Maîtresse du Palais de glace lui avait demandé si elle préférait vraiment une simple coupe de vin à un élixir médicinal supérieur au Ginseng des neiges millénaire, c’était de cet élixir qu’elle parlait.
Geommugeuk appela aussitôt le cocher :
« Arrêtez-vous un instant. »
La voiture s’immobilisa.
Geommugeuk prit la boîte contenant le fruit de l’herbe de neige glacée et fit également descendre Lee Ahn.
Après l’avoir installée à côté de la voiture, il lui tendit le fruit.
« Tu veux que je le prenne ici ? »
Geommugeuk acquiesça.
« Recevoir un remède pareil alors que je suis à tes côtés, c’est une sacrée chance. »
Quand on prenait un élixir, il fallait toujours qu’une personne de confiance reste à proximité. Sans même parler du risque d’une attaque extérieure, ses effets pouvaient submerger le corps et provoquer de graves blessures internes, voire un dérèglement mental.
Vu les risques, qui pouvait être plus rassurant que Geommugeuk ?
« Est-ce que je peux vraiment accepter quelque chose d’aussi précieux ? Tu devrais le prendre, jeune maître. »
« Tu veux déclencher une guerre entre le Culte principal et le Palais de glace ? »
La plaisanterie arracha un léger sourire à Lee Ahn.
Sa vie avait déjà changé une fois, et voilà que tout changeait de nouveau. Elle avait l’impression d’être emportée par un torrent de destin, sans que sa volonté y puisse quoi que ce soit. Pourtant, si elle parvenait encore à rester courageuse et sereine, c’était sans doute parce qu’en tournant la tête, elle trouvait toujours quelqu’un qui veillait sur elle.
« Alors, je l’accepte avec gratitude. »
Lee Ahn prit délicatement le fruit de l’herbe de neige glacée.
Le fruit fondit aussitôt dans sa bouche et se répandit dans son corps.
Elle frissonna. L’énergie qui se diffusait jusque dans les moindres recoins de ses vaisseaux sanguins était glaciale. À tel point qu’elle se demanda si elle était censée être aussi froide.
Mais cette sensation ne dura qu’un instant. Comme une personne fiévreuse après avoir pris froid, son corps se mit à brûler.
Oscillant entre le froid et la chaleur, l’énergie du fruit de l’herbe de neige glacée tourbillonnait sauvagement en elle.
Lee Ahn fut stupéfaite par l’intensité de cette énergie. Elle s’y était préparée mentalement, mais ne s’attendait pas à ce qu’elle soit si écrasante.
Est-ce que je vais réussir à la digérer ?
Elle fit circuler son énergie interne dans ses méridiens et s’efforça de s’approprier cette énergie.
Grâce à ses efforts, l’énergie déchaînée s’apaisa quelque peu, mais se dispersa bientôt et commença à s’échapper.
Non !
Avec son énergie interne et sa maîtrise martiale actuelles, il lui était impossible d’absorber tous les effets médicinaux.
C’est alors que cela se produisit.
La main de Geommugeuk se posa sur son dos. Par sa paume, un flot d’énergie interne pénétra dans son corps. Cette énergie l’aida à rattraper celle qui s’éparpillait et à la ramener dans ses méridiens. Ce n’était qu’un fil d’énergie, mais il lui apportait un soutien plus puissant que dix mille fils.
Même pour l’aider, Geommugeuk n’était pas intervenu dès le début.
Il l’avait laissée éprouver par elle-même toute la difficulté de digérer l’élixir et n’était intervenu qu’au dernier moment. C’était cela, la chance dont il avait parlé tout à l’heure.
Lee Ahn, elle aussi, persévéra jusqu’au bout. En faisant circuler son énergie interne encore et encore, elle absorba peu à peu celle de l’élixir.
À la fin, l’énergie du fruit de l’herbe de neige glacée s’accumula dans son bas-ventre sous la forme d’une immense puissance interne. Sentir son Cœur démoniaque se remplir à ras bord fut un plaisir inoubliable. D’autant que l’élixir convenait parfaitement à sa constitution : l’énergie interne s’installa en elle avec fluidité et pureté.
Les yeux de Lee Ahn devinrent encore plus clairs et intenses.
« L’énergie que je sens dans mon cœur est complètement différente, maintenant. C’est donc ce monde incroyable dans lequel tu vis, Jeune chef du Culte du Démon Céleste ? »
À ces mots, le Grand Démon Ivrogne passa la tête par la fenêtre de la voiture et lança :
« Tu crois que le monde du Jeune chef du Culte du Démon Céleste se limite à ça ? »
« C’est vrai. Si je suis une mare, tu dois être l’océan, jeune maître. »
La remarque de Lee Ahn, qui soulignait l’immense écart entre leurs forces martiales, fit seulement Geommugeuk balayer l’air d’un geste désinvolte.
« L’écart n’est pas si grand. »
Pendant un instant, on aurait dit qu’il faisait preuve de modestie.
« À moins que ce soit plutôt un ruisseau face à l’océan ? »
Ils se regardèrent et éclatèrent de rire.
Lee Ahn s’inclina respectueusement.
« Merci de m’avoir transformée en ruisseau. »
« Garde tes remerciements pour le moment où tu reverras la Maîtresse du Palais. »
Il avait beau dire cela, Lee Ahn le savait.
