Chapitre 431
C’était une coupe à vin d’une beauté splendide, mais auréolée de mystère.
La coupe d’un blanc pur avait été façonnée à l’image de la lune suspendue au-dessus d’une plaine enneigée. Si je la contemplais en silence, j’avais l’impression de me tenir seul dans une étendue couverte de neige, sous le clair de lune.
Un croissant de lune flottait sur l’un de ses côtés et lui servait d’anse, ce qui permettait de l’accrocher facilement à la taille.
Mais ce n’était pas son apparence qui la rendait spéciale.
« Savez-vous de quelle coupe il s’agit ? »
Le Maître du Palais de glace ne s’était pas attendu à ce que Geommugeuk choisisse cette coupe.
« J’ai entendu dire qu’une coupe de vin sacrée était conservée au Palais de glace de la Mer du Nord. Est-ce celle-ci ? »
« Vous avez bien vu. »
Elle se mit à lui expliquer ce qu’était la coupe.
Le Calice du Palais de glace.
Au premier regard, il semblait fait de porcelaine d’un blanc pur, mais il avait en réalité été forgé dans du métal. Cet alliage spécial était réputé incroyablement léger, tout en étant absolument incassable et indéformable.
Mais ce qui comptait vraiment, c’était l’effet de la coupe.
Comme elle possédait naturellement des propriétés froides, on pouvait boire un alcool frais même au plus fort de l’été. On disait aussi que boire dans cette coupe renforçait l’énergie interne et nourrissait le corps.
Bien sûr, la quantité d’énergie interne gagnée n’excédait pas celle qu’on pouvait acquérir en consacrant le même temps à la cultivation. Il aurait donc été insensé de boire dans le but d’accroître sa puissance interne au détriment de sa santé.
À une exception près, dans tout le monde des arts martiaux.
Pour le Grand Démon Ivrogne, qui vivait avec de l’alcool à portée de main à chaque instant, cette coupe avait sans aucun doute une grande valeur.
De plus, il n’en existait qu’une seule au monde, et on ne pouvait la trouver qu’ici, dans le Trésor du Palais de glace.
Pour quelqu’un qui aimait l’alcool plus que la vie et comptait passer son existence à boire, cette coupe serait le plus beau des cadeaux.
« Vous allez vraiment choisir celle-ci ? »
Geommugeuk répondit avec un sourire.
« Le Grand Démon Ivrogne préférerait cette coupe au Ginseng des neiges millénaire. »
Ce n’était pas pour cette raison que le Maître du Palais de glace avait posé la question. Il y avait tant d’objets rares ici qu’il était absurde de choisir quelque chose uniquement pour l’offrir à quelqu’un. Elle regarda de l’autre côté, où une armure de protection brillait d’un éclat magnifique, même à première vue, puis reprit :
« Cette Garde Tigre de glace pourrait vous sauver la vie. Et même si elle ne rivalise pas avec l’Essence de glace extrême des dix mille ans que vous avez prise tout à l’heure, il y a aussi des élixirs capables d’accroître votre énergie interne davantage que le Ginseng des neiges millénaire. »
« Cela me va. »
Comprenant que Geommugeuk avait arrêté son choix sur la coupe, le Maître du Palais de glace ne lui recommanda rien d’autre.
Lorsqu’elle tendit la main, le bloc de glace qui contenait la coupe s’envola vers elle.
Grâce à son énergie interne particulière, le Maître du Palais de glace fit fondre la glace sans effort. Un maître ordinaire aurait dû déployer bien plus d’énergie Yang de Chaleur qu’elle n’en avait utilisé pour faire fondre cette glace spéciale.
Libéré de la glace, le Calice du Palais de glace dévoila son aura mystique.
Une énergie blanche miroitait autour de la coupe, comme une tempête de neige balayant une plaine enneigée. Nul besoin d’être connaisseur pour comprendre combien elle était précieuse : les gens ordinaires ne pouvaient se permettre de la transporter. Chaque jour, trop de monde chercherait à la leur arracher.
« Tenez, prenez-la. »
Le Maître du Palais de glace tendit la coupe à Geommugeuk.
Geommugeuk la reçut avec précaution, la posa au creux de sa paume et l’admira.
« C’est vraiment une coupe magnifique. »
Geommugeuk était sincèrement ravi à l’idée de l’offrir au Grand Démon Ivrogne.
Le Maître du Palais de glace le sentit. À cet instant, Geommugeuk était véritablement heureux, comme un garçon au cœur pur.
« Les rumeurs étaient donc toutes vraies. »
Quand elle avait appris que Geommugeuk avait pris le contrôle des Huit Suprêmes démoniaques, elle avait eu des doutes.
Qui étaient les Huit Suprêmes démoniaques ? Et ils étaient tous sous ses ordres ?
Il était impossible qu’ils le suivent tous de bon cœur. Certains ne devaient avoir conclu qu’une alliance de façade. Après tout, les Huit Suprêmes démoniaques n’étaient pas le genre de gens qu’un jeune héritier pouvait facilement maîtriser.
Mais en le voyant ainsi, elle n’eut plus le moindre doute.
S’ils étaient assez proches pour qu’il lui offre un objet aussi précieux avec tant de joie, alors le mot « contrôle » ne suffisait même plus à décrire leur relation.
« Merci. Je n’oublierai jamais la grande faveur que vous m’avez accordée aujourd’hui. »
Geommugeuk était vraiment reconnaissant envers le Maître du Palais de glace.
Elle avait beau lui avoir dit de choisir ce qu’il voulait, renoncer sans hésiter à une coupe portant le titre de « calice » n’avait rien de facile.
« Ce n’est rien, comparé à ce que vous avez fait pour ce palais. Rentrons, à présent. »
Geommugeuk quitta le Trésor du Palais de glace en compagnie du Maître du Palais de glace.
Fsssssshhhhh.
À l’ouverture de la porte, un son étrange retentit et le froid démentiel qu’ils avaient oublié les assaillit de nouveau.
Ils quittèrent rapidement cet endroit où il était même difficile de parler.
Ils reprirent le chemin inverse et, alors qu’ils approchaient de l’extrémité de la vallée, Geommugeuk prit la parole.
« Il arrive que des gens de mon âge se réunissent. »
Le Maître du Palais de glace le savait. Elle était au courant que, lors du récent Sommet des trois factions, les héritiers et les frères et sœurs de chaque faction s’étaient rassemblés.
« La prochaine fois, j’inviterai aussi votre jeune dame. »
Le Maître du Palais de glace s’arrêta.
Sans même qu’il ait besoin de s’expliquer, elle comprit pourquoi il souhaitait inviter sa fille.
Han Seol ne pourrait que s’épanouir en quittant la Mer du Nord et en rencontrant toutes sortes de gens.
Mais pouvait-elle vraiment envoyer une fille qui n’avait jamais mis les pieds dans les Plaines centrales ? Cette seule idée l’inquiétait.
Lorsqu’elle se tourna vers Geommugeuk, son regard sembla lui dire :
Ne vous inquiétez pas. Je veillerai bien sur elle et vous la ramènerai saine et sauve.
C’était sa façon de la remercier pour ce précieux cadeau. Mais pouvait-elle lui faire assez confiance pour lui confier sa fille ? C’était une tout autre question.
Quand Geommugeuk revint, le Grand Démon Ivrogne était allongé sur son lit.
« Comment vous sentez-vous ? »
« J’ai l’impression de mourir. »
Un peu plus tôt, lorsque le médecin était passé, il avait accepté les soins avec dignité. Sans que son regard ni son expression ne changent, il avait affiché la majesté d’un Suprême Démoniaque.
Mais dès qu’il aperçut Geommugeuk, il se mit à faire des caprices.
« Je n’arrive même pas à lever le bras. J’ai tellement mal. »
Toujours couché, le Grand Démon Ivrogne leva un pied pour le lui montrer.
« Regarde ça. Si tu avais retiré l’éclat plus tôt, je n’aurais pas aussi mal. »
« Mon frère est vraiment tenace. C’est pour ça que je t’ai apporté un cadeau. »
« Un cadeau ? Je suis en train de mourir et tu me parles de cadeaux ? »
Geommugeuk posa une petite boîte sur la table.