Elle savait combien l’aide de Geommugeuk avait compté pour digérer le fruit de l’herbe de neige glacée. Sans lui, elle en aurait perdu au moins un tiers de l’énergie.
Tous deux remontèrent dans la voiture.
Lorsqu’ils retirèrent la petite boîte qui contenait le fruit de l’herbe de neige glacée, ils découvrirent dessous une lettre et un manuel d’arts martiaux.
L’Art divin de l’Esprit gelé.
Ce n’était pas la technique exclusive de la Maîtresse du Palais de glace, mais un art martial transmis au sein de sa famille et l’un des meilleurs parmi les arts de type glace. À titre de comparaison, son rapport à l’Art de l’Épée Ascendante de Geommugeuk était similaire à celui de l’Art démoniaque des Neuf Calamités.
« Le manuel est une copie. Elle a dit de le mémoriser, puis de le brûler. »
La lettre ne contenait aucun autre message. La Maîtresse du Palais de glace avait probablement voulu éviter que Lee Ahn se sente redevable et avait délibérément laissé la lettre vierge.
« Est-ce que je peux vraiment recevoir tout ça ? Juste parce que je fais partie de la famille ? »
Geommugeuk répondit sans hésiter :
« Ce cadeau suffit à montrer à quel point la Maîtresse du Palais s’est languie de ta mère. Je pense que l’accepter avec joie leur ferait honneur à toutes les deux. »
Lee Ahn ne répondit rien et se mit aussitôt à mémoriser le manuel.
En la regardant, le Grand Démon Ivrogne transmit ses paroles à Geommugeuk par télépathie :
— Appeler quelqu’un son cœur et le traiter comme tel… ça finit vraiment par en faire son cœur.
C’était la réflexion du Grand Démon Ivrogne, qui observait Geommugeuk et Lee Ahn.
— Si tu arrives à le comprendre, il est peut-être temps de t’occuper de ton propre cœur, grand frère.
Il faisait bien sûr allusion à Lyu Bin, qui éprouvait des sentiments pour le Grand Démon Ivrogne. Celui-ci détourna la conversation en parlant d’autre chose.
— Quand on sera rentrés, je vais vérifier l’Essence d’alcool. Voyons si elle a encore tourné quelque part !
Geommugeuk sourit et cria au cocher :
« En route ! »
Bien sûr, aussi fort que devienne un cœur, pour l’instant, le sien restait celui d’un bébé posé trop près du bord de l’eau.
Quand ils atteignirent l’endroit où ils devaient se séparer de Lee Ahn, au-delà de la Mer du Nord, Geommugeuk dit au Grand Démon Ivrogne :
« Continue tout droit à partir d’ici. Je vais accompagner Lee Ahn un peu plus loin. »
Lee Ahn protesta que ce n’était pas nécessaire, mais Geommugeuk fit avancer la voiture.
« Monte sur mon dos. »
« Pourquoi ? »
« Fais-le, c’est tout. »
Sans explication, Geommugeuk hissa Lee Ahn sur son dos.
Puis il se mit à courir. Le Pas de la Lumière Stellaire fendait véritablement l’air aussi vite que la lumière.
Malgré sa vitesse, être portée sur son dos était étonnamment confortable. Le véritable talent et la maîtrise de Geommugeuk ne résidaient pas dans sa vitesse, mais dans le confort qu’il lui procurait en se déplaçant aussi vite.
Mais… où va-t-il ?
Pendant tout le trajet sur son dos, Lee Ahn se le demanda.
Après avoir couru près de deux heures sans s’arrêter, Geommugeuk finit par s’immobiliser.
« Où sommes-nous ? »
« Je n’en sais rien non plus. »
Lee Ahn lui lança un regard qui semblait dire : « C’est une plaisanterie ? » Pourtant, Geommugeuk avait vraiment couru en suivant son instinct. Et la raison, Lee Ahn était loin de s’y attendre.
« Je me suis dit que quelqu’un nous observait peut-être. »
Lee Ahn lui demanda, stupéfaite :
« Quelqu’un nous suivait ? »
Geommugeuk secoua la tête. Il n’avait senti personne les surveiller, mais, au cas où un maître de la furtivité les aurait observés, il avait craint qu’il ne prenne Lee Ahn pour cible et ne suive sa trace.
Mais après avoir couru deux heures grâce au Pas de la Lumière Stellaire, personne, même le poursuivant le plus habile, ne pouvait retrouver sa trace.
« Tu ne crois pas que tu exagères un peu ? »
« Je me prépare à une éventualité sur dix mille. Si quelque chose d’irréversible arrive, ça ne servira à rien de dire que je n’ai baissé ma garde qu’une fois. »
Lee Ahn était toujours touchée et reconnaissante envers Geommugeuk, mais jamais autant qu’à cet instant. Dissimulant son émotion débordante, elle prit un ton taquin :
« Tu te fais tant de souci pour moi… comment as-tu pu me laisser partir, à l’époque ? »
Mais c’était alors, et cela se passait maintenant. Les circonstances étaient différentes. À présent, le Roi de Sang était mort.
« Si quelque chose tourne mal malgré tout ça, alors je ne peux rien faire de plus. »
Le sens de ses paroles était clair : après avoir fait tout son possible, il n’aurait aucun regret.
Lee Ahn grava l’enseignement de Geommugeuk dans son cœur. Elle aussi vivrait ainsi, désormais.
« Ce petit ruisseau reviendra sous la forme d’un fleuve impétueux. »