« Tu n’en veux vraiment pas ? »
« Je n’en ai pas besoin. »
« Tu le regretteras. »
« C’est de l’alcool, pas vrai ? Tu m’as apporté à boire, hein ? Rien d’étonnant. »
Faisant mine de s’en moquer, le Grand Démon Ivrogne jeta un regard en douce à la boîte.
« Ce sera trop tard pour le regretter ensuite. »
Lorsque Geommugeuk tendit la main pour la reprendre, le Grand Démon Ivrogne demanda d’un air détaché :
« Qu’est-ce que c’est ? Laisse-moi au moins regarder. »
« Tu ne feras que te torturer pour rien. »
Comment aurait-il pu ne pas regarder, après s’être fait ainsi taquiner ?
« Allez, montre-moi ! »
« Tu regardes seulement. Après, tu me la rends. »
Geommugeuk ouvrit lentement la boîte.
À la vue de ce qu’elle contenait, les yeux du Grand Démon Ivrogne s’écarquillèrent. Même si le reste du monde ne la reconnaissait pas, lui, il la reconnaîtrait.
« Ouaaaah ! »
En poussant un cri, le Grand Démon Ivrogne se rua vers la table. Oubliant la douleur à son pied, il courut.
« Non, c’est… C’est vraiment elle ? C’est bien ça, hein ? »
Le Grand Démon Ivrogne resta sans voix. C’était la seule chose qu’il désirait plus que tout au monde.
« Comment est-elle arrivée ici ? »
Sa voix tremblait.
« Je l’ai ramassée en chemin. »
« Ne te moque pas de moi ! »
« Le Maître du Palais de glace me l’a offerte. »
Le Grand Démon Ivrogne comprit aussitôt ce qui s’était passé. Le Maître du Palais de glace avait dû la lui offrir en récompense de leur récente affaire.
« Tu as renoncé à ta part pour m’offrir un cadeau. »
« Ça aurait été vraiment touchant, mais j’ai eu la mienne aussi. Alors ne te sens pas obligé et prends-la. Ou attends… tu ne disais pas que tu n’en voulais pas ? »
« Qu’est-ce que tu racontes ! »
Le Grand Démon Ivrogne étendit les bras comme des ailes pour protéger la coupe. Les bras qu’il disait ne même pas pouvoir lever formaient maintenant une défense parfaite.
« Prends plutôt ma vie ! Elle est à moi ! Va-t’en ! »
Comment aurait-il pu ne pas comprendre ? Geommugeuk aurait pu choisir autre chose que ce calice. Il avait renoncé à ce que valait le Calice du Palais de glace pour le lui offrir.
Une vague d’émotion submergea le Grand Démon Ivrogne. De tous les cadeaux qu’il avait reçus, celui-ci était le plus précieux, car c’était ce qu’il avait désiré plus que tout.
Geommugeuk savait qu’il aimerait la coupe, mais il ne s’était pas attendu à ce qu’elle lui plaise à ce point.
« Tiens, bois un coup. Je l’ai bien rincée avant de venir. »
Geommugeuk lui servit à boire.
Torrreuleung.
L’alcool venait d’être versé dans le Calice du Palais de glace, resté si longtemps scellé. Était-ce une simple impression ? L’aura blanche qui miroitait autour du calice semblait s’être intensifiée.
Le Grand Démon Ivrogne prit une grande inspiration et but. L’alcool glacé lui coula dans la gorge sans s’arrêter, gorgée après gorgée.
« Kyaaa ! C’est incroyable ! »
Geommugeuk cria « Kyaa ! » avec lui. Rien qu’à le regarder, l’alcool avait l’air incroyablement délicieux.
« Sers-m’en un aussi ! »
Cette fois, le Grand Démon Ivrogne remplit le calice à ras bord.
À mesure qu’il versait, le clair de lune qui semblait flotter dans la coupe se mit à luire d’une lueur encore plus douce.
Geommugeuk vida d’un trait l’alcool du Calice du Palais de glace. Il était glacé et incroyablement délicieux. Un « Kyaa ! » admiratif lui échappa.
« C’est incroyable ! »
Le goût de l’alcool dépend toujours de l’humeur, et rares seraient les jours où il serait aussi bon.
« Allez, resers-m’en un. »
« Arrête ! Tu prends des médicaments ! »
« Juste un de plus ! Un seul ! »
Tout en lui en versant un autre, Geommugeuk ajouta :
« Cette coupe n’est pas un cadeau pour t’inciter à boire davantage. C’est un cadeau pour t’aider à boire moins. On m’a dit qu’elle protégeait le corps. Alors, pour me faire plaisir, chaque fois que tu te sers de l’alcool dans cette coupe, bois un verre au lieu de deux. Si tu en bois normalement deux, contente-toi d’un seul, mais savoure-le. Vois les choses comme ça. »
Geommugeuk s’inquiétait manifestement pour lui. Il l’avait déjà harcelé pour qu’il mange des plats d’accompagnement, et maintenant, même après avoir fait tout ce chemin, il continuait à le sermonner.
« Ne bois jamais trop. Compris ? »
« Compris. Mais juste un dernier. Il faut que j’en boive trois. »
« Bon, mais juste pour aujourd’hui ! »
Ils se regardèrent et éclatèrent de rire.
Après avoir bu trois coupes, le Grand Démon Ivrogne accrocha le Calice du Palais de glace de l’autre côté de sa Gourde de Sang. Les deux récipients s’accordaient étrangement bien. Bien sûr, c’était probablement parce que c’était le Grand Démon Ivrogne qui les portait.
« Repose-toi bien, alors. »
Alors que Geommugeuk s’apprêtait à partir, le Grand Démon Ivrogne l’interpella dans son dos.
« Merci, Jeune chef du Culte du Démon Céleste. »
Comme sa voix ne contenait pas la moindre trace de plaisanterie, Geommugeuk lui répondit avec la même sincérité.
« Tu as fait quelque chose de grand, cette fois-ci, Grand Démon Ivrogne. »
* * *
De retour dans ma chambre, j’activai la Technique de transfert spatio-temporel pour absorber l’Orbe de l’Œil Blanc.
Clac ! D’un claquement de doigts, je me retrouvai dans un autre espace.
Ce n’était pas la plage à laquelle j’ouvrais habituellement l’accès, mais le deuxième espace : une plaine enneigée où se trouvait une petite source chaude.
C’était précisément l’endroit que j’avais créé autrefois, après avoir été ému par la source chaude de mon père. Et ce lieu correspondait davantage à la Mer du Nord que n’importe quel autre.
Il n’y avait que trois choses dans cet espace :
La neige blanche, le ciel nocturne étoilé et la source chaude.
Je sortis d’abord de ma poitrine la Boîte secrète et l’Orbe de l’Œil Blanc.
Wouuuung.
Dès que l’Orbe de l’Œil Blanc apparut, la Boîte secrète se mit à vibrer en réponse.
J’en étais déjà à ma troisième fois, mais je ne pouvais m’empêcher d’être nerveux.
Je posai avec précaution l’Orbe de l’Œil Blanc sur la Boîte secrète.
Sseuuuuk.
Alors, comme toujours, un spectacle merveilleux se déroula sous mes yeux. L’Orbe de l’Œil Blanc, pourtant dur, fondit dans la Boîte secrète comme s’il était liquide.
Après avoir entièrement absorbé l’Orbe de l’Œil Blanc, la Boîte secrète se mit à vibrer violemment.
Sseuuuuh !
Quelque chose de blanc commença à s’échapper de la Boîte secrète.
Comme toujours, ce n’était ni de la fumée, ni un liquide, ni de la lumière. C’était quelque chose qui dépassait les mots, une chose indescriptible qui se répandit dans mes mains et mes bras, puis bientôt dans tout mon corps.
La Technique de Protection Corporelle du Démon Céleste, que j’avais pourtant portée à la maîtrise, ne s’activa toujours pas. Cela signifiait que je ne courais aucun danger. Faisant confiance à la Technique de Protection Corporelle du Démon Céleste, je cherchai cette énergie et l’absorbai.
Une sensation de fraîcheur se répandit dans chaque parcelle de mon corps.
Au moment où cette énergie m’envahit, une lumière éclatante jaillit de l’intérieur. Elle était si vive que je ne pouvais ouvrir les yeux.
Quand je les rouvris, l’énergie blanche avait déjà été entièrement absorbée par mon corps. Cela faisait désormais trois énergies que j’absorbais grâce à la Boîte secrète.
Comme les deux fois précédentes, mon corps ne présenta aucun changement visible. Les énergies ne se mélangeaient pas. Cela signifiait que mon corps n’était pas encore prêt à subir une transformation plus profonde. À moins que je n’aie simplement besoin d’absorber davantage d’énergies.
Tuk.
La Boîte secrète recracha l’Orbe de l’Œil Blanc, désormais épuisé. Il n’était plus qu’une pierre ordinaire.
« Mais qui a bien pu te fabriquer ? »
Comme toujours, la Boîte secrète se contenta de lui adresser un sourire silencieux.
Après avoir absorbé l’énergie de l’Orbe de l’Œil Blanc, je me débarrassai de mes vêtements et me glissai dans la source chaude fumante.
« Ah, voilà qui est mieux. »
Les vents froids soufflaient d’en haut et la chaleur montait d’en bas.
Je fermai les yeux et m’immergeai dans la source chaude. Ces instants de solitude m’étaient précieux.
Depuis mon retour dans le passé, ma vie était menée à toute allure, chaque journée s’enchaînant sans répit. Une journée remplie à ras bord, puis une autre.
Mais à cet instant, seul dans l’espace du transfert spatio-temporel, ma vie, toujours lancée à toute vitesse, ralentit enfin.
Et plus elle ralentissait, plus je me sentais éloigné de ma propre vie. Cette distance me plaisait. Nu comme j’étais, je m’étais débarrassé de toute responsabilité.
« Le monde des arts martiaux est en train de s’effondrer ? La voie démoniaque est en train de sombrer ? Qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse ! Ne venez pas interrompre ma pause ! »
Cette sorte d’irresponsabilité ralentissait encore le cours de ma vie.
Et tandis qu’il ralentissait de plus en plus, il finit par s’arrêter complètement. Ce n’est qu’au moment où ma vie, jusque-là si affairée, s’immobilisa tout à fait que je fus réellement libre.
Au même moment, je rencontrai une autre version de moi-même.
Celle d’avant ma régression, qui avait accumulé tant de solitude qu’elle était devenue la solitude elle-même.
Celui qui ne se reposait jamais, ne prenait jamais vraiment le temps de se réconforter et fonçait sans relâche vers un seul objectif.
Nous nous tenions face à face, séparés par le grand gouffre noir au fond de mon cœur.
Était-ce moi, de l’autre côté, qui étais le plus seul ?
Ou bien était-ce moi, souriant au milieu d’une foule innombrable, qui me sentais le plus seul ?
Je ne parvenais pas à trouver de réponse facile.
Pourtant, j’avais quelque chose à lui dire.
— C’est grâce à toi que j’en suis arrivé là.
J’avais adressé toutes sortes de paroles bienveillantes à ceux qui m’entouraient, mais c’était la première fois que je m’offrais à moi-même un peu de réconfort ou de gratitude.
— Merci. Vraiment.
Je contemplai avec douceur la version solitaire de moi-même, de l’autre côté du vide. Je ne voulais pas qu’il disparaisse. Après tout, il était toujours moi.
— Mais ne tombe pas dans ce gouffre.
À ces mots, l’autre moi m’adressa un regard qui semblait dire : « Tu ferais mieux de faire attention, toi aussi. » Ceux qui tombent dans les gouffres sont toujours ceux qui cherchent à être parfaits, ceux qui sourient en apparence.
L’instant suivant, le gouffre noir entre nous se transforma en source chaude, et je me retrouvai de nouveau plongé dans l’eau.
Je contemplai longuement les étoiles scintillantes, puis sortis de la source.
Il était temps de retourner à la réalité.
« Le monde des arts martiaux ne doit pas sombrer. Ma voie démoniaque ne doit pas s’effondrer. Alors, qu’est-ce que je fais ? Je sors et je les protège. »
Clac !